PUSTULE MALIGNE
La pustule maligne est une allection de nature inflannnatoire et gangreneuse, déterminée par l'application, sur un point de l'économie, d'un virus particulier provenant des animaux; elle constitue une maladie d'abord locale, mais qui entraîne bientôt le développement des phénomènes généraux les plus graves.
Historique. — Cette maladie a souvent exercé de grands ravages sur les animaux domestiques dans plusieurs contrées de la France, principalement dans la Beauce, la Brie, la Bourgogne, la Lorraine et la Franche-Comté. Pendant la durée ou à la suite de ces épizooties, elle a été fréquemment communiquée à l'homme; mais comme le nombre des victimes qu'elle faisait dans l'espèce humaine était toujours très limité, relativement à celui des quadrupèdes qui y succombaient, et que (J'une part le traitement qu'on appliquait à l'homme ne différait pas de celui qu'on appliquait aux animaux, il en est résulté que cette maladie a fait exclusivement partie du domaine de la médecine vétérinaire jusqu'à la fin du xviii'' siècle. En 1765, Morand observa cette affection sur deux bouchers de l'hôtel des Invalides, et communiqua en 1766 à l'Académie des sciences le résultat de ses observations. La communication de ce fait rappela à Duhamel un fait analogue qu'il avait observé en 1737. Ce fait, dont il donna également connaissance à cette société célèbre, est ainsi exposé dans les Opuscules de chirurgie de Morand (1) : « Un garçon boucher tua^ chez un aubergiste, à Pithiviers en Gâtinais, un bœuf surmené, et le coupa par morceaux. Ayant mis son couteau dans sa bouche pendant quelques moments de son opération, quelques heures après sa langue s'épaissit; il sentit un serrement de poitrine avec difliculté de respirer; son corps se couvrit de pustules noirâtres, et il mourut le quatrième jour d'une gangrène générale. L'aubergiste ayant été piqué au milieu de la paume de la main gauche par un os du môme bœuf, au bout de quelques heures, il s'éleva une tumeur livide à l'endroit piqué; le bras tomba en sphacèle, et il mourut au bout de sept jours. Sa femme reçut du sang de cet animal sur la partie externe de la main ; elle devint enflammée, fort
(l) Hisldirc d'une maladie 1res singulière an ivce à deux bouchers de l'hMel royal de-- Invalides. {Opuscules de chirurgie, seconde parlio, p. 2:56, iii-i, Pari:^, 1768).
PrSTI'LE MALTfiNK. 325
lOluUiP, cl il s'y (léclara uno tiiniour dont olle eut. poino :i guérir. La servante de l'auberge, ayant passe? dessous la fressure du ho'uf qu'on venait de suspendre toute chaude, en reçut quelques gouttes de sang sur la joue droite; il lui survint une grande inflammation avec une enflure considérable, qui se termina par une tumeur noire. Cette fille est guérie, mais elle est restée défigurée. Enfin M. Julien, chirurgien d» l'Hôtel-Dieu, ayant ouvert une de ces tumeurs, mit sa lancette, apparemment tachée de quelques gouttes de ce pus, entre sa perruque et son front : sa téte devint enflée; il s'y forma un érysipèle, et il en fut longtemps malade (1). » Les deux observations communiquées par Morand et Duhamel manquent de détails. En les lisant, on ne saurait aflirmer si les tumeurs dont parlent ces auteurs étaient des pustules malignes ou des charbons; mais elles éveillèrent l'attention des chirurgiens. En 1780, cette maladie, qui chaque année reparaissait dans plusieurs localités delà Bourgogne, ayant occasionné de nouveaux désastres, l'Académie de Dijon eut Theureuse pensée de faire de l'étude de la pustule maligne le sujet de l'un de ses prix. Les travaux de Thomassin et de Chambon furent couronnés, et la science acquit ainsi des notions précieuses surl'étiologie, le diagnostic et le traitement de cette afTection. Toutefois ces deux auteurs, d'accord sur un grand nombre de points, étaient demeurés en dissidence sur quelques autres. Pour dissiper ces doutes, l'Académie remit au concours le même sujet, en appelant surtout l'attention des observateurs sur les points controversés. Enaux et Ghaussier répondirent à cet appel. L'excellent traité qu'ils nous ont laissé sur cette maladie a été la source dans laquelle ont puisé tous les auteurs qui ont entrepris plus tard d'en faire la description. Nous devons en outre mentionner ici le mémoire de M. Bourgeois, médecin de l'hôpital d'Étampes (2). Ce travail remarquable est le fruit de l'observation judicieuse de plusieurs centaines de cas de pustule maligne. Dans ces derniers temps, la Société de médecine d'Eure-et-Loir a institué des expériences à l'etîet d'étudier cette affection, laquelle a encore été l'objet (l'un travail consciencieux dû à la plume de M. Raimbert (de Châteaudun).
Etiologte. — Un principe délétère, un virus spécial, spontanément développé dans les animaux, et mis en contact avec un point de l'appareil tégumentaire de l'homme, en est la cause unique et constante. Il importe donc de connaître : 1° quels sont les animaux chez lesquels il se développe; 2° quelles circonstances provoquent son développement; 3° quels phénomènes annoncent sa présence; Li° quelles parties le recèlent; 5° quelles conditions sont nécessaires pour la manifestation de ses eff'ets contagieux.
(1) Morand, lu. cil.,y>.
(2) Mémoire sur la pustule maligne, spccialemenl sur celle (ju'oii observe dans la Heauce. {Archives générales de médecine, février ft mars d8i3).
326 AFFECTIONS C.IIARDOÎJNKUSES.
1° Les animaux chez lesquels ce principe délétôre se montre le plus fréquemment sont : le bœuf et la vache, les chèvres et les moutons; viennent ensuite le cheval, l'âne et le mulet; le chien et le porc en sont plus rarement atteints; les oiseaux de basse-cour plus rarement encore. Chaussier a observé la pustule maligne sur un homme qui avait préparé lièvre, et Thomassin sur un autre individu qui avait dépouillé un loup. Ainsi il peut se montrer dans les principales espèces des mammifères et chez quelques oiseaux. M. Bourgeois prétend au contraire que les animaux herbivores possèdent seuls la fâcheuse propriété de communiquer à l'homme la maladie et d'y succomber. Nous aurions désiré que l'auteur nous eût exposé avec quelques détails les recherches auxquelles il dit s'être livré pour éclairer ce point de l'étiologie.
2° Les circonstances qui peuvent favoriser le développement de ce virus dans les animaux que nous avons précédemment nommés sont très variées. On l'a vu naître sous l'influence d'une mauvaise nourriture, du séjour dans les lieux bas et marécageux, de l'usage habituel des eaux stagnantes et bourbeuses. Ce virus, dit Boyer, se développe surtout épidémiquement à la suite des grandes chaleurs de l'été, et lorsque l'inondation des prairies a rendu les fourrages de mauvaise qualité, rouillés, vasés, chargés d'insectes en putréfaction. Dans les herbivores, il peut être le résultat d'une alimentation exclusive avec le trèfle ou les foins nouveaux. Dans les oiseaux de basse-cour, son développement reconnaît ordinairement pour cause principale la saleté et les émana' tions fétides des lieux qu'ils habitent pendant la nuit.
Le virus charbonneux paraît aussi pouvoir sè développer chez les winiaux qui, à la suite d'une course ou d'une marche forcée, ont été réduits à une fatigue excessive. Le contact de leurs dépouilles a souvent occasionné la pustule maligne. L'observation de Duhamel en présente un exemple remarquable. De ce fait nous pouvons rapprocher ceux qui sont rapportés par Chaussier et Thomassin. Le lièvre et le loup dont parlent ces auteurs avaient peut-être succombé à un état analogue à celui que présentent les bœufs surmenés. Dans ces animaux, le virus charbonneux ne produit aucun de ses efïets ordinaires; il ne se développe pas de tumeur charbonneuse, soit à rcxtérieur, soit dans les viscères; la mort arrive rapidement, mais elle paraît être le résultat de l'épuisement produit par une marche forcée. Le virus semble exister chez eux à l'état latent.
3° Les phénomènes par lesquels le virus manifeste son action lorsqu'il a pris naissance chez les animaux sont locaux et généraux. Les premiers consistent dans la production d'une tumeur qui est remarquable par l'extrême rapidité de son évolution, qui lui permet d'atteindre le dernier terme de son développement au bout de douze à quinze heures au plus, et par sa marche, qui offre deux périodes bien
PUSTULK MALIUNE. 327
lUstinctes : 1" une période d'inflammation caractérisée par une douh^ur brûlante ; 2" une période de mortification annoncée par (kîs phlyctènes, une coloration d'un noir de charbon, et l'insensibilité de la partie. Les phénomènes généraux sont ceux qu'on observe dans les fièvres adynfiiniques ou ataxiques. Ces deux ordres de phénomènes n'apparaissent point simultanément : tantôt l'affection locale précède les accidents -énéraux; tantôt les symptômes généraux se montrent avant la maladie locale. D'autres fois, enfin, il n'existe point de tumeurs extérieures; celles-ci sont situées profondément dans l'épaisseur des viscères, dans I le foie, la rate, le pancréas, etc. La présence du virus dans ce cas est ; accusée seulement par des phénomènes généraux. Ces trois états bien
< différents ont été désignés par Chabert sous les noms : le premier de : charbon essentiel, le second de charbon symptomatique, et le troisième
< de fièvre charbonneuse. De ces trois formes, sous lesquelles se montrent ; les maladies charbonneuses, deux seulement ont été observées chez . l'homme, ce sont : la pustule maligne et le charbon proprement dit, qui
correspondent, l'un au charbon essentiel des animaux, et l'autre au ■ charbon symptomatique.
Les parties qui recèlent le virus sont : — a. Le liquide mnieux qui
s'écoule des tumeurs charbonneuses. Ce liquide, inoculé à des animaux : sains par MM. Barthélémy et Leuret, a reproduit une affection entière- : ment semblable, qui devenait rapidement mortelle lorsqu'on ne se I hâtait pas de la combattre par les moyens convenables. — b. Le sang. 1 Un très grand nombre de faits démontrent la présence du virus dans I ce liquide, et ces faits sont encore confirmés par l'expérimentation i directe. M. Leuret a en effet démontré que le sang tiré d'un animal 1 mort du charbon et mis en contact avec les téguments, ou inoculé - sous l'épiderme^ ou injecté dans les veines, produisait dans les deux I premiers cas une pustule maligne, et dans le dernier une affection c charbonneuse générale. — c. Le mucus. On a vu la pustule maligne i développée chez les vétérinaires qui avaient introduit leurs bras dans i le rectum ou dans la gorge de quelques animaux pour y porter des I médicaments. — d. Enfin la peau et \espoils. Ces parties sont imprégnées i du virus à un degré remarquable. Le simple contact d'un animal charl bonneux peut produire la pustule maligne. Le danger de ce contact > survit longtemps à la mort de l'animal ; et le virus est si inhérent à ces I parties, que tous les procédés de l'industrie qui les modifient si protfondément, tels que le lavage, le cardage des laines, le tannage des ( cuirs, etc., ne leur enlèvent pas cette funeste propriété. — Il devient t facile de concevoir, après tous les détails dans lesquels nous venons t d'entrer, pourquoi les effets du virus charbonneux se montrent de pré- I férence chez les pâtres, les laboureurs, les maréchaux, qui ont des i contacts si fréquents avec les animaux qui sont le plus souvent affectés ,
•528 AFFECTIONS CIIAllliONNKUSES.
(le cette mahurui; chez les vétérinaires, qui pansent leurs ulcères; chez les bouchers, qui les dépècent ; chez les tanneurs, les mégissiers, les matelassiers, que leur profession met dans un rapport permanent avec leurs dépouilles. Les mêmes raisons nous expliquent encore pourquoi la pustule maligne aifecle presque constamnient les parties découvertes, et particulièrement les parties supérieures du corps, le cou et la face, dont répiderme est plus délicat. On a vu cette maladie se développer sur le dos chez un berger ; les vêtements qui recouvraient cette partie avaient été imprégnés du sang d'un mouton charbonneux qu'il avait chargé sur ses épaules après l'avoir saigné.
5° Le virus charbonneux paraît être le plus contagieux de tous les virus. Il produit la pustule maligne non-seulement à la suite de son inoculation, mais par sa simple déposition sur l'épiderme qui recouvre les téguments. Cette couche inorganique ne paralyse point son action ; elle semble seulement l'entraver légèrement. Les parties dont l'épiderme est plus mince sont plus souvent affectées. La face palmaire de la main, qui en subit le plus souvent le contact, est cependant très rarement le siège de la pustule maligne. Telle tumeur qui n'a pu se développer sur la main se produira facilement sur d'autres parties moins protégées, lorsque celle-ci y aura déposé le virus étalé à sa surface. — L'inoculation ou la déposition du virus sont ordinairement immédiates; mais quelquefois aussi il est communiqué des animaux malades à l'homme par d'autres animaux qui en sont imprégnés, par des insectes, des mouches, des abeilles, des guêpes, etc. — Le virus introduit dans les voies digestives peut-il être absorbé et devenir funeste ? Les observateurs ne sont pas d'accord sur ce point qui intéresse vivement la santé publique. On lit dans les observations de Morand et de Duhamel que les personnes très nombreuses qui se nourrirent avec la viande des animaux dont le simple contact avait eu de si terribles résultats ne lurent nullement indisposées. Thomassin cite un fait à peu près semblable qui se passa dans un village de la Franche-Comté, à l'occasion de la fête du lieu. Le boucher et son frère, qui avaient préparé la viande pour la fête, furent attaqués soudainement de la pustule maligne, et, malgré l'inquiétude générale que cet accident causa, personne n'éprouva la plus légère incommodité. Enaux et Chaussier citent des faits opposés ; mais ces faits paraissent relatifs au charbon plutôt qu'à la pustule maligne, en sorte que cette maladie ne semble pas pouvoir être introduite dans l'économie par les voies alimentaires.
De toutes les considérations qui précèdent il résulte que le virus spécifique qui produit la pustule maligne se développe spontanément dans les animaux ; qu'il est ensuite accidentellement communiqué à l'honnne par inoculation ou simple contact ; en un mot, que dans l'espèce humaine cette alïection dépend toujours d une cause étrangère
PL'STl'LE MALKiNE. 329
à leconomie. Toutefois Bayle a élevé sui' ce sujet une discussion qui l'a conduit à émettre une opinion opposée. Cet auteur pense que hi pustule maligne peut aussi se développer spontanément, et il s'appuie sur les raisons suivantes : 1° Cette maladie n'avait point été observée pendant tout l'été dans le village où il a fait ses observations ; 2" presque tous les malades qu'il a interrogés disaient être certains de n'avoir touché à aucune dépouille infectée. Mais à ces raisons on peut objecter avec Boyer : « l°Que dans le pays où ces observations ont été recueillies, le charbon régna fréquemment sur les animaux, et que cette maladie en fit périr un grand nombre dans les villages voisins, précisément durant l'épidémie que Bayle a observée; 2° qu'il paraît par son aveu même que tous les malades n'étaient pas bien certains de n'avoir pas touché aux dépouilles de ces animaux, et que la plupart ne l'étaient point d'avoir évité le contact de quelque corps chargé du principe délétère, et de n'avoir pas été ainsi exposés à la contagion d'une manière indirecte ; 3° que chez tous, sans exception, la maladie s'est manifestée sur quelque partie du corps habituellement à découvert, et chez presque tous à la face, » Concluons donc que la pustule maligne est toujours le résultat d'une cause externe.
Symptomatologie. — Cette affection peut se développer immédiatement après le contact du virus charbonneux, ou quelques heures «iprès. Ordinairement elle se montre du deuxième au quatrième jour. Dans quelques circonstances rares, on l'a vue paraître six, huit, quinze jours, et même plusieurs semaines après déposition, sur les téguments, du principe délétère. La rapidité variable de son début semble dépendre de plusieurs causes dont la nature ne saurait être rigoureusement déterminée : 1" Du peu d'épaisseur de l'épiderme, ou de son absence sur les parties ulcérées ; dans ce dernier cas la tumeur apparaît très prompte ment; 2" du degré de concentration du virus, dont la puissance sera d'autant plus grande qu'il sera moins mélangé avec d'autres liquides capables à la fois de l'affaiblir et de l'altérer; 3° de la quantité, à laquelle l'énergie de ses effets est directement subordonnée. Nous diviserons la marche de la pustule mahgne, avec Enaux et Chaussier, en quatre périodes.
Première période. — Une petite tache semblable k une piqûre de puce accompagnée d'une vive démangeaison occupe le point qui a subi le contact du virus. Une très petite quantité de sérosité sécrétée audessous de l'épiderme soulève cette membrane et donne naissance à une phlyctène qui présente le volume d'un grain de millet. Le prurit dont elle est le siège porte le malade à exercer sur cette partie quelques frottements ; la vésicule se rompt; la sérosité qu'elle contenait s'écoule, et la démangeaison cesse.
M. Bourgeois a dans quelques cas observé au débul ol ii la place de
330 AFrECTIONS ClfARBON.NEUSES.
lu petite laclie quo nous signalions tout à Theure une petite papule la'une ou rose somblable à celle qui précède la pustule vaccinale ; elle paraît être duo à un gonflement circonscrit des couches superficielles de la peau.
Deuxième période, — Sous la vésicule qui a été déchirée, dans le tissu mémo de la peau, se manifeste une petite plaque indurée de forme circulaire, tubercule lenticulaire (Chaussier), d'abord reconnaissable au toucher seulement, mais qui ne tarde pas à devenir sensible à la vue. Elle est inégale i\ sa surfiice, surmontée de saillies mamelonnées, qui lui donnent un aspect grenu, et présente une couleur cendrée qui devient bientôt grisâtre, et ensuite noire. La démangeaison recommence et se montre plus vive. La peau rougit et s'engorge autour du tubercule lenticulaire ; et comme la surface des parties engorgées est plus élevée que celle du tubercule, celui-ci paraît déprimé. Autour du noyau central primitif, on voit se développer un cercle de vésicules de la grosseur d'un grain de millet, contenant de la sérosité transparente. C'est à cette espèce de couronne que Chaussier et tous les auteurs qui lui ont succédé donnent le nom à'aréole. Pendant que cette aréole se développe, le tubercule qu'elle circonscrit passe au noir, et constitue alors une véritable eschare. Le membre se couvre de lignes d'un rouge pâle qui suivent le trajet des vaisseaux lymphatiques (Bourgeois).
Troisième période. — La tuméfaction se propage au loin et devient très considérable. Si la pustule occupe la main, elle s'étend jusqu'au bras et à l'aisselle. Si elle siège à la face, elle gagne le cou et la partie supérieure du tronc. Au tronc, elle envahit à la fois le thorax et l'abdomen. Ce gonflement ne peut èive comparé ni à celui de l'inflammation ni à celui de l'œdème; il présente une dureté très considérable. M, Bourgeois n'a jamais observé la tuméfaction eniphysémateuse. Pendant quo ce vaste engorgement se développe, le tubercule central de la pustule maligne, ou plutôt l'eschave, s'étend circulairement pai* un procédé bien observé et bien décrit par Tbomassin. Elle envahit d abord le tissu cellulaire sous-cutané et ensuite la peau correspondante. Elle grandit ainsi du centre à la circonférence, en repoussant autour d'elle l aréole vésiculeuse qui la précède constamment dans sa marche envahissante. Dans cette période le prurit cesse d'exister ; il est remplacé par un sentiment d'étranglement, de pesanteur, et enfin par l'insensibilité des parties mortifiées.
Quatrième période. — Elle est essentiellement caroctérisée par l'apparition des phénomènes généraux. Le malade est pâle, aflaissé; son pouls est petit, inégal, vif sans être dur; la peau et la langue sont sèches, la soif très vive, les urines brunes et sédimenteuses. 11 survient des angoisses, des syncopes, et quelquefois du délire. Ces derniers phénomènes sont les avant-coureurs d'une mort presque perifline. On voit
rUSTl'LE MALIGNE. 3 lit
alors l'eschare fairo des progrès et le gonllemont devenir énorme. — Dans les cas très rares où la guérison a lieu, rengorgement et la mortification demeurent stationnaires : le malade, quoique très affaibli, peut se mouvoir, et conserve l'intégrité de son intelligence ; le pouls est moins irrégulier, la respiration moins anxieuse. L'ne réaction salutaire est annoncée par une aréole franchement inflammatoire, qui circonscrit Teschare. Celle-ci se détache, et laisse à sa place une solution de continuité recouverte par une membrane granuleuse, qui sécrète un pus de bonne nature. Cette réaction est précédée par le retour d'une douce chaleur, et quelquefois d'une moiteur générale, qui rend la maladie h son caractère primitif, c'est-à-dire que celle-ci redevient simplement locale.
Ces quatre périodes sont donc ainsi caractérisées : — Pour la première, démangeaison, formation de la vésicule, rupture de celle-ci, et cessation du prurit; elle dure de vingt-quatre à trente-six heures. — Pour la deuxième, formation du tubercule lenticulaire, développement de Varéole, mortification du noyau central, et retour du prurit; sa durée varie de quelques heures à plusieurs jours. — Pour la troisième, engorgement énorme qui se propage au loin, double extension de l'esehare et de l'aréole vésiculaire, sentiment de pesanteur ; sa durée est de quatre à cinq jours. — Pour, la quatrième, apparition des phénomènes généraux et augmentation des phénomènes locaux si la terminaison doit être funeste; diminution de ces deux ordres de phénomènes si la guérison doit avoir lieu. La durée de cette dernière période est de vingt-quatre ou quarante -huit heures dans le premier pas; dans le second, elle peut être de plusieurs mois.
Ces diverses périodes ne présentent pas constamment la durée que nous venons de leur assigner. Ordinairement la première échappe au malade et au chirurgien, et c'est à la fm de la seconde seulement que je malade se présente pour réclamer les secours de l'art. Quelquefois toutes ces périodes se succèdent avec une telle rapidité, que les phénomènes généraux suivent de très près le début de )a pustule. Ceux-ci cependant sont toujours consécutifs. — La plupart des auteurs les attribuent à l'absorption du virus qui, une fois introduit dans le torrent de la circulation, porte le trouble dans toute l'économie. Cette explication si naturelle a été repoussée cependant par Thomassin, qui attribue tous jes désordres constitutionnels à la réaction sympathique provoquée par l'affection locale. Mais ces phénomènes se montrent à une époque où l'affection locale ne présente aucune de ces complications qui peuvent quelquefois expliquer une perturbation générale, La suppuration qui suit la chute des eschares, et qui modifie si puissamment l'économie, lorsqu'elle est considérable et prolongée, n'existe pas encore. On observe de l'inflammation, il est vrai, mais elle est très cirronsrrite et