I. Une maladie peut-elle être cause d'une autre maladie
Les auteurs citent comme exemple le diabète amenant la phtisie ; la rougeole, la coqueluche et la grippe déterminant la tuberculose ; les maladies infectieuses causes de néphrites chroniques ; la fièvre typhoïde se transformant en choléra, quand il existe une épidémie de cette dernière maladie ; enfin une première localisation déterminant sur l'organe qui en était le siège une sorte de déchéance qui le prédispose à être pris de nouveau.
L'observation clinique a démontré l'existence de tous ces faits.
Gomment s^expliquent-ils ? Une première remarque, c'est qu'au point de vue étiologique la maladie qui joue le rôle de cause vis-à-vis d'une autre maladie est une cause occasionnelle banale ; elle n'agit que chez les prédisposés. Ainsi tous les diabétiques ne meurent pas de phtisie. La rougeole, la coqueluche et la grippe ne développent la tuberculose que chez les prédisposés. L'albuminurie est beaucoup plus fréquente que la tuberculose; quelques auteurs affirment qu'elle est constante dans les maladies infectieuses, mais elle ne se transforme en maladie de Bright que chez un petit nombre.
Dans certains cas, quand la phtisie succède à la rougeole, à la coqueluche ou à la grippe, on peut invoquer ce qu'on a appelé Vaccident commun^ c'est-à-dire la préexistence de broncho-pneumonie se transformant peu à peu en phtisie pulmonaire. Mais cette explication ne peut rendre aucun compte des localisations tuberculeuses sur les os ou sur les méninges, qu'on observe quelquefois après ces maladies.
IL De la succession des lésions. — Il ne s'agit pas ici, à proprement parler, de causes^ mais bien plutôt de lésions qui se succèdent suivant un mode déterminé par l'évolution de la maladie. Les affections valvulaires du cœur présentent un exemple typique de ces enchaînements de lésions. L'insuffisance mitrale amène la diminution de la pression artérielle et l'augmentation de la pression veineuse, et cette lésion produit à son tour Tanasarque et l'albuminurie, d'où naissent plus ou moins vite les accidents d'œdème pulmonaire et cérébral, l'urémie et la mort.
De même, dans la propagation de l'inflammation de la muqueuse intestinale au péritoine, par exemple, ou du péritoine à la plèvre à travers le diaphragme, ou encore de la moelle osseuse au périoste et dans tous les cas analogues, nous trouvons bien plus qu'une cause pathologique, une évolution de lésions réglée à la fuis par la maladie et par les condition;; anatomiques.
Résumé de la doctrine étiologique. — Ainsi, prédisposition définie, cause instrumentale, cause occasionnelle banale constituent toute l'étiologie.
La prédisposition définie domine toutes ces causes ; parce qu'elle est nécessaire et parce que, à elle seule, elle suffit à produire ce qu'on a appelé les maladies constitutionnelles, la goutte et les névroses ; parce qu'ensuite elle est nécessaire à l'action des autres causes, comme le démontre l'immunité. L'immunité est l'absence de la prédis-
position : chez les êtres doués d'immunité^ non seulement les eauses banales sont impuissantes, mais les causes déterminantes et les inoculations même restent stériles et le microbe demeure à Fétat latent.
La cause instrumentale vient ensuite dans Tordre hiérarchique, puisque sans elle la prédisposition définie ne peut développer ni les maladies contagieuses ni les maladies à microbe.
Mais, pour venir au troisième rang, les causes occasionrnettes banales ont néanmoins une grande importance pratique. Combien de cholériques, de typhoîques, de tuberculeux auraient échappé et à la prédisposition et au microbisme latent, si un manquement grave aux r^les de rhygiène n'était pas venu mettre en mouvement le complexus morbide. Une indigestion, une fatigue excessive, l'alcoolisme constituent dans ces cas la goutte d'eau qui fait déborder le verre.
Enfin il y a des circonstances dans lesquelles les causes occasionnelles banales deviennent elles-mêmes nécessaires pour le développement de la maladie. Ainsi le choléra ne se développe jamais dans certaines villes, à Versailles par exemple, quoique les habitants ne possèdent aucune immunité contre le choléra, puisqu'ils deviennent malades s'ils viennent habiter Paris et bien qu'ils boivent impunément à Versailles des eaux dans lesquelles Sanarelli a trouvé le bacille cholérique. Ainsi, la cause prédisposante et la cause déterminante sont tenues en échec par une circonstance tellurique.
De même la fièvre jaune dont le bacille, cultivé dans les moisissures qui se trouvent à fond de cale des vieux navires, transporté en Europe, peut bien communiquer la fièvre jaune aux ouvriers qui travaillent au déchargement du navire, mais les circonstances climatériques de la France empêchent la maladie de se propager et elle s'éteint sur place.