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CHAPITRE V

DENGUE

Synonymie très variée. — Avec Aitken, Rey, J. Rochard et A. Morice, je classerai delà manière suivante les différents noms qui ont été donnés à la dengue.

•1° Noms tirés des douleurs rhumatoïdes : Fièvre rhumatismale, fièvre courbaturale (D. Thaly au Sénégal); stiffnecke (qui raidit le cou); dandy fever (Inde), (fièvre qui donne la démarche du dandy); breack bone (qui brise les os); brocken wing (qui brise l'épaule), (Etats-Unis) ; trancazo (coup de barre), (Ténériffe); pantomima (Cadix) ; fièvre-polka (Brésil) ; Knieubels (mal degenoux), (Egypte), boubou (cri, plainte), (îles Sandwich).

2° Noms tirés de l'éruption : Fièvre rouge, scarlatine rhumatismale; exanthesis arthrosia; rosalia; Colorado.

3° Noms divers : Fièvre épidémique ; fièvre des dattes (Egypte) ; fièvre inflammatoire ; fièvre de trois jours ; fièvre chinoise (la Réunion); gastrocéphalie (Antilles françaises) ; piadosa (maladie bénigne, Cadix) ; in-

lluença gaditana, fièvre bilieuse (Taïti) ; n'dagamonte, n'rogni (indigènes du Sénégal) .

Consultez :

W. Aitken. — A System of medicine. London, 1860. 1 vol., p. 258.

Hirsch. — Handbach der historisch geographischen pathologie. Er-

langen, 1860, t. I, p. 272.

Thaly. — Note sur une épidémie de fièvre articulaire observée à

Gorée [en juin et en juillet 1865 {Arch. de méd. nav., 1866,

2e semestre, p. 57).

Rey. — Etude sur la fièvre courbaturale ou dengue (Arch. de méd.

nav., 1868, 1" semestre, p. 278 et 382). Rufz de La vison. — Chronologie des maladies de Saint-Pierre,

Martinique {Arch. de méd. nav., 1869, 2e semestre, p. 137). Rochard (J.). — Article Dengue, du Dict. de médecine et de chirurgie pratiques.

Ballot. — Épidémie de dengue à la Martinique (Arch. de méd.

nav., 1870, 1er semestre, p. 470).

Cubillas (C). — Note pour servir à l'histoire de la dengue, traduite par Rey (Arch. de méd. nav., 1870, 2e semestre, p. 229). Vauvray. — La dengue à Port-Saïd (Arch. de méd. nav., 1872,

1er semestre, p. 74).

Rey. — Compte rendu du travail du D' R. H. Poggio sur la dengue

épidémique (Arch de méd. nav., 1872, 1er semestre, p. 146). Wise. — Report on the épidémie of Dengue in the Dacca district

(Inde) en 1872 (Indian médical journal, 1872). Dutroulau. — Maladies des Européens dans les pays chauds,

2e édition, 187?, p. 127 et suiv.

Cotholendy. — Relation de l'épidémie de dengue qui a régné à

Saint-Denis {Réunion) (Arch. de méd. nav., 1873, p. 190). Zuelzer. — Handbuch von Ziemssen. Band II, 1874. Martialis. — La dengue (Arch. de méd. nav., 1874, 1" semestre,

Mohice (A.). — De la Dengue, fièvre éruptive des pays chauds.

Thèse de Paris, 1875.

Bërekger-Féraud. — Traité clinique des maladies des Européens

au Sénégal : fièvre rouge, 1. 1, p. 105. 1875. Fouque (L.). — Une épidémie de fièvre dengue en mer. Thèse de

Paris, 1876.

Miorcec. — Étude sur la dengue. Thèse de Paris, 1876.

Maiié (J.). — Programme de sèmeiotique, etc. (Arch. de méd. nav.,

1876-187!), et J.-B. Baillière, 1880. I vol.) Colin (L.). — Traité des mal. èpidémiques. 1879, p. 577.

§ \. — Causes

1 . La dengue est une maladie qui a existé vraisemblablement de tous temps. Son histoire, toutefois, ne remonte pas au delà de l'année 1779, époque à laquelle, d'après le chroniqueur égyptien Gaberts, on l'a observée au Caire et dans ses environs, en la dénommant Knieabels ou malde genoux.Pevsin, missionnaire, dit dans ses « Voyages dans l'Hindostan », publiés en 1807, qu'une épidémie de fièvres, avec douleurs articulaires, a régné en 1780 sur la côte de Coromandel; il est possible qu'on ait eu affaire à la dengue. Dans le cours de la même année 1780, Rush l'a positivement observée à Philadelphie des Étals-Unis, et depuis cette époque, la dengue a été signalée sur plusieurs points du globe très éloignés les uns des autres sans doute, mais fréquemment rapprochés par les courants humains. Nous allons voir qu'elle est très inégalement répartie dans les cinq parties du monde.

En Europe, la dengue n'a été observée que deux fois, et dans les deux cas à Cadix, en 1784 et en 1867. Remarquons qu'il s'agit d'un port de mer, et que la maladie y a été probablement importée. Si on admettait, en effet, l'origine sur place, il deviendrait bien difficile de soutenir que la cause de la maladie n'a agi que deux fois seulement dans le même lieu, en quatre-vingt trois années. Toutefois, il faudrait aussi que l'importation fût prouvée, ce qui n'a pas été fait, que nous sachions.

L'Afrique a subi plusieurs épidémies de dengue; en voici la série : Le Caire (1779) ; la côte d'Arabie (1835); le Caire et Alexandrie (18-45) ; Saint-Louis et Gorée du Sénégal (1845); Gorée (1848, 1850, 18G5); îles du Cap-

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Vert et Ténériffe (1863); Port-Saïd (1871) ; île de Zanzibar (1871) ; île Maurice (1872) ; la Réunion (1873). Il s'agit donc toujours d'îles et de ports de mer, sauf pour le Caire, qui est d'ailleurs relié à Alexandrie d'Egypte, par des communications fréquentes et multipliées. L'épidémie de Zanzibar, de 1871, passe pour être l'origine de celle que nous allons voir éclater à Aden, à Bombay et sur divers points de l'Hindoustan en 1871 et dans le cours des années suivantes.

Je passe à l'Asie : Bombay (1824, 1825, 1826); Calcutta (1824, 1825, 1826, 1836, 1844, 1853 et 1854). La maladie s'est propagée dans les localités intérieures des deux présidences pendant le cours de ces diverses épidémies. En 1871, la maladie qui avait disparu depuis une quinzaine d'années apparaît de nouveau à Bombay ; les médecins anglais en recherchent le point de départ et le placent à Aden, port contaminé luimême par Zanzibar. Le fait est que, de Bombay, la dengue se propage dans un grand nombre de localités de l'Hindoustan, à Cannamore, à Calcutta, à Madras, pendant l'année 1 871 , et à Pondichéry en 1872. En 1873, elle apparaît pour la première fois en Cocbincbine et en Chine. Il est rare actuellement qu'on n'en observe pas quelques cas tous les ans à Saigon. Les uns la considèrent comme importée de la Réunion, les autres de l'Hindoustan.

L'Amérique est la partie du monde où la dengue compte le plus grand nombre d'épidémies. On l'a observée à Philadelphie en 1780; au Pérou en 1818; à la Jamaïque en 1821; en Géorgie, à Savannah en 1826; aux îles Vierges (Antilles), en septembre 1827. C'est de cet archipel, particulièr-ement de Saint-Thomas et de Sainte-Croix, que la dengue paraît avoir rayonné, de 1827 à 1828, sur presque toutes les grandes et peti-

MALADIES INFECTIEUSES. lî>3

tes Antilles, les rivages du golfe du Mexique, la côte méridionale des États-Unis, et les rivages de la Colombie et du Venezuela. Après 1828, la maladie sembla disparaître de l'Amérique, mais elle reparut de nouveau à Iberville (États-Unis) en 1839 ; à Mobile (États-Unis) en 1844; au Brésil, de 1846 à 1850; à la Nouvelle-Orléans en 1828; au Pérou en 1852; à la Havane et à l'île de Curaçao en 1854 ; à la Martinique en 1860 et de nouveau en 1874 et 1875. Cette dernière épidémie a eu, dit-on, pour origine, l'importation par des immigrants indiens.

La dengue n'a été signalée qu'exceptionnellement en Océanie ; à Taïti, en 1846, sous le nom de fièvre bilieuse, et aux îles Sandwich, en 1856, sous celui de Bouhou.

En résumé, la dengue appartient à la zone torride plus qu'à toute autre partie du globe. Les pays baignés par la mer des Indes et la mer des Antilles sont ceux où on l'observe le plus fréquemment. Elle naît sans doute spontanément dans quelques-uns des points où elle sévit, mais la situation géographique des localités où on l'observe, fait déjà supposer que l'importation, pour un grand nombre d'entre elles, est une cause des épidémies qui s'y développent.

2. La dengue atteint les hommes de tous les âges et de toutes les races. Dans l'épidémie des îles Vierges (Antilles, 1827-28), la maladie n'a épargné personne : nouveau-nés, enfants, hommes et femmes adultes, vieillards, faibles et forts, riches et pauvres, Européens et gens de couleur, tous ont été atteints (Rey). Il en a été de même à Sainte-Croix de Ténériffe en 1865 et à Cadix en 1867 (Poggio) ; à Saint-Denis de la Réunion en 1873 (Cotholendy); à Pondichéry en 1872 (Martialis), etc. « Quand la dengue apparaît au milieu d'une

population, elle la frappe tout entière, hommes et femmes, enfants nouveau-nés, adultes, vieillards, individus déjà malades antérieurement ou sains, riches et pauvres, Européens, Chinois, Indiens, Nègres, métis divers ; toutes les races humaines sont égales devant la dengue qui ne paraît avoir de prédilection marquée pour aucune, mais aussi les frappe toutes indistinctement. Les individus qui ont eu la rougeole, la scarlatine ou la variole ont la dengue absolument comme les autres. » (A. Morice.)

Les animaux (chiens, chats, moutons, bœufs et veaux) ont été frappés par l'épidémie, à Cadix, dans l'Inde, à Alger.

La dengue paraît influencée, au point de vue de l'époque de son éclosion, par les circonstances météorologiques. Elle apparaît, sous la zonetorride, pendant la saison de l'hivernage, et décline ou disparaît dans le cours de la saison fraîche ; elle respecte les altitudes (contreforts de l'Himalaya, hauteurs de Salazie et de Saint-Denis, à la Réunion) ; elle est restée cantonnée à Cadix et dans ses environs en 1867, pendant les mois de juin à septembre, pour décliner au mois d'octobre, sans se propager dans les provinces intérieures de l'Espagne, moins chaudes que l'Andalousie.

La dengue est très probablement transmissible : je fais donc une réserve, car bien que les médecins qui se sont occupés de cette maladie aient nettement affirmé sa transmissibilité, aucun d'eux n'a publié de faits rigoureusement probants.

« Une petite fille, âgée de dix-huit mois, contracte la dengue dans la famille de sa nourrice. La fièvre se déclare le 6 mai. L'enfant est apportée à sa mère, qui la garde chez elle, la soigne et la fait coucher dans son propre lit. Le 9 mai, la mère est atteinte elle-même

delà maladie épidémique. Le 7 mai, la grand'mère et la tante de l'enfant viennent voir la petite malade et eurent ce jour-là et les jours suivants des communications fréquentes avec elle. Le 10 mai, elles furent atteintes l'une et l'autre, à la même heure, delà fièvre dengue. » (Cotholendy.)

« Le 18 avril, madame G*** quitte Salazie, où elle habitait depuis plus de six mois, et où il n'y avait pas un seul cas de fièvre dengue. Elle vient à Saint-Denis pour donner des soins à son mari, alors atteint de la dengue. Elle est atteinte, elle-même, le 22, quatre jours moins quelques heures après son arrivée dans le lieu de l'épidémie. » (Cotholendy.)

« Le 14 avril, M. P***, capitaine de gendarmerie en traitement à l'hôpital de Salazie, depuis près de trois mois, trouve, à son arrivée à Saint-Denis, sa femme convalescente de fièvre dengue et un de ses enfants dans la période fébrile. Il est atteint lui-même le quatrième jour de son retour. » (Cotholendy.)

Ces faits, que notre distingué collègue n'a d'ailleurs signalés que dans le but de fixer, d'une manière positive, la durée moyenne de l'incubation de la dengue qui est de quatre jours, ne prouvent pas rigoureusement la transmissibilité de la maladie : on peut, en effet, leur objecter que les gens atteints ont subi l'inlluence non des personnes malades, mais bien du milieu miasmatique, et qu'ils ont pris la dengue comme on prend la fièvre palustre, c'est-à-dire en dehors de la participation des organismes malades à la transmission de la maladie. Si on arrivait à observer, dans une localité, indemne depuis longtemps, une épidémie qui aurait pour point de départ un cas de dengue observé sur un malade récemment arrivé d'un foyer épidémique, la démonstration serait rigou-

15b PATHOLOGIE EXOTIQUE.

reuse : ce fait ne paraît pas avoir encore été observé.

Il est d'autres circonstances qui militent encore en faveur de la transmissibilité de la dengue. L'épidémie qui a régné, en 1828, dans les îles et sur les rivages des continents américains, dans la mer des Antilles et le golfe du Mexique, a été importée, au dire de Stedman, à Saint-Thomas, puis de cette île aux Bermudes. A la môme époque elle a passé de la Barbadeà la Jamaïque et de la Jamaïque à d'autres îles. En 1871, la dengue existait à Zanzibar et pas à Aden; mais dans le cours de la même année, elle a été portée de la première de ces localités à la seconde. D'Aden, elle a rayonné, d'une part sur Port-Saïd, de l'autre sur Bombay, Cannamore, Calcutta, Madras et, tantôt par mer, tantôt par terre, suivant la nature des communications entre les points contaminés, mais toujours par les courants humains. Elle a éclaté à Pondichéry en 1872, au retour des pèlerins hindous de cette ville qui avaient fait partie d'un pèlerinage au village anglais de Yelanganny (Martialis).

Gotholendy pense que la dengue a été importée de Calcutta où elle régnait en 1872 avec intensité, à l'île Maurice où elle s'est propagée.

Voici enfin une autre série de faits d'observation qui donnent plus de crédit encore à la doctrine de la transmissibilité. Pendant l'épidémie de la Réunion, en 1873, des malades atteints delà dengue ayant été placés dans les salles communes de l'hôpital, des cas de dengue ont été constatés quelques jours après sur des malades atteints d'affections étrangères à l'épidémie régnante. En outre, le personnel hospitalier a été sensiblement plus atteint que les habitants de la ville. « A l'hôpital, tous les infirmiers ont été frappés dès le début de l'épidémie et à intervalles très rapprochés.

Les sœurs hospitalières ont aussi payé un large tribut, et sur un effectif de 11 médecins, pharmaciens et élèves, 9 ont eu la maladie (1). » Il est bien probable qu'il s'agit là de cas de transmission de la dengue, mais on peut objecter cependant que la ville entière constituant un milieu infectieux, le personnel hospitalier a pu puiser ailleurs qu'à l'hôpital le germe infectieux.

Est-ce à dire que la maladie ne puisse pas naître spontanément dans les différents points de la zone torride qu'elle a visités, et qu'il soit nécessaire d'admettre qu'elle procède toujours par transmission? Je] ne le pense pas. Dans des localités qui se ressemblent par certaines conditions relevant du sol, de l'atmosphère et des météores, les mêmes causes peuvent engendrer spontanément les mêmes effets et la transmission de l'infectieux ne paraît pas nécessaire. La spontanéité n'exclut en rien d'ailleurs latransmissibilité et ne conduit pas au rejet des mesures quarantenaires. La dengue, comme la fièvre jaune, la peste, le choléra, peut dans certaines localités naître sur place ; elle est en outre, comme ces maladies, transmissible : ce sont deux modes de genèse qui ne se contredisent en aucune façon.

Nous ignorons absolument la nature de l'infectieux de la dengue. Il est possible que l'étude minutieuse de l'air, du sol et des eaux des localités, ainsi que l'examen du sang, des humeurs et des tissus nous renseigne ultérieurement à ce sujet : tout est à faire à cet égard.

La dengue est elle inoculable ? Nous l'ignorons également : c'est encore une lacune à combler par des expériences qui ne peuvent porter que sur la pér-

il) Catholendy, loc. cit.

sonne de l'expérimentateur et qui sont vraisemblablement sans danger sérieux.

§2. — Symptômes.

La dengue est une maladie fébrile, caractérisée, quand elle est complète, par deux éruptions successives et par des douleurs articulaires. Son incubation a été fixée par Gotholendy, à quatre jours, en moyenne.

i. La dengue peut être divisée en deux périodes, dont la première est quelquefois précédée de prodromes sans caractère défini.

Première période. — Elle dure environ 48 heures : la fièvre, les douleurs, la première éruption (initial rash), la rémission fébrile, tels en sont les éléments principaux. On constate, en outre, un certain nombre de symptômes moins constants.

La fièvre est, en général, la première en date. Elle fait monter le thermomètre à 38, 39°, rarement à 40, plus rarement encore à 41, 42, 42°, 5. Tous les observateurs ont noté, dans quelques cas, des rémissions dans le cours d'une même journée. Le pouls est large, dur, d'une fréquence qui varie suivant les épidémies; en général, il n'est pas en rapport avec la température, et il reste dans le voisinage de 80, 90 pulsations.

Les douleurs précèdent quelquefois la fièvre: elles sont de nature et de siège différents : articulaires, musculaires, rachidiennes, céphaliques. Les douleurs articulaires commencent, en général, parles poignets, le cou-de-pied, les orteils, puis elles se généralisent : il y a parfois saut brusque d'une articulation à une autre. On constate très rarement du gonflement périarticulaire, mais plus fréquemment une tuméfaction des pieds et des mains, laquelle, si on en juge par la

douleur ressentie dans les gaines tendineuses, dans les mouvements d'extension surtout, a probablement pour cause l'état fluxionnaire et œdémateux de ces gaines. — Les douleurs musculaires sont plus rares; ce sont elles qui, dans certains cas, modifient l'allure et la démarche des malades (dandy fever — fièvre polka). La rachialgie souvent étendue à toute la longueur de la colonne vertébrale, est parfois très pénible, excepté chez les enfants. — La céphalalgie est liée à la fièvre; son intensité est variable ; elle a paru être au point de vue de l'intensité, dans quelques épidémies, en raison inverse des douleurs articulaires.

La première éruption ne se constate pas toujours : elle est très fugace, dure rarement plus de cinq à six heures, et disparaît brusquement sans dégradations de teintes et sans desquamation. Le docteur Charles, dans l'Inde, ne l'a constatée que sur le tiers de ses malades ; notre collègue M1. Martialis, àPondichéry, l'a rencontrée dans la moitié des cas, et Cotholendy, à la Réunion, dans presque tous. Elle est constituée par des plaques d'un rouge écarlate, diffuses, débutant par la face, gagnant la partie supérieure de la poitrine et finalement les membres. A la Réunion, en 1873, elle a été presque constante à la paume de la main.

La rémission fébrile termine la première période. Elle se produit après le deuxième ou le troisième nycthémère : les douleurs cessent alors, et le malade ne conserve plus que de la rachialgie, de la faiblesse générale et de l'inappétence.

A Pondichéry et à la Réunion, on a observé, après la rémission, des adénopathies sans gravité, siégeant au cou, aux aines, aux aisselles, et disparaissant après quelques jours de durée. La rémission dure environ trois jours.

Deuxième période. — Sa durée est variable : de quelques jours, cas le plus fréquent, à plusieurs semaines et même à plusieurs mois. Elle est constituée par la deuxième éruption (terminal rash), la desquamation et la convalescence.

La deuxième éruption est quelquefois, mais très rarement, annoncée par une ascension du thermomètre. La règle, c'est l'apyrexie; aussi l'éruption passe-telle parfois inaperçue. Martialis l'a constatée dans la moitié des cas à Pondichéry ; Cotholendy ne l'a jamais vue manquer à la Réunion. — Elle ressemble le plus souvent à la rougeole, d'où le nom de'measly rash que lui donnent les médecins de l'Inde; mais Martialis a fait observer que les taches de la dengue sont moins régulières, moins développées. Elle a quelquefois l'apparence de la scarlatine; plus rarement elle se présente sous les formes de l'érythème, de l'érysipèle, de l'urticaire, de la roséole : elle est constituée exceptionnellement par. des vésicules, des bulles ou des pustules. Elle se généralise rarement. On la constate principalement aux pieds, aux mains, aux genoux. Son apparition est parfois le signal du retour des douleurs articulaires, mais celles-ci sont loin d'avoir l'intensité qu'elles avaient pendant la première période. L'éruption dure quelques heures, ou deux ou trois jours, puis disparaît en même temps que la fièvre qu'elle a pu provoquer. Les douleurs cessent aussi à ce moment, ou s'amendent seulement.

L'éruption terminée, la desquamation avec prurit lui succède presque toujours. Martialis dit qu'elle est d'aspect variable, suivant la nature de l'éruption qui l'a provoquée. Elle passe parfois inaperçue. Le prurit est la règle : les malades l'accusent toujours, que la desquamation soit visible, ou qu'elle ne le soit pas, à

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cause de la petitesse des furfurs : il est en outre parfois extrêmement pénible. La desquamation est terminée

en peu de jours.

La convalescence est en général courte; aussi ai-je pu la faire entrer dans la seconde période. Chez les enfants, c'est la règle. Elle est quelquefois lente et môme très lente chez les vieillards et les valétudinaires. L'anémie, la dyspepsie rebelle, des douleurs pénibles et persistantes, caractérisent les longues convalescences, celles qui se comptent par semaines et même par mois.

2. En dehors des signes que nous venons d'indiquer et qui caractérisent la dengue dans ses traits généraux, il est un certain nombre d'éléments morbides moins importants dont il convient de parler maintenant.

On constate parfois au début et dans le cours de la dengue un état catarrhal des muqueuses respiratoire et digestive, un peu de coryza, de la rougeur pharyngienne, de la toux bronchique, des épistaxis, l'état légèrement saburral de la langue, une soif modérée, non en rapport avec l'intensité de la fièvre, de l'inappétence, et dans de rares circonstances, un peu de diarrhée.

Les urines sont fébriles, rouges, uriques. Gotholendy les a examinées, en 1873, à la Réunion et leur a reconnu les caractères suivants pour les différentes phases de la maladie :

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