Lésions. — Une coupe de bouton de Biskra, vue
MALADIES DES ORGANES ET DES APPAREILS. 259 au microscope, permet de constater l'hyperplasie du corps muqueux de Malpighi, caractérisée par la multiplication de ses cellules propres et la production en grand nombre de jeunes cellules. Les vaisseaux lymphatiques de la région sont, en outre, remplis de lymphe, en même temps que les éléments cellulaires du derme sont infiltrés de leucocytes. Un végétal microscopique spécial du genre Dermophyte, découvert par Carter, en 1875, dans les vaisseaux lymphatiques et dans les intervalles des cellules du derme, ainsi qu'autour des glandes sudoripares, serait pour A. Bordier, l'élément caractéristique du bouton de Biskra, et peut-être celui de la Verruga. Pour ce médecin distingué, le bouton de Biskra serait « une dermite avec production considérable de liquide lymphatique et sans doute hyperplasie des vaisseaux lymphatiques, » dermite spécifique d'ailleurs, puisqu'elle est caractérisée par la présence d'un végétal. La verruga serait une dermite de même nature sauf la spécificité qu; n'est pas démontrée et qui n'est que probable. On doit avouer qu'il y a quelque chose de fondé dans ce rapprochement et il est regrettable que l'identité de nature entre les deux maladies ne ressorte pas des efforts ingénieux de Bordier pour en établir les bases ; l'endémicité si singulière de la verruga n'aurait plus dès lors de raison d'être. Mais s'il est incontestable qu'il y a quelques analogies microscopiques entre le bouton de Biskra et le tubercule de la verruga, il faut aussi convenir que, même en ne tenant pas compte de l'absence, dansletuberculehémorrhagique des Andes, du végétal incriminé, les analogies cliniques des doux maladies sont bien éloignées pour que l'identité causale puisse ressortir de leur comparaison. Je reviendrai sur ce sujet à propos de la verruga.
Traitement. — Asher de Bagdad recommande le traitement abortif suivant : quand la vésiculo-pustule est formée, on plonge dans sa cavité et dans le derme sous-jacent, un crayon de nitrate d'argent taillé en pointe fine, et l'on renouvelle plusieurs fois l'opération à quelques jours d'intervalle.
Les médecins de l'Inde s'efforcent de leur côté de détruire la papule initiale par le feu et les caustiques ; ils pansent l'ulcère dont le développement n'a pu être évité, avec les solutions phéniquées, la teinture d'iode étendue, les solutions d'alun, d'acétate de plomb, de sulfate et de carbonate de zinc, l'huile de gurgum balsam, l'eau de chaux. Les pansements phéniqués donnent les meilleurs résultats. Un régime tonique et fortifiant doit venir en aide au traitement local (1).
§ 5. — Panaris des îles Saint-Pierre et Miquelon,
et d'Islande.
Cette affection chirurgicale est très commune chez les pêcheurs des mers qui baignent le littoral des pays dont je viens de donner le nom. Dauvin, Ch. Nielly, Gras, en ont signalé l'extrême fréquence aux îles Saint- Pierre et Miquelon, Chastanga fait la même remarque pour les équipages des navires de pêche en Islande. La maladie n'est presque jamais la conséquence d'une piqûre ou d'une plaie ; ce qui la caractérise plutôt, c'est un développement en apparence spontané : je dis en apparence, car ses causes les mieux établies, celles auxquelles se sont ralliés les observateurs cités
(I) Je tiens d'un ingénieur des canaux du gouvernement de l'Inde atteint à Dera-Ghazi-Khan (Punjab) du bouton de cette localité, que les lavages à l'eau simple des ulcères ont un eftet des plus fâcheux sur l'état de leur surface. Cet ingénieur n'a guéri que par l'usage remarquablement efficace des pansements phéniqués.
plus haut, ce sont les actions combinées du froid, du contact de l'eau salée, de l'irritation du tissu cellulaire des doigts par le mouvement incessant de ces organes et aussi de la malpropreté. Il y a donc là une maladie professionnelle dont la symptomatologie et le traitement ne présentent rien de particulier, mais dont il importait de constater les causes et la fréquence.
§ 6. — Lupus de Perse, Salek, mal d'un an.
Muhry a signalé sous ce nom un ulcère répandu dans plusieurs localités de la Perse, à Téhéran, à Ispahan, à Kachan, plus rare sur d'autres points, à Hamadan par exemple, et inconnu dans le nord du royaume. L'ulcère dure un an et a pour siège le visage. — Il y aurait lieu de faire sur le Salek des recherches plus complètes que celles dont nous disposons, et de constater, par exemple, s'il ne s'agit pas d'un bouton semblable au Bouton d'Alep ou de l'Inde terminé par l'ulcère, ou d'une maladie syphilitique : l'affection passe, en effet, pour contagieuse en Perse.
§ 7. — Ulcère du sel ou des saleurs.
Ch. Nielly a désigné ainsi un ulcère professionnel qu'il a fréquemment constaté, à Saint-Pierre et à Miquelon, chez les pêcheurs de morue dont la spécialité consiste à saler le poisson. Combinée au frottement, la présence du sel sur les téguments de la pulpe des doigts et de la paume de la main, détermine au bout d'un certain temps la formation d'un ulcère cupuliforme, sec, noirâtre, qui guérit difficilement et qui se renouvelle si le saleur ne renonce à la fonction spéciale qu'il remplit.
§ 8. — Ulcère phagédénique des pays chauds.
Consultez :
Vinson. — Ulcère de Mozambique, {Union médicale, 1857, n°« du
8 et du 10 janvier).
J. Rochard. — De l'ulcère de Cochinchine (Arch. gén. de méd.,
1862, t. XIX).
Chas (Ch.). — De l'ulcère de Cochinchine (Gaz. des hôpitaux, 186?,
n0' du 12 mai et 23 septembre).
Laure. — Histoire de la marine française pendant les expéditions
de Chine et de Cochinchine. Paris, 186". Laure. — Ulcère de Cochinchine (Gaz. des hôpitaux, avril, 1864). Le Roy de Méricourt. — Revue critique (Arch. gén. de méd., 18G4,
t. I, p. 85 et (Arch. de méd. nav., t. I, p. 381J. Richaud. — Topographie méd. de la Cochinchine française. Ulcère
phagédénique (Arch. de méd. nav., 18G4, lor semestre, p. 343). Chapuis. — De l'identité de l'ulcère observé à la Guyane française
acec, etc. (Arch. de méd. nav., 1864, 1" semestre). Bassignot. — De l'ulcère de Cochinchine. Thèse, Strasbourg, 1864. Moisson. — Essai sur l'ulcère de Cochinchine. Thèse, Montpellier,
Thaly. — De l'ulcère pliag. des pays chauds, etc. Thèse, Montpellier, 1864. — Ces trois thèses ont été analysées par Brassaidans (Arch. de méd. nav., 1866, 1er semestre, p. 226).
Linquette. — Ulcère de Cochinchine (Recueil des mémoires de méd. militaire, 1864).
Aude. — Essai sur le phagédénisme de la zone tropicale. Thèse, Paris, 1866, analysée par Brassac, dans (Arch. de méd. nao., 1867, 1" semestre).
Lacroix. — De la cautérisation actueue dans le traitement de l'ulcère phag. des pays chauds (Arch. de méd. nav., 1866, 2e semestre).
Monestier. — Étude sur l'ulcère dit de Mozambique (Arch. de méd.
nav., 1867, 1er semestre).
Grenet. — Contributions à la pathologie de Madagascar (Arch. de
méd. nav., 1867, 1er semestre).
Jourdeuil. — Considérations gé?iérales sur l'ulcère de Cochinchine
(Recueil des mémoires de méd. mil., 1869). Rochard (J.). — Étude synthétique sur les maladies endémiques
(Arch. de méd. nav , 1871, 1er semestre). La Lancette anglaise, juillet 1872. — Traite?nent des ulcères de
Dehli; traduction dans (Arch. de méd. nav., 1873, 1er semestre). Treille. — De l'ulcère phagéd. des pays chauds (Arch. de méd.
nav., 1874, 1er semestre).