AFFECTION TUBERCULEUSE DU ROCHER
Nélaljn, le prcnii. r^ dans sn thèse înai]<^uralc (1836) a appelé Tattenlion des chirurgiens sur les tubercules du rocher. Depuis^ un grand Dombre d'auteurs ont rapporté des observations qui ne laissent aucun doute sur l'existence de cette affection. La plupart de ces observations se trouvent rassemblées dans la thèse de M. Champsaur (1862).
Cette affection, qui passe souvent inaperçue, est fréquente, surtout chez les hommes et à l'âge adulte. Rarement primitive, elle reconnaît le plus souvent pour cause la scrofule et la tuberculisation générale. Les lésions qu'on observe dans le rocher coïncident le plus souvent avec des lésions analogues dans d'autres parties du squelette ou dans des parties molles. Quel(|ues malades, cependant, succombent à l'affection tuberculeuse du rocher sans présenter aucune trace de tubercule dans aucune antre partie du corps.
La matière luberculeuse crue ou ramollie, dans le rocher comme dans les autres os^ est enkystée ou plus rarement à l'état d'inflitration. AVétatde crudité, elle forme une masse consistante^ d'un volume qui varie entre celui d'un pois et celui d'une noix^ d'une coloration gris jaunâtre, et dans laquelle le microscope révèle la présence de vésicules graisseuses, de cristaux de cholestérine et de globules présentant de petites granulations élémentaires sans noyaux. Les tubercules sont complètement enveloppés par une membrane, de consistance variable et peu adhérente à Vos et à la matière qu'elle contient. La cavité osseuse qui renferme le tubercule est irrégulière, anfractueuse, lisse, ne présente nucune altération et occupe une situation différente suivant les cas. Quelquefois le rocher tout entier est converti en une immense caverne. Le tubercule, en se ramollissant, détermine en plusieurs endroits des perforations, envahit les organes contenus dans le rocher, c'est-àdire l'oreille interne, l'oreille moyenne et la portion osseuse du con- <Juit auditif. Quelquefois il se fait jour directement par l'apophyse ïnastoïde. Le plus fréquemment il arrive dans la caisse du tympan sous ïa forme d'une matière jaunâtre, sanieuse, grumeleuse et fétide qui Perfore la membrane du tympan et s'écoule par le conduit auditif ou, plos rarement, par la trompe d'Eustache. Il détermine ainsi une otite chronique et amène la destruction de toutes les parties contenues dans Toreille moyenne et dans l'oreille interne et môme la rupture de la carotide interne dans le canal carotidien. Les nerfs facial et auditif sont ordinairement intacts. Enfin, il peut s'étendre du côté de la cavité crânienne et déterminer des phlébites des sinus crâniens.
102 AFFECTIONS DE L* APPAREIL DE l'OUÏE,
Dans là plupart des cas, les méninges et le cerveau sont altérés. La dure-mère est noirâtre du côté du rocher, jaunâtre et purulente du côté du cerveau. On trouve parfois toutes les traces d'une méningite et un épanchement de pus dans la cavité de Tarachnoïde. Le cerveau luimême présente diverses altérations; on y trouve un développement veineux considérable; d'autres fois il est ramolli; dans quelques cas, il est le siège d^un abcès plus ou moins étendu, mais qui ne communique pas avec l'os malade.
L'afifection débute par une céphalalgie plus ou moins vive, localisée du côté de l'os malade, s'accompagnant de bourdonnements d'oreille et quelquefois d'une légère surdité, paraissant et disparaissant tour à tour pendant plusieurs mois ou môme plusieurs années, et unissant par devenir complète. Puis survient par l'oreille ou par la bouche un écoulement continuel de liquide purulent, blanc, crémeux, inodore ; plus tard cet écoulement augmente et devient fétide, on y trouve des parcelles osseuses et des fragments de matière tuberculeuse. La fièvre apparaît alors avec son cortège de symptômes habituels.
Quelquefois les régions temporale et mastoïdienne s'enflamment, se gonflent et s'ulcèrent; le tissu osseux lui-même est hypertrophié et des abcès se forment dans le voisinage. Rarement on observe la paralysie de la face. Si le pus s'épanche dans le crâne, on observe des symptômes de compression cérébrale ; si les méninges sont enflammées, on constate les signes de la méningite.
Le diagnostic des tubercules du rocher est souvent difficile, et ce n'est qu'en recherchant avec une grande attention les symptômes que nous venons d'énumérer qu'on peut arriver à reconnaître cette affection. Toutefois la présence de tubercules dans d'autres parties du corps, surtout dans les poumons, coïncidant avec un écoulement purulent, peu abondant, blanc jaunâtre, inodore, qui se fait par le conduit auditif, pourront mettre sur la voie du diagnostic.
C'est avec la carie du rocher que cette affection présente le plus d'analogies; mais la nature même de l'écoulement, qui est inodore, sa couleur blanc jaunâtre, permettent de le distinguer de l'écoulement auquel donne lieu la carie qui est généralement verdâtre et fétide. Quand la membrane du tympan est perforée, l'introduction d'un stylet par cette perforation permet de constater que les parois osseuses sont Usses et polies et ne présentent pas la friabilité qu'elles offrent dans la carie.
Lorsque les cellules mastoïdiennes sont remplies par la matière tuberculeuse, on peut, suivant Ménière, le reconnaître en insufflant de l'air de la caisse ; on s'aperçoit que le bruit produit par cet air ne dépasse pas cette cavité et qu'il y a absence de vibrations dans les parois environnantes.