AFFECTIONS DES VAISSEAUX LYMPHATIQUES
onne point Tinflammation des vaisseaux lymphatiques, et que cette inammation, dans quelques circonstances, ne s^est développée que dix a quinze jours plus tard, à la suit« de la déposition dans la solution de )ntinuité d'un poison septique ou d'un principe virulent, on sera porté admettre que Tangioleucite a été le résultat, non de la plaie, mais de absorption de ces fluides, et que puisque ceux-ci ont produit un eifet ïmblable, d'autres peuvent le produire aussi.
Lorsqu'un organe est affecté d'une dégénérescence ,tCancéreuse ou iberculeuse, une irritation chronique semble s'emparer des vaisseaux rmphatiques et se propager de proche en proche jusqu'aux ganglions. lusieurs faits tendent à démontrer l'existence de ce mode de propaation de l'angioleucite, mais ils manquent de précision, et ne sauraient uffire pour nous permettre d'avancer que telle est la marche ordinaire u cancer et des tubercules lorsqu'ils viennent à envahir le système emphatique. Mais l'angioleucite nait manifestement sous l'influence .'une cause interne, lorsque celle-ci produit l'inflammation de tout un Tgane : dans ce cas, les lymphatiques qui entrent dans la structure de organe affecté participent à cette inflammation ; tantôt alors on voit angioleucite ne pas dépasser les limites de la surface enflammée, tantôt n la voit s'étendre au loin. Tel est le mode de développement de l'anioleucite utérine, si souvent observée dans la métro-péritonite ; telle est iissi l'origine de l'angioleucite des membres affectés d'érysipèle, d'in- >ammation phlegmoneuse, d'œdème douloureux spontané; telestle point e départ de l'inflammation des vaisseaux lymphatiques, du cordon permatique à la suite de l'orchite simple ou blennorrhagique, etc.
On peut admettre, avec M. Velpeau (1), que, sous l'influence des dif- ^rentes causes que nous venons d'énumérer, l'angioleucite se déve- 5ppe de trois manières différentes: 1° de proche en proche, pour se iriger, tantôt vers la terminaison des vaisseaux, tantôt vers leur origine, t quelquefois dans ces deux directions simultanément: ainsi se déve- )ppe l'angioleucite qui succède à une simple excoriation, et en général ux causes externes; 2** par irritation interne, lorsque l'absorption a in- •oduit dans le canal du vaisseau un liquide dont les parois ne peuvent apporter le contact: l'inflammation nous semble offrir ce point de épart lorsqu'elle succède à l'introduction d'un poison septique ou d'un rincipe virulent ; 3° de Textérieur à l'intérieur, ou par l'intermédiaire es liens celluleux et vasculaires qui unissent le vaisseau aux parties oisines affectées d'inflammation. Ce troisième mode de développement ppartient spécialement aux angioleucites de cause interne.
Diagnostic. — Deux maladies, la phlébite et l'érysipèle, pourraient ire facilement confondues avec l'angioleucite. L'inflammation des
(1) Velpeau, Clinique chirurgicale, t. III, p. 235.
74B AFFECTIONS DES VAISSEAUX ET DES GANGUONS LYXPHATIOtES.
veines et celle des lymphatiques succèdent le plus habituellement. Tune et Tautre, à une plaie ou à toute autre violence extérieure, prèst»nUnl pour caractères une rougeur superficielle^ qui suit la in«^me dircclion pour toutes deux dans toutes les régions; une douleur vive qui ^Vxil^• père au toucher, une tuméfaction cylindroïde correspondant à \ïm traînée rouge, des phénomènes généraux identiques. Mais: l*'dafl^i'an• gioleucite, les traînées linéaires sont multiples, moins lar^^es. piih sinueuses et entrelacées ; 2° ces traînées vont se terminer aux gan^'lion> superficiels qui sont engorgés, alors même qu'elles n*amvcnt {an jusqu'à eux, et que l'inflammation parait très modérée ; S"" la tuniefartioa n'existe point au début, et, lorsqu'elle se montre, elle est toujours tn^ faible, tandis que dans la phlébite le caillot, qui est de trente ou quarante fois plus considérable, donne au toucher la sensation francht» d'un cordon cylindrique ; U° la réaction générale est presque toui«»un plus vive. Ces signes difterentiels ne s'appliquent qu'à la première p^ riode de ces deux maladies, c'est-à-dire à celle qui est essentiellnut nt caractérisée par la coagulation du liquide intra-vasculaire. LorsquVili^ sont parvenues à la période suppurative, leur distinction devient beaucoup plus difficile ; des abcès multiples, irrégulièrement diss^'^minés, H coïncidant avec l'engorgement des ganglions, f(»ront présumer une angioleucite suppurée. Si le diagnostic de ces deux affections, dans leur seconde période, ne peut pas toujours être établi sûrement lorsqu'elle occupent les vaisseaux superficiels, les difficultés qu'il jirésente sont bien autrement grandes lorsqu'elles siègent sur les veines et les lynipha!iqu«-> profonds. L'engorgement des ganglions lymphatiques serait le vu! symptôme qui pourrait faire distinguer l'angioleueite de la phlebit»^ sous-aponévrotique ; mais cet engorgement se montre dans la plupart des phlegmasies qui peuvent affecter les membres, en sorte que ce caractère est tout à fait insuffisant, et que ces maladies seront le plus >ouvent confondues. Mais cette erreur aura peu d'importance, puisque k» pronostic et le traitement demeurent les mêmes dans Tune et l'autre.
De grandes analogies rapprochent également l'angioleueite delVr)sipèle, et nous devons rappeler à cette occasion l'opinion de Rl.mtlin, qui place le siège de cette dernière maladie dans le rés<*au lymphatiqu-^ superficiel de la peau, en sorte que l'érysipèle deviendrait ainsi une simple variété de l'affection qui nous occupe. Mais, mi'nn* dans cette hypothèse dont nous sommes disposé à reconnaître la viai«*eniM.in»v. il faut admettre des différences essentielles entre cette espère d'anp«>leucite réticulaire, dont les phénomènes s'accomplissent à loniiine même des vaisseaux lymphatiques, et celle qui en affecte les pnnnjvau\ troncs. Voici quelles sont ces différences: 1° dans IVrysipt'le, la r«»ageur est uniforme, disposée par plaques, et non linéaire; 2® cette rougeur se développe, en s'irradiant autour d'un point central, cl non âur
AFFECTIONS DES VAISSEAUX LYMPIIATIOtJES. 7/|9
le trajet d'une ligne ; 3** elle ne s'accompagne pas constamment de Tengorgement des ganglions; U"" il n'existe aucune tuméfaction cylindroïde.
Pronostic. —L'angioleucite n'entraîne le plus souvent aucun danger; mais les phénomènes qui l'accompagnent, malgré leur simplicité qui éloigne de l'esprit du malade toute inquiétude, peuvent prendre en quelques heures un grand développement, et devenir rapidement alarmants ; le caractère insidieux, propre à la marche de cette maladie, doit tenir en éveil l'attention du chirurgien, et imprimer à ses jugements une certaine réserve.
Traitement. — Il est général et local: les moyens généraux ne deviennent utiles que lorsque la maladie a pris quelque intensité ; un régime doux, des boissons adoucissantes, un repos complet, de doux laxatifs, et, dans des circonstances plus rares, une ou deux saignées générales, sont ceux qu'il convientde mettre en usage. Le traitement local compte cinq méthodes différentes, savoir : les antiphlogistiques, les réfrigérants, les vésicatoires volants, les frictions mercurielles et la compression. Les antiphlogistiques recommandés sont : les topiques émollients, simples ou laudanisés ; les bains locaux, souvent répétés, et les sangsues, qui doivent être appliquées en grand nombre. Les réfrigérants ont été peu employés ; mais la position superficielle des vaisseaux lymphatiques, en les soumettant à leur influence presque immédiate, laisse bien augurer de leur emploi. L'irrigation continue est le mode de réfrigération qui nous paraîtrait le plus convenable. M. Velpeau a eu recours deux fois à ce traitement; il s'est servi de compresses trempées dans l'eau froide et souvent imbibées, mais sans succès. Ces deux faits ne sont pas suffisants pour faire apprécier la valeur de ce moyen, et, en outre, une semblable réfrigération est toujours intermittente, ou au moins inégale: il importe qu'elle soit continue. Les vésicatoires volants, les frictions mercurielles et la compression, dès le début de Tangioleucite, ont été conseillés et employés également par M. Velpeau, qui en a retiré le plus souvent de bons résultats.
§11. — Plaîei dei vaisseaux lyinphaiî<{ues.
Les piqûres et les coupures des vaisseaux lymphatiques sont fréquentes; elles ont lieu presque constamment dans la saignée du bras. Au pied, il existe un tronc lymphatique formé par la réunion de la plupart des vaisseaux qui naissent de la région plantaire; ce tronc, qui égale souvent le volume d'une plume de corbeau, monte au devant de la malléole interne accolé à la veine saphène, et peut être très facilement divisé dans la phlébotomie malléolaire. Ces blessures, suivant Sœmmering, Wuck, et quelques autres auteurs, sont suivies d'un écoule*
750 AFFECTIOBIS DES VAISSEAUX ET DES GANGUONS LTVPHATIOCB.
ment de lymphe entre les bords de la plaie. Assalini dit avoir vu une petite solution de continuité de la cuisse fournir dans l'espace de trois jours, par un écoulement continu^ 2 kilogrammes et demi de lynipbe. Cette espèce d'hémorrhagie serait reconnaissable^ suivant les auteurs qui en ont parlé^ à la facilité avec laquelle on peut la supprimer tu comprimant les vaisseaux lymphatiques entre la plaie et leur origioe. Que se passe-t-il dans ces vaisseaux après leur blessure? La science ot possède sur ce point aucune observation : Tanalogie nous autorise a penser qu'ils deviennent le siège d'une angioleucite oblitérante; oui» alors cette oblitération devrait se montrer au niveau de la plupart des cicatrices. Cependant il nous a été permis plusieurs fois d'obser\er irs vaisseaux lymphatiques qui correspondent aux cicatrices consécutives à la saignée du pli du bras. Ces cicatrices sont assez souvent très multipliées sur la veine médiane céphalique; un grand nombre de lymphatiques montent obliquement entre cette veine et les téguments, sur tous les points où elle est accessible à la lancette ; ce|)endant dous n'avons jamais constaté dans ces vaisseaux une oblitération, et trois fois nous avons rencontré, au niveau même de ces cicatrices, une dilatation variqueuse qui oifrait une étendue de 1 à 2 centimètres, et 1 dianiètR de 3 à /!i millimètres. Cette varice aurait pu être blessée dans Topentioo de la saignée, et serait alors devenue la source d*un écroulement plus ou moins manifeste de lymphe. Dans l'hypothèse où lateine se serait dérobée à la lancette, cet écoulement aurait constitué une véritiUr saignée blanche. Les phénomènes qui se passent dans les \'aisseaux lymphati(]uc's lorsqu'ils sont blessés sont donc encore peu connus. (>> blessures ifont d'autres inconvénients que celui de devenir quelquefoi» une cause d'angioleucite.
§ Xn. — INlataiioD ▼aricpeaie des rMucao» lymphaUqwt.
Les varices des vaisseaux lymphatiques ont été depuis longtempâ signalées. Le fait le plus remarquable que possède la science sur ce sujet, est celui qui a été observé par M. Amussat, et que Breschet a fait représenter dans sa thèse : cette dilatation variqueuse comprenait, non-seulement le canal thoracique, qui en est le siège le plus ordinaire, mais encore tous les vaisseaux lombaires, iliaques, et les lymphatiques profonds de chaque cuisse. Sœmmering a trouvé plusieurs varices sur les vaisseaux lymphatiques superficiels de la cuisse, sur ceux qui partent du sein pour se rendre aux ganglions axillaires. Nous avons rencontre cette disposition variqueuse il la jambe et sur le cordon de» vaisse^iui spermatiques. Ces varices semblent offrir les mêmes caractères qur celles des veines. Lorsqu'on les pique, dit Sœmmering, la lymphe s'en échappe sous la forme d'un jet; si leur existence pouvait être constatcf . un bandage compressif serait le seul traitement à leur opposer.