‹ Éléments de pathologie chirurgicaleChapitre 34 sur 102 · DU CHARBON · texte numérisé non relu

DU CHARBON

développement d'une mcml)i'ane granuleuse entre l'eschare et les parties ■ vivantes.

Diagnostic. — Le charbon ne peut être confondu qu'avec la pustule I maligne. Ces deux affections se rapprochent, en effet, par de nom- : breuses analogies : toutes deux se développent sous l'influence des mêmes circonstances; toutes deux présentent une tumeur qui débute . dans l'une et dans l'autre par une petite tumeur lenticulaire, qui se 1 transforme rapidement en eschare; toutes deux peuvent entraîner une 1 mort prompte ; et dans toutes deux enfin la mort survient au milieu des j phénomènes généraux les plus graves. Tant de points de similitude : suffisent assurément pour démontrer l'étroite parenté qui unit ces deux ! maladies; leur nature est la même. On ne saurait les considérer comme . deux maladies différentes, mais seulement comme deux variétés d'une : même maladie, qu'on peut distinguer par les caractères suivants :

1° La pustule maligne dérive toujours d'une cause externe; elle est i communiquée à l'homme par les animaux qui en sont affectés ou par ll'homme lui-même, lorsqu'il est devenu victime de la contagion. — Le ( charbon se développe le plus souvent à la suite d'un contact semblable; imais en outre il peut se développer spontanément.

2° La pustule maligne est d'abord une maladie simplement locale; lies phénomènes généraux n'apparaissent que dans la dernière période. IDans le charbon, la maladie est générale dès le début; la tumeur conistitue seulement l'un de ses symptômes, La première de ces deux i affections finit comme la seconde commence, en sorte que le charbon {pourrait être considéré comme une pustule maligne se montrant (d'emblée à la quatrième période. Aussi voyons-nous la pustule maligne j guérir constamment, lorsqu'elle est convenablement traitée, et le chartbon produire presque constamment la mort en dépit des soins les plus 1: habiles.

3° Lorsque l'on a égard aux caractères de la tumeur, on trouve pour Ue charbon : une tumeur peu saillante, d'un noir de charbon à son (centre, d'un rouge vif à sa circonférence, qui est le siège d'une chaleur tbrûlante ; pour la pustule maligne : une tumeur d'un noir moins foncé ïh son centre, autour de cette tumeur une aréole vésiculeuse qui est le ssiége d'une douleur prurigineuse, et autour de cette aréole une tuméffaction considérable qui s'étend au loin. Ainsi l'aréole vésiculeuse et lun vaste engorgement sont deux caractères exclusivement propres à la fpuslule maligne. Dans la seconde période de celle-ci, l'engorgement ne ss'est pas encore développé; mais l'aréole vésiculeuse et le prurit existtent et suffisent pour éviter toute erreur.

U° Enfin la pustule maligne, étant toujours une maladie communiquée, se montre sur les parties accessibles au virus, c'est-à-dire sur les Barlies découvertes. Jl en est de même du charbon contracté par conta-

3fl6 AFFECTIONS CUARBONNEUSES.

gion, mais celui qui est spontané se montre indifféremment sur toutes les parties de la surface du corps.

■J'iiAiTEMENT. — Ainsi que celui de la pustule maligne, il comprend l'emploi des moyens généraux et locaux. Seulement cette dernière maladie, étant primitivement et essentiellement locale, réclame surtout l'usage des moyens locaux, tandis que le charbon, qui revêt dès son début les caractères d'une affection générale, nécessite- avec une égale importance les médications interne et externe.

Parmi les moyens généraux, ceux qui nous paraissent les plus convenables sont les corroborants et les stimulants. On choisira parmi ces médicaments ceux qui sont les plus propres à relever l'énergie vitale, et à ranimer l'action du tube digestif qui semble avoir été subitement abolie. Le camphre, l'ammoniaque, le quinquina, seront d'abord administrés. S'il existe un état saburral, des nausées, une perversion des fonctions nutritives, le malade prendra un émétique ou un léger purgatif, et il fera ensuite usage d'un vin généreux et d'aliments succulents, si l'appétit n'est pas entièrement supprimé.

Le traitement interne que nous conseillons n'a pas été formulé de la même manière par tous les auteurs. Quelques-uns, ayant égard au cercle inflammatoire qui entoure la tumeur, à l'insomnie, au délire qu'on observe vers la fin de cette maladie, ont préconisé les antiphlogistiques, et recommandent, avant de recourir h l'administration des médicaments internes, de pratiquer une saignée générale, et même deux ou plusieurs, si les phénomènes d'irritation l'exigent. Mais nous pensons, avec Boyer, que la saignée doit être rejetée presque constamment dans le traitement d'une affection dont la prostration forme le caractère le plus remarquable.

D'autres auteurs, à la tête desquels il faîit placer Fournier, donnent pour base au traitement interne les vomitifs et les purgatifs, qu'ils emploient isolément ou simultanément. L'usage réitéré de ces médicaments est une cause puissante de débilitation. Ils sont donc passibles du même reproche que nous avons adressé aux antiphlogistiques; mais nous devons ajouter cependant qu'ils nous semblent avoir moins d'inconvénients, et même qu'ils peuvent devenir utiles lorsqu'ils sont employés avec modération. L'émétique, en imprimant une secousse générale il l'appareil circulatoire, peut alors provoquer une transpiration salutaire. Dans tous les cas, il stimule légèrement la muqueuse gastrointestinale, et favorise un retour d'appétit, qui permettra au malade de prendre quelques aliments succulents, d'où résultera pour lui une réparation des forces qui lui sont si nécessaires pour réagir contre les effets du virus charbonneux. Nous conseillons donc les émétiques et les purgatifs à faible dose, parce qu'à cette dose ils ont un effet stimulant, mais nous les rejetons à dose élevée et réitérée, parce qu'ils deviennent

bruluhes. 3/i7 alors débilitants. En combattant l'opinion de Fournicr, dont nous sommes loin de récuser l'importance, cet auteur ayant eu souvent l'occasion d'observer et de combattre des affections charbonneuses, nous nous appuyons sur l'inefticacité môme de cette médication, puisque les malades succombent le plus fréquemment. Vidal, pendant la durée de son internat à l'fïotel-Dieu de Marseille, n'a jamais vu un seul charbon entravé par ce traitement interpe. Il est permis d'espérer que les corroborants et les stimulants, qui n'ont été employés qu'accessoirement, donneront un résultat moins malheureux lorsqu'ils seront convenablement administrés.

Le traitement externe consiste, comme celui de la pustule maligne parvenue à sa quatrième période, dans la cautérisation de la tumeur avec le fer- rouge. Cette cautérisation doit être également énergique, dépasser toutes les limites de l'eschare préalablement incisée et partiellement extirpée, et arriver jusque dans l'épaisseur des tissus sains. Si le cautère actuel est repoussé par le malade, on fera usage des caustiques que nous avons indiqués en parlant de la pustule maligne, de la pâte de Vienne, de celle au chlorure de zinc, du chlorure d'antimoine, de l'azotate acide de mercure, etc. Après la cautérisation, on recouvrira les parties malades de topiques émollients, renouvelés de temps en temps, jusqu'à ce que l'inflammation et le gonflement éliminatoire détachent l'eschare.

Les tumeurs charbonneuses sont aussi des symptômes de la peste. Les moyens généraux qu'elles réclament sont ceux qu'on dirige contre cette funeste maladie, dont l'histoire appartient à la Pathologie médicale.

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