AFFECTIONS f.ll ARHONNErSES
toujours pou intense. Cette explication serait donc, d'une pari. :iu moins insutlisante ; de l'autre, elle est opposée à tout ce que nous connaissons sur l'histoire des virus, dont l'action est essentiellement constitutionnelle. Le virus charbonneux a^nt sans doute de la même manière, et l'apparition des phénomènes généraux semble révéler véritablement le moment de son introduction dans l'économie.
Anatomie pathologique. — Les altérations pathologiques que l'on rencontre dans la pustule maligne n'ont été bien étudiées que dans ces derniers temps; cependant tous les chirurgiens avaient déjà remarqué que les organes se décomposent avec une très grande rapiflité.
Les désordres sont locaux et généraux; les premiers comprennent l'anatomie de la pustule, les seconds les altérations que l'on observe dans tous les organes.
L'eschare est livide ou tout à fait noire, dure, sèche, d'une épaisseur de 1 à 2 millimètres, plus considérable au centre qu'à la circonférence. Examinée au microscope, elle présente une substance demi-opaque parcourue par des fdets sanguins et des fdets nerveux. Dans le liquide de la préparation, on trouve deux espèces de granulations, les unes constituées par des globules sanguins altérés, les autres par des globules de graisse; ces globules se retrouvent dans la sérosité des Vésicules. Au-dessous de l'eschare et de l'aréole vésiculaire, on trouve le tissu cellulaire plus ou moins vascularisé, tantôt très dense et gorgé d'un sang épais, d'autres fois moins dense et infiltré de sérosité sanguinolente et même simplement séreuse. Ce dernier état se rencontre surtout à une certaine distance de la pustule.
Les vaisseaux sont gorgés d'un sang épais et fluide, les cavités du cœur contiennent un peu de sang noir non coagulé; ce sang, étudié chez les animaux, a montré une très notable diminution dans la quantité de fibrine et une augmentation de la matière colorante. Le péricarde renferme souvent un peu de sérosité citrine; le tissu cellulaire (|iii l'environne est infiltré tantôt de gaz, tantôt de sérosité.
Les plèvres contiennent une quantité variable de sérosité plus ou moins colorée; les poumons sont fortement congestionnés, surtout à la partie postérieure; leur tissu est d'un rouge noirâtre; les bronches contiennent quelquefois un peu de liquide écumeux, parfois même sanguinolent.
Le péritoine renferme ordinairement un liquide jaunâtre, clair ou trouble; l'épiploon et le mésentère sont gorgés de sang, quelquefois infiltrés de gaz et de sérosité gélatiniforme.
Le tube digestif présente depuis l'œsophage jus(|u'au oa?cum une teinte violacée occupant surtout les parties les plus déclives. A la surface interne de l'estomac, on trouve une infiltration séreuse sous forme de mamelons demi-tr!inspar(>nts et j^arsemé's de taches jaunâtres; il
rrSTl'LE MALllLNE. Siid
ptit assez IVcqueiit de rencontrai' de petites taches noirâtres déterminées par des épanclieinents sanguins. Ces mêmes taches se trouvent dans l intestin grêle., ordinairement sur le bord libre des valvules conniventes. Ces altérations sont beaucoup plus graves dans le gros intestin. Quant aux pustules malignes signalées dans le côlon par Viricel (de Lyon);, dans l'estomac par M. Verneuil, elles constituent des lésions extrêmement rares. 11 est permis de supposer que des plaques gangréneuses ont pu en imposer à ces observateurs.
Diagnostic. — Lorsque la pustule maligne a atteint son complet développement, ses caractères sont assez remarquables pour rendre son diagnostic facile; mais à son début, c'est-à-dire dans la première période et au commencement de la seconde, elle peut être et a été quelquefois confondue avec d'autres atfections, avec la piqûre d'un insecte, le furoncle, Férysipèle phlycténoïde, la fluxion dentaire et surtout avec le charbon.
La pustule maligne, à son apparition, simule si bien une piqûre d'insecte, qu'elle est communément désignée dans la Bourgogne sous le nom de [yuce inaligne, dénomination conservée par Chaussier, qui Vs. considérée comme la définition la plus heureuse qu'on puisse donner de cette maladie dans son principe. La piqûre d'une abeille, d'un cousin, etc., détermine une démangeaison vive, une coloration rosée circonscrite, quelquefois une phlyctène, ou un très petit tubercule cutané; mais la coloration est uniforme et vive. Le bouton, lorsqu'il existe, n'est point livide; l'aréole vésiculaire manque. On peut retrouver dans la petite plaie l'aiguillon que l'animal n'a pu en retirer, et si cet aiguillon n'existe pas, le prurit, après avoir été très vif d'abord, a diminué et disparu promptement.
Le furoncle est conique et non lenticulaire : il est rouge et non livide. La douleur dont il est le siège est lancinante et non prurigineuse. L'anthrax ou le furoncle volumineux se rapproche davantage de la pustule maligne par sa forme hémisphérique, sa coloration violacée au centre, ses phlyctènes; mais il offre un volume considérable, et lorsque la pustule maligne présente un volume analogue^ elle est complètement développée, et ses caractères sont alors si tranchés, que la confusion n'est plus possible. En effet, du côté de l'anthrax, nous trouvons : une douleur lancinante, au sommet de la tumeur des phlyctènes, et, sous ces pblyctènes, des perforations qui livrent passage à une matière pseudo-membraneuse; autour de la base, une rougeur foncée. Du côté de la pustule, une démangeaison vive ou de la stupeur; au centre, une petite tumeur lenticulaire livide ou noire; à la circonférence, une aréole vésiculeuse qui la laisse dans un état de dépression apparente; sur un plan plus excentrique, un gonflement énorme qui s'étend à de grandes distances. Il est à remarquer que la pustule maligne ne pré-
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sente aucune ti'ace de suppuration; si donc, en iaisaiit une ponction avec la lancette, on trouve de la ni^itière purulente, on peut être certain que Ton n'a pas afl'aire ii une pustule maligne.
L erysipèle avec phlyctènes se rapproche aussi par quelques-uns de ses caractères de la pustule maligne; mais il occupe une large surface. Les phlyctènes sont disséminées irrégulièrement et non disposées circulairement autour d'un noyau Central. Enfin cet érysipèle ne présente ni eschare centrale, ni un engorgement considérable.
Le charbon offre beaucoup plus d'analogie avec la pustule maligne que les maladies que nous avons précédemment citées; mais comme cette variété d'affection charbonneuse rie nous est point encore connue, nous ne pouvons en exposer convenablement les caractères différentiels. Ce parallèle sera mieux placé dans l'histoire du charbon.
Pronostic. — La pustule maligne est une affection grave. Abandonnée à elle-même, elle devient souvent mortelle; elle l'est encore souvent, lorsque les secours de l'art sont administrés après le développement des phénomènes généraux. Celle qui attaque la face ou le cou est surtout à redouter à cause des désordres qu'elle produit sur des parties à la fois importantes et exposées aux regards; en outre, au cou, l'engorgement peut devenir assez considérable pour déterminer la compression des veines jugulaires et de la trachée-artère, d'où résulte un double danger d'asphyxie. Les craintes que doit inspirer cette affection sont aussi proportionnelles au nombre des tumeurs. La pustule maligne, en effet, quoique ordinairement solitaire, se montre quelquefois sur plusieurs points d'une même région dont toutes les parties ont été également mises en contact avec le virus charbonneux, tels, par exemple, que la main et l'avant-bras plongés dans la gorge d'un animal. On a vu naître dans une région aussi circonscrite jusqu'à quatre et cinq pustules. Les individus d'un tempérament lymphatique, ceux qui sont faibles, épuisés par des maladies antécédentes, sont plus accessibles aux phénomènes généraux, et par conséquent succombent plus souvent que les hommes d*un tempérament bilieux ou sanguin, chez lesquels la réaction générale, plus puissante, développe plus facilement l'inflammation éliminatoire. Chez les femmes enceintes, elle a pu dans quelques circonstances occasionner l'avortement, et causer des hémorrhagies utérines foudroyantes par suite de l'état d'adynamie qu'elle entraîne, et qui se communique à l'utérus. Chaussier et Chambon en ont rapporté plusieurs exemples. Enfin elle est d'autant plus alarmante que sa marche est plus rapide; elle paraît aussi plus funeste pendant les grandes chaleurs de l'été.
La pustule maligne, avons-nous dit, guérit quelquefois spontanément. Ce fait est démontré par l'observation clinique et par les guéri sons que l'on obtient par l'application de topiques à peu près insigni-
PUSTULE iMALlGN£. 3?;;')
liants. Mais est-il possible, d'après rexamen crime pustule maligne dans sa période de développement, de prévoir une terminaison heureuse? Cela nous parait impossible, et ce n'est que lorsqu'il se forme autour de la pustule un cercle franchement inflammatoire, lorsqu'on un mot la suppuration s'établit sur les limites de la partie mortifiée, qu'il est permis de porter un pronostic favorable.
Traitement. — Il est préservatif et curatif. Le premier acquiert une haute importance lorsque le charbon règne sous la forme épizootique. Les personnes appelées à donner des soins aux animaux infectés, les vétérinaires surtout, que leur profession met dans un contact immédiat avec le foyer principal du virus qu'ils extirpent ou cautérisent, doivent recouvrir d'une couche d'huile les parties exposées au contact, les laver ensuite avec de l'eau de savon, une lessive de cendres, et mieux encore avec le chlorure de soude; car, on a démontré par des expériences directes le pouvoir qu'a ce liquide de faire perdre au virus charbonneux sa propriété septique. Ainsi une portion de tumeur charbonneuse, placée dans le tissu cellulaire sous-cutané d'un mouton, fit naître une tumeur semblable. Une autre portion du même poids, laissée six minutes dans le chlorure de soude et placée de même, n'a plus causé qu'un phlegmon ordinaire (Ducreux, Thèses de Paris, 1838, n° 128). — Les détails dans lesquels nous sommes entré sur l'étiologie de cette affection nous montrent le soin extrême qu'il convient d'apporter dans • la destruction complète de toutes les dépouilles d'un animal qui recèle le virus charbonneux et de tous les objets qui ont subi son contact. Sa peau sera divisée et mise en pièces, afin qu'elle ne devienne pas un objet de convoitise pour la cupidité. La paille sur laquelle il couchait sera brûlée, ainsi que tous les vêtements dont les pâtres, les laboureurs^ les équarrisseurs, etc., étaient revêtus au moment où ils l'ont approché. L'animal sera promptement enterré et à une profondeur convenable, pour ne point laisser aux insectes la possibilité de transporter ailleurs le principe virulent.
Le traitement curatif est local et général. La pustule maligne étant une affection primitivement locale, et ne devenant une maladie générale que lorsqu'elle touche à la dernière période de son développement, les moyens locaux constituent essentiellement son traitement, et même ils suffisent seuls pour amener une guérison radicale, aussi longtemps que les phénomènes généraux ne se sont pas montrés. Ils ont pour but, soit de faire disparaître le principe virulent, soit de le détruire, afin de prévenir son introduction dans l'économie, ou du moins afin de neutraliser son influence. Ces moyens consistent dans l'extirpation et la cautérisation isolément ou sinmltanément employées.
A. Vextirpation a été conseillée par un petit nombre d'auteurs. Pour la pratiquer, on incise crucialement la tumeur, et ensuite on excise
3o(> AIKECTION.S UlAUlJON.NKlShS.
cluK.'iiii (les (juati-e lambeaux. L'incision doit ^^tre assez profonde, et Texcision assez considérable pour emporter la totalité de la tumeur, et dépasser un peu ses limites. Cette opération est ordinairement efficace, lorsqu'elle est pratiquée convenablement, et pendant les deux premières périodes de la maladie; mais elle est très douloureuse, et il est souvent difticile de reconnaître le point précis où s'arrête l'altération locale. Alors même qu'on a cru porter l'instrument au delà des limites de la tumeur, il est arrivé quelquefois qu'on est resté en deçà sur un ou plusieurs points, et qu'on a ainsi exposé le malade à tous les dangers d'un traitement incomplet. En outre, l'extirpation, même lorsqu'elle est complète, ne met pas le malade toujours à l'abri d'une récidive. On a vu la pustule maligne se reproduire à la suite de trois extirpations successives pratiquées selon toutes les règles de l'art, et parvenir au dernier terme de son développement avec autant de rapidité que si cette opération eût été sans influence sur sa marche. Ce moyen, considéré comme une méthode de traitement exclusive, ne saurait donc être adopté ; mais, combiné avec la cautérisation, il a été souvent utile.
B. La cautéiHsatioii est le moyen le plus usité. On la pratique ordinairement avec le fer rouge, qui doit être porté sur les parties altérées avec énergie et à plusieurs reprises, jusqu'à ce que la mortification ait atteint la base sur laquelle repose la pustule maligne. Pour la rendre plus sûre, quelques auteurs conseillent d'inciser préalablement la tumeur en croix. Ce précepte mérite d'être suivi lorsque celle-ci est très volumineuse, et qu'il convient de modifier la vitalité compromise des tissus sur une surface un peu étendue. On peut, en outre, exciser une partie de ces tissus. Cette extirpation partielle facilite l'action du fer rouge et assure le succès de la cautérisation; mais lorsque la pustule maligne offre de petites dimensions, l'incision et surtout l'excision nous paraissent tout à fait inutiles. Ces moyens auxiliaires de la cautérisation ne doivent être mis en usage que lorsque la tumeur est parvenue à un volume un peu considérable, c'est-à-dire dans la troisièuK^ et la quatrième période. — Si le malade témoigne une répugnance invincible pour l'emploi du fer rouge, on aura recours aux caustiques minéraux. Parmi ces derniers, on préférera ceux qui, à égalité de puissance, jouissent de la propriété de désorganiser les tissus dans les limites précises de leur application. Au premier rang, nous placerons la poudre de Vienne ; au second, la pâte caustique au chlorure de zinc, qui présente un mode d^action analogue. Le chlorure d'antimoine est suret rapide dans son action; mais celle-ci est dilTuse. Il on est de même de l'azotate acide de mercure et des acides azotique et sulfurique, <[ui en outre agissent avec moins d'intensité. Lorsqu'on emploie les caustiques, il est en général prudent, pour donner à leur action