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III. Fièvres compliquées alg-ides. — Avant l'occupa

tion de la Gochinchine, la fièvre algide, sans être rare, n'avait pas dans nos colonies torrides la fréquence qu'on lui reconnaît depuis cette occupation. Au Sénégal, elle s'observe en toutes saisons, mais surtout, d'après Béai , pendant la saison fraîche ; elle a, dit Bérenger-Féraud, une grande tendance à la récidive. Aux Antilles, elle a moins de fréquence,, mais d'après

Saint-Vel, elle vient cependant, à ce point de vue, immédiatement après la comateuse, qui est de beaucoup la plus commune. On l'observe souvent au Mexique, à la Véra-Cruz, le long du Rio-Grande. A Gayenne, à la Réunion, à Madagascar, à Nossi-Bé, à Mayotte, elle s'est montrée jusqu'à présent exceptionnelle. Dans l'Inde, elle cède le pas à la rémittente bilieuse, de même qu'à la côte occidentale d'Afrique, à partir de la province de Gambie, et dans tout le golfe de Guinée. Sous la forme diarrbéique et cholérique, elle est fréquente à Bang-Kok (Siam), et en Cochinchine (Richaud, Fournier, etc.).

Le début en est souvent insidieux, quelle que soit la variété. Dans l'algide pure, sans détermination spéciale, l'algidité ne se montre pas au début, en général, mais bien au moment du stade de chaleur dont elle change les caractères. Le faciès devient alors pâle, choléroïde ; vers le déclin de l'accès, il peut revêtir l'aspect asphyxique. La sensibilité et l'intelligence sont conservées, le malade ne se plaint pas et n'a généralement pas conscience du danger qu'il court ; cependant la peau se refroidit, se cyanose, se ride, se couvre de sueurs froides et visqueuses, le pouls se ralentit, s'efface, devient irrégulier, la voix se casse, la respiration devient sous-normale quant à la fréquence, et c'est souvent l'asphyxie qui précède le moment de la mort. Pendant toute cette période jusqu'à la réaction, quand elle survient, il y a collapsus thermique malgré la sensation de feu intérieur accusée par le malade.

Les algides à détermination gastro-intestinale revêtent des caractères différents suivant le département organique qu'elles affectent. Elles peuvent être légères ou graves, intermittentes ou rémittentes. — La cardialgique ou gastralgique se caractérise par une très

vive douleur épigastrique, augmentant par la pression de la région ; on observe des efforts très pi'nibles de vomissements, amenant parfois l'évacuation de liquides bilieux, qui n'indiquent, en aucune façon, un état bypercrinique du foie ; de la dyspnée ou de l'anxiété respiratoire, du frisson, de l'algidité plus ou moins intense. A cette période de la maladie succèdent la chaleur et la sueur. — La diarrhéique est assez fréquente en Gochinchine, où elle se combine parfois avec la précédente. Elle se manifeste par des douleurs abdominales moins vives que les douleurs gastriques, par des selles diarrhéiques qui se suppriment en général après l'accès, ou qui devenant persistantes, laissent le malade en proie à une diarrhée chronique inquiétante pour l'avenir (Fournier). Dans la variété dysentérique qui a plus de gravité que les précédentes, et dans la cholérique surtout, l'algidité est, le plus souvent, beaucoup plus accusée. La fièvre palustre dysentérique est contestée par plusieurs auteurs qui n'y voient qu'une coïncidence de la dysentérique avec lafièvre palustre. Je ne pense pas, cependant, qu'on puisse ne pas admettre une fièvre palustre dysenterie, en présence des faits et des observations recueillis en Gochinchine, au Sénégal, aux Antilles, faits démontrant que les symptômes dysentériques se combinent intimement aux éléments de l'accès paludéen, que tantôt ils coïncident, tantôt ils alternent avec eux, et qu'ils disparaissent, parfois brusquement après l'accès de fièvre. Est-ce là l'allure d'une dysenterie? Ne devrait-on pas logiquement répudier aussi l'accès cholérique qui est passible des mêmes objections? L'évolution des accès dysentérique et cholérique prouve leur existence à titre d'entité morbide (Dutroulau, Griesinger, Jousset, Cornibert, B. Féraud). D'ailleurs il y a là une fâcheuse erreur de

dénomination. Il n'y a pas plus de selles réellement dysentériques dans le premier cas, que de cholériques dans le second ; il y a un accès de fièvre pendant lequel on observe des selles sanglantes, sanguines, séreuses, c'est-à-dire dysentéroïdes ou choléroïdes; les symptômes intestinaux observés ne dépendent pas, à notre sens, descauses qui produisenthabituellementle choléra et la dysenterie mais bien d'un mode inconnu d'action de l'infectieux sur l'organisme. Dans les formes que nous avons étudiées précédemment, n'en est-il pas de même, et les déterminations qui produisent le coma, l'ataxie, l'algidité, ne sont-elles pas liées, par un mécanisme analogue, à l'action du poison palustre sur l'économie ? Peut-on dire qu'il y ait méningite, apoplexie cérébrale ou apoplexie indépendantes ? On voit tous les jours survenir des symptômes typhoïdes dans le cours d'une pneumonie, d'un érysipèle ; dit-on qu'il y a fièvre typhoïde ?

La gravité des formes dysentérique et cholérique réside dans l'algidité, la difficulté de la réaction, l'abondance des évacuations sanguines ou sanglantes dans la forme dysentérique ; séreuses, louches, vineuses, diarrhéiques, verdâtres, jamais riziformes dans l'accès cholérique.

J'ai rangé, avec Dutroulau, la fièvre sudorale ou diaphorétique parmi les algides : c'est en effet le cas le plus fréquent. Voici, en général, ce qui se passe : un accès de fièvre débute régulièrement ; la chaleur se manifeste après le frisson, puis viennent les sueurs. L'accès semble donc marcher vers son déclin, mais la sudation devient intense, se prolonge, le collapsus thermique se produit en même temps que l'abattement des forces, et l'algidité se caractérise. La fièvre syncopale, rare comme la précédente, est

presque constamment liée à l'algide, à la eardialgique, à la diarrhéique, à la dysentérique, à la cholérique. C'est un accident plutôt qu'une forme, toutefois c'est toujours une complication qui peut devenir grave par la répétition des syncopes.

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