TUMEURS ÉEEGTILES DES MUSCLES
Les tumeurs érectiles des muscles ne sont pas très rares, cependant elles ont été passées sous silence par la plupart des chirurgiens ; en effet, le peu d'observations que nous possédons est relatif à des faits étudiés plutôt au point de vue de l'anatomie pathologique qu'au point de vue clinique. C'est ainsi que M. Cruveilhier a décrit et figuré plusieurs tumeurs érectiles développées sur le membre supérieur d'une femme de soixante-quinze ans qu'il a observée à la Salpôtrière. Parmi ces tumeurs, les unes occupaient la face supérieure des muscles, d'autres la face profonde, d'autres enfin étaient situées dans les couches centrales. Le muscle biceps était presque entièrement converti en tissu érectile ; ce tissu, parfaitement organisé, offrait l'aspect aréolaire du tissu des corps caverneux. M. Maisonneuve a extirpé une tumeur du même genre développée dans l'épaisseur des muscles de la partie postérieure du cou ; nous avons été nous-même appelé à constater des tumeurs de ce genre.
Tantôt ces tumeurs débutent primitivement dans le muscle, d'autres fois elles ne sont que le résultat de la propagation d'une tumeur érectile Bous-cutanée au tissu musculaire; les unes sont diffuses et sans ligne de démarcation bien tranchée, les autres sont nettement séparées des tissus circonscrits et enveloppées par une espèce de kyste.
Mais si nous sommes riche en anatomie pathologique par l'exactitude des descriptions de ces tumeurs, nous ne pouvons pas en dire autant de la symptomatologie, car souvent ces tumeurs n'ont pas été reconnues pendant la vie, et ce n'est qu'au moment où l'on faisait l'opération pour les extirper, que l'on a constaté leur véritable nature : ainsi la tumeur observée par M. Maisonneuve avait été prise pour un lipome.
Bornons- nous donc à signaler les points suivants. Lestumeors enbstées se développent avec beaucoup moins de rapidité que les autres, néanmoins elles s'accroissent^ mais en conservant leur enveloppe kfv tique qui s'élargit au fur et à mesure de Taccroissement de la tumeur.
Les tumeurs érectiles peuvent être confondues avec toutes les tameurs qui se développent dans les muscles ou dans leur voisinage: les tumeurs syphilitiques^ hydatiques, cancéreuses^ fibreuses, les lipomes^ etc. Les douleurs qui se montrent parfois s'irradiant de h tumeur^ ont pu faire croire à Texistence d'un névrome. Malheureusement nous ne connaissons pas de signes pathognomoniques qui poissent assurer le diagnostic; si cependant la tumeur se trouvait avoir des connexions avec une tumeur érectile cutanée ou sous-cutanée^ il y aurait de grande probabilité pour que la tumeur musculaire fût érectile, miis rien encore ne viendrait le démontrer d'une manière certaine.
Lorsque ces tumeurs sont peu volumineuses, elles n'ont pas une très grande gravité, on pourrait dans ces cas opérer comme l'a fait M. De^tt^ quay (1). Il fit sur toute la tumeur une incision comprenant la peau et le tissu cellulaire sous-cutané; la tumeur était dans l'épaisseur du long supinateur, elle fut isolée avec soin, soulevée à sa partie moyenne; one ligature fut jetée sur l'extrémité inférieure, l'exû^mité supérieure tsA coupée avec des ciseaux, et enfin la tumeur définitivement extirpée. Quelques jours après la guérison était complète. Cette opération est pu^ faitement applicable aux tumeurs enkystées, mais les tumeurs diffuses qui envahissent les muscles dans une grande partie de leur étendue sont le plus souvent au-dessus des ressources de l'art, tant à cause de retendue de l'altération morbide que des lésions vasculaires que l'on observe dans les tissus environnants.
ARTICLE VI
AFFECTIONS SYPHILITIQCF.S DES MOSCLES.
Les affections syphilitiques des muscles n'ont été indiquées que d'une manière assez vague et fort incomplète par Astruc dans le siècle dernier; au commencement de celui-ci, Petit-Radel en 1812 et Lagneau en 1828. appelèrent également TattentioD sur ce point: ils signalèrent les douleurs et la contracture musculaire, mais ils n'ont rapporté aucun fait. Il faut arriver en 1836 à Ph. Boyer, pour trouver quelques observations, peo détaillées d'ailleurs, sur la contracture déterminée par la syphilis. En 18^1 M. Ricord observa quelques cas de contracture à l'hôpital du Midi, fit
(!) Union médicale, 2« térie, in-8, 1861, t. XII, p. 587.