‹ Elements de pathologie chirurgicale. v.3, 1876Chapitre 15 sur 102 · POLYPES DU CONDUIT AUDITIF EXTERNE · texte numérisé non relu

POLYPES DU CONDUIT AUDITIF EXTERNE

regardent, à tort, comme dangereuses ; mais il faut surtout ne pas hésiter^ si cela devient nécessaire, à pratiquer Tincision.

30 Polypci.

Les auteurs anciens comprenaient sous le nom de polype toute production morbide, pédiculée, prenant naissance dans une cavité pourvue d'une muqueuse. D'après cette définition, Toreille moyenne pourrait être seule le siège de polypes ; il est vrai qu'ils se développent souvent dans celte cavité, mais on en rencontre aussi qui prennent leur insertion sur les parois du conduit auditif ou sur la face externe de la membrane du tympan.

Ces polypes succèdent à une otite externe, à une myringite chronique, à une otite interne, surtout lorsque ces infiammations ont été suivies de suppurations prolongées.

lis siègent, en général^ au voisinage de la membrane du tympan ; leurs dimensions sont variables ; les uns ne dépassent pas le volume d*une tête d'épingle ; d'autres remplissent le conduit auditif, et, dans certains cas^ font saillie au dehors. Leur pédicule, souvent très-mince, est parfois aussi large que la masse elle-même du polype. Au point de vue de leur structure, on les divise en muqueux, fibreux et sarcomatetix.

Les polypes muqueux sont les plus communs. Leur structure est analogue à celle des polypes muqueux des fosses nasales. Ils sont constitués par un tissu conjonctif contenant des noyaux embryoplastiques et des cellules fusiformes, infiltré de mucine, présentant à sa surface des papilles hypertrophiées, allongées, recouvert d'un épithéliam généralement cylindrique à la base de la fumeur et pavimcnteux à son extrémité saillante. Les vaisseaux y sont nombreux^ dilatés et à parois très-minces. On y rencontre des glandes en tubes et des kystes remplis d'un liquide muqueux.

lesi polypes fibrer/x, plus rares, prendraient naissance, suivant Stendener, dans la couche périostique du conduit ; ils sont formés par du tissu conjonctif à nombreux prolongements s'anastomosant entre cox, et recouvert par plusieurs couches d*épithélium pavimenteux; les vaisseaux peu nombreux y sont développés, et l'on n'y observe ni kystes, ni glandes en tubes. Klotz prétend y avoir rencontré des éléments osseux ou calcaires.

Les polypes sarcomateux présentent généralement les caractères anatomiques des fibro-sarcomes ; ils sont limités extérieurement par une couche d'épithélium pavimenteux stratifié à cellules crénelées, engrenées et subissant à la périphérie la transformation épidermique, et ils sont constitués d'une manière générale par du tissu conjonctif

hh AFFECTIONS DE L'APPARBIL DE l'OUIE.

présentant de nombreuses cellules plates et du tissu embryonnaire. Tels sont en effet les caractères observés par M. Renaut sur une tumeur de ce genre, qui avait été extraite par M. Cusco et qui présentait, en outre, ceci de particulier qu'on y rencontrait de nombreuses cavités arrondies et tapissées d'épithélium cylindrique à cils vibratiles. Ces cavités kystiques étaient plus grandes à la périphérie qu'au centre, leur processus paraissait avoir beaucoup d'analogie avec celui des kystes prolifères {Archives de physiologie, 6* année).

Il ne faut pas confondre avec les polypes certaines fongosités ou granulations présentant extérieurement les mômes caractères, mais différentes par leur structure. Elles sont dépourvues de couche épithéliale et sont uniquement constituées par une substance granuleuse, circonscrite entre des fibres lamineuses entrecroisées en tous sens.

Les polypes du conduit auditif externe sont facilement appréciables à la vue dès le début de leur développement. En examinant méthodiquement Toreille, on aperçoit une tumeur plus ou moins volumineuse, rosée ou môme rouge; cette tumeur est molle et saigne au moindre contact. Son développement est souvent précédé et toujours accompagné d'une olorrhée plus ou moins abondante.

Le pus qui s'écoule est fétide, strié de sang; on constate parfois de véritables otorrhagies. Rossi dit avoir observé une malade atteinte d'un polype, chez laquelle il se faisait par l'oreille des hémorrhagies supplémentaires des règles. Les malades éprouvent une douleur assez vive au fond de l'oreille, augmentée surtout par la mastication et la toux. Enfin, les polypes de l'oreille donnent lieu à des troubles de l'ouïe et provoquent souvent des phénomènes nerveux tels que vertiges, syncopes, vomissements, névralgies et paralysies partielles.

Le diagnostic des polypes qui s'insèrent dans le conduit auditif externe n'offre pas de difficultés ; tout au plus pourrait-on les confondre, au début, avec des granulations ou des fongosités. Cette confusion ne présenterait aucun inconvénient.

Les tumeurs cancéreuses s'en distinguent par leur rareté, leur mode d'implantation qui n'a pas lieu dans le voisinage du tympan, leur coloration plus foncée, leur consistance moindre que celle des polypes fibreux, l'écoulement ichoreux qui les accompagne, la présence de ganglions et la cachexie.

Le prolongement d'un fongus de la dure-mère dans le conduit auditif ne saurait davantage être confondu avec un polype; il s'accompagne de symptômes généraux que nous avons fait connaître (voy, t. III, p. 614).

POLTPU DU CORDDIT AUDITIF ZXTIIRB. hS

La marche de ces polypes est variable; tanl6t ils acquièrent eu peu de temps un volume considérable, lantAt leur complète évolulion eiige des années entières. ^

On a TU, dans quelques cas, le polype se détacher de lui-même i la suite d'injections; mais cette heureuse terminaison est eiceptionnelle.

Le pronostic n'est pas sans gravité. La suppuration en se prolongeant peut donner lieu & des accidents sérieux ; cependant, les polypes du coodtiit auditif sont bien moins dangereux que ceux de l'oreille moyenne.

'TRAiTiKEirr. — Le traitement varie suivant les dimensions do polype. S'il est très-petit, la cautériiation suffit pour le détruire.

Pour peu qu'il ait acquis uo certain développement, le seul traitement applicable est l'ablation, au moyen de l'exci- Hon, de l'arrachement, de \i ligature ou de l'écrasement.

h'exeiiùm ne peut être appliquée que dans les cas oii 1b polype est implanté près de l'orifice du méat, par un pédicule étroit et facile à uiiirà l'aide de pinces. La difficulté de manœuvrerdans le conduit auditif avec un insbnment tranchant rend diTBcile l'emploi de cette

cxtcmo h rùilfl du

L'arrachenwnt eipose à des fig. 25.

bémorrhagieS et à des dé- Cam Bgan en imlmàa t aumlnr l.

urdres graves, tel» que l'ar- umrétaiîi^/erduîwM-nœu" "

nchement de la paroi du

coaduit ou de la membrane du tympan elle-même. Il doit donc être

ïbaadonné.

La Ugaiure (voy. Sg. 25] peut être employée, mais uniquement pour les polypes muqueux. Elle se pratique facilement à l'aide du serrenœnd imaginé par le docteur Cintrât. Cet instrument se compose: 1* D'une aiguille creuse du volume d'un stylet ordinaire et divisée suivant sa longueur en deux tubes j 2* D'une aiguille creuse formant enveloppe comme la canule qui recouvre la lame des trociirts. On ^t passer par les tubes de la première aiguille un fil de fer fin que l'on place à cheval sur l'extrémité effilée et dont on fixe les deux

66 AFFECTIONS DE L^APPAREIL DE l'OUÏE.

bouts sur un bouton qui glisse sur Taiguille et se trouve retenu là où l'on désire l'arrêter par un petit ressort qui s'engage entre les dents d'une crémaillère. Une fois le (il tendu, on pousse le bouton et on fait sortirde la première aiguille une anse de fil de la dimension voulue. Puis on passe par-dessus la seconde aiguille-enveloppe^ et Ton arrondit l'anse de fil de manière à entourer le polype en se servant de l'érigne comme pour le polypotome. Une fois l'anse de fil bien placée, on fait remonter le bouton, qui retire le fil et serre la tumeur. Cela fait, on fait tourner la première aiguille dans la seconde

jusqu'à ce que le fil se rompe, et la ligature se trouve faite très -solidement.

Vécrasement, au moyen de polypotomes, est^ sans contredit, le meilleur moyen d'ablation des polypes de l'oreille.

Le polypotome de Wilde se compose d'une lige métallique recourbée à sa partie moyenne de façon que la vue ne soit pas gênée par la main de l'opérateur. Cette tige^ arrondie dans sa moitié supérieure , carrée dans l'autre moitié, est terminée inférieurement par un anneau destiné à recevoir le pouce. Elle présente^ dans sa longueur, une rainure où glisse une tige transversale autour de laquelle s'enroule le fil formant une anse. L'index et le médius étant placés sur cette tige transversale, il suffit de rapprocher ces deux doigts du pouce placé dans l'anneau pour sectionner la tumeur.

L'écraseur de M. G. Desarènes (voy.

fig. 26) est construit sur le même principe; mais il se termine inférieurement par une vis qui permet d'agir lentement, régulièrement et de disposer en même temps d'une force plus considérable. Quand on doit extraire un fibrome d'une grande dureté, il faut avoir soin de mettre deux fils de fer enroulés l'un sur l'autre.

M. Em. Ménière ayant reconnu la difficulté qu'on éprouve pour atteindre le polype, à cause de la rigidité de la tige métallique du serre-nœud ordinaire, a eu l'heureuse idée d'apporter à cet instrument la modification suivante : la partie x z de la tige (voy. fig. 27)

Fig. 26. — Serre-nœud de M. G. De sarènes.

TUMBDRS SÉBACÉES DU CONDUIT AUIlITIF EXTEBHE. &7

est ea argent, de telle sorte que le chirurgien peut, à son gré, lui donner iine courbure quelconque, suivant la position qu'occupe la tumeur.

Une fois le polype enlevé, il importe de cautériser à plusieurs reprises la surface d'implantation.

Les tumeurs sébacées du conduit auditif sont très-rares. Toynbce, qui les a particulièremeat étudiées, en a réuni une vingtaine d'exemples ; de notre cûté, nous en avons observé quelques eu.

Ces tumeurs s'observent généralement

dans un fttie avancé. ■ „. ~ .....

? „ Fi6. 27. — Sem-ncBud da M. Em.

Acatomiquement, elles sont consti- Menièra.

iakt, comme les kystes, par une ma-

titte sébacée que circonscrit une membrane d'enveloppe distincte. On ïoil au microscope, que cette matière esl mêlai^ à des cellules épidenoiques; la membrane d'enveloppe est fonnee d« tissa aréolaire et de liuu Bbreux.

Pour bien les apercevoir, il faut porter en haut H en arrière le pavillon de l'oreille et faire écarter lelragus, comme l'mdiquc la ligure ci-contre [Qg 28)

Elles naissent dans toutes les parties du conduit auditif et présentent ceci de particulier, dans leur déreloppement, qu'elles font saillie à l'exteneur et envahissent en même temps les tissus sous-ja- «nla. Elles peuvent arriver ainsi à déterminer la résorption des parois osseuses. Elles s'étendent à la fois du c6lé du pavillon et du cAté de la membrane du tjm-

- Tumaur libteée du conduit auditif iicme. (De notre collection.)

pan qa'elles refoulent, perforent ou détruisent. Elles sont susceptibles d'acquérir le volume d'une grosse noisette et déterminent alors une dilatation plus ou moins considérable du conduit auditif.

Ces tumeurs se présentent sous la forme d'une masse blanchâtre, d*un aspect caséeux et située au-dessous de la couche cutanée. Elles s'accompagnent généralement d'un écoulement de pus très-fétide, ne donnent lieu à aucune douleur et n'apportent qu'un peu de gêne dans Taudition par suite de l'obstruction incomplète du conduit.

Elles pourraient être confondues avec des amas de muco-pus mélangé à des lamelles épidermiques.

Le pronostic peut être assez grave lorsqu'elles sont abandonnées à elles-mêmes, pour qu'elles entraînent une résorption osseuse et même une perforation crânienne.

L'extirpation est le seul mode de traitement qui leur soit applicable. Elle consiste non-seulement dans l'incision de la poche, mais aussi dans l'arrachement de la membrane d'enveloppe^ afin d'éviter toute récidive. Chez le malade dont l'oreille est représentée ci-contre (fig. 28), nous avons eu recours à l'écrasement linéaire. Dans le cas où la tumeur est ulcérée, on se contente de faire de fréquents lavages et de cautériser la surface interne de la poche.

5<> Szoftiofet.

' Les exosloses du conduit auditif sont le plus souvent congénitales. Suivant Toynbee, elles peuvent avoir une origine goutteuse ou rhumatismale; nous en avons vu aussi d'origine syphilitique. Elles paraissent plus fréquentes chez les hommes.

Uniques ou multiples, ces exostoses naissent indistinctement sur les deux parois du conduit. Elles sont constituées par du tissu compacte et leur insertion se fait par une large base.

Elles sont dures, arrondies, mamelonnées à leur surface; la peau qui les recouvre est rosée. Généralement indolentes, plus rarement donnant lieu à des douleurs vives et s'irradiant dans toute la tète^ elles entraînent toujours un certain degré de surdité.

Leur dureté osseuse permet de les reconnaître et de les distinguer des autres tumeurs.

Leur marche est très-lente.

Le traitement varie suivant qu'elles obstruent complètement ou non le conduit auditif. Dans ce dernier cas^ il suffît, pour rétablir l'audition, de dilater le canal avec des tiges de laminaria digitata. Lorsque celui-ci est complètement obstrué, l'ablation de l'exostose estleseu moyen de faire disparaître la surdité.

Page 1