CHAPITRE XI
La thérapeutique est cette partie de la médecine qui s'occupe de traiter les maladies. Elle utilise et applique les autres branches des sciences médicales, et elle est le couronnement de Fart de guérir.
La thérapeutique présente trois divisions : elle est prophylactique^ curative on palliative . La première a pour but de prévenir les maladies ; la seconde de les guérir ; la troisième s'emploie au défaut de la précédente, elle se propose le soulagement des malades.
Nous nous occuperons d'abord de la thérapeutique proprement dite, c'est-à-dire de la thérapeutique curative. La thérapeutique comprend deux parties: l'étude de l'agent thérapeutique et les lois d'indication. Nous allons définir ces deux termes.
L'agent thérapeutique est le moyen dont se sert le médecin pour modifier les maladies.
On distingue l'agent thérapeutique pharmaceutique ou médicament proprement dit et l'agent non pharmaceutique : chirurgie, électricité, hydrothérapie, etc.
L'indication a été définie par Galien : la nécessité évidente d'une action déterminée. Cette définition n'a que quatre mots et cependant elle trace d'une manière inéluctable la conduite du médecin et du chirurgien.
§ I. — Historique
Toute thérapeutique procède d'une doctrine médicale et c'est à elle qu'elle emprunte ses caractères propres. 11 n'est
donc pas étonnant que l'histoire de la médecine nous o£fre un nombre considérable de thérapeutiques contradictoires, images fidèles des contradictions doctrinales qui remplissent la tradition.
Mais au milieu des variétés infinies de systèmes thérapeutiques que nous présente la tradition, il est facile de reconnaître deux grandes doctrines mères et inspiratrices de toutes les autres ; l'une de ces doctrines remonte à Hippocrate et l'autre à Galien.
Toutes les deux sont absolument opposées dans leur esprit ; elles ont engendré des pratiques différentes et donné lieu à des querelles qui se sont propagées jusqu'à nous. L'étude de ces deux doctrines doit précéder l'exposé didactique de la thérapeutique, non seulement parce qu'elle nous facilitera l'intelligence des auteurs, mais surtout parce qu'elle est l'introduction nécessaire à l'examen des problèmes thérapeutiques.
Doctrine thérapeutique cT Hippocrate. — Toute la thérapeutique d'Hippocrate est contenue dans cette formule : c'est la nature qui fait sa maladie, et c'est la nature qui la guérit. Van Helmont a exprimé la même idée dans un langage plus philosophique : « la maladie est due à une prédisposition morbide, et la guérison à une prédisposition curative ».
La nature, comme on disait autrefois, l'organisme, la cellule, comme on dit aujourd'hui, est, en dehors et audessus de toutes les circonstances extérieures, qu'elles s'appellent causes ou médicaments, le facteur de sa maladie et de sa guérison.
Aussi a-t-on donné à la thérapeutique hippocratique le nom de naturisme. On lui a reproché de respecter beaucoup trop le travail de la nature dans les maladies, de faire de la médecine expectante, et en résumé de n'être
qu'une méditation sur la mort. Critique exagérée jusqu'à la fausseté, mais que nous rapportons parce qu'elle sert à faire comprendre la thérapeutique d'Hippocrate, qu'il a résumée en ce mot d'une grande profondeur, repris aujourd'hui par vos maîtres, natura medicatrix.
Voyons maintenant quelles sont les règles d'indication posées par Hippocrate. Les livres hippocratiques renferment des textes en apparence contradictoires et qu'il est nécessaire d'interpréter. Il faut en effet séparer ce qui est clair de ce qui ne l'est pas et s'efforcer de mettre en lumière ce qui est vraiment l'esprit hippocratique.
Hippocrate fait reposer les indications thérapeutiques sur la loi des semblables et sur celle des contraires ; plus loin nous verrons que, loin d'être une contradiction, l'acceptation de ces deux lois est parfaitement justifiée.
La loi des semblables, similia similibus curantur^ a une apparence paradoxale; elle a été comprise par un très petit nombre de médecins, et l'on peut dire qu'elle est restée lettre morte jusqu'au siècle dernier.
La loi des contraires est plus facile à comprendre, elle a été acceptée par la généralité des médecins et est regardée, depuis Galien, comme la seule règle des indications thérapeutiques.
Voyons maintenant les textes. Les maladies sont guéries par les semblables.
Hippocrate en terminant le chapitre d'une philosophie si élevée qu'il a consacré à la maladie sacrée (épilepsie) s^exprime ainsi : « Chaque maladie a par elle-même sa nature. La plupart sont curables par les mêmes influences qui les produisent ». (Hippocrate, trad. Littré, tome VI, page 35, parag. 18.)
Voici un autre texte qui est beaucoup plus explicite et qui ne laisse subsister aucun doute sur la pensée d' Hippocrate.
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« Autre procédé : la maladie est produite par les semblables^ et, par les semblables que F on fait prendre , le patient revient de la maladie à la santé. Ainsi ce qui produit la strangurie qui n'est pas, guérit la strangurie qui est ; la toux comme la strangurie est causée et enleyée par les mêmes choses. »
Passant ensuite à la fièvre née d'abondance des humeurs et aux vomissements qui sont guéris tantôt par les semblables, tantôt par les contraires, il ajoute : « Et s'il en était de même dans tous les cas, la chose serait entendue, et Ton traiterait tantôt par les contraires suivant la nature et l'origine de la maladie, tantôt par les semblables suivant encore la nature et l'origine de la maladie » (pages 35 et 37, paragraphe 42, tome VI).
Toute la doctrine thérapeutique d'Hippocrate est renfermée dans ce texte. La loi d'indication par les semblables est d'une grande précision. Les exemples qu'Hippocrate a soin de donner prouvent incontestablement que, dans sa pensée, les semblables ne sont pas dirigés contre la cause prochaine des maladies, mais contre les symptômes de cette maladie. Du reste, quand Hippocrate rapporte dans le 5* livre des épidémies (tome V, page 211, paragraphe 10) l'observation d'un cas de choléra grave traité et guéri par le veratrum album, médicament qui produit chez l'homme sain tous les symptômes du choléra, il fixe d'une manière incontestable le sens qu'il entend donner à la loi similia similibus curantur.
Hippocrate parle de la loi des contraires dans plusieurs passages de ses œuvres, seulement il n'est jamais aussi explicite sur cette loi d'indication que sur celle des semblables. Dans le dernier texte que nous avons cité, Hippocrate parle de traiter les maladies tantôt par les contraires, tantôt par les semblables suivant la nature et l'origine des maladies. Mais
DE LAr THÉRAPEUTIQUE 175
dans ce texte^ Hippocrate emploie toujours le conditionnel ; il ne dit pas on doit traiter, mais on traiterait.
Pourquoi ce conditionnel? Nous allons voir toute la pensée d'Hippocrate dans ce passage emprunté au livre d'étiologie sur les vents.
4c Si on connaissait la cause de la maladie, dit Hippocrate, on serait en état d'administrer ce qui est utile, prenant dans les contraires l'indication du remède (tome VI, p. 93, paragraphe 1). »
Ce passage d'Hippocrate met en évidence la haute intelligence philosophique et médicale de ce grand homme. Si on connaissait la cause de la maladie ? Alors on ne la connaîtpas. Le professeur Bouchard dit, lui aussi, que nous ne possédons que des hypothèses sur la cause de la maladie. Ainsi d'un bout de la tradition à l'autre, on constate que la cause de la maladie est inconnue ou hypothétique, et par cela même on condamne la loi des contraires qui ne serait applicable que si on connaissait la cause de la maladie. Voici maintenant, et après les réserves qui découlent naturellement des deux textes cités, les passages des livres hippocratiques sur la loi des contraires ; on remarquera qu'un certain nombre de ces prescriptions s'adressent au régime et sont par suite des préceptes d'hygiène et non de thérapeutique.
« Les douleurs se guérissent par les contraires > (tome III, page 335, paragraphe 42).
Cette phrase s'applique très nettement à 1^ médication palliative. Aujourd'hui nous disons : La douleur se guérit par l'opium, qui produit l'insensibilité.
« Se hâter d'abattre le mal en administrant ce qui lui est le plus contraire et non ce qui lui est favorable et habituel » (tome VI, p. 45, paragr. 18.) Evidemment ici il ne s'agit pas de médicament, car on ne peut dire d'un médica- \
ment qu'il soit favorable et habituel ; dans cette citation il ne peut être question que du régime.
176 PATHOLOGIE GÉnARALE
Voici un autre passage qui se rapporte comme le précédent au régime et à Thygiène : < On opposera les contraires aux contraires dans le régime pendant la santé » (tome Vi, page 75).
Mais voici un texte beaucoup plus net sur l'indication des contraires :
« Les maladies qui proviennent de plénitude sont guéries par évacuation, celles qui proviennent de vacuité par réplétion, et, en général, les contraires par les contraires » (tome iV, page 477, parag. 22.)
Nous n'avons pas du tout Tint ention de contester qu'Bippocrate ait admis à la fois la loi des semblables et la loi des contraires. Pour cette dernière, Hippocrate signale la suprême difficulté de Tapplication de la loi des contraires au traitement des maladies : l'ignorance de la cause. Son affirmation sur la loi des semblables est beaucoup plus précise, seulement il y avait, pour l'application de cette loi, une impossibilité qu'Hippocrate ne semble pas avoir soupçonnée; c'est que pour appliquer la loi des semblables, pour prescrire à un malade atteint de strangurici ce qui produit la strangurie, il fallait savoir quels sont les médicaments qui produisent la strangurie sur l'homme sain. En un mot l'application de la loi des semblables comme règle d'indication suppose connue ia matière médicale expérimentale. Or les premiers rudiments de cette science n'ont été posés qu'à la fin du siècle dernier par Hahnemann. Aussi l'histoire de la médecine nous offret-elle ce curieux spectacle d'un axiome, similta similibus curantur^ religieusement conservé pendant des siècles, sans qu'une application vraiment scientifique en ait jamais été faite. Sans doute. Van Helmont, Stahl (1) et surtout
(1} stahl avait parfaitement compris la loi de similitude, comme on peut en juger par le passage suivant : « La règle admise en médecine, dit-il, de
DB LA THÉRAPBUnQUB 1T7
John Hunter se sont inspirés, dans leur thérapeutique générale de la loi des semblables, mais, pas plus qu*Hippocrate, ils n'ont pu arriver à une application générale parce que, pomme à Hippocrate, la matière médicale expé* rimentale leur faisait défaut. Depuis Hahnemann et son école et surtout depuis Pasteur, la thérapeutique des semblables, l'homœopathie, a été largement appliquée.
Thérapeutique de Galien. Loi des contraires. Thérapeutique étiologique. — Galien constitua magistralement la thérapeutique des contraires ; nous appelons cette thérapeutique étiologique parce qu'elle a la prétention de s'attaquer à la cause prochaine de la maladie, de la détruire ou de l'évacuer. Elle se résume dans ces deux axiomes : Contraria contrariis curantur et sublata causa^ toïlitur effectus. Ainsi constituée, cette doctrine a traversé « les siècles. » Aussi puissante qu'intolérante, elle s'est défendue longtemps avec succès contre toutes les attaques, repoussant toutes les réformes qui osaient s'attaquera l'arche sacro-sainte du galénisme.
Mais quand Harvey découvrit la circulation du sang, quand il fut démontré que la bile n'était qu'une sécrétion provenant du sang, que l'atrabile n'était qu'une manière d'être de la bile, que la phlegme ou la lymphe était un liquide retournant à la grande circulation, quand^ en un
traiter les maladies par des remèdes contraires ou opposés aux effets qu'elles produisent, contraria contrariiSy est complètement fausse et absurde. Je suis persuadé, au contrure, que les maladies cèdent aux agents qui déterminent une affection semblable, similia similibus, les brûlures par Tardear d*un foyer dont on approche la partie, les congélations par Tapplication de la neige et de Teau froide, les inflammations et les contusions par celles des spiritueux. C'est ainsi que j'ai fait disparûtre la disposition aux aigreurs par de très petites doses d'acide suUùrique, dans les cas oil l'on avait inutilement administré une multitude de poudres absorbantes. » (J. Hummel, Comment, de arthrit. tam tçartarea quam scorbu- <ica, etc. Buding, 1738, in-<8% p. 40-42.)
178 PATHOLOCHB OÉlfiBALB
mot, la doctrine des quatre éléments de Galien se fut effondrée pour toujours, la doctrine thérapeutique, basée sur cette physiologie, cessa d'être une doctrine ; et ce fut comme à la suite d'un mouvement acquis, mais sans aucune raison scientifique, que la thérapeutique galénique continua à vivre.
§ n, — De la doctrine fhérapeutiqae.
L'étude que nous venons de faire sur nos traditions nous a montré les tentatives faites jusqu'à nous pour constituer une doctrine thérapeutique et les conditions que cette doctrine doit remplir.
La thérapeutique, avons-nous dit, procède de la doctrine médicale, elle se rattache directement, d'une part, à la conception étiologique de la maladie, de l'autre, au mode d'action du médicament dans l'acte de la guérison.
Nous avons vu, dans le chapitre de l'étiologie, que c'était la cellule organique qui, sous l'impulsion de la prédisposition définie, faisait sa maladie, et nous ajoutons, avec Hippocrate, pour définir le rôle du médicament dans la thérapeutique, que c'est la nature qui guérit la maladie. Ainsi, ces deux grandes divisions de la médecine générale, l'étiologie et la thérapeutique, ont ceci de commun, c'est qu'en étiologie la prédisposition définie incline l'organisme à être malade d'une manière déterminée et avec le concours plus ou moins nécessaire des causes externes ; et qu'en thérapeutique, la nature s'efforce de guérir avec ou sans le concours des médicaments.
Si on veut se rendre un compte exact de ce que peut la thérapeutique et comment elle agit, la première question qui s'impose est de savoir si les maladies peuvent guérir sans traitement et par quel mécanisme elles guérissent.
Que les maladies, même les plus graves, puissent guérir
spontanément, le fait est indiscutable. Dans les grandes épidémies de choléra, de peste, de fièvre typhoïde, un certain nombre de malades guérissent en Fabsence de tout traitement. Quel médecin n'a vu dans les hôpitaux des pneumonies arriver en pleine résolution. Il est, du reste, bien inutile d'Insister sur ce point, tellement indiscutable qu'un certain nombre de médecins ont institué Texpectation comme règle générale dans le traitement des maladies aiguës.
Mais si les maladies guérissent seules, sans traitement, c'est qu'elles guérissent par un mouvement naturel de l'oi^nisme et que notre première proposition : c^est Vorganisme qui guérit la maladie, est indiscutable.
Comment s'opèrent ces guérisons spontanées? Il est plus difficile de répondre à cette question qu'à la précédente. Cependant, si on tient compte de ce fait que les maladies ont, comme les espèces organisées, une évolution déterminée, on comprendra que cette évolution naturelle arrive à la guérison, à la mort ou à l'incurabilité, et que ces trois terminaisons peuvent se produire quand la maladie est laissée à elle-même.
Mais, sans pénétrer plus avant dans le mécanisme de l'évolution spontanée des maladies, laissant de côté les maladies fatalement incurables, comme le cancer, et celles encore d'une durée indéfinie comme la goutte et les névroses, par exemple, nous pourrons comprendre, jusqu'à un certain point, le mode de guérison des maladies aiguës» des maladies microbiennes en particulier. L'observation nous enseigne que dans ces maladies, au moment de la période d'état, quand le danger est le plus grand, il se produit chez les malades un état de l'organisme qui le rend impropre à la culture du bacille pathogène, cause de la maladie ; que cette immunité qui commence dans le cours même de la maladie va en s'accentuant pour constituer
plus tard rimmunité absolue ou relative contre la maladie qui vient de guérir. Cet état bactéricide^ comme on rappelle aujourd'hui, a-t-il pour instrument une sécrétion antitoxique du microbe? Toujours est-il que, comme toutes les actions vaccinantes, cet état bactéricide tient à un chan* gement dç la cellule organique, c'est un acte de cette cellule, naturamedicatrix.
Nous sommes maintenant suffisamment instruits des phénomènes qui, par leur évolution, constituent la guérison des maladies pour étudier avec compétence le rôle des médicaments et des médications dans la guérison des maladies.
Le problème de l'action des contraires et des semblables que nous avons rencontré dans la tradition médicale se représente ici de nouveau et nous devons le résoudre.
Ce serait une erreur d'essayer de résoudre le problème thérapeutique en n'acceptant qu'une seule des lois d'indications qui se sont partagées le monde médical : les contraires ou les semblables. Cette manière de procéder est, sans contestation, la plus facile de toutes et c'est c^lle acceptée par les intransigeants des deux partis. La solution du problème thérapeutique n'est possible suivant nous qu'à la condition de conserver les deux lois d'indication traditionnelles, en déterminant d'une manière précise dans quels cas la loi des contraires ou la loi des semblables doit servir de guide à nos indications.
Examinons donc successivement ces deux lois en précisant leur sens véritable.
1. Contraria contrariis curantur, — Avant d'étudier les cas dans lesquels la loi des contraires est applicable, déterminons d'abord exactement le sens de cette formule* S'applique-t-elle à la maladie, à un symptôme ou à la cause?
Le contraria eontrariis ne s'applique point à la maladie. En effet, le contraire d'une maladie, c'est un non sens. Conçoit-on ce qu'est le contraire de la rougeole, de la pneumonie ou de la fièvre typhoïde. Le médicament contraire à la pneumonie, dira-t-on, c'est celui qui guérit cette maladie. C'est là un pur sophisme. Le contraire de la pneumonie, c'est l'absence de pneumonie; le médicament qui la guérit (que ce soit l'émétique, la saignée ou le vésica-* toire), n'a aucune propriété qui puisse servir à établir une comparaison entre lui et la pneumonie. S'il fallait insister sur cette question, j'ajouterais que ces prétendus contraires de la pneumonie sont appliqués dans beaucoup d'autres maladies ; et ils ne peuvent être à la fois le contraire d'espèces morbides différentes.
Le contraria eontrariis s'applique-t-il à un symptôme en particulier? Certainement. Ainsi le contraire de la consti-pation, c'est la purgation, le contraire de la douleur c'est la morphine, le contraire de l'insomnie le chloral.
La loi des contraires s'applique donc parfaitement à la thérapeutique des symptômes ; et elle régit par conséquent la médication palliative qui joue un rôle si important dans le traitement des maladies incurables et de certains symptômes horriblement pénibles, comme la douleur.
L'application de l'eau froide, la méthode de Brandt aujourd'hui si en vogue dans les maladies qui présentent une thermalité élevée, est une application directe de la loi des contraires ; aussi est-ce une médication absolument palliative, elle n'a aucune action sur la durée de la maladie, elle se borne à lutter contre uii symptôme, l'hyperthermie*
Contraria eontrariis s'applique à là cause ; mais, comme le dit Hippocrate, à la condition de connaître cette cause. Or il y a une classe de maladies dans laquelle la cause est
toujours connue, c'est la chirurgie. Là, nous allons le voir, triomphe la loi des contraires. Les fractures, les luxations et autres déplacements d'oi^anes, les hémorrhagies sont constituées par des lésions dont le traitement est régi par la loi des contraires.
Réduire les fractures et les luxationS| faire rentrer une hernie, lier une artère ouverte, extraire un corps étranger du larynx, c'est remédier d'une façon certaine, avec une précision presque mathématique, aux lésions qui consti* tuent les maladies chirurgicales, dont la thérapeutique est contenue toute entière dans cet axiome, sublata causa^ toilitur effectus.
Enfin le triomphe de la loi des contraires, c'est Yasepsie chirurgicale, grâce à laquelle les plus grandes opérations sont aujourd'hui sans danger. Qu'est-ce donc que Fasepsie chirurgicale ? C'est une application positive et directe de la loi des contraires. Les suppurations qui autrefois compliquaient si fréquemment les traumatismes et, dans certaines circonstances, produisaient une mortalité effrayante chez les blessés, les femmes en couche et les opérés, cette suppuration a sa cause principale dans deux microbes, le streptocoque et le staphylocoque. Tout le problème de l'asepsie chirurgicale consiste à empêcher l'introduction dans la plaie de ces microbes pathogènes. C'est dans ce but que la région à opérer est lavée avec un soin minutieux, que les instruments sont plongés dans un bain aseptique, que les pièces de pansement, les mains du chirurgien et de ses aides sont tenues continuellement dans un état d'asep* sie absolue. Grâce à toutes ces précautions, il n'y a plus de suppuration, les accidents de pyohémie sont presque inconnus et les blessés, les femmes en couche et les opérés guérissent toutes les fois que l'asepsie a été complète.
Le contraria contrariis s'applique aussi au traitement
des empoisonnements, surtout pendant leur période aiguë. La thérapeutique se résume dans ces cas en deux moyens : antidote et évacuant ; neutraliser le poison et l'expulser de Féconomie.
La loi des contraires doit donc servir de règle à la médication palliative et à la chirurgie et^ dans ces limites, elle mérite la qualification de thérapeutique positive.
II. Similia similibus curantur. — Nous avons exposé précédemment rhistorique et la signification de cette formule. Si le contraria contrariis s'adresse à la cause connue d'une lésion ou encore à un symptôme isolé, la loi des semblables ne répond ni à la cause ni à un symptôme particulier, mais à l'ensemble des symptômes et des lésions qui constituent la maladie. Tout le problème thérapeutique dans la doctrine des semblables se résoud en cette formule : trouver un médicament qui reproduise chez l'homme sain un ensemble de symptômes analogue à celui qui constitue la maladie à traiter. Et nous ne pouvons prendre un meilleur exemple que celui rapporté par Hippocrate dans le 5^ livre des épidémies ; administrer à un cholérique en proie aux vomissements et à la diarrhée, torturé parles crampes, présentant l'aphonie, Fanurie et le coUapsus asphyxique, le veratrum qui produit chez l'homme sain tous les symptômes que nous venons de décrire.
Dans le paragraphe précédent nous disions : le contraria contrariis ne peut s'appliquer à la maladie elle-même, parce que le contraire de la maladie est un non sens ; mais le semblable de la maladie est un fait expérimental ; l'étude du médicament sur l'homme sain démontre que les substances médicamenteuses, administrées suivant des modes déterminés à l'homme en santé, produisent un ensemble de symptômes et de lésions qu'on peut appeler, au moins par analogie, des maladies médicamenteuses. Il suffit pour
184 PATHOLOGIE OfoCÉRALE
entraîner la conviction chez les médecins qui ne sont pas familiers avec notre matière médicale, de rappeler Thistoire des empoisonnements par Tarsenic, le plomb, l'or, la digitale, la belladone, la morphine, etc.; incontestablement, ces empoisonnements aigus ou chroniques constituent des états comparables aux maladies naturelles. Donc le médicament produit sur Fhomme sain des états analogues aux maladies, donc le semblable des maladies existe, donc le similia similibus est applicable.
Mais si le similia similibus est applicable, est-il vrai? En d'autres termes, peut*il fournir une indication positive ?
Je ferai d'abord observer que les effets du médicament chez rhomme sain ne représentant jamais, ainsi que nous Favons vu, un état qu'on puisse considérer comme le contraire d'une maladie, nous n'avons donc pas le choix pour nous guider dans nos indications entre la loi des contraires et la loi des semblables. L'état produit par les médicaments sur l'homme sain, et que, par analogie, nous appelons maladie médicamenteuse j ressemble plus ou moins à une maladie naturelle. La loi des semblables seule est donc applicable pour le choix d'un médicament dans le traitement d'une maladie.
Mais, laissant de côté ces considérations un peu abstraites, retournons-nous du côté de l'observation clinique et nous y trouverons une démonstration éclatante de la vérité de la loi de similitude. Je pourrais renvoyer à un chapitre de Hahnemann intitulé des guérisons homœopathiques dues au hasard. On trouvera dans ce chapitre des centaines de faits empruntés à des médecins de toutes les écoles,démontrant la guérison d'hémorrhagies par des médicaments hémorrhagipares, d'affections de la peau par l'arsenic et le soufre qui produisent des eczéma, d'affections de la vessie par la cantharide, etc., etc.
Il existe un ordre particulier de faits cliniques qui me
semblent très puissants pour démontrer la vérité de la loi de similitude» C'est Thistoire de Vimmunisation acquise. C'est qu'en effet la loi de similitude peut seule s'appliquer à la vaccination. Jenner inocule le cowpox, dontla pustule est presque identique à la pustule variolique, et il confère rimmunité contre la variole, similia similibus curantur. Pasteur inocule la moelle rabique, et il vaccine contre la rage, similia similibus ; il inocule la toxine du sang de rate aux moutons et il préserve ces animaux du charbon, similia similibus. Les sérums de la peste et de la lièvre jaune sont des produits de ces deux maladies et ils confèrent l'immunité contre elles, similia similibus. Mais la vaccination et la guérison des maladies sont deux actes de même nature, car les sérums qui confèrent l'immunité sont aussi ceux qui guérissent, 5em«7ta similibus curantur. J ajoute que l'immunisation acquise est, comme la guérison, un acte delà cellule organique et ces deux actes sont tellement comparables, on peut tellement conclure de l'un à l'autre que, dans un certain nombre de cas, le même sérum est à la fois immunisant et curatif , comme le sérum de la fièvre jaune et de la peste. Je n'ignore pas qu'il y a des produits morbides et des sérums qui sont seulement vaccinants et non pas curatif s, que la moelle rabique prévient la rage mais ne la guérit pas quand elle est développée ; de même pour le sérum du tétanos. Mais de ce que l'action immunisante et thérapeutique ne sont pas toujours identiques, il n'y a rien à conclure contre notre thèse, et il n'en est pas moins vrai que ces deux actions sont de même nature et propres, toutes les deux^ à prouver la vérité de l'axioine
SIVILIA SIMILIBUS CURANTUR;
Les deux lois d'indication, contraria contrariis et similia 5imi/idî<5 doivent donc être conservées ; et^ chacune dans leur sphère, elles méritent le nom de loi d'indication posi-
tive parce que Tune et l'autre servent de guide aux prescriptions thérapeutiques en dehors de toute hypothèse.
§ m. — Du médicament.
L'étude du médicament constitue cette partie de la thérapeutique qui a reçu le nom de matière médicale.
Le médicament est une substance, appartenant à l'ordre animal, végétal ou minéral, qui, administrée à un oi^nisme vivant, a la propriété de détermmer un ensemble de lésions et de troubles fonctionnels spéciaux. On le voit, la définition du médicament ressemble à la définition de la maladie. C'est qu'effectivement les maladies ont de l'analogie avec les phénomènes produits par les médicaments, et les plus énergiques d'entre eux, administrés à des doses suffisamment fortes, produisent même toute une classe de maladies : les empoisonnements.
On a dit que la même définition convenait aux poisons et aux médicaments ; que les médicaments étaient des poisons, et que toute la différence était dans la dose. Cette opinion est exagérée, et nous enseignons qu'indépendamment des doses il y a des substances essentiellement toxiques et d'autres qui ne le sont pas ; que le charbon, le soufre, le fer, qui sont des médicaments d'une grande valeur, ne méritent pas le nom de poisons et ne peuvent être comparés ni au cuivre, ni à l'arsenic, ni à l'acide prussique.
!• Classification des médicaments. — On a essayé bien des fois de classer les médicaments, d'après l'analogie de leur action ; mais toutes ces classifications sont artificielles et hypothétiques. Qu'est-ce, en effet, que la classe des antiphlogistiquesy des antispasmodiques j des toniques ? Ce sont là des divisions complètement hypothétiques. L'aconit,
qui est classé parmi les antiphlogistiques, n'est-il pas un aussi bon antispasmodique que l'asa fœtida et la valériane, puisqu'il guérit les névralgies ? La digitale^ qui ralentit le pouls et abaisse la température comme Taconit, et qui est placé à côté de lui dans la classe des antiphlogistiques, n'est-il pas un véritable tonique quand il est administré à un malade atteint d'une insuffisance mitrale? Est-ce que la circulation ne se relève pas sous son influence, et, par .suite, estnee que les forces animales et végétatives n'en sont pas considérablement augmentées? La classe des toniques est tout aussi artificielle. Est-ce que le quinquina et le fer sont des toniques pour les phtisiques auxquels ils donnent de la diarrhée et des hémoptysies ? Ils sont toniques quand ils sont administrés convenablement et quand ils guérissent. Nous avons vu dans quel cas la digitale devenait tonique. Il en est de même de l'iode dans la scrofule, du mercure dans la syphilis. Tout médicament qui guérit est tonique, parce que le retour à la santé est en même temps le retour des forces. Mais il n'y a point de médicaments qui méritent absolument le nom de toniques \ les toniques appartiennent à l'hygiène.
Si au lieu de prendre les vertus hypothétiques des médicaments pour base de classification, on s'appuie sur leurs actions physiologiques, la multiplicité de ces actions devient un obstacle à leur classement. Ajoutons qu'il reste encore tant de phénomènes mal étudiés dans la matière médicale expérimentale, qu'il faut, quant à présent du moins, renoncer à une classification naturelle. Sans doute, les essais tentés pour classer les médicaments d'après la localisation de leur action : médicaments du cœur^ du cerveau, du système musculaire, a quelque chose de séduisant; mais ces classifications sont encore fort imparfaites. Ainsi, la digitale j qui est le type des médicaments du cœur, agit sur le cerveau, sur l'intestin, et sur la matrice ;
la belladone^ médicament du cerveau, agit sur la goi^e et sur la peau ; le venin du crapaud y qui tue les muscles, agit sur le cerveau et le stupéfie. Encore nous ne citons que les effets généraux ; car on peut dire que la digitale et la belladone, que nous avons prises principalement pour exemple, agissent sur tous les systèmes, sur toutes les fonctions.
Nous concluons donc que la seule classification possible en ce moment est la classification par ordre alphabétique, qui, nous le savons, n'en est point une, mais qui, au moins, a cet avantage de n'introduire dans le sujet aucune hypothèse.
2* Sources de nos connaissances sur Faction des médicaments. — Les sources de nos connaissances sur l'action des médicaments sont multiples; mais une seule est légitime, c*est Texpérimentation sur un organisme sain. En dehors de ce mode de connaissances, nous ne trouvons que données incertaines, fausses ou hypothétiques. Le goût, Todeur, la couleur, la forme des médicaments sont des sources tout à fait insuffisantes pour dévoiler leur action. Ainsi, Vamertume d'une substance ne nous fait rien connaître sur ses propriétés, et c'est à tort qu'on a fait une classe des amers. Quelle analogie d'action y a-t-il entre l'aloès, le pissenlit, l'artichaut, le quinquina et la noix vomique, par exemple? Toutes ces substances sont amères, extrêmement amères même. La première agit surtout sur l'intestin, une autre sur la moelle épinière, une autre sur l'intermittence, d'autres sur les pneumatoses. Une école a voulu tirer de la forme, de la couleur et des autres propriétés physiques des médicaments la connaissance de leur mode d'action. C'est le système des signatures^ ainsi appelé parce que les médicaments porteraient dans leur aspect le signe de leur valeur thérapeu-
tique. Ainsi, la grande chélidoine, dont le suc est jaune, conviendrait dans Tictère ; la vipérine^ qui a des taches comme la vipère, est bonne contre les piqûres de serpents, etc., etc. Nous ne doutons pas qu'après coup on ne trouve des signes qui justifient Faction de la digitale sur le cœur, du veratrum sur l'intestin ; mais nous doutons fort que cette méthode fournisse un seul médicament à la matière médicale positive, et nous ne voyons dans cette prétendue science qu'un ingénieux enfantillage.
La tradition, dont les sources sont si multiples : expériences incomplètes, hasard, souvenirs d'une science anté-rieure, contient des notions précieuses sur l'action des médicaments. Mais c'est un grand fleuve qui charrie côte à côte les erreurs et les vérités, et c'est encore l'expérimentation sur Thomme sain qui seule peut séparer l'or pur des actions positives du limon des actions hypothétiques des médicaments.
En résumé, l'expérimentation sur Thomme sain et sur les animaux est la seule source légitime de nos connaissances de l'action des médicaments.
La matière médicale expérimentale est l'étude de l'action des médicaments. Hahnemann a appelle la matière médicale qu'il a créée matière médicale pure ; nous, nous l'appelons matière médicale expérimentale. Pourquoi matière médicale pure ? Parce qu'elle est constituée par les symptômes et les lésions produits par un médicament sur un organisme sain ; et que ces symptômes et ces lésions ne sont ni modifiés, ni voilés par les symptômes de la maladie, comme il arrive quand on veut constituer une matière médicale avec les renseignements tirés de l'usage des médicaments chez les malades.
La matière médicale de Hahnemann mérite encore le nom de pure parce qu^on a rejeté pour sa constitution
toutes les hypothèses destinées à expliquer raction des médicaments.
Aussi quoique, depuis Hahnemann, tous les thérapeutistes se soient empressés de suivre ce médecin dans sa réforme de la matière médicale, et quoiqu'ils ne manquent jamais d'inscrire en tète de chaque médicament les effets physiologiques de ce médicament, leur matière médicale estloin de présenter les caractères d'exactitude que nous retrouvons dans celle des élèves de Hahnemann.
D'une part, quelques médecins, et parmi eux Gubler, prétendent que les effets produits par les médicaments sont les mêmes chez l'homme sain et chez l'homme malade ; opinion qui ne tient compte ni des troubles produits dans Foi^nisme par la maladie, ni de ce fait remarquable, et sur lequel nous reviendrons, que souvent l'action d'un médicament chez un malade est tout à fait contraire à son action sur l'homme en santé.
D'autre part, la généralité des thérapeutistes entendent par action physiologique Texplication de l'action d'un médicament par les lois de la physiologie. De là, des discussions et des contradictions sans fin. Celui-ci explique l'action de la digitale sur le cœur par le pneumogastrique ; pour un autre, ce sont les ganglions intracardiaques qui sont touchés ; un troisième enseigne que la digitale agit directement sur la fibre cardiaque ; d^autres physiologistes trouvent dans la modification des capillaires TexplicatioD de l'action de la digitale. Si nous ajoutons que beaucoup de médecins combinent ces explications, nous verrons combien il est difficile de s'entendre sur le mode d'action du principal médicament cardiaque.
Les contradictions et les hésitations naissent de ces explications physiologiques. Combien la méthode homœopathique est plus nette, plus claire ; elle est entièrement conduite par la méthode expérimentale; voyez plutôt : je
prends un certain nombre de cas d'empoisonnement par la digitale ; je constate dans tous ces cas les symptômes classiques de Fasystoiie; en clinique, je rencontre des asystoliques et si la fibre cardiaque n'est pas trop atteinte je prescris la digitale et Fasystoiie disparaît : similia similibtts curantur.
La matière médicale expérimentale a trois sources : expérimentations sur Fhomme sain, toxicologie et hygiène publique, expérimentations sur les animaux.
A. Expérimentations sur C homme sain. — L'expérimentation des médicaments sur Thomme sain est certainement la source la plus importante de nos connaissances sur les médicaments.
C'est incontestablement à Hahnemann que revient l'honneur d'avoir institué d'une manière scientifique ce mode d'expérimentation, et il a relaté ses premiers travaux sur la matière médicale dans un opuscule intitulé : Fragmenta de vùitms medicamentorum posiHtnSj sive in sano corpore humano observatis. Dans cetopuscule, Hahnemann rapporte qu'il administrait en une seule fois une dose petite, mais pondérable, soit du suc épaissi de la plante, soit delà teinture, soit de la poudre de racine d'un seul médicament. Ces expériences étaient faites sur lui-même ou sur des personnes amies, en bonne santé. Les effets produits par cette dose unique étaient notés avec soin chaque jour jusqu'à ce que le sujet fut revenu à son état ordinaire. Alors on recommençait l'expérience, quelquefois en variant la dose, car Hahnemann remarque avec « raison que les symptômes propres à une substance médicamenteuse quelconque ne se montrent pas tous chez la même personne, ni simultanément, ni dans le cours d'une même expérience » (Organon, p. 200). D'où le précepte de multiplier et de varier les observations chez un grand nombre de sujets.
192 PATHOLOGIE GÉlliRAIE
Hahnemann remarque encore qu'il y a des oi^nismes qui sont particulièrement impressionnables pour un certain nombre de médicaments, qui semblent ne faire aucune impression sur beaucoup d'autres.
Il y a des organismes réactifs. Hahnemann ajoute encore que pour les substances dites héroïques, il faut choisir des doses peu élevées ; quand le médicament est moins énergique, il faut donner des doses plus fortes. ;
Dans ses Fragmenta^ Hahnemann s'est toujours servi de doses pondérables pour ses expériences, c'est beaucoup plus tard et vers 1834, qu'il a recommandé de faire des expériences avec des globules de la 30* dilution.
L'histoire des médicaments contenus dans son traité « des maladies chroniques » contient beaucoup de symptômes obtenus avec des dilutions ; et c'est à cette cause qu'il faut attribuer la multiplicité des symptômes rapportés à chaque médicament et une sorte d'incohérence qui en rend la lecture difficile. Â notre avis, les symptômes obtenus avec les doses pondérables sont de beaucoup les plus certains et les plus utilisables pour la pratique.
B. Toxicologie et hygiène publique. — La toxicologie et l'hygiène publique nous fournissent les effets des médicaments à hautes doses ou longtemps continués. Ces symptômes, trop dangereux pour qu'on puisse les provoquer habituellement chez l'homme sain,sont la source de connaissances positives extrêmement importantes sur l'action des médicaments. Il suffit de citer les exemples d'empoisonnement par la digitale, Tarsenic, le phosphore, les champignons vénéneux pour faire comprendre combien l'histoire de ces médicaments a gagné à l'étude des symptômes produits par les empoisonnements ; de même le saturnisme, la maladie des fabricants d'allumettes et des étameurs de glaces complètent Thistoire de l'action de certains médica-
ments donnés pendant longtemps. Du reste, Hahnemann a utilisé avec raison cette source de connaissance positive et, dans tous ses ouvrages de matière médicale depuis les Fragmenta^ on retrouve les eifets toxiques des médicaments.
C. Expériences sur les animaux. — Cette source de connaissance de l'action des médicaments est lettre close pour Hahnemann, mais de nos jours où les travaux de laboratoire ont pris un si grand développement, beaucoup de substances toxiques ontété étudiées sur les animaux. Ainsi, on a pu déterminer des néphrites parenchymateuses avec la cantharide ; des pneumonies avec l'ipéca ou plutôt avec l'émétine, son principe actif; des endocardites avec l'aconit ; des pleurésies et des abcès phlegmoneux avec la bryone ; les sérums d'animaux immunisés contre la diphtérie produisent des néphrites, des endocardites et des cardites ; il en est de même de la lymphe de Koch, etc., etc.
3^ Lois qui régissent les actions médicamenteuses sur r homme sain. — Les études sur la matière médicale ontété poussées assez loin pour que dans l'une et l'autre école on soit arrivé à formuler les lois qui régissent les actions médicamenteuses sur l'homme sain.
Prehièrs loi. — Une dose moyenne de médicament, ad^ ministrée en une foisàun organisme sain^produit successivement deux effets opposés.
Exemples : Si j'injecte sous la peau d'un lapin une dose moyenne d'aconit, les deux effets suivants se produisent : la température s'abaisse ; si elle était à 39^, elle descend à 37*, puis, quelques heures après, la température remonte, dépasse 39"" et arrive à 40'' ou 41».
Mais voici les expériences empruntées à un médecin de l'école officielle, le D' Galvet (thèse de 1876, sur la morphine).
104 PATHOLOGIE GiHftlALE
« Une dose de 5 centigrammes de morphine injectée à un chien détermine d'abord l'accélération du pouls et de la respiration, l'élévation de la température, l'augmentation de la force musculaire et de la quantité des urines ; puis, après un certain temps, le pouls et la respiration deviennent rares, la température s'abaisse, Tanurie se produit. »
Il n'est que juste de reconnaître qu'Hahnemann avait parfaitement constaté les effets opposés alternativement produits par une même dose de médicaments. Voici ce qu'il écrit dans la préface des Fragmenta : < Tout médicament produit des effets qui se manifestent les uns plus tôt, les autres plus tard. Ces deux séries de phénomènes sont en tous points opposés. J'appelle les uns primitifs ou de premier ordre et les autres secondaires ou de second ordre. >
Hahnemann avait même observé que cette alternance d'action opposée pouvait se répéter plusieurs fois. A l'article Aconit, il dit : < Pendant tout le temps que cette plante met à agir, les actions du premier ordre et celles du deuxième alternent deux, trois et quatre fois par de courts paroxysmes avant que l'effet cesse totalement. »
Seulement, ici, Hahnemann s'est laissé prendre aux charmes de l'hypothèse. 11 attribue l'action secondaire à la réaction de l'organisme, expliquant par cette réaction la guérison homœopathique. Or, l'action dite secondaire est une action médicamenteuse au même titre que l'action primitive et non une réaction ; nous allons le démontrer dans le paragraphe suivant.
Seconde loi. <— Pltis la dose du médicament est forte, moins Faction primitive est marquée. Si la dose est excès-* sivCj Faction secondaire seule se développe.
Voici un exemple tout à fait concluant. C'est une expérience de Martin Magron et Buisson. Si on donne à desgre-
nouilles une très forte dose de strychnine, elles se paralysent d'emblée sans présenter d'abord la période tétanique ; mais si on laisse ces grenouilles dans un lieu frais, humide, quelques-unes survivent et éliminent le poison. Chose remarquable, quand la strychnine est arrivée à la dose convulsivante, ces mêmes grenouilles tout à l'heure paralysées sont prises de mouvements tétaniques ; en sorte qu'ici, le symptôme secondaire, la paralysie, s'est montré le premier et le symptôme primitif, le tétanos, est devenu secondaire.
n en est de mème^ d'après Galvet, pour la morphine. Qmuid l'animal reçoit une dose massive, la période d'excitation wt supprimée et le narcotisme se produit d'emblée.
Ces faits doivent vous faire comprendre, ce que je vous disais tout à l'heure, que les effets dit secondaires sont des effets médicamenteux, au même titre que les effets primitifs, et que c'est une erreur d'en avoir fait une réaction de Foi^anisme.
Troisième loi. — Avec les très petites doses de médicament^ les effets secondaires apparaissent à peine ou même mançuent totalement.
Cette loi se vérifie surtout dans les expérimentations de Hahnemann qui presque toutes sont faites avec de petites doses.
Ce grand médecin avait reconnu la vérité expérimentale des lois que nous venons de formuler. Dans son Organon, il s'exprime ainsi : « Plus la dose du médicament qu'on voudra essayer sera modérée, plus aussi les effets primitifs, ceux qu'il importe surtout de connaître, seront saillants ; on n'apercevra même qu'eux. » 1
Un peu plus loin il ajoute : « Au contraire, si la dose est excessive, non seulement il se montrera plusieurs [réactions (effets secondaires) parmi les symptômes, mais encore
les effets primitifs se manifesteront d'une manière si précipitée, si violente et si confuse, qu'il sera impossible de faire aucune observation précise. » (§ 137.)
En résumé, il résulte de ces deux lois que tout médicament a deux effets opposés suivant qu'on l'administre à petites ou à fortes doses. C'est là une vérité de connaissance vulgaire. Un peu de vin soutient les forces de l'homme, une dose très forte les anéantit. Il en est de même de l'opium et de la coca dont les petites doses procurent aux Indiens une force musculaire considérable et résistante ; et dont les fortes doses plongent dans le narcotisme.
Quatrième loi. — La comparaison des effets produits par les médicaments sur l'homme sain et de leur action clinique nous a permis de formuler une quatrième loi. Celle-ci n'est point comme les trois autres généralement acceptée, par cette raison qu'elle est une démonstration de la thérapeutique homœopathique.
Voici cette 4* loi :
V effet (fun médicament sur r homme sain et sur f homme
malade est absolument opposé^ si toutefois les symptômes
éprouvés par le malade sont analogues aux effets physiologiques du médicament.
Exemples : Si vous injectez une certaine dose de cantharide à un animal, vous déterminez de l'albuminurie, de l'hématurie, de la strangurie et, à un degré plus élevé, de Fanurie ; de plus cet animal présentera comme lésion une néphrite parenchymateuse. Si, maintenant, vous administrez la cantharide à un malade atteint de néphrite parenchymateuse et présentant des symptômes énumérés cidessus, ces symptômes disparaîtront ; la cantharide aura donc deux actions opposées suivant qu'on l'administre à un organisme sain ou à un organisme malade.
DE LA THÉBAPEUTIQUB 197
L'un de vos maîtres, le D' Lancereaux, place la cantharide au premier rang des médicaments de la néphrite et de l'albuminurie.
11 est superflu de vous rappeler les exemples [de Tasystolie et de la digitaline, de la dysenterie et du sublimé, de Tasthme et de l'ipéca ; etc., etc.
Mais il était bon de vous faire toucher du doigt cette vérité de l'opposition des actions des médicaments sur l'homme sain et sur l'homme malade. Vous serez en garde de cette façon contre les contradictions relevées dans les auteurs de matières médicales qui ne distinguent pas les effets physiologiques des effets thérapeutiques.
4** Du mode ^administration des médicaments. — Les médicaments peuvent être administrés par bien des voies différentes : par la bouche, par le rectum, par le poumon, par la peau et par inoculation. Ce dernier mode a pris une grande extension dans la thérapeutique moderne, et on lui a donné un nom particulier, c'est la méthode hypodermique.
a. Administration par la bouche. — C'est le mode usuel d'administration des médicaments. C'est aussi le plus commode pour le malade. Il est applicable à tous les médicaments.
Dans ce mode d'administration, le médicament est absorbé par la muqueuse stomacale ; l'absorption est donc à la fois rapide et sûre.
Les médicaments qui ne troublent pas la digestion peuvent être administrés en mangeant ; les autres ne doivent être donné que pendant la vacuité de l'estomac. Les médicaments à très petites doses peuvent être pris indifféremment, soit pendant la digestion, soit pendant la vacuité de l'estomac.
196 PATHOLOGIE OftNÉIULE
Les venins et le curare, qui est un venin» subissent dans l'estomac un travail qui les rend à peu près inertes, sauf à doses infinitésimales^ où ils agissent très sûrement.
h. Administration par le rectum. — Les médicaments sont habituellement dissous dans une petite quantité de véhicule et administrés sous forme de lavement. Ils sont absorbés par la muqueuse rectale et agissent très bien, seulement ils ne sont pas toujours complètement gardés.
Ce mode est donc moins sûr que le précédent ; c'est cependant une ressource quand les médicaments ne peuvent pas être administrés par la bouche .
Incorporés à un corps gras et sous forme de suppositoires, les médicaments peuvent encore être administrés par la muqueuse rectale.
c. Administration par le poumon. — Les médicaments sous forme gazeuse, et peut-être aussi sous forme de pulvérisations, peuvent seuls être administrés par cette voie. L'absorption est extrêmement rapide par le poumon. C'est cette voie que Ton choisit pour administrer réther, le chloroforme et la plupart des eaux minérales. Les salles d'inhalation répondent [à ce mode d'administration.
Toutes les membranes muqueuses peuvent servir de voie à l'introduction du médicament dans l'organisme. Les applications locales sur la muqueuse oculaire^ sur la muqueuse buccale sont très usitées.
d. Administration par la peau. — Ce mode est usité pour les pommades, les liniments et onctions, et pour les médicaments dissous dans l'eau sous forme de bains.
L'absorption par cette voie est fort limitée. Certains auteurs l'ont même niée complètement, mais il suffit de
DE tk TEÉRAPEimQIJE , 190
rappeler les effets produits par l'onguent mercuriel et par la pommade au sulfate de quinine pour démontrer la possibilité de l'absorption par la peau. Les bains au sublimé et la plupart des bains médicamenteux ont une action incontestable.
Les médicaments peuvent donc être administrés par la peau, mais seulement il faut se rappeler que cette voie ne laisse pénétrer dans l'organisme que des doses très faibles.
e. Administration par inoculation. — Méthode hypodermique. — Ce mode d'administration a pris de nos jours une grande extension, et on Ta décoré du titre pompeux de médication hypodermique. Ce n'est pas là une médicationj mais simplement un mode d'administration des médicaments ; mode d'administration qui s'applique à toute la thérapeutique, à la thérapeutique palliative, quand on injecte une solution de morphine pour calmer les douleurs ; à la thérapeutique curative, quand on injecte le sulfate de quinine contre la fièvre intermittente ou le mercure contre la syphilis.
Cette voie d'absorption est de toutes la plus sûre et la plus rapide. Le procédé consiste à introduire, à l'aide d'une seringue de Pravaz, un certain nombre de gouttes d'un liquide médicamenteux titré. Il faut savoir que les doses administrées par la méthode hypodermique doivent être moins fortes que celies qui sont administrées par la bouche et toujours se rappeler qu'il y a eu quelques acci-* dents mortels causés par des injections d'atropine trop fortes.
Autrefois on introduisait les médicaments sous l'épiderme soit à l'aide de mouchetures, soit en soulevant l'épiderme au moyen d'une vésication ; mais la seringue de Pravaz est à la fois et plus prompte et plus sûre.
Les médieamentB peuvent encore être introduits direo-
200 PATHOLOGIE CrtNÉRALE
tement dans les veines et les cavités closes (les séreuses), mais ce mode d'administration est entouré de périls qui doivent le faire proscrire, excepté dans quelques cas déterminés où les cavités closes malades ont besoin d^être modifiées par des applications directes, d'où la légitimité et les bienfaits des injections iodées, chlorurées, alcoo* liques, etc., etc.
/. Applicaiions locales. — Ce mode d'administration des médicaments constitue un chapitre fort important de la thérapeutique. Il comprend les collyres» collutoires, gargarismes, cataplasmes, et toutes applications loco dolenti.
Ce mode d'administration répond, soit à une indication positive, soit à une indication empirique : l'application de l'opium sur un point douloureux, l'usage de collyres ou de gargarismës propres à modifier l'inflammation dans le traitement des angines et des ophthalmies.
Un certain nombre de médecins ont l'habitude d'administrer simultanément le même médicament inttis et extra^ par l'absorption générale et par l'absorption locale. Nous croyons que le plus souvent c'est là un luxe inutUe, et par conséquent un ennui de plus pour le malade. Ce mode d'application n'est justifié que lorsqu'il est possible de toucher véritablement la partie malade.
5* Des doses. — C'est certainement là la question à la fois la plus difficile et la plus controversée de la réforme hahnemannienne. Nous allons tâcher de jeter quelque lumière sur ce point et de montrer comment les difficultés peuvent être résolues.
Rappelons d'abord que nous avons admis deux lois d'indication, la loi des contraires et la loi des semblables, et que ces deux lois sont positives au même degré quand elles régissent la thérapeutique qui leur convient : thérapeutique
des affections externes et thérapeutique palliative pour la loi des contraires ; thérapeutique des maladies internes pour la loi des semblables.
Je le répète à dessein, c'est parce que ces deux lois sont positives que nous les conservons dans notre thérapeutique.
La première règle que nous poserons quant aux doses, c'est que les doses doivent toujours être fortes quand l'indication est régie par la loi des contraires : fortes doses d'antiseptiques pour l'antisepsie chirurgicale ou obstétricale^ fortes doses de médicament pour toute la médication palliative.
Quand les indications sont gouvernées par la loi de similitude, la dose doit être aussi petite que possible. C'est ici que se pose les problèmes des doses dites hahnemanniennes.
Au début de sa prdtique,Hahnemann employait des doses faibles mkis pondérables. Il donnait des doses faibles pour éviter les troubles que les doses fortes suscitent dans l'organisme et pour laisser la guérison s'établir doucement en suivant sa marche naturelle ; et, en suivant cette pratique, Hahnemann faisait preuve d'un sens médical élevé et disait avec raison et nous répétons avec lui : tout ce qui est de trop dans la dose d'un médicament complique inutilement le problème, retarde la guérison et peut même l'empêcher.
Nous avons vu plus haut que des deux actions opposées produites par une seule dose de médicament, l'action dite primitive était considérée par Hahnemann comme la véritable action médicamenteuse ; qu'en outre, plus la dose du médicament était petite, plus l'action primitive était nette et isolée des actions dites secondaires ; il n'est donc point étonnant que Hahnemann ait été porté à rechercher dans sa thérapeutique les doses les plus minimes.
202 PATHOLOGIE OtlfÉRAUS
Mais où commence, je dirai presque le mystère, ou plus rigoureusement la difficulté de comprendre la pensée de Hahnemann, c'est la décision qu^il prit d'appliquer aux doses la division par cent, et d'arriver très vite à n'employer guère que la trentième dilution, dose qui s'exprime par l'unité précédée de 60 zéros.
Je ne connais aucun raisonnement qui puisse expliquer une infinitésimalité aussi excessive et nous n'arriverons à la justifier que par des expériences empruntées à la bactériologie et par des faits cliniques.
Nous ne parlerons pas ici des exagérations des médecins qui ont dépassé plus ou moins la trentième dilution et des folies d'un Jenniken qui croyait qu'à chaque succussion donnée au médicament correspondait une nouvelle dilu * tion ; et d'un Fink qui se bornait à faire passer un courant d'eau dans un vase à deux ouvertures et comptait autant de dilutions que ce vase avait été rempli de fois.
Le problème des doses tel que l'a laissé Hahnemann est assez difficile pour que nous ne nous embarrassions pas dans ces extravagances.
Mais, si un petit nombre ont encore exagéré Hahnemann, le plus grand nombre des médecins ont réagi dans un sens contraire. Les médecins de langue anglaise ont presque tous remplacé les dilutions centésimales par les dilutions décimales ; la première étant au dixième, la deuxième au centième, et la troisième au millième.
Poussant encore plus loin la réaction, un groupe de médecins homœopathes ne prescrit jamais que des doses pondérables.
Notre enseignement sur cette question des doses se résume dans cette formule : Omni dosi^ c'est-à-dire tantôt des doses fortes, tantôt des doses moyennes, tantôt des doses infinitésimales.
Mais quelle règle proposerons-nouâ ? Car certaidemeflt
DE LA THÉRAPEUnQUE 203
nous ne livrons cette décision ni au caprice ni au hasard. La règle qui nous semble la plus voisine de la vérité est celle-ci : Donner dans une maladie la dose qui produit chez r homme sain un effet analogue aux symptômes du mal à traiter.
Ainsi, si vous traitez le choléra par Taconit, il faut donner des doses très fortes d'aconit, parce que c'est seulement à doses très fortes que l'aconit produit les symptômes du choléra.
Si vous traitez le vertige de Ménière par le sulfate de quinine, donnez des doses fortes, puisque c'est seulement ces doses qui produisent la surdité et le bourdonnement. Mais, je ne vous le cache pas, cette règle me semble défaillante, et à mesure que je vous cite ces exemples d'autres, contradictoires, naissent en foule dans mon esprit.
Ainsi rémétine (principe de l'ipéca) ne produit l'hépatisation chez les animaux qu'à dose énorme et c'est à la Ô"" dilution qu'elle doit être prescrite dans la bronchopneumonie !
Que dirai-je donc? C'est la clinique qui seule peut être notre guide.
C'est la clinique qui nous dit que le sulfate de quinine doit être donné à dose forte (1 gramme) dans le traitement de la fièvre intermittente, à dose moyenne (5 et 10 centigrammes) dans le rhumatisme et à dose infinitésimale dans l'eczéma.
C'est la clinique qui nous enseigne que la bryone doit être prescrite à dose infinitésimale (6* et 12* dilution) dans le traitement de la pneumonie ; à dose moyenne (l*^ trituration) dans le traitement de la sciatique et à dose très forte (XX et XXX gouttes de teinture) dans certaines hydropisies. C'est la clinique qui nous a appris que le drosera réus^ sissait à dose infinitésimale dans la coqueluche et à dose forte dans la toux spasmodique de la phtisie.