‹ Eléments de pathologie et de thérapeutique généralesChapitre 12 sur 38 · DE LA NATURE DE L*HOMM · texte numérisé non relu

DE LA NATURE DE L*HOMM

loppe. Cette cellule a tous les caractères de l'être vivant, tous ceux que je vous ai énumérés tout à Theure ; elle se nourrit, elle respire, elle se propage par scissiparité ; elle constitue un petit centre vital. Mais, dît Virchow (et je vais citer textuellement) : La cellule n'a ni esprit recteur ^ ni archée^ ni âme qui la gouverne ; elle ne relève que (tellemême. Cependant, comme il fallait quelque chose pour faire marcher tout cela, Virchow a accepté la vieille théorie de V irritabilité qui avait été déjà formulée par Broussais. Pour VirchoWjC'est l'irritabilité qui fait fonctionner toutes les cellules : irritabilité de fonctions, de nutrition, de formation. Entre parenthèse, cette théorie est fort obscure, parce que les trois irritabilités que Virchow attribue à la cellule et qu'il prétend être différentes sont identiques et peuvent être ramenées à une seule, la nutrition ; mais ce n'est pas là-dessus que je veux faire porter la discussion. Virchow ajoute : les cellules se groupent comme les états fédératifs et constituent ainsi tous les êtres vivants. Quant à l'origine de la cellule, ah ! c'est bien simple, la cellule vient de la cellule : Cellula e cellula.

Eh ! bien, qu'est-ce quil y a à objecter à cette théorie ? Deux choses : d'abord que la théorie cellulaire n'explique pas du tout la différence des êtres. L'irritabilité, c'est très bien ; est-elle la même dans toutes les cellules ou est-elle différente? Si elle est la même, il n'y a pas de raison pour qu'il y ait plusieurs corps vivants différents, il ne devrait y en avoir qu'un. Si elle est différente, il fallait nous le dire ; c'est ce qu'on n'a jamais fait. Il fallait nous dire aussi en quoi consistait cette différence. Quant à la comparaison de l'organisme avec la république fédérative, c'est bon pour les naïfs. Les républiques fédératives ont un lien, elles ont une raison d'être, elles ont un intérêt. Des états ne se mettent pas en république fédérative sans qu'ils soient conduits, guidés par quelque chose. Je dis donc que

cette théorie de Virchow pëcbepar un premier point, parce qu'elle n'explique pas du tout pourquoi les êtres sont différents. Elle ne nous explique pas surtout pourquoi ils sont d'espèces différentes, comme je disais tout à Theure. Quant à moi, j'aimerais mieux croire qu'une statue comme celle d'Apollon soit sortie des hasards d'une cristallisation, que de croire que le monde vivant que je viens de vous décrire, avec toutes ses variétés et sa hiérarchie admirable, soit sorti du hasard de cellules qui se sont accrochées ensemble, comme autrefois les atomes! Et quand Raspail dans ses cours à l'Ecole pratique, exposant bien avant Virchow la théorie cellulaire, s'écriait : « Archimède demandait un levier et un point d'appui pour soulever le monde, et moi je vous dis donnez-moi une cellule et je vous rendrai le monde ? »

Non, Monsieur le professeur, vous ne nous auriez pas rendu le monde, vous ne nous auriez rendu qu'une cellule, parce qu'avec la cellule il faut un principe animateur qui la gouverne et qui fait les êtres chacun suivant son espèce.

Maintenant, l'autre point, l'origine de la cellule, est encore plus important. Cellula e cellulal voilà tout! et cherchez dans Virchow, partout, vous ne trouverez pas autre chose. Il s'en moque bien I Si vous n'êtes pas contents, allez ailleurs ! C'est le mépris de la vérité. Nous ne pouvons pourtant pas répéter que la cellule vient de la cellule, comme le petit enfant dit que l'œuf vient de la poule et que la poule vient de l'œuf, sans penser qu'il y a, au commencement de tout cela, le moteur immobile et une poule qui n'est pas venue d'un œuf.

Mais je ne veux pas prendre la question par ce côté-là, je veux la prendre par le côté expérimental.

Supposons que vous preniez un vase, que vous le

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fermiez hermétiquement avec un bouchon de ouate, que vous le mettiez dans un autoclave à un degré de chaleur convenable et pendant un temps suffisant, ce vase sera stérilisé; et maintenant, vous pourrez le garder pendant des centaines de mille ans, et qu'est-ce qui poussera dedans? Rien, absolument rien. C'est ce que la science a démontré surabondamment, depuis les travaux de Pasteur. Cela n'est pas contestable. Pourquoi ai-je pris cet exemple ? C'est qu'il y a eu un moment où la terre était absolument stérilisée, et c'est Hœckel, le grand prêtre du matérialisme, qui l'a dit lui-même. « La terre a été en fusion pendant des centaines d'années, elle a donc été à l'état de stérilisation complète. » Or, il y a des êtres, à présent. Il faut donc, si on est décidé à rejeter la création, admettre ou la génération spontanée, ou admettre que la première molécule vivante vient d'un cristal.

La génération spontanée, Hœckel comprend que c'est une absurdité et, comme ce n'est pas un ignorant, comme c'est un homme au courant, il dit : « C'est vrai, la génération spontanée n'est pas possible aujourd'hui, mais, dans ce temps-là, qui sait? » Nous n'y étions pas, mais nous savons que les lois de la chimie et de la physique ne varient jamais, et que ce qui est vrai maintenant, l'était au commencement. Par conséquent, il faut renoncer à la généra tion spontanée.

Trouverons-nous une ressource dans la métamorphose du cristal inorganique en une molécule vivante ? D'abord personne n'a jamais vu ce phénomène. Je m'étonne que ces savants qui s'appellent des monistiques (c'est-à-dire qui n'admettent qu'une espèce de corps), n'aient pas pu le démontrer. Bichat avait dit, dans un langage lumineux : il y a deux classes d'êtres, deux classes de lois, deux classes de sciences ; les êtres sontvivants ou inorganiques, les sciences physiologiques ou chimiques. Voilà la vérité.

18 PATHOLOGIE GÉffÊRALE

La réfutation de ropinion des monistiques, je vous Tai faite à l'avance en vous donnant les caractères de tous les êtres vivants : ils se nourrissent... est-ce que les cristaux se nourrissent ? Ils peuvent grossir plus ou moins... Mais ils grossissent en juxtaposant avec leur propre substance d'autres substances pareilles à la leur; mais ils ne transforment pas et précisément la nutrition consiste à transformer... Est-ce qu'ils respirent, les cristaux? est-ce que vous pourriez asphyxier un cristal avec de l'oxyde de carbone? Est-ce que vous les verrez périr d'inanition? Est-ce qu'ils se multiplient ? Si les diamants se multipliaient, ce serait commode !

Je crois donc qu'il n'y a pas à hésiter pour condamner absolument la doctrine cellulaire, d'une part parce qu'elle n'explique en aucune façon l'ordre magnifique que nous voyons régner dans la nature et, de l'autre, parce qu^^elle ne peut pas expliquer l'origine de la cellule. Elle est obligée de choisir entre deux absurdités : ou bien qu'à un certain moment la génération spontanée a pu exister, ce qui est impossible, ce qui est faux : ou bien qu'un cristal s'est transformé en un être vivant. Non, il n'y a que la doctrine qui enseigne que tout le monde vivant est mené par un principe animateur, qui peut rendre compte des phénomènes qu'on y observe. Cet ordre et cette hiérarchie si magnifique des êtres ont été exprimés autrefois par saint Denis, dans un langage que je vous demande la permission de traduire et qui rendra mieux ma pensée.

« Dans l'ordre naturel, dit-il, les êtres sont échelonnés, de telle sorte que Ton remonte de l'un à l'autre par une suite d'anneaux ininterrompue et que ce qu'il y a de plus parfait dans l'être inférieur confine à ce qui est le plus imparfait dans le supérieur, et chaque être contient, outre ses attributs propres, ceux des êtres inférieurs. »

Voilà ce qui exprime parfaitement ce que l'observation

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nous enseigne sur Thistoire des êtres vivants, et c'est aussi la doctrine que nous vous avons enseignée.

C'est maintenant le lieu d'exposer les doctrines de l'école de Paris sur la nature de l'homme. Nous ne parlerons pas de ces prétendues pathologies générales qui ne sont que des manuels de séméiotique et d'anatomie pathologique et qui, consacrées par leur titre à cette partie des sciences médicales qui s'occupent des définitions^ n'en contiennent aucune. Ces livres n'ont ni autorité, ni responsabilité. Il n'en est pas ainsi du traité de pathologie générale publié sous le patronage du professeur Bouchard. Celui-ci est autorisé par le grand talent et la haute position de ceux qui l'ont publié ; mais si ce livre possède l'autorité, nous devons lui attribuer en plus la responsabilité, car ses rédacteurs savent ce qu'ils font. Ecoutez la définition de la pathologie générale par le D' H. Roger : « La pathologie générale représente la synthèse, c'est-à-dire la partie la plus élevée des sciences médicales, elle en est l'introduction, elle en est le couronnement. » {Pathologie générale^ tomeP', p. 25.)

C'est M. H. Roger qui a été chargé du chapitre qui traite de la nature de l'homme et de la nature de la maladie, et, nous le disons à regret, M. H. Roger est sans aucune réserve matérialiste et évolutionniste (1). Etudions donc maintenant l'exposition des doctrines de M. H. Roger sur la nature de l'homme. « La première propriété de la

(1) Quoique le professeur Bouchard couvre de son nom et de son autorité tous les médecins qui se sont associés pour rédiger la Pathologie générale, je ne crois pas qu'on puisse faire remonter jusqu'à lui la responsabilité des doctrines exposées dans ce livre et signées de leur auteur. Le professeur Bouchard a dit textuellement dans sa préface, qu'il ne demandait qu'une seule chose à ses co-rédacteurs, c'est qu'ils conservassent leur liberté et leur indépendance.

matière vivante, c'est qu'elle est éternelle. » {Loc. cit. p. 10.) Il ne faut pas s'effrayer de cette énormité métaphysique ; l'école moderne nous a habitué au sans-façon avec lequel elle emploie le langage philosophique. Ainsi M. Roger ne veut pas dire que la matière vivante n'a jamais commencé et ne finira jamais, ce qui est le caractère de l'éternité, mais, par éternel,il entend que la matière vivante n'a pas cessé d'exister depuis son apparition, il reconnaît que cette matière a commencé, qu'elle est apparue à un moment donné sur notre globe, ce qui implique, ajoutet-il, qu'elle doit disparaître un jour !

Une autre propriété de la matière vivante est de transformer les principes inorganiques en sa propre substance. Ceci est une vérité devenue banale et le moindre écolier sait aujourd'hui que sous l'influence de la lumière, les plantes à chlorophylle transforment les corps inorganiques en matière vivante. Mais de ce que la lumière soit l'agent nécessaire du fonctionnement de la chlorophylle, il ne s'en suit pas qu'Herschell ait raison d'enseigner que le soleil soit la source de tous les mouvements organiques et inorganiques.

La doctrine sur la nature de l'homme exposée par M. H. Roger se résume, en somme, à fort peu de chose: la matière vivante éternelle, quoique ayant commencé et devant finir, transforme la matière inorganique en sa propre substance, sous rinfluence des forces cosmiques. En résumé, la vie est une réaction de la cellule sous l'influence de la cause externe, mais, comme Virchow l'a déjà dit, celte cellule n'a ni âme, ni archée, ni spontanéité.

H. Roger emprunte à Herbert Spencer une autre définition de la vie que nous reproduisons à titre de curiosité : « La vie est la combinaison définie des changements hétérogènes à la fois simultanés et successifs en correspon-

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dance avec des coexistences et des séquences externes. » {Loc. cit., p. 12.)

Si M. H. Roger croit ramener la jeunesse des écoles, malheureusement si indifférente aux questions générales, au goût des études philosophiques par sa définition de la matière vivante ou par l'obscurité naturelle à M. Herbert Spencer, il se trompe.

Nous croyons utile de revenir sur les caractères de l'être vivant.

§ I. — Distinction des êtres organiques et des êtres

inorganiques.

Il y a des êtres vivants distincts des êtres non vivants appelés inorganiques. Bichat a dit, dans un magnifique langage : « 11 y a dans la nature deux classes d'êtres, deux classes de propriétés, deux classes de sciences. Les êtres sont organiques ou inorganiques, les propriétés vitales ou non vitales, les sciences physiologiques ou physiques. »

Certains physiologistes ont obscurci cette vérité en niant les diiïérences radicales qui existent entre les êtres organiques et les êtres inorganiques, la vie et la mort. Il importe donc de rappeler en peu de mots les caractères des êtres vivants et d'établir sur ces caractères la séparation qui existe entre le monde organique et le monde inorganique.

Les anciens trouvaient avec raison le ^caractère de la vie dans le mouvement spontané. Pour eux, tout être vivant était un être animé, et le monde inorganique était considéré comme entièrement passif.

Cette manière de concevoir la vie est encore la plus saisissante et la plus vraie, mais aujourd'hui elle est insuffisante, principalement à cause de l'objection tirée des propriétés chimiques des corps inorganiques, propriétés capables de produire un mouvement, quoique ce mouve-

ment ne soit en aucune façon comparable au mouvement des êtres vivants.

Nous aurons donc à rappeler les caractères qui distinguent les êtres vivants. Ces caractères sont :

l** L'individualité ;

2^ La forme et le volume ;

3^ L'indivisibilité;

4"" La fixité d'état ;

5" La structure ;

6"" Le mode de génération et de nutrition»

1° Individualité. — Chaque être vivant constitue un individu, séparé et distinct des individus de même espèce, et ce caractère est surtout développé chez les êtres supérieurs. Dans la nature inorganique, on ne retrouve Tindividualité que pour les corps cristallisés, et, encore, il est impossible de comparer l'individualité d'un diamant avec l'individualité d'un chien, d'un cheval, individualité si expresse qu'elle peut être constatée par un nom propre à l'individu ; ainsi les chevaux et les chiens ont des noms propres : Gladiateur, Aquilon, Phanor, Diane, etc.

2® Forme et volume. — Les êtres vivants ont des formes et un volume déterminés. Cette forme et ce volume sont des conditions essentielles qui ne peuvent être changées sans que la vie soit détruite. Les êtres inorganiques, au contraire, n'ont ni forme, ni volume déterminés, à l'exception des cristaux : encore ceux-ci n'ont-ils jamais que la forme géométrique.

^ Indivisibilité. — Les êtres vivants d'un ordre supérieur sont indivisibles. On peut retrancher certaines parties des corps vivants sans les tuer, mais les parties séparées ne forment pas un nouvel être^ et c'est en ce sens que les

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êtres vivants sont indivisibles. Ce caractère disparaît dans les espèces tout à fait inférieures.

4*" Fixité (Tétat. — Les êtres vivants, tant qu'ils sont vivants, restent constitués par un mélange de solides et de liquides en certaines proportions. Les êtres inorganiques peuvent tous passer, sans perdre leur identité, par trois états différents : solide, liquide et gazeux. L'eau, à Tétat de glace ou à Tétat gazeux, est toujours de Teau. Ce caractère est absolu^ et aucun être vivant n'y échappe.

5® De la structure. — Les êtres vivants présentent une structure très complexe,. qui se résume en cellules et en liquides. Les corps inorganiques présentent de simples agrégations de molécules, agrégations régulières ou irrégulières.

6'' Génération et nutrition. — Les êtres vivants naissent, se développent, se noeirrissent et meurent. Les êtres inorganisés n'ont aucune de ces propriétés.

Sans doute, les corps inorganiques commencent et finissent, mais ce commencement et cette fin ne peuvent être comparés à la naissance et à la mort des êtres organisés. Lorsque par l'union de l'oxygène et de l'hydrogène, je produis de Teau, ou que, par l'addition de l'acide sulfurique sur un carbonate, je détruis le carbonate pour en faire du sulfate, je donne dans le premier cas naissance à un corps nouveau, Teau, et dans le second je détruis un corps déjà existant, le carbonate, mais il n'y a ici, à proprement parler, ni naissance, ni mort véritable. Les éléments du monde inorganique sont entrés dans de nouvelles combinaisons, mais ils ne sont ni détruits, ni produits véritablement, et une nouvelle opération pourra séparer de nouveau l'oxygène et Thydrogène, Tacide sulfurique et sa

base. Les éléments des corps ne naissent, ni ne meurent, les combinaisons seules sont susceptibles de changement, et la naissance et la mort des corps inorganisés n'est, en résumé, qu'un changement dans les combinaisons des éléments qui les composent.

Nous allons voir que les corps vivants, quoiqu'en dernière analyse composés des mêmes éléments que les corps inorganisés, sont soumisà des changements beaucoup plus complexes, et inexplicables par les seules lois de la physique et de la chimie.

§ IL — Phénomènes des êtres vivants.

1** Mouvement de composition. — Les êtres vivants naissent d'un œuf ou d'une graine, ce qui est la même chose. Les végétaux, une fois nés, transforment, pour se nourrir et s'accroître, le monde inorganique : l'eau, l'air et les sels, en une substance nouvelle, le tissu végétal. Or, le tissu végétal est bien composé des mêmes éléments que le monde inorganique : carbone, oxygène, hydrogène, azote, etc., etc. ; mais seulement il est revêtu-de propriétés qui en font un corps tout à fait nouveau, et que la vie végétative a seule le pouvoir de produire. Si, en effet, la chimie pouvait faire de la farine avec le monde inorganique, il serait inutile de labourer et de semer, et l'abondance régnerait sur la terre. Mais une petite herbe emprunte à la vie végétative une puissance à laquelle l'homme ne peut atteindre, malgré la perfection des sciences chimiques (1).

Les animaux transforment, eux aussi, le monde inorganique, air, eau et sels, en tissus animaux ; mais, de plus,

(1) La chimie est parvenue à faire des excréta comme Turée et la graisse, mais elle n'a jamais pu faire une cellule vivante.

ils transforment les tissus végétaux en leur propre substance, en chair.

Donc, si on veut définir les êtres vivants, végétaux et animaux, par leur propriété essentielle, on doit dire que les êtres vivants sont ceux qui transforment et élèvent le monde inorganique au rang plus complexe et plus élevé de monde organisé.

2** Mouvement de décomposition. — Mais les êtres vivants ne se bornent pas à transformer en leur propre substance les corps inorganisés, ils rendent à la nature morte tout ce qu'ils lui ont pris ; et, à côté du mouvement de composition, il y a le mouvement de décomposition. Pendant leur vie, ils rejettent continuellement au dehors de leur individualité, par la respiration et par les excrétions, des corps qui retombent immédiatement sous les lois et dans le monde des êtres inorganiques ; et, après leur mort, ils se décomposent, ou, pour parler plus rigoureusement, les éléments, qui composaient Têtre vivant, retombent sous l'influence des causes chimiques. Ainsi, au bout d'un temps variable, les combinaisons propres au monde inorganique remplacent celles qui étaient propres au monde des êtres organisés, jusqu'au moment où, repris par un être vivant, les éléments remontent au rang de substances organiques pour redescendre encore dans le monde inorganique. Les phénomènes des êtres vivants sont donc constitués dans leur ensemble par une succession de transformations de la matière inorganique en matière organisée, et de matière organisée en matière inorganique. C'est un cercle qui se perpétue dans la nature.

La vie est donc la transformation du monde inorganique en monde organisé, et la mort est le retour des tissus organisés aux substances inorganiques.

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