PESTE
A consulter :
Clot-Bey. — De la peste observée en Egypte. Paris, 1840. LiTTitÉ. — Dict. de méd. en 30 vol. : Article, Peste, vol. 24, 1841. Hinscu. — Pathologie géographique Erlangen, 1860, t. I. Proust. — Essai sur l'hygiène internationale. Paris, 1873. Phoust. — Des foyers récents de peste en Orient (Annales d,hygiè?ie
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Pp.oust. — Traité d'hygiène publique et privée. Paris, 1877. Fauvel. — lUipports sur la peste qui a régné à Ben-Ghazs en 1858
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Gl~~^é des ~ «^sïïjs»*
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§ i . — Causes.
On a longtemps professé que la peste à bubons datait du sixième siècle, mais Hirsch, Daremberg et le cardinal Maï ont démontré par des citations concluantes empruntées à Denys le Tortu,à Dioscoride, à Posidonius, àRufus d'Ephèse surtout, que ce fléau a fait des ravages dans l'antiquité et qu'on en a subi plusieurs épidémies en Syrie, en Égypte et en Lybie bien avant le début de l'ère chrétienne. La peste de Justimen, qui ravagea l'Europe de 531 à 680, n'est donc pas une épidémie produite par l'éclosion et l'extension d'une maladie nouvelle.
Je passe rapidement sur les épidémies historiques de la peste à bubons.
Sixième siècle .-peste de Justinien (531-680). Elle venait d'Egypte, fut importée à Constantinople et entra ultérieurement en France par Marseille en 588 (G de Tours).
Quatorzième siècle : peste de 1348, pesle noire. Elle débuta également à Constantinople, mais elle venait encore de l'Asie. C'est elle qui a été le point de départ
de la réglementation quarantenaire. Elle s'est perpétuée à l'état endémique en Europe jusqu'au seizième siècle, époque à laquelle elle a cédé le pas au typhus et à la fièvre typhoïde, et à tel point qu'on a prétendu que la peste s'était dédoublée pour créer ces deux maladies.
Dix-septième siècle. Peste de Londres, 1665.
Dix-huitième siècle. Peste de Marseille, 1720. Elle a été importée dans cette ville par un navire venant du Levant. Elle a ravagé une partie de la Provence. — Peste de Moscou, 1770. — Peste d'Egypte, 1798-1799-
Dix-neuvième siècle. — Depuis 80 ans la peste n'a pas déterminé de grandes épidémies, mais elle s'est développée très fréquemment sous forme de petites épidémies dans des foyers géographiques qui ont incontestablement une grande analogie sous les rapports divers du climat, des races que l'on y rencontre, des habitudes sociales, des pratiques religieuses qui distinguent ces races. Ces foyers sont, en Asie, le Turkestan, la Perse, l'Irak-Arabie (1), le littoral sud de la Caspienne, l'Arménie jusqu'au Caucase, la Syrie, laPalestine etl' Arabie ; en Afrique, l'Egypte etla Cyrénaïque. Les principales épidémies écloses sur ces différents points depuis une cinquantaine d'années sont les suivantes: Épidémie du Caucase de 1840 à 1843 ; de Tripoli en 1858 et 1874 ; d'Irak-Arabie en 1867 et 1874; du Kurdistan persan en 1871 ; de Retch (2) en 1877 ; d'Arménie près du lac d'Ourmiah en 1877 ; de Vetlianka (3) en 1879.
(1) C'est l'ancienne Mésopotamie; c'est la vallée du Tigre et de l'Euphrate.
(2) Sur la côte sud de la Caspienne.
(3) Près d'Astrakan et de l'embouchure du Volga, sur la côte ouest de la Caspienne.
Je n'ai parlé jusqu'à présent que de la peste de l'Asie occidentale, de l'Afrique nord et de l'Europe. La maladie a cependant été observée ailleurs, et l'on a dit, sans que les documents historiques en aient donné la démonstration, que la patrie, le centre-d'origine de la peste était l'Inde , ou peut-être l'Indo-Chine. Elle est incontestablement endémique depuis le commencement de ce siècle, au moins dans certains districts de l'Indoustan septentrional, et elle s'y est manifestée à plusieurs reprises sous forme d'épidémies plus ou moins meurtrières. Les provinces de Cutsch et de Guzerateont été ravagées en 1815; lavilledePali, dans le Marwar, a été dépeuplée en 1836, ainsi que des villages entiers (peste de Pali) ; l'épidémie de Gurhwal, qui a débuté en 1849, a duré plusieurs années et la peste, qu'on a désignée alors sous lenom indien de mahamurree, a paru céder, en 1853, à l'emploi des mesures hygiéniques sévères adoptées par l'administration anglaise.
L'Amérique et l'Océanie n'ont jamais été visitées par la peste.
Les épidémiologistes sont divisés en deux camps au sujet de l'étiologie de la peste.. Les uns avancent que c'est à tort que l'on a fait de ce fléau le type des maladies contagieuses. Tholozan a tenté de démontrer, par des faits clairement exposés, que la peste s'est fréquemment développée, au même moment, dans des localités très éloignées les unes des autres, et sans qu'il y eût de communication possible entre elles, de telle sorte que, dans ces circonstances, la peste était la conséquence d'une cause spontanée, tenant au sol ou tenant aux hommes. Le même auteur dans un récent mémoire a relaté, dans les plus grands détails, l'histoire des trois dernières épidémies de peste au Caucase
et il en a conclu que « dans aucun cas il n'a pu être démontré que les mesures restrictives et hygiéniques adoptées ont influencé la marche de ces épidémies. » «Ce qui se dégage le mieux de l'ensemble des faits, dit cet auteur dans le même travail, c'est qu'à certaines époques et dans des cycles plus ou moins déterminés, il y a des éruptions générales ou des envahissements rapides, phénomènes dont les causes nous échappent et dont le mécanisme nous est inconnu, comme pour le choléra, la variole, la diphthérie. »
Dans l'autre camp, on ne résout pas d'une façon plus satisfaisante la question d'origine de la peste, mais on professe que les mesures hygiéniques appliquées sur le lieu même où sévit une épidémie, ont une efficacité réelle, et qu'en outre une localité donnée qui est atteinte de la peste est par cela même suspecte pour les pays qui communiquent avec elle, car la peste est transmissible.
Je n'ai aucune qualité pour résoudre une question aussi obscure et je ne puis que formuler bien modestement mon opinion sur ce sujet délicat. L'origine spontanée de la peste dans les pays d'Orient me paraît absolument évidente, comme celle du choléra dans l'Inde et de la fièvre jaune dans le golfe du Mexique. Je ne veux pas dire que la peste ne naisse pas quelquefois de la peste, mais seulement que la maladie peut être engendrée à nouveau et en dehors de l'influence d'une épidémie antérieure. Les épidémies de Benghazi, de 1858 et de 1874, sont clans ce cas et probablement celle de Mésopotamie, en 1867. Les populations misérables de l'Irak-Arabie et du Kurdistan, de l'Arménie et du Caucase, de l'Egypte et de la Gyrénaïque vivent dans des conditions d'hygiène qui ont été bien souvent énumérées par les médecins qui
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les ont étudiées sur les lieux : elles constituent vraisemblablement la cause en bloc de la peste.
D'autre part peut-on mettre en doute la nature transmissible de la maladie quand on passe en revue les faits accumulés par Proust (1), et quand on envisage la marche des grandes épidémies qui ont ravagé l'Europe et qui venaient manifestement de l'Orient ? Il convient donc de ne renoncer ni aux mesures prophylactiques sur place, ni aux prescriptions d'hygiène internationale.
Le microscope nous promet beaucoup pour l'étude des conditions d'origine de la peste. Cette maladie procède-t-elle d'un infectieux figuré et défini? c'est ce que nous saurons peut-être ultérieurement, quand les recherches relatives à l'épidémie de Vetlianka au-
(1) Voir Essai d'hygiène internationale, p. 120.
C'est dans les conditions ordinaires d'endémicité de la peste dans le Levant que la maladie s'est déclarée vers la fin de 1878 à Vetlianka, village de pêcheurs misérables situé dans le district d'Astrakan, à quelques verstes de l'embouchure du Volga. Cette épidémie étant la dernière en date, j'en dirai ici quelques mots. On ne connaît pas bien les circonstances du début. On a dit qu'un détachement de Cosaques venant de l'armée du Caucase et d'Arménie avaient fourni le premier cas, à Vetlianka, en novembre 1878; cela est bien invraisemblable, car les troupes belligérantes en Arménie et dans le Caucase n'avaient pas eu la peste. Il faut donc supposer, ou bien que la maladie est née spontanément à Vetlianka, ou qu'elle est parvenue dans cette localité soit par terre, soit par la voie maritime de la Caspienne. Cette question n'a pas encore été élucidée. Quoi qu'il en soit, la maladie fit de rapides progrès dans la population de Vetlianka, à tel point que du '21 novembre au 9 décembre on comptait 100 malades, dont 43 décès. En outre, la maladie se propagea aux localités voisines placées dans des conditions analogues d'hygiène; elle remonta le Volga et atteignit le voisinage de Tsaritzin, centre important de population et point de départ de deux lignes ferrées dont l'une va à Moscou et l'autre à Taganrog près la mer d'Azof.
Les autorités russes nièrent d'abord la peste; il est vrai que tout d'abord les premiers cas ne parurent pas francs et purent être pris pour un typhus galopant avec prédominance de symptômes
ront été publiées. Enaltendanl, bornons-nous à établir, que l'infectieux de la peste sévit de préférence en hiver et au printemps, qu'il est manifestement influencé par la présence de l'humidité dans l'atmosphère, au point de vue de sa production et de l'activité de sa propagation, mais que l'altitude des localités, ainsi que la constitution géologique des terrains, sont tout à fait indifférentes à sa genèse, la maladie pouvant sévir aussi bien dans les plaines de la Mésopotamie que dans les Alpes du Kurdistan ou le long des contreforts de l'Himalaya.
§ 2. — La maladie.
Les cas cliniques de peste peuvent revêtir les formes suivantes : la peste fruste, la peste régulière, la peste compliquée.
thomciques, ou pour un typhus aigu, un typhus-peste spécial. Mais on ne put pas rester longtemps dans le doute; on se rappela qu'il y a des cas mortels de peste sans bubons, et, par ailleurs, que le typhus pétéchial s'accompagne très rarement de bubons. Or, dans la maladie de Vetlianka, les bubons et les pétéchies étaient par trop fréquents pour que l'existence de la pesle pûl être niée. Aussi l'Autriche, l'Allemagne, l'Italie et la France expédièrentelles des délégués sur les lieux de l'épidémie pour en étudier la marche et les caractères. On prescrivit en outre l'exécution de mesures quarantenaires dans l'Archipel, la mer Adriatique, les ports de la Méditerranée, Marseille notamment, et on attendit. Le 9 février 187!), les médecins étrangers réunis à Vetlianka déclarèrent que la peste paraissait finie, mais qu'il convenait de continuer à appliquer les mesures de désinfection locale et les règles quarantenaires de prophylaxie internationale, pendant un certain temps. Il y eut encore un cas bien positif de peste à Vetlianka, puis ce fut tout; au mois de mars, toutes les mesures de préservation purent être abandonnées. Cette épidémie nous oblige à nous tenir sur nos gardes, bien que les conditions actuelles de l'hygiène en Europe soient bien différentes de ce qu'elles étaient au moyen âge. Le fait est que la Russie centrale est menacée par Astrakan ; la mer d'Azof, la mer Noire et la Méditerranée par Tzaritzin, en cas de peste sur les bords de la Caspienne.
Peste fruste. — On a donné ce nom à des accidents légers de même nature que ceux de la peste régulière, mais d'intensité et de gravité bien moindres. D'ailleurs, bien qu'ils disparaissent en quelques heures ou en quelques jours, ils n'en doivent pas moins être considérés comme très sérieux, relativement à l'application des mesures d'hygiène internationale.
Peste régulière.. — Onpeut lui considérer, abstraction faite de l'incubation, trois périodes qui sont les suivantes : 1. Invasion. — Elle a lieu le plus souvent sans prodromes : le début est donc brusque. Il se caractérise par une dépression des forces que l'on ne retrouve, à ce degré, dans aucune autre maladie. La face est pâle, le regard terne, la parole est hésitante, le malade peut à peine se soutenir, l'ouïe est obtuse, l'intelligence comme voilée, c'est une sorte d'ivresse morbide ou mieux d'état typho-adynamique. Dans certains cas, les malades ressentent des douleurs sourdes dans les cicatrices cutanées dont ils peuvent être porteurs, ou dans des ganglions lymphatiques altérés par une maladie antérieure, étrangère à la peste, la syphilis par exemple .
2. Période d'état. — A partir de ce moment, la madie se caractérise par un ensemble de phénomènes, qui sont, les uns, sans caractères propres, tandis que les autres sont spéciaux à la peste.
Les symp tomes non caractéris tiques sont les frissons, la sensation de chaleur intérieure, la lièvre avec céphalalgie, l'injection des yeux et de la face; la soif inextinguible,4es vomissements aqueux, jaunes, verts^ sanguinolents, la constipation, les selles fétides, jaunes, noirâtres; l'anxiété de la respiration, le délire, la stupeur, l'état typhoïde.
Les signes cliniques spéciaux sont : les bubons, les
charbons, les anthrax, les pétéchies, les plaques érysipélateuses.
Les bubons apparaissent du deuxième au quatrième jour de la maladie.
Les uns se montrent à l'extérieur, principalement dans le pli de l'aine, le creux de l'aisselle, la région poplitée, le cou, la région parotidienne ; les autres sont profonds et ne sont le plus souvent constatés qu'à l'autopsie. Le bubon pestilentiel est une tumeur ronde ou oblongue, lisse ou bosselée, rouge violacée ou blanche, d'un volume variable, plus ou moins douloureuse. La tumeur arrive rapidement au ramollissement, se résorbe quelquefois ou laisse des indurations. Ramolli, le bubon s'ouvre naturellement, si on n'intervient pas par l'incision ; dans les deux cas, il laisse écouler un pus sanieux dont l'inoculation ne paraît avoir aucun effet au point de vue de la transmissibilité.
Les charbons sont plus rares que les bubons : ils se développent de préférence aux jambes, au cou, au dos, sur les régions découvertes. On voit d'abord un groupe de petites taches ayant quelque ressemblance avec des piqûres de puce, moins le point noir central : ces taches deviennent des vésicules, puis des phlyctènes et enfin des plaques gangréneuses; plus tard les escarres sont éliminées et laissen t des cicatrices indélébiles.
L'anthrax pestilentiel est rare : c'est un anthrax charbonneux; il débute par une tache saillante et douloureuse et peut envahir les épaules, le dos, les aînés. 11 marche tantôt vers la gangrène éliminatrice, tantôt vers la résolution ou la suppuration franches.
Les pétéchies peuvent se compliquer de gangrène.
Les plaques érysipélateuses se développent dans des régions variables du tégument externe.