MALAD1B8 DU SAC LACRYMAL ET DU CANAL NASAL
B. Daeryocyftite chronique. — Macocèle. — Tumeur et fislule lacrymales.
Synonymie. — Inflammation chronique» catarrhe du sac, tumeur lacrymale.
Historique. — Avant que la disposition exacte des voies lacrymales fût connue, les auteurs émettaient sur la tumeur lacrymale les opinions les plus erronées. C'est ainsi que Ceise l'envisageait comme une tumeur cancéreuse, et d'autres comme le signe d'une carie de l'os unguis, etc. Maitre Jean le premier, en 1707, entrevit la nature de cette tumeur en se basant sur la découverte des voies lacrymales qui venait d'avoir lieu. Quelque temps après, J. L. Petit, attribua cette affection à une obstruction du canal nasal, et par suite, à une accumulation des larmes dans le sac, d'où la distension simple du sac (tumeur) ou avec rupture (flstule). Scarpa le premier regarda l'inflammation comme le point de départ de la maladie. Enfin les auteurs modernes ont démontré que cette affection reconnaît plusieurs causes sur lesquelles nous reviendrons en parlaut du traitement. Ceux dont les travaux méritent le plus d'être signalés, sont : Béraud, Lagncau fils, Bowmann, Fano, Critchett, Follin, Champrigaud, Galezowski, Wecker, Naudier, etc.
Étiologie. —- La dacryocystite chi'onique peut être congénitale, comme cela s'observe dans les cas d'étroitesse du canal, de déviation delà cloison ou du cornet inférieur; mais cela est extrêmement rare. Elle est presque toujours consécutive, soit à un traumatisme tel qu'une plaie, une fracture des os voisins, soit à une tumeur des fosses nasales, de Tunguis ou du maxillaire comprimant, déviant ou rétrécissant le canal nasal. D'autres fois elle est due à la propagation d'une inflammation qui a pris naissance au voisinage, tel qu'un coryza chronique, ane blépharite glandulaire (Scarpa), une conjonctivite chronique ou . granuleuse. C'est à tort que celte inflammation par propagation est niée aujourd'hui par certains auteurs.
Elle s'observe surtout dans la jeunesse ou l'âge adulte, chez des sujets lymphatiques, scrofulenx ou syphilitiques. Nous avons eu souvent l'occasion à l'hospice des Enfants assistés, de pratiquer l'autopsie de QOQveau-nés atteints de syphilis congénitale, chez lesquels nous trouvions le sac lacrymal et le canal nasal enflammés et remplis de pus. Certaines races y paraissent prédisposées tels que les Mongols et les Israélites.
A5AT0MIE PATHOLOGIQUE. — Lcs altératiocs auxquelles donne lieu la dacryocystite sont variables. La seule qui soit constante est l'inflaminatioQ du sac (Béraud). C'est elle qui tuméfie la muqueuse du sac, la 'end friable, la vascularise, y fait apparaître des points noirâtres ou • jaunâtres au niveau des orifices des glandules. Sous Tinfluence de la
202 AFFECTIONS DE l'aPPAREIL DE LA VISION.
pression, ces orifices sécrètent un liquide analogue à celui que sécrètent les glandes de Meibomius. Le boursouflement de la muqueuse produit à son tour une obstruction du canal nasal, par suite une dilatation du sac par un muco-pus mélangé à ce liquide. Ce boursouflement peut aller jusqu'à' oblitérer les conduits lacrymaux et le canal nasal d'autant plus facilement que ce dernier contient des valvules dont Béraud a donné une bonne description.
Lorsque les conduits lacrymaux sont oblitérés par la tuméfaction en même temps que le canal nasal, le pus s'enkyste, produit une tumeur dans le sac et souvent plus tard un abcès avec ou sans fistule. Toutefois il est à remarquer que si Toblitération devient permanente, le mucopus inclus dans la tumeur donne lieu à une variété d*hydropisie que Ton appelle un mucocèle.
Pour que le mucocèle ait lieu, il faut que les conduits lacrymaux et le canal nasal soient oblitérés d'une façon permanente : or Béraud a démontré par lanécropsie que les valvules peuvent être assez tuméfiées par l'inflammation chronique pour se souder par leur bord libre à la paroi opposée et pour produire ce résultat. D'autres foison trouve dans les glandes de la muqueuse du sac et du canal nasal de petits kystes qui donnent naissance à une variété de mucocèle, ofl'rant tous les caractères des tumeurs lacrymales.
A côté des rétrécissements inflammatoires auxquels on donne le nom de primitifs, il en est d'autres que Ton peut considérer comme secondaires et chez lesquels l'apparition de la tumeur précède l'inflammation. C'est ce qui a lieu dans les rétrécissements congénitaux ainsi que dans ceux qui succèdent aux tumeurs, à l'inflammation^ à la carie ou à la nécrose de l'unguis et du maxillaire supérieur.
Il n'est pas rare de voir la muqueuse du canal nasal elle-même s'enflammer, devenir granuleuse, villeuse et porter des productions polypi formes.
Les désordres produits par la dacryocystite chronique diminuent parfois pendant un certain temps pour reparaître ensuite avec plus d'intensité.
Très-souvent le pus, au lieu de rester dans le sac, l'ulcère et vient former, soit du côté de l'orbite, soit du côté de Tunguis, soit vers la peau, un abcès de voisinage, ou bien il donne lieu à des fistules faisant communiquer le sac à l'extérieur, soit du côté des fosses nasales, soit du côté de la peau. Dans certains cas enfin, cette inflammation amène une carie ou une nécrose des os voisins.
Symptomatologie. — Le début de la dacryocystite chronique est généralement insidieux. Le malade se plaint de quelques troubles fonctionnels tels que du larmoiement, une sécheresse anormale de la narine correspondante, une altération de l'odorat et un léger prurit au
lULAMBS DU SAC UCRTHAL ET DU CARAL HA8AI.. SOS
DÎvUQ da grand angle de l'œil. Mais rarement il s'en préoccupe avant qo'il ait vn apparatlre au grand angle de l'œil une tumeur située le ptos souvent au-dessous, quelquefois au-dessus du tendon de l'orbiculaire, ce dont le cbirurgien s'assure en exerçant une traction sur l'angle externe. Celte tumeur est d'un volume, d'une consistance variables; elle est généralement moins volumineuse le matin que dans la journée. Elle est tantôt dure, résistante, irréductible, tantôt molle, Buctuante et dépressible. En général elle ne s'aocompsgne d'aucun changement de coloration à la peau. A l'aide de la pression, on fait refluer par les points lacrymaux, quelquefois aussi par la narine correspondante, un liqoide tantôt transparent comme les larmes, tantôt jaunfttre, visqueux
et mnco-purulent.
En même temps que se développe cette tuméfaction, les troubles
fonctionnels qui l'ont précédée deviennent de plus en plus accentués.
Le larmoiement, en particulier, augmente et il s'exagère sous l'In-
- Tumeur hcrjmtUe lrè*-dJTel(^p£e (Deimairc)).
■ par 11 liumir ; — C D ^lendu* de li perla do lubtUoc»
Dnence du froid, du vent, des émotions morales. Dans la plupart des Cl), les conduits lacrymaux et le canal nasal demeurent perméables.
Lorsqu'ils sont obstrués et que le liquide est enfermé dans le sac, de V)Dii ne pouvoir être évacué au dehors, comme cela a lieu dans le oiiijocèle, la tumeur prend habituellement une forme oblongue, quelqnrois bilobée, devient d'une consistance plus ferme, comparable ^ celle du tissu fibreux et peut atteindre un volume considérable (wj. fig. 76).
HiBCHE ET TBBNiHAisoN. — La dacryocystlte est habituellement Ifis-lentc dans sa marche. Tantôt elle semble guérir spontanément et
Vik AFFECTIONS DE L'AFPASEIL DE LA TISIOR.
reparaît par intervalles à l'état aigu. Tant6t à la suite de ces poussées inflammatoires, le pus se vide à l'extérieur et la guérisoa survieot, mais c'est là un mode de lermioaison très-rare. Le plus souvent elle donne lieu aux complications dont nous allons parler.
CoHPLiCATioss. — Les complications les plus fréquentes sont les abcès, les fistules, la carie et la nécrose.
Au lieu de se faire jour par les points lacrymaux ou par l'orifice inférieur du canal nasal, le pus de la dacryocystite peut ulcérer le sac, s'ouvrir sous la peau dans le tissu cellulaire sous-cutané et donner lieu k une fittule borgne interne, D'aulres fois elle ulcère la peau ellemême, fait communiquer l'intérieur du sac avec l'extérieur et donne lieu à une véritable fistule lacrymale. Enfm dans quelques cas, en ménu temps qu il i« forme du pus à I inteneur du sac 1 s en forme à l'extérieur et ce pet t abcès phlcgmoneux peut être le pomt de départ de la flslule
La fistule laciymale est d ailleurs une complication qui n'appar-
FiG. 77. — Fistule Ucryoïala d'origine (jrpliîli tique (d'après un moule de notre ctdlediM déposé Jani aotre musée de l'hapilal Saint-Louis].
lient pas exclusivement à la dacryocyslite et à la tumeur lacrymale; on pourrait l'étudier dans un chapitre spécial, mais, quelle que soit la cause qui la produit, comme elle s'accompagne dans la plupart des cas d'une dacryocystite, nous l'éludierons ici en nous conlenlaal de faire observer qu'elle peut aussi survenir à la suite d'un abcès du