Traitement. ~=- Il doit être général et local
Quelques médecins, beaucoup trop enclins au découragement, estiment qu'il n'y a jamais lieu d'instituer une médication spéciale ou spécifique, soit pour modifier l'état général, soit pour traiter les symptômes locaux. Pour eux, les causes de la lèpre étant toutes d'ordre hygiénique, et les médications spécifiques étant souvent suivies d'insuccès, le praticien ne devra pas s'écarter des règles communes de la thérapeutique. Il convient donc, à leur avis, de placer les lépreux dans une habitation saine, située sur une altitude, si cela est possible ; puis, après avoir prescrit ainsi l'air pur comme premier modificateur, de donner au malade une alimentation substantielle, les amers, les ferrugineux, les arsenicaux, l'huile de foie de morue ou de poisson, et de rendre plus efficaces ces agents de réparation organique en prescrivant les eaux minérales, ferrugineuses, iodurées, sulfureuses, les douches, l'hy-
dro thérapie, la gymnastique. Quant aux déterminations locales, on les combattra par les agents ordinaires de la thérapeutique des symptômes, les tubercules par la teinture d'iode en badigeonnages et en injections par la seringue de Pravaz, les ulcérations par les caustiques superficiels, les douleurs parles injections souscutanées de chlorhydrate de morphine , l'atrophie musculaire par les courants faradiques, etc.
Cette manière de voir est beaucoup trop exclusive. Trop de succès positifs ont été obtenus par certaines médications spéciales, ou par l'emploi de certains médicaments spécifiques pour qu'on se garde de les faire connaître, tout en souhaitantquela connaissance exacte de la nature de la lèpre permette de mieux préciser les règles d'un traitement toujours efficace.
Traitement de Schilling. Java 1770. — Il dure environ une année. On débute par des purgations répétées, obtenues au moyen des laxatifs ordinaires, et même des drastiques. Cela fait, on pratique, à intervalles de plusieurs semaines, des saignées générales dont on varie le nombre et l'abondance, suivant la résistance du malade et la marche des tubercules. Puis, pendant l'espace de trois mois, le lépreux est soumis à des sudations abondantes, provoquées par les boissons chaudes, les bains stimulants, l'exercice. Le régime a pour Schilling une grande importance : les viandes, le pois • son, le laitage, doivent en être exclus ; le pain, les légumes frais, le bouillon de viande en sontles éléments. Le traitement local n'exige aucun traitement spécial, mais les topiques mercuriaux ne doivent pas être employés. Schilling agissait d'après des idées humorales : en réalité, il provoquait une rénovation forcée et continue des éléments anatomiques. Sa médication paraît avoir fréquemment réussi ; d'ailleurs, la seule réflexii m
qu'elle suggère, c'est qu'elle n'est applicable qu'aux lépreux qui, étant au début de leur maladie, présentent une résistance organique suffisante pour lutter contre les déperditions auxquelles le traitement doit les soumettre.
Traitement par le suc d'Assacou, traitement brésilien. — L'Assacou (Hura Brasiliensis) est une euphorbiacée commune dans le Brésil-Nord, le long du cours inférieur du fleuve des Amazones. Cette plante est employée journellement contre les manifestations de la lèpre par les naturels de cette région, son action thérapeutique a été pratiquement observée par les médecins de Santarem. Le traitement consiste dans l'administration quotidienne d'une pilule contenant 0,05 de suc ou lait d'assacou, d'une potion vomi-purgative prise une fois la semaine (décoction de 15 grammes d'écorce pour 500 grammes d'eau, à laquelle on ajoute 10 à 20 gouttes de suc), et d'un bain ordinaire dans lequel on verse une infusion saturée faite avec l'écorce. Le suc d'assacou est un irritant topique dont l'action est analogue à celle des huiles ou des sucs des diverses euphorbiacées de la matière médicale. La médication est donc stimulante, cutanée, topique, et, par élimination, elle est en outre vomi-purgative. Nous ignorons dans quelle mesure on peut compter sur ses bons effets ; toutefois ils paraissent inférieurs à ce qui a été.obtenu par l'emploi des autres spécifiques.
Traitement par l'hydrocotyle asiatique (bévilacqua, hydrocotyle asiatica. Ombellifôres). — C'est le docteur Boileau, de l'île Maurice, qui a introduit cette substance dans le traitement de la lèpre (1852). Ses essais avant été assez heureux, nos collègues de l'Inde étudièrent avec empressement l'hydrocotyle. Lépine détermina à Pondichéry sa composition chimique et ses
formespharmaceutiques les plus pratiques, et Poupeau rechercha, dans la même colonie, quelle pouvait être sa valeur curative (1854). Plus tard (1857), Wallher et Moufflet en retirèrent de bons effets à la Guadeloupe. Devergie, à l'hôpital Saint-Louis, et Le Coq, à Cherbourg, l'ont administrée dans les diverses dermatoses, mais ils n'en ont retiré aucun bon effet dans le traitement de la lèpre ancienne. Nous verrons qu'il n'en est pas de même dans le traitement des lèpres récentes.
La partie usitée de l'hydrocotyle est la racine. 11 y a lieu de prescrire 10 à 30 grammes de poudre, ou bien 0,50 à 2 grammes d'extrait. La tisane se prépare par décoction faite avec 30 grammes de racine pour 1,000 grammes d'eau. Boileau a annoncé en 1854, quatre cas de guérison à l'île Maurice, dont une obtenue sur lui-même. Brassac pense qu'il s'agissait de la lèpre anesthésique et non de la lèpre tuberculeuse. Le résultat n'en est pas moins très important à signaler. Poupeau, qui a certainement traité par l'hydrocotyle les deux formes classiques de la lèpre, a conclu de ses recherches « que l'hydrocotyle est une plante douée des vertus les plus efficaces contre la lèpre tuberculeuse, si elle n'en peut être le spécifique (1) » .
Les conclusions de Walther, pour la Guadeloupe, ne sont pas moins satisfaisantes. Les voici : « Administrée à faible dose, de 0,05 à 1 gramme, la poudre d'hydrocotyle produit, dans un temps assez court, des effets diurétiques, une stimulation générale, puis un prurit assez intense. Chez trois de nos malades, il y a eu une éruption semblable au prurigo. A la dose de 1 à 2 grammes, elle a suscité une fois des vertiges très
(1) Rapport médit cité par Brassac {Arch. de méd. nav., 18G0, 2e semestre).
marqués, avec céphalalgie, qui ont persisté pendant un mois, malgré la cessation du traitement; trois fois elle a provoqué une dysenterie véritable. L'hydrocotyle peut donc être considérée comme un stimulant énergique, portant principalement son action sur le système cutané ; elle doit avoir une utilité dans le traitement d'une maladie comme la lèpre, maladie qui n'est point seulement une affection de la peau, mais une cachexie par excellence. Sous l'influence du médicament, au bout d'un temps plus ou moins long, l'empâtement du tissu cellulaire diminue ; les tubercules deviennent d'abord plus saillants, puis s'affaissent pour disparaître ; les ulcérations se cicatrisent : une seule fois, les macules se sont effacées, mais elles ont persisté chez les autres malades. Si le traitement est trop tôt interrompu, les phénomènes reparaissent, l'amélioration n'est que momentanée. Mais l'hydrocotyle seule, ou aidée de puissants modificateurs, ne peut-elle amener à la longue la guérison complète, surtout dans les cas où la maladie est d'une date récente chez les mêmes sujets? » Moufflet, qui a continué à la Basse-Terre les essais de Walther, conclut comme ce dernier dans un sens très favorable à l'emploi de l'hydrocotyle asiatica. — La vellarine, alcaloïde de l'hydrocotyle isolé par Lépine, n'a pas, que nous sachions, été expérimentée dans le traitement de la lèpre.
Traitement par V huile des graines de Chaulmoogrâ. — Le chaulmoogrâ est une plante de l'Inde, de l'Indochine et de la Chine qui a été essayée contre. la lèpre dans l'Inde par Morehead, à la Réunion par Leclerc et Vinson.
La médication mixte employée par Leclerc â la léproserie de la Ravine-Saint-Jacques-de-la-Réunion
NlELLY. \ 7
peut, d'après ce médecin, être formulée delà manière suivante : « Elle se compose de frictions, de bains, de cautérisations et de badigeonnages phéniqués, de pansements glyco-phéniqués et de l'usage interne de l'huile de chaulmoogrâ.
« Les frictions se font matin et soir avec la pommade d'Helmericb ou avec le Uniment oléo-calcaire de Curjon, après un bain tiède savonneux, ou mieux, alcalin (1).
« Les bains peuvent être pris chaque jour ou plusieurs fois par semaine. Ils sont savonneux ou additionnés de 250 grammes de sous-carbonate de soude.
« Tous les huit jours, les tubercules et les taches saillantes de la peau sont badigeonnés avec de l'eau phéniquée, saturée à 10 p. 100 ; une fois par mois les gros tubercules sont cautérisés avec l'acide phénique alcoolisé (parties égales). L'exfoliation de l'épiderme et les autres effets de la cautérisation sont traités par l'application de la glycérine.
« Les plaies sont lotionnées, plusieurs fois par jour, avec l'eau phéniquée au millième ; elles sont pansées, matin et soir, avec le glyco-phénique, à 1 gramme d'acide pour 100 de glycérine.
« Les malades sont enfin soumis à l'usage interne de l'huile de chaulmoogrâ. J'en prescris 6 à 8 gouttes deux fois par jour, en augmentant progressivement la close, suivant la tolérance de l'estomac, jusqu'à celle d'une cuillerée à café.
(l)Le baume ou huile de curjon, gurgun balsam, gurgun oil est employé dans l'Inde contre la blennorrhagie et la lèpre. C'est une diptérocarpée qui fournit le liquide sirupeux, rouge-brunâtre, à odeur de copahu qui porte le nom do baume ou d'huile de curjon. Ce médicament a fourni de bons résultats, en France, dans le traitement de la vaginite.
MALADIES DES ORGANES ET DES APPAREILS. 291 « Cette huile ayant pour effet d'échauffer certains malades, je me horne, dans ce cas, à prescrire des décoctions d'orge, de graine de lin, l'eau magnésienne, l'huile de ricin, pour remédier aux légères inflammations buccales ou gastriques.
« Le régime alimentaire ne doit pas être exclusivement végétal. Il faut donner aux malades des viandes fraîches, du lait, de l'eau vineuse, du quinquina.
« Les aliments doivent être préparés avec de l'huile d'olives.
«Les éléphantiaques doivent être soumis à un -régime de vie doux et régulier. Je suis d'avis de leur prescrire une nourriture tonique et facilement digestive, des fruits, des végétaux frais et anti-scorbutiques, et de leur recommander de prendre des bains fréquents, d'entretenir leurs vêtements dans une grande propreté et de se livrer à des exercices corporels. » (Dr Leclerc, Saint-Denis, Réunion, 1878.)
Le traitement du docteur Vinson diffère un peu du précédent, mais l'huile de chaulmoogrâ y constitue encore l'élément principal de la médication interne. Le traitement par les bains sulfureux, la pommade soufrée et le soufre à l'intérieur précède l'administration du spécifique. Celui-ci est ensuite administré, intus, dans du pain azyme ou dans du lait, par gouttes dont on augmente le nombre progressivement, et extra, sous forme de larges onctions. Des bains savonneux quotidiens facilitent le renouvellement des couches épidermiques et l'absorption de l'huile de chaulmoogrâ. L'alimentation est substantielle ; le porc, les poissons, les épices sont sévèrement proscrits. D'après Vinson, la léproserie de la Réunion est, sous l'influence des moyens de traitement que nous venons d'exposer et dont l'initiative appartient surtout à Leclerc, un lieu
où les lépreux trouvent parfois la guérison, très souvent l'amélioration de leur maladie.
Traitement par le Hoâny-ndn. — Le hoâng-nân est une plante du Tonquin et de la Chine méridionale. C'est une liane dont l'écorce a, d'après Planchon, une grande analogie avec celle de la fausse angusture. Elle appartient à la famille des Loganiacées. L'écorce contient de la strychnine en petite quantité et de la brucine.
Venturini, à la Guadeloupe, a nettement formulé la préparation et les doses du Hoâng-nân, pour fournir à Brassac les éléments d'une thérapeutique précise. Voici, d'après ces deux collègues, comment il faut procéder :
1£ Hoâng-nân, réduit eu poudre fine 4 grammes.
Réalgar 2 à 4 —
Alun 2 —
« Mêlez exactement le tout dans un mortier en porcelaine. Ajoutez quantité suffisante de vinaigre pour obtenir une pâte molle. Étalez la masse sur les parois du mortier, et laissez-la sécher. Reprenez le tout avec une solution épaisse de gomme arabique en quantité suffisante pour faire une masse pilulaire que vous divisez en 40 pilules. Chaque pilule contient ainsi exactement 10 centigrammes de hoâng-nân, autant de réalgar, et 5 centigrammes d'alun. On commence par une pilule, le lendemain, une pilule matin et soir. On va ainsi, suivant l'âge et la force du sujet à 3, 4, 5, 6 et même 7 pilules matin et soir. » (Brassac.)
Les effets physiologiques du hoâng-nân ne s'observent qu'au bout de quelques jours de traitement : ils ont la plus grande analogie avec ceux qui sont la conséquence de l'administration de la poudre de noix
vomique, stimulation générale, prurit cutané, vertiges, secousses musculaires, etc. Lesserteur, directeur au séminaire des Missions étrangères, a fait de louables efforts pour attirer l'attention des praticiens sur le hoâng-nân, remède préconisé pour la première fois par les missionnaires du Tonquin et de la Chine contre la lèpre de ces pays ; mais, comme le fait remarquer Brassac, les faits qu'il a recueillis, pour ces localités, sont loin d'être favorables au traitement par le hoùngnàn. Il n'en est pas tout à fait de même des tentatives faites à la Trinidad par le R. P. Étienne. Sans doute, ce missionnaire n'a obtenu que des améliorations plus ou moins marquées, mais ces résultats ont cependant leur importance. Brassac a enregistré des demi-succès à la Guadeloupe ; Desaint et Jobard ont constaté, à Pondichéry, que le hoâng-nàn, comme la strychnine, avait incontestablement un effet heureux sur l'évolution des deux formes de la lèpre. En somme, c'est un médicament dont il convient de tenir compte, et dont il y aura lieu de varier les modes d'administration, pour déterminer les cas à la guérison desquels il est plus spécialement applicable.
En résumé, si on jette un coup d'oeil rétrospectif sur les différents traitements que j'ai passés en revue, on remarquera que ceux auxquels on a attribué la plus grande valeur, sont surtout basés' sur l'action irritante directe ou indirecte de la peau (frictions de suc d'assacou, élimination prurigineuse de l'hydrocotyle, badigeonnages phéniqués, pansements glyco-phéniqués, frictions avec la pommade sulfo-alcaline, bains sulfureux). Il est vraisemblable que le traitement du docteur Beauperthuy expérimenté par notre collègue Brassac à Gumana (Venezuela) agit par le même mécanisme. Ce traitement est resté sans doute à l'état de secret, au
29i PATHOLOGIE EXOTIQUE.
point de vue de la composition des topiques mis en expérience, mais son auteur n'a pas caché qu'ils étaient de nature irritante et caustique. Tous ces résultats seraient favorables à la doctrine du parasitisme dans la lèpre.
Les déplacements, le passage des climats torrides dans les zones tempérées notamment, ont produit, dans quelques rares circonstances, les effets les plus heureux.
§ 10. — La Pinta du Mexique.
A consulter:
Rayer. — Traité des maladies de la peau, 2e édition, t. III, p. 896. 1835.
MOlhenpfordt. — Versuch einer Schildenmg der Republik Mexico.
Stuttgart. 1844, p. 355,1. I.
Muller. — Deutsche Klmik. 1847.
Heller. — Wieiier Aliademie Berichte. 1848. Mac-Clellan. — Calcutta médical Transactions VI. G2. Le Baron J.-W. de Muller. — Voyage aux Etats-Unis, Canada et
Mexique. Leipsig, 18G4.
La pinta, mal de los pintos, est une maladie endémique du sud du Mexique (1). Rayer l'avait classée dans les décolorations, notre collègue Layet a rangé les cas qu'il a observés dans les achromies. Mac-Clellan en donne la description suivante : la maladie évolue en deux périodes ; dans la première, certaines régions de la face, le pourtour des yeux notamment, puis la poitrine et plus rarement les membres, sont le siège de taches jaunâtres qui passent au brun, deviennent tout à fait noires et s'étendent de l'une à l'autre. Après
(1) On l'observe surtout dans la province de Tabasco qui conflue à la presqu'île du Yucatan, et dans celle de Cliiaspas qu. confine au Guatemala, mais elle n'est pas absolument exclusive a ces deux provinces.
MALADIES DES OUGANES ET DES APPAREILS. 295 un temps variable, l'épidémie s'exfolie au niveau des taches originelles, et des ulcérations rebelles, sécrétant un liquide infect, finissent par s'établir : c'est là la seconde période dont la durée peut être très longue. J.-V. de Muller en a tracé une description beaucoup plus complète dont nous allons maintenant donner la précieuse traduction.
L'apparence des pintos est souvent extraordinaire. « Que ce soit un Indien, dit J.-V de Muller, et l'aspect en est, en vérité, effroyable. Qu'on s'imagine 'un homme de la couleur de bronze foncé particulière à cette latitude, avec des pieds et des mains aussi blancs que ceux d'un Européen, et des joues et un front aussi noirs que ceux d'un Nubien. Plus repoussant encore est l'aspect d'un pareil Indien avec des mains et des pieds bleuâtres, de petits plis blancs autour des yeux et de la bouche, aussi délicats et aussi brillants que s'ils avaient pris naissance sous le fer à repasser d'une modiste ; ou celui d'un visage de couleur bleuâtre et gris plombé, comme s'il avait été taché avec de l'onguent napolitain. Un pinto, dont la maladie est entrée dans la période de desquamation ou même d'ulcération exhale un* odeur repoussante, semblable à celle d'un chien galeux. A part la peau, tous les organes et tous les tissus de son corps sont sains; les muqueuses restent complètement normales, les yeux, ongles et cheveux ne montrent pas le moindre changement, les excrétions sont exactement semblables à celles des gens bien portants : à part la démangeaison, la santé
générale du malade n'est pas troublée. » « La
pinta peut s'établir sur tous les points du corps, â l'exception des muqueuses et du cuir chevelu. Les régions le plus souvent atteintes sont les mains, les pieds, le visage, les jambes, les bras, le cou, la poi-
PATHOLOGIE EXOTIQUE, trine, les lombes, le dos et le ventre. La paume des mains et la plante des pieds sont rarement attaquées. » « La pinta affecte les deux sexes dans
la province de Chiaspas ; le sexe féminin y est, dit-on, plus exposé, mais ce qui est certain, c'est que c'est une maladie des gens pauvres. Dans beaucoup de cas un enfant né d'une pinta, apporte en venant au monde les signes qui précèdent l'invasion de la maladie. Le plus souvent pourtant, le mal héréditaire ne se développe que entre la quatrième et la sixième année. La maladie acquise plus tard n'exclut aucun âge. Les plus exposés semblent être les sangs-mêlés, surtout les métis et les mulâtres, après lesquels viennent les Zambos, puis ceux de couleur brun-clair, puis la race blanche et tout à fait à la fin, les nègres. »
La cause spéciale de la maladie, dit de Miiller, est inconnue, et a donné lieu à de nombreuses hypothèses. On a dit que la pinta était produite par la piqûre d'une espèce de moustique, la gengeus ; mais cet insecte existe dans plusieurs provinces du Mexique, sans qu'on y observe la pinta. On a accusé certaines eaux réputées potables : c'est une assertion vague qui n'a pour base aucune analyse des eaux suspectes, aucun examen microscopique de leur dépôt, sans compter que, de deux groupes d'Indiens Mexicains vivant sur les rives opposées d'un même cours d'eau et buvant les mêmes eaux, l'un des deux comptera de nombreux pintos, l'autre groupe n'en présentant qu'un nombre très restreint de cas pendant une longue succession d'années. On a incriminé l'usage du maïs, ou mieux du maïs altéré par un champignon. Cette dernière hypothèse s'appuie, d'après de Mûller, sur les trois arguments suivants dont on ne peut contester la valeur: 1° le maïs, dans les provinces de Tabasco cl de
Chiaspas, porte à chaque récolte, un grand nombre d'épis malades; 2° les Indiens en consomment les grains sans leur avoir fait subir un triage nécessaire, et sans les avoir débarrassés des poussières ou des moisissures qui les recouvrent; 3° les symptômes de la pinta ont de l'analogie avec ceux que présente la pellagre.
D'après le même auteur, les colorations que présentent les pintos peuvent servir à classer les différentes variétés de la maladie de telle sorte qu'on peut distinguer : 1° la pinta blanche (alba, blanca) ; 2° la pinta rouge (rubra, rosada, colorada) ; 3° la pinta bleue (cœrulea, azul, negra, morada). Chacune de ces variétés présente d'ailleurs quatre phases ou périodes dont de Millier a résumé les caractères de la manière suivante :