PLAIES PAR ARKACU£M£NT. 25S
surface, Tabsence presque complète d'écoulement sanguin, le peu d'intensité de la douleur qui les accompagne.
L'irrégularité de la plaie est due à l'inégale résistance^ et surtout à l^aégale rétractilité des divers tissus. Les surfaces articulaires, tirées en sens contraires, s'écartent, les ligaments se rompent d'abord, ensuite les tendons, puis les muscles, les nerfs, et enfin, en dernier lieu, la peau H les vaisseaux ; l'avulsion n'est donc point instantanée, mais succèsûve, et procède dans l'ordre de résistance des divers tissus. Les muscles, stant puissamment contractés au moment de l'élongation, sont rarelient interrompus dans leur continuité ; la séparation s'opère le plus souvent à l'insertion des fibres musculaires sur l'extrémité épanouie des endons, de telle sorte que les tissus fibreux restent d'un côté et le !orps du muscle du côté opposé ; le tendon demeure ordinairement ippendn à la partie arrachée. On trouve à la suite du mémoire déjà cité le Morand une figure représentant des phalanges arrachées avec leurs endons. Nous avons déposé au musée Dupuytren plusieurs pièces de ce ^nre. En général, les saillies se trouvent sur Torgane emporté, et les enfoncements sur le moignon.
Le mode de dilacération des artères explique de la manière la plus ntisfaisante l'absence de Thémorrhagie ; les deux tuniques internes, très jragiles, se déchirent promptement, pendant que l'interne, plus extensible, se laisse allonger en un tube qui s'étrangle vers la partie moyenne, ^^effile de plus en plus, et se rompt enfin pour se tordre ensuite sur elle-même, tandis que le vaisseau redevenu libre se rétracte au milieu des tissus.
La peau, après s'être laissé allonger et distendre comme les vaisseaux, M déchire comme eux très inégalement : tantôt elle recouvre large - KHentla plaie ; tantôt les tendons et les muscles la débordent; quelqoefois elle est divisée très haut d'un côté et très bas du côté opposé.
Par l'absence de l'hémorrhagie et des douleurs, ces plaies se rapproidient de celles qui succèdent à l'action des projectiles ; mais le défaut de toute contusion et de toute stupeur les en distingue éminemment ; souvent elles se cicatrisent, en partie au moins, par première intention, et, lorsqu'elles suppurent, la guérison est prompte et souvent exempte 4e tout accident, soit local, soit général ; la mutilation qu'elles occasionnent est le seul côté fâcheux qu'elles présentent.
Le traitement des plaies par arrachement consiste, pour les plaies atec avulsion complète, à i*égulariser leurs surfaces en excisant les lambeaux les plus irréguliers, à réséquer une partie de l'os, lorsqu'il est dénudé ou menacé de faire saillie au-dessus des parties molles, à réunir
ensuite par première intention.
On peut rapprocher des plaies que nous venons de décrire ces dé-
vhiïures des parties molles qui s'opèrent quelquefois par le fait d'une
2$4 fLAlSS.
distension extrême dans le voisinage de certaines avons un excMiiple fréqucMit de cette variété des |>laies par arrachemant dans les solutions de continuité qui se montrent sur les parties fartéraies de rarticulation tibio-tai'sienne à la suite des lumUons du pied on dedans. La peau est aloi's divisée transversalement au niveau de b malléole interne; la solution de continuité est rectiligne et aussi nette <|ue et*lle qu'aurait pu produire un insti*ument tranchant. On observe aussi des plaies de cette nature autour du poignet^ mais beaucoup plui rarement. Ces plaies, ordinairement bornées aux téguments, ÎDtéressaal quelciucfois les aponévroses sous-cutanées, les gaines fibreuses, les tendons, les ligaments, enfin les vaisseaux et les nerfs; elles soot remar quahtes par leur n;gularité et l'intensité des accidents inflammatiMm qui ne t<n'dent pas à se développer lorsqu'elles pénètrent jusque dan Tarticulatiou voisine. Klles diffèrent alors essentiellement de celles qv nous avons étudiées précédemment ; inalgi'é leur simplicité apparente, elles entraînent fréquennnent les plus grands dangers; la mort en «il souvent la conséquence.
Le traitement de (*es plaies est celui qui convient à la plupart dei blessures articulaires, cVst-à-dire la réunion immédiate et les aaliphlogistiques locaux ou généraux, ou mieux encore les irrigations tinues d eau froide.
ARTICLE Vlll.
HLAIKS PR0J»UITES PAK MORSDJUiS.
Ces plaies ne pt^uvent avoir lieu sans que les parties mordues piquées, contuses, déchirées ou arrachées; les détails qui leur relatifs semblent donc devoir être naturellement compris dans la dee cription des es|M>ces précédentes; cependant il en est quelques-uns qn leur sont propres et que nous devons faire connaître. I^s morsuic que nous obsi*rvons sont le plus souvent produites par des camassiea ou des solipèdes : les dents des carnassiers sont tranchantes et oon. <|uos, celles des solipt^des sont aplaties; les premières pénètrent, de chirent el arrachent ; les secondes pénètrent à peine, mais elles écrasen et de là deux séries de phénomènes pathologiques très différents. Pou bien comprendre le niécanisme et les principaux effets des morsure produites par les carnassiers, il suffit de rappeler de quelle manièn ceux-ci dévorent leur proie, lorsque quelques lambeaux de chair «>n abandonnés à leur voi*acif«*. Ils saisissent avec leurs canines ces lai» l>eaux prtîalablement fixés par leurs membres antérieurs, et les déchireensuite par des efforts combinés de traction et de torsion. Lorsqu'
PLAISS PKODUmt !▲& MORSUBIS. 955
mordent nos tissus^ ils saisissent de même les parties moiies à i'aide de
leurs canines; celles-ci pénètrent; il en résulte une piqûre et une plaif
coDtuse : ensuite ils se livrent à des efforts de torsion et de traction
dans tous les sens; alors^ à la piqûre et à la plaie coiituse se joint unt>
déchirure; enfin, dans un troisième degrés il y a arrachement complet.
l<orsqu'il y a simplement pénétration des canines^ les piqûres qui ei
résoltenl sont peu graves et guérissent rapidement; s'il y a déchirure
on arrachement; Técoulement d'une certaine quantité de sang^ une
doukur vive, plus tard une inflammation intense et la suppuration en
âwnt le résultat; néanmoins, après une durée variable, ces plaies gué-
rhsent le plus souvent sans accident.
Les morsures faites par les solipèdes, tels que le cheval par exemple,
s»ont en général beaucoup plus gi*aves; les dents de Faninial s'impri*
MMÊHài sur les téguments plutôt qu'elles ne les pénètrent, et la blessure
r^epréseote une double série de petites plaies contuses k peine péné*
Carantes, disposées sur deux lignes courbes qui se regardent par leur
c^oocavité. Mais, tandis que la lésion parait si peu grave à la surface, il
tf^iListe profondément une désorganisation, une attrition du tissu cellu-
liflôre et des muscles; souvent la peau est décollée; des épanche-
jLSAents sanguins s'effectuent à sa surface interne et la soulèvent en lui
donnant une teinte livide. Lorsque Tinflammation s'empare de toutes
C9CS parties molles,* il se forme de vastes phlegmons, des suppurations
«diffuses; les parties contuses se mortifient, et la vie du malade est
«aiise en danger. Lorsqu'il guérit, la cicatrisation est ordinairement
I^Migue. Le proBoelic de ces plaies doit être porté avec une extrême
IMidence.
On voit assez souvent dans la pratique des hôpitaux des morsures IMdiiîtes par la dent de l'homme; celles-ci, sans être aussi dangereuses ^06 les précédentes, ne sont pas cependant sans gravité; elles donnent lieuveot naissance à de vastes phlegmons simples ou diffus.
Le traitement des plaies par morsure ne diffère pas sensiblement de celui des plaies contuses. Ou réunira immédiatement si la plaie est faite |Mr un carnassier ; si elle est produite par un solipède et n'offre pas de tnoes d'une grande contusion, le chirurgien aura recours aux résolulîb ea observant attentivement la marche de la maladie; car il ne faut vas hésiter à pratiquer de larges incisions si la région affectée, loin de <fimiauer de volume, s'engorge davantage, en même temps qu'il se uianifeste de la rougeur et des douleurs aiguës.
256 PLAIK8.
ARTICLE IX
Un peut ranger sous trois classes les substances vénéneuses accidentellenient déposées k la surface des plaies^ savoir : les venins, les vini» et les poisons ; de la trois classes correspondantes de plaies : 1* les plaies envenimées^ 2® les plaies virulentes^ y enfin les plaies qui ^4* trouvent en contact avec des poisons proprement dits, et que nous, appellerons, en Tabsence d'un mot meilleur, plaiei empoimmméti pru — prenicnt dites.
I^s plaies empoisonnées sont remarquables par la rapidité laquelle s'opère l'absorption du principe vénéneux déposé à leur face; toutes tirent les dangers qu'elles présentent des phénomènes généraux qui succèdent à cette absorption. L'art doit donc chercher S la. prévenir par tous les moyens possibles, le succès de ces moyen sera d'autant plus complet qu'ils seront plus promptement employée ut qu(* la substance délétère sera plus intégralement enlevée ou décoa^ posée. Les mêmes moyens curatifs étant applicables à toutes les de plaies empoisonnées, nous ferons précéder la description de cl cune des espèces par l'exposition générale de leur traitement.
Traitement des plaies empoisonnées. — Le cautère aehiel est moyen le plus généralement conseillé par les auteurs; ses eflTets constamment heureux lorsqu'il est applique immédiatement et conv^ nablement; il décompose les substances vénéneuses, désorganise parties qui en avaient subi le contact, et qui pouvaient en être im| gnées à une certaine profondeur, et détruit ainsi en même temps et cause de l'empoisonnement, et les tissus qui devaient être les agents l'absorption; en sorte que si, contre toute vraisemblance, une peti |Mirtic du poison avait sur>'écu à l'action du fer ronge, elle ne verait plus d organe capable de la saisir et de la transporter dans torrent circulatoire. On aura donc recours à l'application du fer dans toutes les circonstances où elle sera possible. Si la plaie étroite et sinueuse, on l'agrandira par des incisions convenablesi manière que les parties les plus profondes se présentent facilement i cautérisation.
Si le malade repousse avec une répugnance invincible remploi fer rouge, on mettra en usage les caustiques minéraux, tels que l'aci* sulfurique, le chlorure d'antimoine, l'azotate acide de mercure Tiizotatcî d'argent. Ces caustiques agissent comme le fer rouge, pourraient cortaincuient lui être préférés dans bien des cas, mais il
plus difficile de Itiniter exactement leur action ; en outre^ ils sont plus lents, presque toujours plus douloureux, et surtout n'offrent pas le grand avantage de se trouver partout comme le cautère actuel^ et de se pnMer ainsi à une application immédiate.
Vexcision des parités blessées prévient sûrement Tabsorption du poison, mais elle doit être pratiquée au moment de l'accident. Quelques chirurgiens donnent le conseil de réunir cette méthode à la précédente, d'exciser d'abord et de cautériser ensuite. Cette double opération nous parait inutile : la cautérisatioA bien faite suflit parfaitcnoent pour détruire les substances vénéneuses et rendre leur absorption impossible. L'amputation de la partie, qui a été conseillée et mise en pratique, est une mutilation que rien ne sau^rait justifier.
Le lavage de la plaie à l'aide d'un courant d'eau tiède ou fraîche est un moyen utile ; les pressions exercées de la circonférence au centre suitour de la plaie pour augmenter l'écoulement du sang sont également avantageuses. La succion, autrefois pratiquée dans les armées par une olasse d'homme appelés psylles (ds \{/vXXec, puce), agit, comme le lavage, en entraînant le poison, et, comme les pressions, en attirant le sang ii la surface de la plaie; mais en maintenant entr'ouverts les orifices des capillaires divisés, par la douce chaleur qu'elle leur communique, et en faisant refluer tous les liquides vers leur orifice, elle arrive à ce "résultat d'une manière plus puissante et plus sûre.
Vélectrieité a été recommandée par Pravaz, qui, à l'aide d'une pile voltaîque de quarante ou cinquante éléments, est parvenue à neutfaliser le virus de la rage inoculé à des chiens. Cette méthode a été appliquée une seule fois à un homme mordu par un chien enragé, mais ^lle n'a pas donné les résultats qu'on pouvait espérer : la rage s'est développée.
Lorsque l'absence des objets nécessaires impose l'obligation de diiférer l'application des moyens curatifs, il faut se hâter de suspendre l'absorp- ^n du poison; dans ce but, on pourra mettre en usage, soit la com- (Mession circulaire, soit des ventouses. La compression circulaire, pratiquée sur un membre à l'aide d'un lien suffisamment serré, prévient 1^ effets de l'absorption vénéneuse, en s'opposant au retour du sang vmoeux et de la lymphe. M. Bouillaud a communiqué à l'Académie le résultat de ses rec^rches et publié une série d'expériences qui ne laissent aucun doyriàfHir les effets prophylactiques de ce moyen. Une <iaantité de strycliw0 suffisante pour tuer en quelques minutes un lapin, fut introduite dans une plaie faite sur l'un de ses membres: l'empoisonnement commençait; on établit tout de suite la compression ârculaire, et il fut suspendu; au bout de quelques heures, le lien fut L desserré, les symptômes de l'empoisonnement se montrèrent aussitôt; i on le rétablit, et ils furent de nouveau suspendus. Ces phénomènes
m KtUTO». — PATH. CHIR., T. 1. 17
ont pu être ainsi alternativement produits et arrêtés au gré de Texpérinicntuteur dans neuf expériences successives. La compression sen donc une ressource précieuse toutes les fois que l'emploi des moyens curatifs souffrira quelque retard forcé.
Les ventouses présentent la même eiUcacité pour suspendre l'absorption du principe vénéneux. M. Barry^ en expérimentant leur action sur des chiens et des lapins^ est arrivé aux conclusions suivantes : En appliquant immédiatement une ventouse sur une plaie dans laquelle on a déposé un poison viDlent, tel que l'oxyde blanc d'arsenic, Tupas tieuté; la strychnine^ l'acide cyanhydrique, on empêche le poison de produire ses effets pendant tout le temps que la ventouse reste appli* quée. Si l'on enlève la ventouse^ les accidents se montrent de nouveao, et en réappliquant celle-ci on les fait disparaître. En appliquant la ventouse aussitôt que les effets du poison ont commencé à se manifester^ on les fait immédiatement disparaître.
§ I. ~ VUÎct
Les venins sont des produits de sécrétion propres à quelques maux^ et susceptibles^ par leur intro4uction dans le torrent circulatoi dVxercer sur Téconomie une influence plusou moins fâcheuse et quel quefois mortelle, (voyez les Klême^Us de pathologie médicale de quin^ t. I^ p. 170). Ces venins sont ordinairement déposés par \ animaux à la surface des plaies qu'ils produisent avec leurs dents les aiguillons dont quelques-uns sont pourvus. Mis en contact avi une plaie saignante, c'est-à-dire avec des surfaces absorbantes, paraissent être absorbés en nature ; déposés sur la peau et les mei branes muqueuses intactes, soit que l'absorption n'ait pas lieU|
que cette absorption succède à une décomposition préalable de Jh liqueur véuéneuse, ils ne donnent naissance à aucun phénomène, à aucun accident; de là l'innocuité de la succion exercée sur lesplal envenimées les plus dangereuses. Les animaux venimeux ne devienne redoutables pour riiomnie qu'autant qu'ils sont doués d'un convenable pour diviser nos tissus et y déposer en même temps ^ produit de leur sécréti(m. Ceux qui réunissent ces deux conditioiff^ appartieiment principalement à la classe des insectes et à celle des tiles. Parmi les insectes venimeux on trouve : l'abeille, la guêpe, frelon, le bourdon. Parmi les reptiles : les vipères, les crotales. Parmi les arachnides : le scorpion.
i*" Venin fies insectes. — L'abeille, la guêpe, le frelon, etc., présente^"^* un aiguillon caché (;t rétractile, formé de deux lames pointues, c chacune d'une gouttière Uuigitudinah^ sur la face |)ar laquelle elles
PLAIES EMPOISONNEES. !259
correspondent. Ces deux lames^ en se juxtafjosant^ réunissent leurs gouttières, et celles-ci forment un petit canal cylindrique qui parcourt; toute la longueur de l'aiguillon. A sa partie supérieure^ ce canal s'ouvre ians une vésicule qui contient la liqueur vénéneuse^ et qui paraît douée de contractilité ; car^ arrachée ave^c l'aiguillon, elle peut encore faire laillir la liqueur qu'elle renferme. Réaumur, tenant une guêpe entre ses doigts, a vu le venin s'élancer à plusieurs pouces, comme s'il eût été poussé par un piston. Souvent l'aiguillon demeure dans la plaie, qui est alors compliquée de la présence de ce corps étranger : ce phénomène a lieu lorsque l'animal est brusquement chassé au moment de la piqûre; on l'explique par les dentelures latérales que présente l'aiguillon vers son sommet, dentelures obliquement dirigées de la pointe Ters la base, de telle sorte qu'elles laissent facilement pénétrer l'aiguillon, mais ne permettent pas aussi facilement de le retirer.
Ces piqûres, lorsqu'elles sont peu nombreuses, déterminent un sentiment de cuisson, une rougeur vive, un gonflement très limité; après quelques heures ou un jour au plus, ces effets se dissipent, et rarement des phénomènes généraux se manifestent. Toutefois les auteurs rapportent quelques faits de piqûres isolées qui ont été suivies d'accidents paves : Fabrice de Hilden cite l'observation d'une dame qui, après avoir été piquée par une guêpe sur la face dorsale de la main droite, éprouva une douleur cruelle et une inflammation des plus intenses, avec fièvre, délire, vomissements bilieux^ etc. Mais des phénomènes aussi alarmants ne se montrent ordinairement qu'à la suite de piqûres multipliées. M. Guérin-Champneuf rapporte qu'une jument attachée à QD buisson au milieu des champs ayant fait sortir par ses mouvements continuels un essaim de guêpes placé dans ce buisson, celles-ci se jetèrent sur elle et la firent périr slir place, ainsi qu'un poulain. Il parait que l'homme a été plusieurs fois victime du même accident (voy. Arckim générales, 1827, t. XV, p. 217).
Le traitement de ces petites plaies n'exige d'autres moyens que des applications émoUientes et narcotiques; l'immersion de la partie blessée dans l'eau froide peut souvent prévenir la douleur et le développement de l'aréole inflammatoire qui entoure la piqûre. La présence de l'aigoillon doit surtout fixer l'attention du chirurgien ; à l'aide de ciseaux fins on emportera d'abord la vésicule qui surmonte sa base, et ensuite on se servira d'une pince à mors déliés pour saisir l'aiguillon et Vexlraire.
î* Venin des vipères. — On trouve en France trois espèces de serpents
venimeux : la péliade (Pelias berus, Merr.), l'aspic {Vipera aspis, L.) :
^ deux espèces se trouvent dans le nord et dans l'ouest de la France ;
Vammodyte (Vipera ammodytesy L.) se rencontre principalement dans
^e sud-est. Les accidents causés par la morsure de ces trois serpents sont
260 PLAIK.
à peu près identique ; il paraîtrait néanmoins que FauuBodyto la plus dangereuse et que le venin de la péliade aurait moins d1 tensité que celui de Taspic.
La mâchoire supérieure des vipères et de tout serpent venimeux pi sente deux crochets mobiles et courbes, situés à sa partie antérieure, l'i a droite et l'autre à gauche. Ces crochets sont creusés, dans leur par centrale, d'un canal qui s'ouvre par une fente étroite sur la face co vexe, près de la pointe, et qui correspond par sa base à une véaîcu située derrière Tœil, immédiatement au-dessous d'un muscle putssa qui la comprime pendant qu'il se contracte pour rapprocher les m choires. Au moment de la morsure, les mâchoires, d'abord écarCéi se rapprochent; les crochets, habituellement fléchis en arrière, redressent, et prennent une position perpendiculaire au plan de voûte palatine ; les muscles latéraux se contractent, la vésicule < comprimée ; le venin s'introduit dans ses canaux excréteurs, et s'échapj par la pointe de chaque crochet, <?n même temps que ceux-ci pénètre au milieu des tissus.
Les accidents que fait naître la morsure de la vipère sont à la fc locaux et généraux ; c'est presque toujours par les premiers que désordre commence : nous en empruntons la description à M. Viai Grand-Marais, qui, dans un travail très bien fait, où il a réuni deux ce trois observations inédites recueillies dans la Vendée,- a exposé d'oi manière très nette la symptomatologie et le traitement de ces espèe de plaies (i).
a Au moment de l'accident, le blessé éprouve une douleur mode qu'il compare à une piqûre d'aiguille ; quelquefois cependant elle plus vive, et laisse une sensation de brûlure qui se répand dans toi' membre. Les plaies consistent en deux petites piqûres t'i peine visil plus ou moins écartées suivant la grosseur de la tète du reptile; k f si ces petites blessures laissent échapper une gouttelette de i Bientôt une tuméfaction inflammatoire se montre autour despiq* quelquefoiselle est limitée au voisinage de la plaie, d'autres fois el vahit tout le membre et même une partie plus ou moins consid du corps. Cette tuméfaction disparaît souvent au bout de qw cinq jours; lorsqu'elle persiste, elle perd ses caractères inflamni pour prendre ceux d'un véritable œdème. Ce gonflement est ace gné d'une sensation de tension quelquefois très douloureuse* er temps on obser\e de rengourdissement; le refroidissement fait place à la chaleur momentanée qui avait accompagné le gon Quelques heures après la blessure, et quelquefois le lendem
(I) Viaud Grand-MaraU, Etudes médicales sur Us serpents de ia Vend Mre-lnfériewrf. Nantes, in-8, 1860.
^^vnent^ od voit apparaître des taches livides, d'abord au niveau des Petites plaies, puis sur le membre, et plus rarement sur le tronc : ces ^ches, désignées sous le nom de taches ecchymoiiques, ne ressemblent l^as aux taches noires des contusions, mais bien aux pétéchies que Pon '^marque dans les affections pestilentielles. Nous ferons remarquer que le développement de ces taches n'est pas constant. Les phlyctènes, la gangrène sont rares : les premières sont souvent dues aux applications ammoniacales; les secondes, à la constriction trop violente faite au-dessus du point blessé.
» Les symptômes généraux sont loin d'être constants. Souvent ils se réduisent à de la prostration, des nausées et quelques syncopes; dans certains cas, ils ont une excessive gravité. Peu de temps après Taccident^ le blessé éprouve des nausées, une douleur épigastrique ou ombilicale ; bientôt se montrent des vomissements extrêmement violents, de matières bilieuses et même sanguinolentes; quelquefois ils sont ac* compagnes de tranchées et de selles diarrhéiques ; la peau du malade prend une teinte jaune ictérique,qui doit être attribuée plutôt à Taltéralion du sang par le venin et aux désordres du côté du foie produits par les troubles de Testomac et du duodénum qu'à la frayeur. Avec les ▼omissements apparaissent des phénomènes d'adynamie ; le refroidissement s'étend à tout le corps, qui se couvre d'une sueur froide; le pouls se déprime, devient misérable, irrégulier, à peine perceptible; les yeux sont caves, la face est bleuâtre ; la respiration s'embarrasse, les urines se suppriment, la prostration est extrême ; enfin, on observe des soubresauts de tendons, des crampes, du délire. Lorsque la terminaison doit être funeste, la langue devient fuligineuse et l'haleine d'une fétidité extrême. »
La description que nous venons de donner appartient à la forme la plus grave; dans les cas les plus légers, on observe seulement des syncopes et quelques nausées.
Au bout d'un temps variable, parfois de quelques heures, la réaction commence : le malade éprouve un sentiment de chaleur qui se répand dans tout le corps ; le pouls se relève, devient plus fort et plus pleine; la peau a de la tendance à la moiteur et même se couvre d'une aueur qui n'est plus la sueur froide visqueuse de la période d'adynamie. Le malade est hors de danger, et les fonctions ne tardent pas à se rétablir. Néanmoins il reste encore pendant quelque temps des traces de cette espèce d'intoxication; souvent l'œdème qui succède au gonflement inflammatoire persiste pendant plusieurs semaines, les taches livides laissent encore des traces pendant une quinzaine de jours, la douleur persiste souvent pendant très longtemps.
Leprofuw^tc des morsures de vipères est grave. Sur 203 cas, M. Viaud Grand-Marais compte 2k morts, la proportion serait donc de il pour 100 ;
mais un certain nombre de cas légers ne sont pas venus à sa connais* sancc , aussi ce chifA*e lui paratt-il trop élevé : il pense que les eis mortels sont environ de 6 à 5 pour iOO. Le volume et la vigueur dn serpent ont une grande influence sur le pronostic. Les enfonts et les femmes résistent moins que Thomme ; aussi dans ces 2k cas compte* t-on trois hommes seulement.
La guérison s'observe même dans les circonstances où la morsuia est multiple et la blessure entièrement abandonnée k elie-oiAnie. Cotte guérison spontanée est assez fréquente; elle explique le succès da nombre infmi de médicaments qu'on a employés pour combattre ces morsures, et la vogue de substances qui, à des époques diffëreotea^ ont été regardées comme douées d'une eflicacité infaillible. Nous nom* nierons l'ammoniaque liquide, qui doit surtout sa célébrité au patro* nage de Bernard de Jussieu, et parmi les moyens généraux, les coiio> borants et les sudorifiques : leur utilité est encore problématique^ mais leur administration n'entraîne aucun inconvénient.
M. Viaud Grand-Marais conseille de combattre les accidents des moi^ sures de vipères par le traitement suivant. La première chose à fairi est d'interrompre la communication de la partie blessée avec la drcalation générale, en appliquant une ligature à 5 ou 10 centimètres au» dessus de la plaie; la ligature doit être assez serrée pour faire gonfler les veines, mais ne doit pas imprimer un sillon profond dans les tissus, car on s'exposerait à la gangrène : c'est pour cela qu'on évitera de se servir d'un lien trop étroit. Au bout d'une demi-heure ou de trois quarts d'heure, ce lien sera relftché, s'il parait augmenter les accidents locaux. Ce traitement préliminaire permettra d'attendre le chirurgien. Alors la plaie s('>4*a agrandie, lavée à leau froide, afln de faire sortir le plus da venin qu'il sera possible; l'application d'une ventouse ou la succion sont des moyens qu'on ne saurait trop recommander ; puis on s'alla* chera à détruire le venin surplace : l'ammoniaque tant vantée ne semble pas avoir tous les avantages qu'on lui a attribués, la teinture d'iode lui est bien préférable. Ces divers moyens employés dès le début prévien* nent souvent l'invasion des accidents généraux ; tout est fini le lende* main.
Mais souvent les premiers soins sont administrés trop tardivement: : les ventouses, les succions, l'agrandissement de la plaie et sa cauté- " risation avec la teinture d'iode ne sont plus aussi efficaces, mais doivent m encore être tentés. Les accidents bientôt se montrent plus ou moins J intenses.La partie refroidie sera couverte de flanellea chaudes ou imbibées J de liquides stimulants, la plaie sera cautérisée énergiquement avec un fisr^ rougi à blanc ; des boissons toniques, du vin, du café, des alcooliques» . des infusions aromatiques, seront adniinistrés au malade couché et enve- loppé de couvertures chaudes, car il faut provoquer la réaction aussi j
PLAIES EMPOISONNEES. ÎÔ)
vite que possible ; un sinapisme appliqué sur le creux de l'estomac pourra être utile contre la douleur épigastrique et les vomissements.
Pendant la convalescence^ on relèvera les forces avec des toniques, on combattra Tcedème par les sudorifiques et Tiodure de potassium.
3* Venin des crotales. — L'appareil venimeux des crotales, ou serpents à sonnettes, est à peu près semblable à celui de la vipère. La glande lacrymale parait être Torgane sécréteur du venin. Celui-ci est beaucoup plus puissant et plus funeste dans ses effets que le venin de la vipère. On lit dans les Transactions philosophiques : a Le capitaine Hall, ayant f fait attacher à un pieu un serpent à sonnettes long de quatre pieds environ, exposa des chiens à ses piqûres. Le premier qui fut atteint par la dent meurtrière succomba en quinze secondes ; le second périt après deux heures de souffrances ; le troisième ne ressentit les effets du venin que trois heures après avoir été mordu. Au bout de quatre jours, on recommença ces expériences avec le même animal. Le premier chien mourut en trente secondes, et un autre en quatre minutes. » Ces reptiles se plaisent daqs les contrées brûlantes de la zone torride. Les voyageurs, ceux surtout que le culte de la science conduit dans ces régions, sont particulièrement exposés à leur morsure ; une mort prompte en a été le plus souvent la conséquence. Dans les régions tempérées, on ne voit pas de serpents à sonnettes. Ceux qui ont causé • <|Qelquefois en Europe des accidents mortels avaient été rapportés des régions équatoriales, et ces accidents ont été le plus souvent observés sur les industriels qui montrent au public ces animaux si redoutés. C'est ainsi que Drake, dont les Archives ont publié l'observation, il y a plusieurs années, périt de la manière la plus malheureuse^ au moment où il venait de débarquer au Havre, rapportant avec lui, pour toute fortune, trois serpents à sonnettes. L'un de ces serpents lui paraissant prtvé de vie, il le retire de sa cage, le place devant le feu. En cet instant, l'animal se retourne par un mouvement brusque, et mord sur ^eux points différents la main qui le tenait. Deux minutes après cet accident, Drake établit sur l'avant-bras une ligature fortement serrée ; ^U bout d'un quart d'heure, M. Pihorel pratiqua la cautérisation. Néanii^oinsious les phénomène^ consécutifs h l'absorption du venin se dé« ^tarèrent, et cet infortuné succomba neuf heures plus tard. (Archives génér. deméd., 1827, t. XIII, p. 615.)
Nous n'insisterons pas sur les accidents produits par la morsure des autres serpents, ils présentent la plus grande analogie avec ceux que nous avons passés en revue; d'ailleurs nous n'avons jamais occasion de les observer, et le plus souvent nous manquons de documents authentiques sur leur histoire. Toutefois nous devons signaler ici un travail très remarquable de M. Rufz, sur le serpent fer-de-lancc [Botkrops lanceolatutSf Wagl.) de la Martinique. Ce serpent fait en moyenne
cinquante victimes par an^ sur une population de 150000
U"" Venin du scorpion. — Cet arachnide a le corps allongé et robdomen terminé par une queue articulée^ que forment six pièces mobiles. La dernière se termine par une pointe aiguë constituant un véritable aiguillon ; elle est creusée d'une cavité qui contient la liqueur fenimeuse/et s*ouvre au dehors piir deux petits oriflces placés au somniel de Taiguillon. Lès phénomènes qui suivent r<ibsorption de ce venin ont été, en général, exagérés; ils n'offrent quelque gravité que dans les climats chauds. Leur traitement est le même que celui des autres plaies envenimées.
§11. — Flaîet ▼nroleata*.
Les virus sont des produits de sécrétion morbide (voy. les EU de pathologie médicale de Requin^ t. I, p. 172). Comme les venins^ ils peuvent ^tre absorbés^ et conmie eux également ils manifestent le présence dans l'économie par des phénomènes généraux : seulement o obsene que ceux-ci se montrent immédiatement après Tabsorption venins^ et que leur apparition est beaucoup plus tardive après celle virus. On a doimé le nom de période d'incubation à la durée plus moins longue qui s'écoule entre l'absorption des liquides virulents et manifestation des accidents qu'ils occasionnent. Les seuls virus don nous devions nous occuper ici sont : i*" celui de la rage ; 2* celui de mor\e.
1*^ Virus de la rage. — La rage se développe spontanément chez le^ animaux des^enres Canis et Felis, et par contagion seulement chez le^ autres mammifères et chez les oiseaux. La funeste propriété de traos ^ mettre la rage par inoculation appartient principalement aux premien^^ qui recèlent dans leur liquide salivaire, ou plutôt dans la bave écume qui s'écoule de leur bouche le principe contagieux, c'est-à-dire le rabique.
La durée qui s'écoule entre l'absorption de ce virus et Tapparitioitf des phénomènes qui caractérisent la rage est de vingt-cinq à quarante jours, et môme beaucoup plus, deux ou trois mois par exemple. Pen— dant cette période d'incubation, la plaie suit sa marche ordinaire, e^ se cicatrise dans le même laps de temps que les simples morsures.'lorsque les accidents de la rage se manifestent, elle présente par — fois, dit-on, quelques phénomènes qui difl'èrent un peu, suivant que Ist cicatrisation est achevée ou qu elle est encore incomplète. Dans le pre-* mier cas, la cicatrice s'enflamme, se tuméfie, devient rouge, se détruit quelquefois, et laisse alors échapper un liquide sanieux. Dans le second le pus change* de nature, devient séreux, roussAtrc» ; la membrane grâ — nuleuse prend une teinte rî»uge pUu vive, et d autres fois présente nnc^
PI4IES EUrOlSONNÉES. 265
sorte de tuméfaction œdémateuse. Ces phénomènes sont extrêmement rares ; ordinairement la plaie^ ainsi que la cicatrice^ n'offre aucune modification.
La rage entraînant constamment une terminaison funeste, on conçoit
tout ce qu'il y a d'alarmant dans le contact d'un liquide qui en contient
te germe avec une surface éminemment absorbante, comme celle
d'une plaie. Le danger est.plus grand encore lorsque la plaie occupe
des parties découvertes, telles que les mains, le cou^ la face ; car si la
iDorsure occupe unepartie habituellement recouverte,la bave s'imprègne
dans les vêtements, et la blessure peut n'être point infectée par le virus.
C'est ainsi qu'on peut expliquer comment il arrive assez souvent que
parmi les personnes mordues par le même animal enragé^ et qui n'ont
point été secourues^ ou qui Font été trop tardivement, les unes suc-
«x>mbent^ tandis que les autres n'éprouvent aucun accident.
La cautérisation préviendra toujours le développement de la rage : ^lle doit être immédiate et énergique. Aucun organe, quelle que soit fion importance, ne peut arrêter la main du chirurgien. Si la morsure a affleuré un os, les parties molles seront incisées crucialement, l'os mis & nu, ruginé, et ensuite cautérisé. Les paupières, l'œil lui-même, malgré leur extrême importance, ne pourront se soustraire à l'action cruelle, vnais nécessaire, des caustiques. Lorsque le chirurgien inter\'ient au maoment même de l'accident, la conduite qu'il doit tenir est donc nette- KTient indiquée. Mais lorsqu'il est appelé à une époque très avancée de là cicatrisation de la plaie, lorsque surtout cette cicatrisation est complète, sa conduite sera-t-elle la même? Faudra-t-il encore cautériser? ^'oici comment s'exprime Boyer à ce sujet : a Le virus de la rage reste toujours plus ou moins longtemps avant d'exercer ses ravages ; il est Goofinésousla cicatrice, et tant que la maladie n'est point déclarée, il est toujours temps de le détruire. Il faut appliquer un morceau de potasse caustique, si la plaie est petite et peu profonde ; inciser et cautériser ensuite, si elle est plus étendue. » Il nous est difficile d'admettre, avec l'auteur si recommandable que nous venons de citer, la présence du ^rus sous la cicatrice. On a vu quelquefois, il est vrai, la cicatrisation s'effectuer sur des corps étrangers; mais ceux-ci étaient des corps solides, en général réguliers. Tous les faits connus jusqu'à ce jour nous ^lémontrent que lorsqu'un liquide est en contact avec une plaie, ou bien il est entraîné au dehors par le sang et le pus, ou bien il est entraîné au dedans par voie d'absorption. Le virus ne peut donc demeurer confiné sous une cicatrice. En ccmséquence, nous pensons que cette cautérisa- ^n est au moins. inutile, à moins qu'on ne la pratique pour rassurer le malade.
2* Virus de la morve. — Il est aujourd'hui démontré que la morve peut se transmettre du cheval à l'honmie, et même de l'homme à
Fhomme. Cette transmission s'opère le plus souvent par voie d'infection générale; mais elle peut être aussi le résultat d'une véritable inocula* tion^ ainsi que Tobservation spécialement dirigée vers ce sujet depuis quelques années a permis de le constater plusieurs fois. Après une période d'incubation qui varie de quatre à huit jours, il survient dans h plaie de la chaleur, de la tuméfaction, des élancements douloureui ; des traînées rouges, des cordons noueux dus à l'engorgement inAanH matoire des vaisseaux lymphatiques, se manifestent, en même temps qu'une inflammation diffuse du tissu cellulaire sous-cutané. Tels sont les phénomènes qui succèdent à cette inoculation. A ces phénomènei se joignent bientôt tous les symptômes généraux de la morve, tels qiu l'écoulement nasal, les douleurs arthritiques et musculaires, les pmtules, les plaques érysipélateuses, les bulles gangreneuses de la peaa, les collections purulentes sous-cutanées, etc. La morve, une fois dév^ loppée, entraîne pour ainsi dire constamment une terminaison ilcheose; car les exemples de guérison sont extrêmement rares : dans ces teofi derniers, M. H. Bourdon a présenté à l'Académie de médecine un niahik guéri par les toniques et l'iodure de soufre. Nous n'avons pas d'ailletn à nous occuper ici de l'état général et des accidents de la morve ooih Armée, nous dirons seulement : La plaie dans laquelle aura été déposé le virus sera traitée comme celles dont nous avons parlé précédenmîeaL
S m. — VUiet eoipotfoiinéet prapiCBMiil dîlM.
Tous les poisons tirés des règnes végétal et minéral peuvent êtf^ déposés accidentellement à la surface des plaies. Ils sont alors abiorbéfti et l'on voit sedévelopper les phénomènes d'un empoisonnement générsk entièrement semblable à celui qu'on observe lorsque l'absorption de o^ mêmes poisons est opérée par les membranes muqueuses; mais la pta^ ne présente aucune modiflcation spéciale. Après l'absorption du poisc^^ elle redevient une plaie simple qui se cicatrise dans le laps de tem^^ ordinaire, si l'introduction de la substance vénéneuse dans l'éconoiu^^ ne met pas un terme à la vie du malade. Avant l'invention de la poadi^^ les armes blanches décidaient du sort des batailles, et les comlNittanl^^ pour rendre leurs armes plus meurtrières, les trempaient quelquefo^V dans des liquides vénéneux. Les flèches surtout servaient fréquenuner^ de véhicules à ces poisons, tirés ordinairement du règne végétal. pratique est encore conservée par quelques peuplades sauvages ; depuis trois siècles, la révolution opérée dans la stratégie par rinventîo-^ de la poudre Ta fait bannir des nations civilisées. Les plaies par à feu ont été substituées aux plaies vénéneuses, et celles-ci ne se plus montrées qu'à la suite de quelques rares accidents.
VLKIES BKPOISONNEES. M7
iédecins ont souvent Toccasion d'observer une espèce particuplaies empoisonnées, connue sous le nom de piqûres des ana- : ceux-ci y sont, en effet, plus particulièrement exposés. Tous ; armés de pointes et imprégnés de matières animales en putréleuvent les occasionner. Dans les amphithéâtres consacrés aux 5 ou à Pétude de Tanatomie, la pointe d'un os fracturé ou celle trament de dissection en sont la cause la plus ordinaire, et les siège presque constant. Les matières animales en putréfaction int un véritable poison septique, dont l'absorption amène avec le développement des phénomènes qui caractérisent Tengorgelammatoire des vaisseaux et des ganglions lymphatiques. Des d'un rouge vif se montrent sur la main, Tavant-bras et le bras, ne de ces parties seulement ; une douleur vive le^ accompagne, te jusqu'aux ganglions de l'aisselle, où elle devient plus intense, I sont assez souvent le siège exclusif. Ces ganglions se tuméisi que ceux qui occupent la face interne du coude, dont l'ennt cependant est beaucoup moins constant. Le malade est pris f d'insomnie, d'agitation ; dans les cas les plus graves et les plus tte agitation est portée jusqu'au délire, et la mort en a été quele résultat. Dans le plus grand nombre de ces blessures cependouleur d'abord vive, se calme ; le gonflement des ganglions faire des progrès, et diminue ensuite rapidement; la rougeur is s'éteint; les phénomènes généraux se dissipent, et la résolu- !U. D'autres fois la rougeur seule disparait, tandis que le gonpersiste ou devient plus considérable, et que la douleur, de qu'elle était d'abord, devient plus profonde, plus concentrée et . Ces phénomènes annoncent la formation du pus, que la fluc* ermet de constater du cinquième au huitième ou dixième jour, [ration peut demeurer circonscrite dans les ganglions, dans les : lymphatiques, ou bien prendre le caractère diffus et se proloin. Ce mode de terminaison est toujours très f&cheux, quoiipromette rarement la vie du malade. Les plaies compliquées ésence d'un poison septique sont donc un accident dont les nces, souvent légères, peuvent devenir quelquefois très graves. (1 le plus simple et le plus sûr de prévenir de semblables cons est de laver aussitôt la plaie, en favorisant en même temps lent du sang par de douces pressions, et de cautériser ensuite, ces plaies sont ordinairement très superficielles et peu éten- Eotate d'argent suffit pour cette cautérisation. Lorsque l'emploi loyens a été imprudemment négligé, et que les phénomènes Eitoires se sont développés, il faut les combattre par des appliîmollientes et le traitement antiphlogistique.
§ XW, — Ihi IfttoiMfe.
On désigne sous le nom de tatouage une petite opération qui coo à imprimer sur les téguments des dessins colorés plus ou moins biai cette coutume est extrêmement répandue chez les Indiens^ cbexlei tions encore sauvages des îles de TOcéanie; elle est également fréqu chez les marins^ les militaires et certaines classes d'ouvriers. L'opén du tatouage n'est pas aussi innocente que pourrait le faire suppoi silence des auteurs classiques sur les accidents qu'elle peut provoq accidents qui ont souvent une grande analogie avec ceux des p empoisonnées; aussi avons-nous cru devoir les rapprocher de ces nières.
Un mot d'abord sur l'opération du tatouage. L'instrument se coiii{ d'un petit faisceau de deux^ trois^ cinq aiguilles à coudre attachée front et très rapprochées l'une de l'autre ; les Indiens se ser\'ent q quefois d'un instrument à trente dents; la matière colorante^ ena Chine, indigo, vermillon, est délayée dans une coquille. LfOrsqœ est préparé, le tatoueur tend la peau aussi complètement que possi trempe ses aiguilles dans la solution colorée, et les introduit du derme en suivant les contours de Timage qui a été préalablement tr sur les téguments ; les aiguilles sont imbibées après chaque now ponction. Lorsque l'opération est terminée, il lave la partie tak avec de l'eau, de Teau-de-vie, du rhum, quelquefois même vm l'urine, et conseille le repos.
Cette manœuvre ne cause en général qu'une inflammation légère petites croûtes constituées par du sang recouvrent les piqûres, t bent, et il ne reste que le dessin ; mais souvent il arrive des acdd fort graves, et c'est sur ce point que nous voulons insister (1).
Nous n'insisterons pas sur les douleurs que détermine une semUt opération, lorsque le tatouage est fait sur une grande surface, ni u réaction que provoque un nombre considérable de piqûres; nous sa très bref sur l'inflammation locale qu'il est si fréquent de renooo dans ces circonstances.
On trouve dans le journal de voyage d'un chirurgien de la mtr A. Lesson, la note suivante : u 26 janvier iSkU. Les naturels, dq quelques jours, viennent en moins grand nombre à rétablissemeul n'en connais d'autre motif que l'épidémie de tatouage qui règne ei moment parmi eux... Presque tous ceux qui nous visitent soutem
(l) On consultera avec fruit un travail fort intéressant de M. le docteur BefckM rurgien de première classe de la marine, intitulé Recherches $ur le IaKwmfi (A médicale, 1861).
PLAIES EMPOJ SONNÉES. 269
très souffrants : Tun d^eux a le corps extraordinairement enflé; plusieurs Dotlâ face morne et Tun des bras phlegmoneux... » Le tatouage de la aee, d'après tous les voyageurs^ offre de grands dangers : celle-ci prend les dimensions monstrueuses^ au point de rendre les individus mécon- Aissables; des accidents cérébraux ne tardent pas à se manifester avec ne intensité et une durée variables^ mais dont le pronostic est grave et I terminaison souvent funeste. Aussi n'est-il pas surprenant que les ^préhensions du tatouage soient assez générales; il n'est pas rare de Hr des chefs refuser de se laisser tatouer^ surtout à la face. Les tatoueurs ix-mémes ont des craintes sur les conséquences de leurs manœuvres^ ir ils refusent d'exercer leur art sur les Ëurppéens^ et principalement ir les oflBciers; et, lorsqu'ils pratiquent leur opération^ ils ont la prélUtion de ne pas trop prolonger les séances, de ne les faire qu'à is intervalles éloignés, lorsqu'en raison de l'étendue du dessin ils n'ont 1 terminer en une seule fois, et ils préparent leurs opérés par le repos, diète, la continence; ils appliquent sur les piqûres une décoction ndliente.
Hais c'est assez nous arrêter sur ce point, examinons les faits qui ont é observés plus près de nous. Les accidents causés par le tatouage mt assez nombreux ; s'il est des observations incomplètes, il en est 'autres qui montrent parfaitement la nature de ces accidents. Plusieurs )is on a vu survenir l'angioleucite, des phlegmons, des phlegmons diffus. <mvent la vie des malades a été en danger et un assez bon nombre a accorobé ; d'autres fois on a vu la gangrène envahir une portion plus »amoins étendue du membre, et nécessiter l'amputation. M. Berchon "apporte le cas d'un carabinier, tatoueur lui-même, qui, à la suite du atouage du bras, a eu toute la peau du membre détruite par la gangrène ; I fallut pratiquer l'amputation dans l'articulation scapulo-humérale. A quoi faut-il attribuer des accidents aussi graves? Certainement le nombre des piqûres doit être pris en considération; le traumatisme doit ^tre accusé chez les individus dont le mal reste localisé, l'inflammation les vaisseaux et des ganglions lymphatiques est la conséquence de «emblables manœuvres. Doit-on faire entrer en ligne de compte la iature des matières colorantes employées; sans être inoffensives, ces iobslances ne sauraient expliquer les accidents généraux que l'on a observés sur un certain nombre de sujetsj^tt en est de même du liquide employé pour laveries plaies. « C'est bien plutôt, dit M. Berchon, dans ia malpropreté des instruments auxquels on a recours, malpropreté aisément expliquée par la disposition et le nombre des aiguilles dont les pointes, presque contiguës, ne permettent que très difficilement la visite et le nettoyage. Ces aiguilles doivent se charger facilement de matières organiques dans les nombreuses piqûres que nécessitent certains ta* louages, et alors le dépAt de ces matières putréfiées ou fermentées dans