Choléra irrégulier ou compliqué. — On a rangé
sous cette dénomination : 1° le choléra à réaction typhoïde, très fréquent, très souvent mortel ; 2° le choléra phlegmorrhagique ou gastro -intestinal, caractérisé par l'abondance des évacuations, l'état adynamique, la difficulté de la réaction : cette forme n'est pas rare chez les nègres de nos colonies ; 3° le choléra sec, dans le eours duquel l'intestin paralysé ne peut évacuer son contenu ; 4° le choléra sudoral ou cutané, caractérisé par des accès rapprochés de choléra et par des sûeurs abondantes ; 5° le choléra cardiaque, syncopal, asystolique ; 6° le choléra foudroyant, qui tue le plus souvent par les progrès extrêmement rapides de l'algidité et de l'asphyxie; 7° les cas de choléra compliqués de pneumonie, de méningite, de diarrhée rebelle, de paralysies durables, de troubles intellectuels, de mal de Bright.
§ 3. — Lésions cadavériques.
Si le malade a succombé pendant l'état algide, on constate la rigidité précoce des cadavres, la cyanose,
des contractions fibrillaires et musculaires, quelquefois l'élévation de la température, comme dans le tétanos. Les formes irrégulières et compliquées peuvent se révéler par des caractères spéciaux relatifs à l'habitude extérieure, mais sans grande importance. — Les enveloppes crâniennes et rachidiennes sont souvent hypérémiées, et les ventricules cérébraux contiennent fréquemment des épanchements séreux. — Le cœur gauche est contracté et le cœur droit engorgé, si le décès a eu lieu pendant la période algide ; s'il a constitué la terminaison de la période typhoïde, on constate l'injection des capillaires sanguins de tous les organes, et rien de spécial dans les cavités cardiaques. Les poumons sont atteints des lésions qui caractérisent l'asphyxie, dans la plupart des cas de mort survenue pendant la période algide ; dans le cas de réaction typhoïde, on constate plutôt laprésence de congestions hypostatiques ou inflammatoires. Mahé, dans des autopsies faites à Brest, en 1867, a trouvé fréquemment les bronches obstruées par « du mucus etdu muco-pus abondant dont les éléments étaient formés par l'épithélium bronchique arrivé à l'état de débris divers, de granulation et de régression, en tout cas toujours absolument séparé de la muqueuse qui se trouvait ainsi dépouillée et complètementànu(l). » — C'est dans l'abdomen que Ton rencontre les lésions les plus caractéristiques. On peut donner à celles de l'intestin le nom d'entérite cholérique. On constate en effet une inflammation plus ou moins aiguë du tube digestif, particulièrement constatable dans l'intestin grêle. La chute de l'épithélium est générale : c'est lui qui, mélangé aux liquides intestinaux, leur donne un aspect blan-
(1) Mahé, Programme de séméiotique, etc., p. 84.
MALADIES INFECTIEUSES. 67 châtre; c'est lui enfin qui se concrète en grains riziformes. L'appareil glandulaire est gonflé par une sécrétion muqueuse qui s'exhale d'autant plus facilement qu'il n'y a plus d'épithélium à la surface interne des glandes en tube. Dans la cellulo-vasculeuse, il y a des phénomènes d'inflammation intense ; les vaisseaux sont turgides et leur injection s'aperçoit à travers la tunique péritonéale, à laquelle elle donne une teinte rosée : on la voit encore plus aisément à travers la muqueuse et elle constitue de ce côté de l'intestin les plaques hortensia de Broussais. Cette inflammation intestinale a pour conséquence la formation de nombreuses cellules embryonnaires dans le tissu conjonctif péri-vasculaire ; il se produit là à la place de la muqueuse et de la cellulo-vasculeuse un tissu analogue à celui des bourgeons charnus. En outre les follicules clos, isolés et agminés, sont gonflés. Le processus morbide qui atteint les premiers a pris le nom de psorentérie ; il est analogue à celui que l'on rencontre dans certains cas de typhus, de méningite cérébro-spinale, de scarlatine, de variole ; il est beaucoup plus discret que celui de la fièvre typhoïde. Dans quelques circonstances, spécialement quand le malade a succombé dans le cours de la deuxième période, on constate des ulcérations intestinales consécutives à la chute des exsudats de la cellulo-vasculeuse ou à la destruction des follicules clos. — La rate est petite, ridée, anémiée, molle ; elle est parfois le siège d'un ou plusieurs infarctus hémorrhagiques. Le foie peut être anémié; les conduits cystique et cholédoque ont été trouvés atteints d'un léger catarrhe muqueux. Les reins sont souvent hypérémiés, les tubuli dépouillés de leur épithélium ; des cellules épithéliales et des cylindres épithéliaux flottent parfois dans l'urine recueillie et
examinée au microscope. Le sang pendant la vie (sang des saignées) prend la consistance sirupeuse, dès que les évacuations intestinales ont rejeté de l'organisme une quantité notable de sérum ; laissé en repos il passe à l'état de gelée très foncée, mais souvent il'ne se sépare aucun sérum de ce caillot gélatineux. Chimiquement le sang, dans le cours de la maladie, est remarquable par la faible proportion d'eau qu'il contient, l'augmentation de l'urée et des matières extractives, la diminution progressive du chlorure de sodium et l'augmentation des phosphates et des sels de potasse.
§ 4. — Prophylaxie et thérapeutique.
La préservation des hommes et des localités, si importante pour le choléra épidémique, dont la mortalité peut être parfois représentée par les chiffres de 50 à €0 p. 100, est subordonnée à l'exécution des règles qui découlent des conditions de genèse et de propagation de la maladie. On trouvera dans le Règlement français de police sanitaire maritimede 1876(1) les dispositions relatives au choléra. L'incubation de cette maladie peut être de quelques heures; mais elle n'est pas plus longue qu'une semaine, et c'est sur cette dernière évaluation qu'est basée la durée de l'observation pour les personnes.
§ S. — Thérapeutique.
Le traitement est purement symptomatique comme celui de la fièvre jaune. Celui de la diarrhée prémonitoire a une importance capitale. On prescrira donc le
(I) Voyez ce règlement à la suite de l'Étude de la peste.
repos au lit, le régime léger ou la diète absolue, le sous-nitrate de bismuth à la dose quotidienne de 4 à 6 grammes, le laudanum de Sydenham à la dose de 1 gramme pour l'adulte, les lavements émollients ou laudanisés, les applications émollientes sur l'abdomen. Les symptômes de la période algide seront combattus par tous les moyens ordinaires de caléfaction extérieure, par les opiacés contre la diarrhée, les cordiaux et les stimulants contre l'algidité, les boissons glacées, gazeuses, astringentes contreles vomissements rebelles.
Les injections intra-veineuses de lait (Américains), de sérum artificiel (Potain), d'eau tiède (Lorain) n'ont pas donné les résultats sur lesquels on comptait pour lutter contre la concentration du sang.
Pendant la période de réaction, on veillera aux complications inflammatoires; on s'abstiendra, en général, des saignées et des purgatifs. Les émissions sanguines locales, les diurétiques, les toniques, les astringents antidiarrhéiques, les lotions rafraîchissantes sur la peau, en ont fait jusqu'à ce jour tous les frais.