‹ Elements de pathologie chirurgicale. v.3, 1876Chapitre 77 sur 102 · AFFECTIONS DES GANGUONS LYMPHATIQUES · texte numérisé non relu

AFFECTIONS DES GANGUONS LYMPHATIQUES

doigt indicateur et sur son ongle fit glisser la pointe d'un bistouri élroit; il ne s'écoula pas moins de 360 grammes de pus. Immédiatement le malade ouvrit la bouche, fit un grand soupir et put avaler et respirer librement. Une bandelette en forme de mèche fut portée au fond de la plaie pour faciliter l'écoulement du pus au dehors et la guérison fut prompte.

Au lieu de porter l'incision à la partie postérieure du muscle sternomastoïdien, on pourrait la pratiquer le long de son bord antérieur; la voie serait plus directe pour arriver à l'œsophage. C'est la voie que suivit M. Prioux (deNantes) pour ouvrir un abcès rétro-pharyngien consécutif à une angine érysipélateuse qui avait produit un demi-litre de pus. '

Les obch chroniques sont tellement rares que l'on en cite à peine quelques exemples: l'un est dû àDesault, un autre à Dupuytren, un troisième est publié dans un journal de Dublin.

Ces abcès donnent lieu aux mêmes accidents que ceux qui succèdent aux phlegmons aigus. Cependant, comme leur marche est plus lente, les organes s'habituent peu à peu à la compression; il en résulte qu'ils peuvent acquérir un développement plus considérable que les abcès aigus. Aussi s'étendent-ils sur les parties latérales du cou, vers les angles de la mâchoire inférieure où ils viennent former une tumeur quelquefois énorme.

La .ponction est le meilleur traitement. Si les parois du foyer se recollent difficilement, on pratique avec avantage l'injection iodée.

ARTICLE H

AFFECTIONS DES GAIfGLIONS LYMPHATIQUES.

Il est peu de régions où les ganglions lymphatiques se rencontrent en plus grandnombre qu'à celle du cou. Dans la région sus-hyoïdienne, on trouve plusieurs ganglions, en arrière, en dehors et en avant des artères carotides; d'autres entourent la glande sous-maxillaire; quelques-uns sont situés au-dessus de cette glande, sur le trajet de Tartère et de la veine faciales; d'autres encore se rencontrent entre le muscle mylo-hyoïdien, la mâchoire, le digastrique et l'aponévrose cervicale. Tous ces ganglions reçoivent les lymphatiques du pharynx, de Tintérieur de la bouche et de la face.

Dans la région sous-hyoïdienne, les ganglions forment une chaîne autour de la carotide primitive et de la jugulaire interne; quelques-uns sont placés derrière le plexus veineux sous-thyroïdien. Dans la région sus-claviculaire existent aussi un grand nombre de ganglions dont les uns sont situés au-dessus du muscle sterno-mastoïdien, d'autres derrière la clavicule, d'autres dans l'espace triangulaire intercepté par

le sterno-mastoldien et le trapèze. Enfin, à la nuque on trouve également quelques ganglions sur le trajet du splénius, à 3 centiaiètres environ au-dessous de la ligne courbe de l'occipital.

Ces ganglions peuvent être le siège d'inflammcUions, A'hypertrophiet, de tumeurs et de quelques dégénérescences. Leurs affections ont été l'objet d*études sérieuses dans ces dernières années. Nous en avons fait nous- même le sujet d'une leçon h l'hôpital Saint-Louis, qui est publiée dans le 2' volume de nos cliniques, et à laquelle nous empruntons les éléments de la description qui va suivre.

InflamiiMitioni (•dénîtet).

Ce que nous avons dit plus haut (t. I, p. 751) des adénites engénéni nous permettra d'être bref sur Tadénile cervicale.

Elle est aiguë ou chronique. Nous étudierons successivement ces deux variétés.

Adénite AIGUË. — L'adénite aiguë reconnaît des causes locales et des causes générales. Les premières sont celles que nous avons mentionnées en parlant des phlegmons et des abcès du cou. Les causes générales sont la syphilis, le lymphatisme et surtout la scrofule. Ont vu aussi l'adénite aiguë survenir pendant la convalescence d'affections graves, telles que les fièvres éruptives et la fièvre typhoïde. Enfin cette maladie se rencontre fréquemment chez de jeunes soldats soos l'influence de causes multiples.

L'adénite aiguë est superficielle ou profonde. Suivant la région, elle est sous-maxillaire, mylo-hyoïdienne, carotidienne, sus-clavicalaire ou parotidienne. Cette dernière a été décrite plus haut (voy. Affections de la parotide).

Les désordres anatomo-pathologiques sont les mêmes que dans les autres régions (voy. 1. 1, p. 752). Le ganglion enflammé augmente de volume et de consistance, se vascularise, bientôt après se ramollit graduellement, passe du blanc rosé au gris rougeâtre ; la vasculari^ation s'étend à l'enveloppe ; parfois le ramollissement devient tel que le doigt s'enfonce comme dans la masse cérébrale. Dans les adénites érysipélateuses on trouve quelquefois de petits foyers bémorrhagiques.

Le microscope permet de constater une dilatation notable des capillaires sanguins et une prolifération cellulaire; cette dernière se fait-elle aux dépens du tissu adénoïde ou des éléments lympholdes? C'est là un point non encore élucidé. Selon M. Robin, les cellules do réticulum grossissent et présentent des noyaux multiples. Bircb- Hirscbfeld, d'accord avec Billroth, prétend au contraire que le tissu adénoïde ne joue qu'un rôle passif, et que ses mailles sont simplement distendues par les cellules lymphoïdes devenues plus nombreuses et plus grosses.

Si la maladie se termine par résolution, ces désordres disparaissent peu à peu. Si elle passe à la suppuration, on trouve du pus infiltré sous forme de points jaunâtres et de petits foyers purulents qui détruisent successivement tous les follicules. L'adénite cervicale suppurée, comme celle des autres régions, a une grande tendance à se propager dans le tissu cellulaire du voisinage, d'ob le nom d'adéno-phlegmon que M. Gosselin a proposé pour mieux faire comprendre ce mode de propagation. C'est surtout lorsque la phlegmasie porte sur plusieurs ganglions et tend à suppurer que l'inflammation phlegmoneuse envahit le tissu cellulaire voisin. A la période de suppuration, l'abcès ulcère Tenveloppe et se vide dans ce tissu cellulaire; la maladie suit alors la marche des phlegmons et des abcès décrits dans le paragraphe précédent.

Lorsque, au lieu de suppurer, l'inflammation se termine par induration et passe à l'état chronique, le tissu du ganglion reste dur et rénitent. Il en est de môme lorsqu'une portion des ganglions a suppuré et que Tâutre portion reste dure, longtemps après que l'abcès a été évacué.

L'adénite aiguë, qu'elle soit primitive ou consécutive, débute dans l'un des points que nous avons indiqués, par une tuméfaction limitée, facile à circonscrire quand elle est superficielle et monoganglionnaire, plus difl'use quand elle est profonde et polyganglionnaire. Au toucher, on sent une masse douloureuse, habituellement bosselée, dont la consistance, sensiblement uniforme au début, se modifie rapidement de façon que certains points semblent se ramollir lorsque les autres restent durs. Si la maladie tend à la suppuration, les téguments rougissent, les ganglions atteints deviennent de plus en plus mous et fluctuants^ et si le chirurgien n'intervient pas, la peau se sphacèle et le pus s'écoule au dehors. Si elle se termine par résolution ou par induration, la tumeur conserve plus longtemps sa consistance ferme et demeure stationnaire ; la coloration des tégu luents reste normale, la résorption se fait peu à peu, d'une manière insensible, et l'induration persiste plusieurs mois encore après le début.

Les troubles généraux sont proportionnés au degré d'acuité et à l'étendue de l'adénite; le plus souvent ils sont à peine appréciables et consistent dans un peu de fièvre, de céphalalgie et des troublestligestifs passagers. D'autres fois, la fièvre et les symptômes locaux redoublent d'intensité et annoncent que l'inflammation s'étend au tissu cellulaire ambiant (voy. Phlegmons et abcès du cou).

L'adénite aiguë est facile à reconnaître aux caractères que nous venons d'énumérer.

La gravité dépend non-seulement de la cause qui la produit, mais

encore de la rapidité de sa marche et de la facilité avec laquelle elle se propage aux tissus voisins.

Dans ce cas il faut la combattre par les moyens les plus énergiques. Si le chirurgien est appelé au début, il aura recours aux émissions sanguines locales, aux frictions résolutives^ aux dérivatifs locaux et intestinaux ; il aura soin, s'il peut faire disparaître la cause, d'agir de bonne heure : c'est ainsi que dans l'adénite consécutive à une carie dentaire, l'avulsion de la dent malade est le meilleur traitement; il en sera de même des adénites succédant aux ulcérations labiales ou buccales. K, malgré ces moyens, le tissu cellulaire voisin se prend rapidement» et s'il y a tendance à la suppuration^ il ne faut pas hésiter à pratiquer de bonne heure une ou deux incisions dans la direction convenable et dans le lieu le moins apparent. Cette conduite est préférable à celle qui consiste à laisser ces abcès s'ouvrir d'eux-mêmes: esï effet, ils décollent la peau, amènent le sphacèle et produisent des cicatrices apparentes.

Lorsque la suppuration est formée, si l'abcès est petit, superficiel, bien circonscrit, on peut recourir à un procédé opératoire qui laisse une cicatrice moins apparente que l'incision, ainsi que le passage d'un fil (Bonnafont) ou d'un tube élastique fen6tré(Ghassaignac). Ces moyens peuvent suffire dans la majorité des cas pour obtenir la guérison,sa^ tout si l'on a soin de prévenir la stagnation du pus au niveau des trajets anfraclueux.

ADÉNITE CHRONIQUE. — Elle succèdc à l'adénite aiguë ou apparaît d'emblée sous l'influence d'une cause générale, telle que la scrofule, la syphilis, le cancer, le tubercule. Les auteurs ont longuement discuté pour savoir si^ dans ces états diathésiques, les ganglions sont affectés primitivement et directement par suite de la viciation du sang, ou consécutivement à des manifestations de ces diathèses sur quelque point des téguments voisins. Cette dernière opinion a été surtout défendue par Velpeaucn 1823. Depuis ses travaux sur ce sujet {Théorie de Timtation des ganglions pm^ transport de produits morbides dans les voies IfBt phatiques), un grand nombre d'auteurs regardent, comme lui, presque toutes les adénites chroniques comme symptomatiques d'une lésion des téguments voisins. Tout en admettant que cette théorie soit vraie pour certains cas, pour ceux où à des lésions du nez, de la bouche, des oreilles, par exemple, correspondent des engorgements ganglionnaires en rapport direct avec ces lésions, il est impossible, même dans ces cas, de ne pas faire jouer un rôle important à la diathèse dans la production de Tadénopathie. On doit admettre sans conteste les adénopathies scrofuleuses et syphilitiques primitives, même sans lésions du voisinage. Si, en effet, l'adénite cervicale syphilitique existe parfois avec un chancre induré des lèvres ou une plaque

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