CHAPITRE XV
ENCnONDROME.
L'étude de l'anatomie pathologique n'a pas à toutes les époques reposé sur les mêmes principes. Les auteurs anciens ne recueillaient que les faits remarquables par leur caractère exceptionnel^ par leur rareté Ou même par leur étrangeté. Ces faits, ils s'attachaient à en décrire l'aspect extérieur plutôt qu'à en saisir la nature. Leur attention se concentrait de préférence sur le volnme, sur la forme ; rarement elle s'étendait au delà de la surface des organes ; et lorsqu'ils tentaient d'en pénétrer la structure intime^ ils apportaient dans l'exposition des caractères ^natomiques une si grande sobriété de détails^ que leur description ^tait toujours plus ou moins obscure.
Ces remarques s'appliquent complètement aux tumeurs que l'on désigne aujourd'hui sous le nom iVenchondromes ^ car ces tumeurs semblent avoir été observées de tout temps. Il suffit^ en effets de parcourir les Centuries de Thomas Bartholin, la collection des Ephémérides des curieux de la nature^ pour trouver des cas de tumeur qu'avec un peu d'attention on reconnaît facilement pour des enchondromes. Mais il faut
RÉLATON. — PATH. CHIR., T. 1. 31
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le (lirc^ los obsenatcurs ne connaissaient pas la structure intinie de ces productions^ aussi étaient-elles confondues avec le cancer ou décrites sous le nom de spina ventosa, iVcUhproma nodosum, etc. Dans son Traité d'anatomic pathologique gênérnle, M. Cruveillier avait déjà, en 1828, dislinj^ué les tumeurs (!arlilagineuses, qu'il désigne sous le nom d'osléochondrophyles; mais la première description qui a été publiée appartient il Millier; elle se trouve dans le discours qu'il a prononcé à roccasior du quarantième anniversaire de r'Académie de médecine militaire d» Berlin. IMus lard, en 1838, le même observateur Ta reproduite dans sor Traité des tumeurs, mais elle ne renferme aucune étude d'évolution <U Tencbodrome.
(les travaux ne devaient pas rester stériles ; les tumeurs cartilagineus sont étudiées v.\qc. soin: Fichto il) et Paget ,2; firent mieux connaître I caractères de ces productions. Hientùl les trîivaux se multiplient, et sa parler de la note que nous avons publiée en 4855 dans la Gazette des pitaux, citons les rechercbes de M. Lebert et celles de M. Cruveîlhi«F^p, consijrnées dans leurs traités d'anatomic pathologique, les thèses ^e MM. Fayan et Favenc, les mémoires de M. Dolbeau qui examine les ^r*fichondromes dans la plupart des régions de leconomie. Il sutlit d'aillemjiR de parcourir l(»s Bnlletivs de la Société de chirurgie i>our se convain -^[TW du soin avec lequel les enchontiromes ont été étudiés; on trouvera en elîet, dans ce recueil, des faits fort curieux dont l'intérêt est enc^ow augjnenté par les discussions auxquelles ils ont donné lieu.
A^ATOMiK PATnoLOtiiuiE. — LVucliondrome se développe dans le&> « et dans les parties molles. La première espèce est de beaucoup la [^^u* commune. Toutes les parties du squelette ne sont pas également atteint *'^* il résulte du relevé d'un très grand nombre d'observations que l'affect i ^ qui nous occupe se rencontre le plus souvent aux doigts, aux orte-H*» aux métacarpiens et aux métatarsiens; les membres supérieurs et im#i?rieurs sont assez fréquemment le siège d'enchondrome ; l'enchondr» ^t»** de la mAchoire inférieure n est pas très rare; les os du crâne et du Irooc sont moins souvent envahis par cette dégénérescence, néanmoins ^^ rencontre assez souvent dans les cavités splanchniques des tume«-»^ cartilagineuses qui viennent les rétrécir: cette observation est suHo*** applicable au bassin et constitue un cas de dystocie des plus graves-
Les enchondromes des parties molles sont, <ivons-nous dit, nioi^^ fréquents. On les rencontre principalement dans la parotide ou dan^^ '* région paroti<lienne, dans le testicule, dans le poumon. M. Dolbc^^" en a décrit un cas qui s'était développé dans les glandes sébacées.
La forme et le volume des tumeurs cartilagineuses sontextrêmem*^"*
(1) Kirhlff, l'eherdas Enchnidrim. Ttibiiigiic, 1850.
(2) Pagct, l.f dures o;* lumoHr.^y arl. CariUaginous lumoun.
£NCI10NI)R0M£. ^^tj
voriablcs^ si quelques tumeurs sont à peu près régulièrement arrondies, il en est d'autres qui affectent les formes les plus bizarres. Quelquesunes de ces tumeurs peuvent acquérir des dimensions énormes. d*ainpton a observé un cas d'enchondromc du fémur qui avait 2 mètres 1. f> centimètres de circonférence. Le fémur de l'homme-ballon qui se iimontrait, il y a quelques années, dans les foires, était de 1 mètre 70centî jmèlres. A côté de ces faits, pour ainsi dire exceptionnels, nous pourricsns citer nombre de cas dans lesquels il est constaté que la tumeur irait le volume d'une tôte d'adulte, celle des deux poings, etc. 11 existe deux formes distinctes d'enchondromes des os : tantôt la aladie prend naissance dans l'intérieur de l'os lui-même, tantôt elle d ci bute par la face externe de l'os ou par le périoste. A la première variole on a donné le nom A'enchondromc proprement dit, et à la seconde c^elui de chondrophyte^ de périchondrome.
A. Enchondrome proprement dit. — C'est dans le tissu spongieux des os que l'on voit apparaître ces tumeurs cartilagineuses : elles se présentent &011S la forme de petites masses opalines, assez fermes, se laissant diviser par tranches très fines, demi-transparentes ; elles odrent en un mot Ions les caractères des cartilages épiphysaires. Ces noyaux cartilagineux Ont un volume égal à celui d'un très petit pois, quelquefois mênje ils sont plus petits ; leur forme, quelquefois arrondie, est plus généralenient irrégulière ; leurs limites sont accusées par un changement brusque de couleur, le tissu cartilagineux tranchant par sa teinte blanche sur le tissu spongieux, qui est généralement rouge dans cette circonstance. Mais en étudiant attentivement le mode d'union de ces petites tumeurs avec le tissu osseux, on reconnaît bientôt que, malgré cette délimitation si tranchée en apparence, les deux tissus osseux et cartilagineux ne sont pas seulement juxtaposés, mais qu'ils se pénètrent t^îproquement, comme nous voyons les noyaux d'ossification normale pénétrerdans le tissu cartilagineux épiphysaire, et se confondre avec lui. Quant au tissu osseux périphérique, il est peu altéré ; il conserve sa texture, sa résistance normale, il offre seulement une légère coloration rouge en rapport avec un accroissement de vascularité, premier indice d'une transformation qui imprimera plus tarda la maladie une physionomie tellement différente, qu'à moins d'avoir suivi pour ainsi dire pas à pas l'évolution de la production organique, on ne soupçonnerait pas qu'elle a pu être son point de départ.
Cette première période, période anatomique de la maladie, peut donc se résumer ainsi : apparition de points cartilagineux enfermés dans le tissu spongieux des os, avec augmentation de vascularité de ce tissu.
Les noyaux cartilagineux que nous venons de décrire se développent, grandissent peu à peu, sans présenter de changements dans leur aspect
tiSà E!«CI10!<DR0XE.
OU dans leur texture; ils sont seulement plus volumineux. Quelquefois cependant^ la niasse qu'ils représentent semble formée par une aggio mération de petits lobes cartilagineux séparés par des cloisons cellulaire dans lesquelles on voit se ramifier des vaisseaux.
Pendant que cet accroissement s'opère dans la partie cartilagineuse le tissu osseux adjacent éprouve des modifications très différentes ou bien il s'hypertrophie, ou bien il cède peu à peu à la pression exceo trique qui s'exerce sur lui. Dans le premier cas, une coupe de la tumeo montre qu'elle est formée par une masse osseuse creusée de cavités lo fractueuses dans lesquelles sont logées les portions cartilagineuses. Dan le second^ cette coupe présente une tumeur cartilagineuse d'une fom» sphéroïde enveloppée de tous côtés par une coque osseuse très mioo qui à la longue finit par se perforer dans divers points de sa surface.
Par\'enues à l'état que nous venons de décrire, que deviennent ces tu meurs? Quelles sont les modifications qui vont se produire dans len texture et leur vitalité? Asti. Coopcr pensait qu'un dépôt calcaire si faisait dans le tissu cartilagineux ; que la tumeur, d abord cartilagineuse devenait bientôt osseuse, et c'est d'après cette hypothèse qu'il a étabi sa classe des exostoses cartilagineuses. Mais il n'y a là qu'une pon hypothèse ; une étude attentive du développement des exostoses nous démontre que celles-ci sont osseuses dès leur début. Il en est des cxoa toses comme du cal, il n'y a point de période cartilagineuse comparabk à la période cartilagineuse de l'ossification normale.
D'autres auteurs, Millier et M. Lebert, parlent de Tulcération de ces tumeurs, mais ne nous indiquent pas les modifications successives qu'elles présentent avant d'arriver à la période d'ulcération.
Voici ce que l'observation attentive nous a permis de constater :
Nous avons vu précédemment que les premiers effets de la présena d'un enchondrome dans le tissu osseux étaient d'y produire une augme» tation de vascularité ; nous avons vu de même que les divers lobules qo composent les masses cartilagineuses sont séparés par des cloisons cel lulaires, dans lesquelles rampent des vaisseaux assez fins. Les chose: peuvent rester dans cet état pendant un temps très long ; mais il vien un moment où l'appareil vasculaire de ces tumeurs prend un développement plus considérable; les artères se multiplient, devieniieo flexueuses, se dilatent, se rompent ; de là résultent des épanchement sanguins qui peuvent se présenter dans divers états : ici on trouve um cavité contenant du sang noir et liquide; là, du s:ing coagulé ; plus loin des masses fibrineuses plus ou moins modifiées par l'absorption» et di plus, au milieu de ces parties, on retrouve des portions cartilagineuse: pn'?sentant tous les caractères que nous avons indiqués ci-dessus.
Ainsi donc on voit certaines tumeurs cartilagineuses devenir vascu. laires et se transformer en une masse qui ressemble beaucoup pooi
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l'aspect aux tumeurs encéphaloïdes. Il nous reste à parier d'une transformation, peut-être plus rare, c'est la transformation kystique. Celle-ci a pour effet de convertir la tumeur en une vaste poche à parois cartilag'ineuses, contenant dans son intérieur un liquide transparent, poisseux, semblable à une solution claire de gélatine. Ce qui dans ce cas est surtout remarquable, c'est l'accroissement considérable que prennent ces I^oches kystiques, accroissement qui leur permet de contenir quinze, vingt, trente litres de liquide, et même davantage, fait que l'on n'eu ja niais soupçonné d'après ce que l'on sait de la texture et de la vitalité Au tissu cartilagineux.
I^ous avons observé, avec les plus grands détails, un cas de ce genre ^ l'Hôtel-Dieu, lorsque, en iSU5, nous avons été chargé du service de Roux : il s'agit d'un homme qui portait à la cuisse une tumeur très volumineuse; la maladie avait débuté cinq ans auparavant par une fi^cture du fémur que le malade s'était faite en franchissant un ruisseau.
Nous ne croyons pas devoir rappeler tous les détails de cette observation, qui a été publiée m extenso dans la Gazette des hôpitaux (\), nous nous contenterons de signaler les faits qui se rapportent à Tanatomie Pathologique. Trois jours avant la mort, un des mamelons qui surmon- ^ient la tumeur se rompit et donna issue à une grande quantité de liquide séreux, d'une horrible fétidité.
A Tautopsie, la tumeur, dont la circonférence était de 1 mètre 22 centimètres, était affaissée en raison de la grande quantité de liquide qui ^*en était écoulé. Le scalpel suit dans leurs divers contours les sinus veineux creusés dans les enveloppes extérieures de la tumeur: ce ^ont de grosses veines dépouillées de tuniques celluleuses, encadrées d^ns les sillons sous-cutanés; au-dessus de la partie interne du genou, elles se continuent avec la saphène tibiale au moyen de larges anastomoses.
La tumeur, fendue largement depuis l'épine iliaque antérieure et supérieure jusqu'à la partie inférieure du genou, laisse sortir plusieurs litres du même liquide qui s'écoulait pendant la vie.
La peau est réduite à une membrane mince. Les muscles de la région
^^itérieure et interne sont refoulés avec les vaisseaux sur le côté interne
de la tumeur ; les muscles de la région postérieure, seulement repoussés
en arrière, sont aplatis, comme rubanés. Les vaisseaux offrent leur
calibre normal.
La tumeur parait formée de deux éléments principaux: \ Une nume supérieure, d'aspect cartilagineux, confondue avec l'os
(i) GazeUe des hôpitaux, 1855, p. 49, n° 13.
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e'ost une masse spongieuse, grisâtre^ mollasse, se déchirant avec facilité et présentant Taspect d'un tissu graisseux et fibreux tout à la fois.
Si Ton vient à couper avec un scalpel une tranche mince du premier tissu, il est facile de reconnaître sa nature cartilagineuse ; çà et là il offre des points plus durs qui semblent avoir une grande analogie avec des concrétions osseuses.
Le second tissu se laisse aussi facilement couper en lames transpa* rentes; et, chose singulière ! tandis que prise en masse, cette seconde portion de la tumeur semble différer entièrement de la première, elle lui ressemble de tous points quan^ on la taillée et réduite en lamelles^ minces et déliées. Alors, comme la première^ elle a Taspect du cartilage ; elle offre sa couleur, sa transparence, soii élasticité.
Dans toute l'étendue de la cuisse, on cherche vainement le corps dr a fémur; il a tout a fait disparu au milieu des tissus. Les points ostéi—i formes que Ton rencontre çà et là en sont très probablement les faible^ débris. •
L'articulation du genou est intacte; une lame de tissu fibreux sépare entièrement de la tumeur située au-dessus.
Étude microscopique des deux tissus. (Nous devons cette note à Toi geance de M. Ch. Robin j. — aÂ. La portion d'aspect cartilagineux aréolaire, est formée :
)) a. Les portions (tartilagineuses entre les aréoles : 1® de cellules c tilagineuses caractéristiques^ avec un ou do\x\granuleSy appelés no^als » 2° De ces mêmes granules ou noyaux libres ; » Z° Diï substance hyaline transparente (comme dans It^ cartil normaux), dans laquelle sont logées les cellules.
» b. Les portions fibreuses formant les aréoles : de tissu fibreux a^-^ ses fibres caractéristiques.
)) B. Les portions d aspe(;t spongieux, grisâtre, sont formées : » 1** De tissu fibreux formant la base de la masse; » 2" De cellules cartilagineuses, comme ci-d'^ssus, mais en petit nom/i«». avec \euY^ granules ou noyaux.
» 3** De ces mêmes granules ou noyaux, non entourés d*une cellule: ils sont en très grand nombre.
y> CAis deux derniers éléments sont épars entre les fibres du tisMi fibreux, a
Dans le cas que nous venons de citer, il est présumable que la tumeur carlilagincust» s't'st développée dans lextrémité supérieure du femw dont (»lle a refoulé excenlriquement le tissu de manière à en former uïw coque mince; ce fut à ce moment qu'une fracture se produisit pendant la marche, (domine le tissu osscîux, altéré dans sa forme, ne le**** pas dans sa texture intime, une consolidation put se faire entn* ^** lamelles osseuses brisées. Mais on comprend que ces parties ne ***
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valent point présenter une résistance suflisanle pour supporter le poids du corps; aussi une nouvelle fracture ne tarda-t-elle pas à se produire dès que le malade commença à s'appuyer sur le membre blessé.
B. Périchondrome. — La seconde espèce d'enchondromes, c'est-àdire celle qui se développe sur la surface de Tos ou sur le périoste, se montre principalement sur les os du crâne, sur les côtes, sur le bassin ; il faut bien se garder de confondre les enchondromes du bassin avec ces tunaeurs fibreuses que Ton observe sur la crête iliaque, tumeurs sur lesquelles nous avons le premier appelé Taltention.
Ces tumeurs sont le plus souvent mêlées à du tissu fibreux qui non-seulement est interposé au tissu cartilagineux, mais encore forme une enveloppe à la tumeur elle-même, car, on le comjprend, elle est dépourvue de coque osseuse; de la matière calcaire se dépose quelquefois au milieu de cet enchondrome. La tumeur se montre sous Tapparence d'une masse lobuleuse, mamelonnée, creusée de sillons plus ou moins profonds. Chaque mamelon se fixe à la manière d'un chou-tleur sur un pédicule commun, lequel s'étale quelquefois à la surface de Tos, d'autres tbis se fixe sur un point très rétréci, de là deux variétés : les tumeurs sessiles et les tumeurs pédiculées.
C. Uenchondrome des parties molles ne diff'ère pas sensiblement, quant ^ sa disposition, des tumeurs que nous venons d'étudier, il est enveloppé dans une coque fibreuse, et présente dans sa structure les petits noyaux cartilagineux que nous avons signalés plus haut.
Les tissus qui environnent Tenchondrome ne sont pas envahis par la dégénérescence, mais seulement repoussés dans tous les sens; les vaisseaux, les nerfs, leslendons se creusent même des sillons sur le tissu de nouvelle formation; enfin les surfaces articulaires ne sont point altérées et conservent tous leurs caractères, malgré le volume énorme que prend la diaphyse dans le voisinage même de larticulation. Les fonctions de IVticulation conservent les mouvements encore compatibles avec la déformation de l'os, on n'observe pas d'ankylose.
Pour terminer i'anatomie pathologique des enchondromes, il nous t^te à dire quelques mots des caractères microscopiques de ces productions.
On trouve dans ces tumeurs des cellules ordinaires de cartilage à contours arrondis; quelquefois les bords sont rameux, ce qui leur donne Une certaine ressemblance avec les corpuscules osseux ; elles renfernient au début un noyau arrondi, régulier, transparent. Par suite du développement de la tumeur, les cellules s'infiltrent de granulations graisseuses : ces cellules sont pour ainsi dire enfermées dans une espèce déloge qui rappelle celle du cartilage normal; au fur et à mesure que Venchondromc se ramollit, celte loge s'agrandit. L'enchondrome renferme souvent une quantité notable de granulations ftbroïdes et même
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entièrement fibreuses. L'analyse chimique a démontré dans ces tamein une substance particulière désignée sous le nom de chandrine.
Symptomatologie. — Les enchondromesse présentent au débat sou la forme de tumeurs plus ou moins volumineuses^ plus ou moins rëgn lières, dures^ élastiques^ quelquefois transparentes. Leur marche ei extrêmement lente, le plus souvent elles ne provoquent aucune espèe de douleur ; mais quelquefois, sous l'influence d'un cboc^ d'une pressio violente, d'une blessure quelconque^ elles deviennent très douloureuse! Les m(^mes accidents les font quelquefois se développer avec une grand rapidité. A Tépoquede leur ramollissement^ elles s'accroissent quelquefoi très rapidement, et dans quelques circonstances on peut, pour expiiqw C4) phénomène^ invoquer les épanchements sanguins qui se forment dia l'intérieur de la tumeur ramollie. La tumeur qui était dure peut devea fluctuante lorsque les kystes qui la constituent présentent une capacr suffisante. Quelquefois, lorsqu'elle est enveloppée d'une coque osseoii on peut par la pression sentir ce bruit de parchemin sec, dû à dépression de la coque. Nous aurons du reste à revenir sur ce symplôoi que l'on obser\'e dans toutes les tumeurs des os.
Est-il besoin d'ajouter que la présence d'upe tumeur voluminac; détermine des troubles fonctionnels en rapport avec le volume efl siège de ces tumeurs, avec la nature de l'organe envahi. Nous n'insi^ rons pas sur ce point ; nous aurons à y revenir lorsque nous déc2 rons les enchondromes dans les divers organes.
Après la période de ramollissement vient celle d'ulcération. Cet i cère ne présente rien de bien important à noter, si ce n'est qu'il n'a p de tendance à la cicatrisation ni à l'envahissement des tissus voisin Lorsque les tumeurs kystiques s'ouvrent au dehors, il sort un liquide doo l'abondance ne tarderait pas h épuiser le malade, si l'extrême fétidité, que l'on ne peut comliattro qu'imparfaitement par les injections «Miputrides, ne provoquait tous les accidents qui caractérisent l'infeclioB putride.
Knfin Fenchondrome peut se terminer par gangrène : le sujet \ità succomber aux progrès du mal ; dans d'autres cas plus heureux latumew finit par se détacher complètement.
Pendant longtemps on a regardé l'enchondrome comme uneafTediûr locale, c'(^t-à-dire n'ayant point de tendance à récidiver après va extirpation, ni sur place ni dans l'économie; mais des faits parfaitemeo authentiques sont venus démontrer que, non-seulement l'enchondroiB récidivait, mais encore qu'il pouvait infecter tout l'organisme. IW ces faits nous rapporterons le suivant observé par Paget. Un homtf IKirlant un encliondrome du testicule et du cordon spermatique ' opéré à l'hôpital S:iint-Barthélemy à Londres, le cordon fut coupé j* qu'au niveau de l'anneau inguinal interne : le malade sortit de rhôp*
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"^uéri en appai-eiice, vingt jours apr><s il y rentrait dans un état de faililesse extrême, accusant une perle complète des forresel de la dyspnée. L.a percussion permit de constater une diminution de la riisonnance sous les clavicules et à la base du poumon droil, et à l'auscullation un prolon^mentdu bruit respiratoire au sommet des deux poumons et dc^a rùles sous-crépi tanis à la base : il mourut subitement quelques jours après son entrée à l'hOpilal.
L'autopsie démontra que la dégénérescence partant du testicule avait envahi, en suivant les vaisseaux lymplmtiques, tous les organes essentiels k la vie. A partir de l'anneau inguinal interne, on trouvait deux ({tos vaisseaux lymphatiques, tortueux et dilal^Js, remplis de matière cartilagineuse. Celte altération, qui avait également envahi les ganglions qui constituaient sur le trajet de la dégénérescence des tumeurs plus volumineuses, existait jusqu'au niveau de l'origine des veines rénales; une dp ces tumeurs pénétrait dans la veine cave et était en contact avec le sang veineux. Enfin dans les grosses divisions de l'artère pulmonaire on trouvait des masses cartilagineuses, et à mesure que l'on s'avani,'ait dans l'intérieur du poumon, la matière cartilagineuse augmentait tellement, que les ramuscules les plus petits de l'artère pulmonaire avaient fini par disparaître.
M. Illchet a également constaté des masses cartilagineuses dans le poumon d'un homme auquel il avait réséqué une portion do l'omoplate pour un enchondrome. Que conclure deces*faits et de beaucoup d'autres analogues, sinon que l'enchondrome est loin d'être toujours une affection locale, et qu'elle peut comme le cancer récidiver et infecter l'organisme.
Étiologie. — On ne sait que fort peu de chose sur l'éliologie de l'enchondrome, toutefois le relevé des faits observés jusqu'à présent nous montre que cette affection débute souvent chez les enfants et les adultes, et si quelquefois on en observe chez les vieillards, en les interrogeant on constate que le mal existe depuis longtemps; car, nous l'avons dit, nof^nd nombre de ces tumeurs exigent souvent un temps très long pour pwcourir les diverses phases de leur évolution. Quelques cas tendraient ^démontrer que l'enchondrome peut se montrer à la suite de contusions violentes : le malade dont nous avons rapporté l'observation au commen- ''tnient de cet article avait eu le pied écrasé par le sabot d'un cheval ; M. Larrey a rapporté un cas d'enchondrome du doigt survenu à la suite d'une pression exercée sur cette partie. Sans nier absolument l'inOuence de la contusion sur l'origine de l'enchondrome, nous croyons que dans la plupart des faits invoqués en faveur de cette opinion, il oûitait très probablement une altération qui avait échappé au malade, ttqui, sous l'influence du traumatisme, s'est développée avec une intcnùté insolite; nous savons en effet que toutes les blessures peuvent itn-
&90 ENGHONDROMS.
primer à l'encbondrome une marche des plus rapides* Il n'est pis très rare de rencontrer des tumeurs cartilagineuses chez des siyels dont les ascendants ont été affectés d'eiichondrome ; l'hérédité devrait donc être signalée comme cause de la maladie.
Diagnostic. — L'enchondrome n'est pas toujours facile à reconnaître. Si les tumeurs des doigts ne laissent aucun doute dans la plupart des cas, il n'en est plus do m(>me lorsque la tumeur se développe au tronc ou dans l'épaisseur des os dos membres. Les tumeurs fibreuses de la crête iliaque ont été prises et décrites pour des enchondromes ; i enchondromes des membres peuvent être confondus avec les exos toses, les tumeurs tibreuses^ les kystes des os : an. effets la consistant de ces tumeurs esft la méme^ leur développement est fort lent, il neiisi pas de douleurs pathognomoniques; aussi est-on quelquefois obligé d rester dans le doute.
Le diagnostic de Tenchondrome des piirties molles présente bie^ aussi des difficultés; mais comme Taffection^ dans la plupart des cas, saurait être confondue qu'avec le cancer ou une hypertrophie glandi laire, il est souvent possible d'arriver à déterminer la nature exacte la tumeur. La dureté de renchondrome, sinon dans sa totalité, du moi dans quelques-unes de ses parties^ permettant de le distinguer rbypertropbie, rabsen(*e de douleur et le plus souvent d'engorgem ganglionnaire, la lenteur de la marche, permettront de ne pas le fondre avec le cancer.
Dans la période de Tulcération^ il y a encore possibilité d'établir Je diagnostic, car les cancers ulcérés se couvrent de champignons qx ^ manquent le plus souvent dans l'encbondrome ; d ailleurs les tuoiei-A^rs cartilagineuses arrivées à cette période de développement présenta- ni une physionomie et une consistance toutes spéciales, qui mettront fa^^dlement sur la voie.
Pronostic. — L encbondrome est une affection grave, lo pronos^- •»« doit toujours être rései*\é, car la dégénérescence, nous le savons, pf"*^ul récidiver sur place et dans l'économie ; ces tumeurs doivent donc è ^-^ considérées comme de nature maligne. HAtons-nous d'ajouter quVl-*^ *^* le sont à un degré moindre que les tumeurs canc^îreuses, car la géne^calisiition dans l'eiKiiondroine n'a été jusqu'à ce jour constatée que dim^ ^'^ des cas tout à fait exceptionnels, tandis que dans le cancer la récid» ^^ et la généralisation sont la règle, et la guérison radicale la très r^*-^^ exception.
Traitement. — Nous n avons que peu de chose à dire du traiteme;^' "^ de l'enchondroino ; l'extirpation est h? seul moyen d'obtenir la gué ^' son. La dégénén^scenee occupe-t-elle les parties molles, la lunk-^**' doit être enlevée complètement; nous ne pensons pas que Ion pui^=^"***^ laisser impunément en place une portion d'enchondrome, une re ^-i"
MÉLANOSE. 691
dive prochaine et fort grave sera la conséquence d'une opération incomplète.
L'enchondrome des os se présente, avons-nous dit, sous deux' formes :
V La maladie s^est développée k la surface de Tos sur le périoste : dans ce cas il est quelquefois possible d'enlever la tumeur sans entamer Tos, les adhérences sont détruites par l'arrachement ou le bistouri, et il reste dans le point de séparation une surface rugueuse qui se recouvre de bourgeons charnus : la guérison est complète. Mais il faut, pour obtenir ce résulUit, qu'il ne reste rien de l'enchondrome, car il faut redouter une récidive.
2" L'enchondrome occupe le centre de l'os: est-il possible dans ce cas d'enlever la tumeur sans extirper l'os, ainsi que l'a fait M. Voillemier, qui a détruit à l'aide des caustiques un enchondrome de la main. lif . Sédillot, dans un cas semblable, a pratiqué l'évidement. Le malade portait un enchondrome de la première phalange du doigt indicateur de la main gauche. Le chirurgien fit une incision longitudinale, coupée H angle droit par deux petites incisions perpendiculaires aux extrémités; il eut ainsi deux lambeaux périostes tégumentaires qui furent renversés de chaque côté. L'os futexcavé avec un fort scalpel, puis avec une petite rugine fut réduit à une sorte de coque. Quelques jours après, les bourgeonscharnus furent cautérisés avec le fer rouge et le nitrate d'argent, le malade guérit en conservant la mobilité de ses articulations. Ces opérations seraient certainement préférables à l'amputation, mais malheureusement elles ne mettent pas à labri des récidives, aussi n'est-ce qu'avec une certaine réser\'e que nous les conseillons; elles no seraient d'ailleurs applicables qu'à des tumeurs peu volumineuses. Et si Ion se décidait pour cette méthode, le malade devrait être surveillé avec soin, et dans le cas où l'on verrait la tumeur cartilagineuse se reproduire, on devrait sans tarder procéder à une extirpation plus radicale.