ARTICLE XIX
Les fractures des côtes sont plus fréquentes que ne pourr. faire supposer la mobilité de ces os, leur direction oblique et 1 cité dont ils sont doués. Cependant ce résultat cesse de surpi quand on considère que ces os sont superficiellement placés, ont une résistance absolue peu considérable, et qu'enfin les thoraciques sont exposées aux violences de toutes sortes.
Toutes les côtes ne se fracturent pas aussi fréquemment lesuu les autres. Ainsi les supérieures, efficacement protégées par la cule, Tonioplale, les muscles pectoraux, trapèze, grand dentelé; sont rarement atteintes par les chocs extérieurs, et par conséquei renient fracturées. Les inférieures, d'une longueur peu considé et d'une mobilité très-grande, recouvertes en outre par des pi molles assez épaisses, jouissent du même privilège. Mais il n'en es ainsi des côtes moyennes, qui sont pour des raisons contraires, ( qui se fracturent le plus fréquemment.
Causes et mécanisme. — Ces fractures peuvent être produites une violence extérieure ou par une contraction musculaire très^ gique.
Les premières ont été divisées, par J. L. Petit, en directes et i rectes. Les unes comprennent toutes celles qui succèdent à une porté directement sur la poitrine, une chute sur cette région, elt'. autres, celles qui résultent de pressions exercées d'avant en arrière le thorax, de manière à diminuer retendue de son diamètre anti postérieur.
Le mécanisme de ces fractures est facile à comprendre. Lescai directes tendent à effacer la courbure naturelle des côtes; lesindired au contraire, tendent à l'exagérer, en agissant sur les extrémités <V. sées de Tare osseux.
Malgré quelques objections faites dans ces derniers temps, ce iD^ nisme, si ingénieusement tracé par J. L. Petit, est maintenant â*^ par la plupart des chirurgiens.
Les fractures des côtes produites par la seule action musculaire* assez rares. Cependant Malgaigne a pu en rassembler un bon nori d'exemples (1). Nous en avons nous-mème observé un cas surunsfi
(1) Malgaii^nc, Recherches sur les variétés et le ircUtement des fraclwres dei^ dans les Archives de médecinet 1838, t. 11, p. 257 et dl5.
i présentait tous l;*s .-ignés de la diathèse tuberculeuse. C'est ordinainentdans un violent accès de toux que se produisent ces solutions continuité. Jusqu'à présent ces fractures sont toutes arrivées du lé droit; le plus souvent elles n'affectent qu'une seule côte. Est-il cessaire pour qu'elles s'opèrent qu'il y ait préalablement altération du su osseux? Nous renvoyons pour la solution de cette question à nos inéralités sur les fractures.
les fractures des côtes sont incomparablement plus fréquentes chez s vieillards^ dont le tissu osseux a subi Tamincissement atrophique l dont les cartilages costaux sont en partie ossifiés, que chez les ioltes et chez les enfants. Une expérience facile à reproduire permet sèment de reconnaître cette fragilité : il suffit de percuter directement ec le poing le cadavre d'un vieillard ; au moindre effort, on sent une 1 plusieurs côtes se rompre sous la pression. Variétés. — Quel est le siège le plus ordinaire des fractures par use indirecte? Pendant que les autorités les plus graves, J. L. Petit, yer, Sanson, etc., admettent qu'alors la fracture occupe le plus souit la partie moyenne de la côte, Malgaigne, se fondant uniquement 'des données théoriques dont nous sommes loin de contester la jusse dans les conditions spéciales qu'il a soin de déterminer, soutient elle a plus souvent lieu dans la moitié antiVieure de Tos, assez près son cartilage. Nous attendrons, pour nous prononcer, de nouvelles ervations, en avouant toutefois que nous inclinons vers la première ces opinions.
^uant aux fractures par cause directe, il est inutile de dire qu'elles »vent se produire dans tous les points où porte l'action du corps nérant.
-^s fractures des côtes peuvent être uniques ou multiples (iig, 92 et 9U). général les fractures multiples ne s'observent que d'un côté de la Wne ; il peut arriver que les deux côtés soient atteints. On a vu quel- -fois trois ou quatre fractures sur une côte. Quand une pression est •fcée sur le sternum, elle se transmet aux côtes voisines, dont plusieurs 't presque toujours fracturées. Souvent aussi la fracture est multiple, ^nd elle est produite par cause directe, et alors môme il n'est pas •essaire que la violence soit très-forte, ou agisse sur une grande 'ïdue; l'union intime des côtes les unes aux autres, en les rendant quelque sorte solidaires, les expose en plus ou moins grand nombre ^ mêmes violences extérieures, et nous rend suffisamment compte Ce phénomène. Nous admettons avec la plupart des auteurs modernes ^X variétés de fractures des côtes. Les unes sont incomplètes^ c'est-à- & qu'elles affectent seulement l'un des bords ou l'une des faces de côte (plus souvent la face interne), et quelquefois plusieurs points à
iriétc répond à la filwe des chirurgiens anciens
la fois. Cette v
juger par le grand nombre d'observations publiées dans la s^
elles existeraient assez fréquemment, mais elles passent souve
perçues. Généniloment multiples, ces fractures se produisent i
remment par une cause directe ou indirecte.
Les autres sont complètes. La cassure, dans celles-ci, est quel nette, et les fragments sont alors retenus par le périoste et les m mais ils peuvent toutefois se déplacer, du moins momentanément très fois elle est dentelée, et les fragments, sans être maintenus]
FiG. 92. — Fractures doubles île la troisième el de la quatrième c< FiG. 93. — Fêlure horizonlale.
nmscieij et le périoste, ne se quittent cependant pas. Cette dernié position, indiquée par Malgaigne, est due, suivant ce chirurgie structure du tissu spongieux de la côte, lequel est formé de caiia parallèles à l'axe de l'os : or, ces canaliculcs n'ayant pas pari même épaisseur, se rompent à des hauteurs variables, et il en la fracture dentelée, qui répond à la fracture par engrènemeut quefois la fracture est esquilleuse ; cette variété ne s'observe guèi la suite d'un coup de feu-
FRACTrBES DES cAtES, 27fl
Enlin, il existe des fractures que nous appellerons mixtes, et dans lùsijuellps les deux variétés précédentes se trouvent réunies. Klles renimiil dans les Traclures multiples.
Le déplacetnenl des fragments, sur lesquels on a beaucoup discuté, nt[»Tsque impossible suivant la longueur de l'os. Tout te monde est d'iecord sur ce point, et c'est il peine si l'on a reconnu quelques fracluies complètes avec un peu de chevauchement ; mais tout le monde n'est pas également d'accord sur le déplacement dans le sens de son qaÎBseur, c'est-à-dire en dedans.
i. L. Petit avait dit que dans les l'racturea complètes le fragment an- It^tieur étant fixé au sternum par l'intermédiaire des cartilages, lo postérieur aux vertèbres dorsales, et tous les deux maintenus en place par les muscles intercostaux qui les ûxeut aux câtes saines, lesquelles leur wnent en quelque sorte d'attelles, le déplacement était possible, mais seulement dans une très-petite étendue, de façon à ne déterminer aucune déformation bien marquée. Vacca Berlinghieri alla plus loin que J, L. Petit, et soutint que le déplacement n'était pas possible, à moins de déchirure des muscles intercostaux ou d'autre complication. Il appujasOD assertion sur plusieurs raisons théoriques, inadmissibles pour la plupart. Iticherand et Giraud de l'HAtel-Dieu, dans leurs expériences, <diliareat des résultats condrmatifs des idées de Vacca.
Ces fats ne furent pas sans exercer quelque influence sur BoyerluiosSme, qui nie qu'il puisse exister de déplacement permanent entre les fnginents. Malgaigne a renouvelé les expériences des chirurgiens précédents, et comme eux il a quelquefois obtenu des résultats négatifs, nuis quelquefois aussi un déplacement, ce qui lui a fait dire avec railuti que leurs expériences n'avaient été ni assez nombreuses ni assez ïuiées. Voici en résumé les résultats obtenus par ce chirurgien : Une simple tissure ne peut Hre accompagnée d'aucun déplacement ; mais île» a observé un dans des fractures incomplètes, affectant l'un des bords ou l'une des faces de la côte et le diploé. C'est ce déplacement CD dedans que les anciens chirurgiens appelaient enfoncement des eûtes. Uans les fractures complètes non multiples, le déplacement rannque Mssi souvent qu'il existe, Vacca Berlinghieri avait bien constaté ce V ili-pUcement, mais il l'avait attribué au traitement de J. L. Petit, c'est- 'dire il la pression sur les fragments au moyen de compresses. Il y a jW'iice de déplacement dans les cas où le périoste est b. peu près iiilnnl, et lorsque la fracture affecte la forme dentelée. Dans les frac- 'iires complètes et multiples, tantôt il n'y a pas de déplacement, lanlôL il y en a dans l'une et non dans l'autre, tantôt enfin il y en a dans toutes <'n mime temps. Quant aux déplacements des deux fragments ik la Tois, soit en dedans, soit en dehors, aux yeux de Malgaigne, lu théorie |wi> est seule capable d'en concevoir la possibilité,
Outre ce déplacement en dedans. Malgaigne a vii quelquefois la fragments faire saillie en haut et en bas ; mais ces saillies sont en gé néral très-légères, limitées pour l'ordinaire à 1 ou 2 millimètres.
Les causes de ces déplacements sont un effet combiné : 1* de la vio lence extérieure, 2® de la direction de la fracture. L'action musculair ne peut effectivement être invoquée, puisqu'on peut obtenir ces dépli céments sur le cadavre.
Complications. — Quelle que soit la variété à laquelle elle appar tienne, une fracture de côte peut être simple ou compliquée.
Les complications qui peuvent l'accompagner sont nombreuses «I présentent plus ou moins de gravité. Ainsi, il peut y avoir en méat temps une plaie pénétrante de poitrine; une blessure de Tartère inte^ costale, d'où épanchement sanguin dans la cavité pleurale; desesquiUes peuvent faire saillie en dedans des côtes, déchirer le diaphragme, ii plèvre et, ce qui est plus grave encore, se fixer dans la substance pé monaire, hépatique, splénique et jusque dans les cavités du csv (Lonsdale, Dupuytren, Morel-Lavallée), d'où pleurésie, péripDWh monie, hépatite, etc. Enfin, lorsque quelques vésicules pulmonairs ont été ouvertes, il peut y avoir formation de pneumothorax, d'un«B-.j physème général.
Diagnostic. — Celui des fractures incomplètes est à peu près la»possible. J. L. Petit accuse d'impudeur ceux qui en assurent l'existeiw dans un cas particulier : « Un honnête homme est bien embarnssé, dit-il, lorsqu'il se trouve vis-à-vis d'un bailleul qui soutient que la côfe est fêlée ; car enfin, s'il n'y a point de signe pour l'autoriser à affirmu cette prétendue fêlure, il n y en a point aussi qui nous fasse reconnaiii* qu'elle n'y est pas. » Il raconle à ce sujet l'exemple déplorable d'iD malheureux ayant une contusion du foie, et qui fut traité comme affe* d'une fracture incomplète des côtes. La lésion du foie ayant étéflfr connue, le malade succomba aux suites d'une suppuration de f^ organe.
On reconnaît une fracture complète à Taide de deux ordres de sign«Si les uns physiques, les autres physiologiques.
Parmi les signes physiques, nous noterons la mobilité contre natts^ des fragments, la crépitation, qui manque ordinairement dans les înC" turcs dentelées. Pour la percevoir aisémenl, on applique une main» plat sur le lieu fracturé, et l'on recommande au malade de tousser; ou bien de Tautre main on presse sur un point des parois de la poitrine, à quelque distance du premier. De cette manière il sera généralement facile de constater la crépitation. Le stéthoscope, appliqué sur un point quelconque des parois thoraciques, pendant qu'une autff personne cherche à produire la crépitation, a quelquefois permisse la constater. L'épreuve ne réussit pas toujours ù chaque effort ; or.
FRACTllHES »EB fiÙTES. 281
ciïrs Iw cas observés, on aura soin toutefois rie nv pas coiiFondre relte cfépilalion avec celle rie l'eniphysÈme ou rie la pleurésie légère qui nccampa^nent assez souvent ces fractures. Il est excessivement rare (ie voir la crépitation ?» produire d'elle-mi^nie et s'enlcnrire à chaque inspiration un peu forte. Chaumette et Morol-Lavallée ont obsei-vè ({uelque chose de bien plus extraordinaire encore; le premier sur son heau-pire, le second sur deux malades de son service ; ils entendirent un bruit lorsque le cœur se mouvait, et, pour mieux dépeindre la ré- Kiilnrilé du remuement qui vint frapper distinctement son oreillcj Mnrel le compara à un bruit de moulin.
Lps signes physiologiques sont une douleur vive au niveau du point frnrturé, douleur que rendent plusaiguS les mouvements du tronc, ou ceux que fail le malade pour tousser, quelquefois seuleraent pour respirer. Elle peut persister pendant douze ou quinze jours, jusqu'à ce i|ij>nfîn le cal ait acquis assez, de solidité pour s'opposer au dôrangeniPiildes fragments.
Celle douleur est souvent accompagnée de dyspnée. L'une et l'autre •'<n\ plus marquées dans les fractures en dedans que dans les fractures en dehors, En eftet, lors de la production des premières, le coup porl 'lit sur un corps convexe qui résiste d'autant plus qu'il appuie sur le ^lemuni et les vertèbres, il y a dépeitlition dp force ; il faut donc que ■i violence soit augmentée en raison directe de celte déperdition pour ||iie la fracture ait lieu, et l'on conçoit qu'alors les viscères aient subi une atteinte plus profonde. Malgaigne a observé qu'il sullit quelquefois lie diminuer l'enfoncement d'un fragment de côte pour faire cesser iiamëdiatement les souffrances les plus vives. Il pense que co pliéno- I niÈne se produit parce qu'on dégage très-probablement le poumon I ^Fragments qui le piquaient et l'irritaient, et parce qu'on fait rentrer '" siiillie de l'os sous lu plèvre costale. Enfin te malade perçoit souvent ■10 lieu (le la friicture une sensation de craquement, très-distincte quand '' Tuitune forte inspiration ou qu'il tousse. Ajoutons, pour terminer ce lui a Irait au diagnostic, que dans les fractures doubles une pression I li'gère peut enfoncer le fragment moyen, et que dans les fractures I ■nulliples produites en même temps sur plusieurs côtts voisines, on >oil quelquefois ce fragment moyen port« en dedans de la poitrine pendant l'inspiration et repoussé pendant l'expiration. Ces faits sont '"'ureusement assez rares. Dans un cas semblable cité par Sabatier, le iiiulailG guérit. Chez deux malades observés par nous à l'hûpital des Cliniques, il y avait en même temps une tumeur emphysémateuse ■'"^l'entant ou diminuant de volume pendant les deux temps de la ■■'■spiralion.
PaoNosTic. — Une fracture de côte exempte de complications ne ciinsiiiug pas en général une m!ilariie grave. Toutes choses étant égales
d'ailleurs, la fracture est plus sérieuse quand elle affecte les côtes se périeures que les inférieures, vu le déploiement plus considérable d forces qu'a nécessité sa production. La consolidation manque rare ment^ bien que nous ayons vu quelques exemples de pseudarthros( Quand rien ne vient entraver ce travail, il est ordinairement parfait d vingt-cinquième au trentième jour. Quand au contraire on voit se pro duire une des graves complications dont nous avons parlé, la moi peut survenir en quelques heures ou en quelques jours.
Les pseudarthroses s'observent presque toujours sur les côtes nioyeo nés et inférieures. Sur une pièce recueillie par M. Ânger à Tampte théâtre des hôpitaux, la première côte, dont les mouvements sont si limités, en était elle-même le siège. Ces néarthroses n'entraînent habituellement aucune gêne des mouvements thoraciques.
Traitement. — Quand les fragments n'ont pas de tendance au dé placement, il suffit de faire garder le repos et de condamner le maladei respirer uniquement par le diaphragme, en lui immobilisant les côte^ Nous ne parlerons pas de tous les appareils qu'on a conseillés pour obtenir cette immobilité, tels que l'emplâtre apostolique, celui de Guillaume de Salicet, la ceinture de peau de buffle, etc., si justemeDl' oubliés de nos jours. En France, on emploie de préférence leband^ de corps, qui ne laisse pas cependant d'avoir ses inconvénients. Aiis on lui a reproché de ne pas immobiliser le thorax d'une manière égA et permanente, de gêner l'ampliation du côté sain. D'ailleurs il » relâche et a besoin d'être chaque jour resserré. Souvent, enfin, la douleur est due à la contusion, à l'inflammation du poumon et de la ])lèvre, et loin de la calmer, le bandage l'augmente en mêmetempî qu'il rend la dyspnée plus forte. On conseille, dans ces cas où la douleur est si vive, de laisser le malade sur le dos, ou sur le côté affecte, ce qui serait préférable encore si le malade pouvait y rester; dansl'u» et dans l'autre cas, la douleur suffira pour immobiliser les côtes do côté malade.
En dernière analyse, nous pensons, avec Malgaigne, que lorsque les mouvements respiratoires excitent des douleurs que lebandagemodère, celui-ci est indispensable ; qu'on peut s'en passer sans inconvénients quand ces douleurs n'existent pas, et que, lorsqu'elles persisleDt malgré son emploi, il est à la fois inutile et nuisible. C'est ce qui a lieu surtout pour les fractures des côtes inférieures et des fausses côtes. chirurgien a conseillé les circulaires de sparadrap entourant le coté malade de la poitrine et laissant l'autre tout à fait libre, ou un appanil amidonné, que M. Laugier emploie avec avantage dans sa pratique.
Ce qui précède s'applique, avons-nous dit, aux fractures sans déplacement; mais quand le déplacement existe, il faut opérer la réduction des fragments. Pour arriver à cette fin, J. L. Petit conseille d'uiilr
I fhactl'HEs des cûtes. 283
& lens inverse de celui daDs lequel s'est produite la fracture. Mais«es procédés ne sont applicables que dans les cas de fracture incomplète Jelalable interne avec léger enfoncement de l'externe, et dans celle de k lable externe; encore ne réussil-on pas complètement. Faut-il si- (,'iialer une inadvertance de Boyer, qui conseille de réduire, à la manière (le J, L. Petit, des déplacements qui, suivant lui, n'existent jamais d'une manière permanente?
Dans les fractures doubles avec enfoncement d'un fragment, il faut relever le fragment enfoncé. Pour cela, on a préconisé tour h tour les aliments venteux, les empifttres attractifs, les ventouses, les fortes inspirations, les cfl'orts puissants, comme par exemple de souffler fortement dans une bouteille. Ravatoo a essayé de faire concourir l'action de cer- Uins muscles à la réduction. Il a réussi dans un cas en faisant suspendre son malade par deux bâtons passés sous les aisselles. Ces procédés mérilcnt à peine d'ùtre mentionnés. Enfin, Malgaigne a observé sur le [■adavre que dans les cas de fractures avec dentelures, en enfonçant par une pi-ession ménagée le fragment qui est resté à sa place jusqu'à la rencontre du fragment enfoncé, les dentelures de l'un s'engrenaient nec celles de l'autre, et en abandonnant le premier à son élaslicîtc, il retenait ordinairement au niveau, entraînant le deuxième avec lui.
Le même chirurgien, pour retirer un fragment d'os enfoncé dans le poumon, a proposé de se servir d'une simple aiguille courbe sans ouverture, pareille au ténaculuni, par exemple, seulement un peu plus 'orle, Après l'avoir plongée avec ménagement jusqu'au bord supérieur du fragment enfoncé,.on la glisserait sous safaceinternesans aller jusqu'il la gouttière occupée par l'artère, et l'on relèverait ainsi la cAte comme avec un élévatoire. Il n'est pas douteux que cet instrument soit préférable au levier de Soranus, à l'introduction du doigt conseillée par Duvernoy, au crochet de Goulard, et au lire-fond de Boelcher, ne fût-ce que parce qu'il évite l'incision que nécessitent ces derniers. Je ne sache pas que ce moyen ait été employé.
Après avoir réduit les fragments déplacés, il faut s'opposer aux récidives de déplacement; ces récidives sont surtout Ji craindre pour les fractures voisines du sternum. Lorsque c'est le fragment antérieur qui '^ enfonce, le décubitus sur le cfité sain suffit pour prévenir le déplacement,
Si le sujet voulait se lever, se mouvoir, en un mot, on pourrait suivre le conseil qu'a donné Halgaigne, c'est-à-dire appliquer un bandage Herniaire anglais à long ressort, une pelote appuyant en arrière sur la '^liedes côtes du côté sain, l'autre sur la saillie du fragment déplacé,
ou bien encore, pour éviter une compression douloureuse, placer des
Wmpreases ou de la ouate dans l'espace interosseux, et maintenir le
■""'soliilemenl,
AFTF-r.TlONS DKS «S.
'gnl^-mi'iit i^miibalti-i' pnr un Irnilcment a|i[
Li> Hiinirjiicti ili
prié les inflammations vifiCLiralos ([uî peuvent sunenir. Si l'empbjrsi n'est pns monstrueux, il ie lftisser.1 se dissiper t\e lui-mflmc ; si par Ir^s-rare pKCùptioii,l'iiir s'iiifillrf^ et rlistcnd la penu ttulra nit^iur sufiira de la ponclionnrt' sans jnrniiîs recourir uux grniideï iiinni consL'illécs milffifnis p,ir quclfjues (irnndes aulorih-s.
ARTICLl': XX.
CHACTCIIKS nES CARTIUliKS COHTAli:
L'Iiislotrc de ces fraelurcs appartient (nul entièi-e k In diinirgie derne. On en b longtemps nié l'existence, h cansc de l'ûtasticité t;rand« dont les osrlilii^es snnt doués; mais leur réalité est bien montrée aujourd'hui. Snns t^lru tn>s-tréquentes, elles ont été am tées un assez grand nombre de fois. Mugf^ndie a bien démontré < ces fractures peuvent se proiluircj alors mfnu' ijuc ces rarlilagn vont pas ossifié';.
Causfj. — Ces fractures, au dire de Boyer, sont pmduitM pi** toujourK par des canses direcles. C'est surfont entre la b' et la 8* f
FHACl'UHES l>ES OAItTILAGES CUSTAUX. 285
[ quu cïltL- It-sion a clé observée. On possède cependani plusieurs cas de I Aaclure du cartilage de la 3° ut de la li° cdie (flg. d&).
Ordinaire ment elles sont uniques, rarement multiples. Leiidet o obj f^rvéJirHOiteNDieu de Rouen l;i fracture aimuKanée de cinquitrlil!i);es (h; 5*, 6', 7', 8'), et Magendie celle des cartilages des 6", 7" et 8' cdtes.
La cassure est presque toujours nelle et perpendiculaire à l'axe du <irlilage. Les fragments restent rarement en nipporL A. Béritrd, dans -^l'S expériences sur le cadavre, a quelquefois constaté l'absence de dépUicement, et l'examen d'une pièce déposée au musée Uupujtren tendraitàprouver que, même sur le vivant, le déplacement n'est pointun phénomène constant.
Quoi qu'il en soit, le déplacement est la règle, et nous devons nous doinander maintenant dans quel sens il se produit. Magendie a cherch<i A établir que presque toujours le fragment interne se porte on avant el anticipe un peu sur l'oxterne. Mais k cette loi nous opposerons immédiatement celle de Delpech, qui nous parait plus conforme à lu I i-.'ililé : u Si la fracture, dit le chirurgien de Montpellier, a lieu ])rès ilij sternum, le fragment interne se porte en avant el croise l'externe; le contraire a lieu si la fracture est plus près de la cOte. » M. Velpeau a observé deux cas où le fragment interne avait passé en arrière de IV-x terne.
En général, le déplacement est bien moins marqué chez les vieillards que chez les jeunes sujets ; il est facile à réduire, surtout si l'on agit pendant l'inspiration, laquelle suftit quelquefois seule pour opérer cette "^«luflion.
Ouelle est la cause de ces déplacements? Il est clair qu'il faut élimi- "•^t- l'action musculaire, puisqu'on a pu obtenir ces déplacements sur 'b cadavre. Ils sont dus, suivant Mal(;aigne, k l'élasticité des cartilages, * c«rlBines pressions extérieures.
Ouand lu fracture est multiple, il existe quelquefois au niveau des '^♦f lilages fracturés une dépression considérable, qui a pu en imposer !"'Uf un vice de conforniiition : témoin le cas observé par Magu-ndie '"'' un malade mort à l'hâpilnl Suint-Louis.
tiUfiKOSTic. — L'absence de déplacement pourrait seule maliquer les ^y>»iptôm«s de la fracture. Far contre, Ifi diagnostic n'est plus douteux '"^r^que le déplacement existe cl lorsqu'on peut déprimer à volonté ' Un ou l'autre des fragments.
Pronostic. — Ces fractures sont ordinairement sans gravité. La "-'Union s'opère par une espèce de virole osseuse, volumineuse et irré- Ki^Uére, qui entoure la fracture, et dans l'intérieur de laquelle les extrc- "tUés de chaque fragment sont isolées, et, ainsi que l'a noté M. Cloquet, toujours à l'état de cartilage.
2S6 AFFKCTIONS DES OS.
Traitement. — L'idée que les fragments de ces cartilages une fob déplacés ne pouvaient se maintenir réduits avait fait renoncer à toute tentative de traitement, A. Cooper cependant conseille de recouvrir le lieu de la fracture d'une attelle de carton mouille qui, en se desséchant sur la poitrine, revêt la forme exacte des parties, et empêche les mouvements du thorax^ auquel on la fixe par une bande de flanelle.
Malgaigne a employé cet appareil ; mais il a été bientôt forcé d'y renoncer, car la peau offrait un commencement de mortification dans le point comprimé par le carton desséché. ï/appareil que conseille ce chirurgien consiste dans le bandage anglais que l'on emploie pour lahernie inguinale. Cet appareil peut suivre les côtes dans leurs mouvements, et agir toujours avec une égale puissance, sans jamais les abandoniier.