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III. Iiésioim cadavériques. — L'habitude extérieure

est celle de la cachexie profonde, de la phthisie intestinale. Le tube digestif est atrophié, affaissé, roulé en corde. Les tuniques de l'estomac et de l'intestin sont amincies, la muqueuse pâle. Si on ouvre l'intestin dans toute sa longueur, on y trouve une matière épaisse, fluide, qui contient quelquefois l'anguillule stercorale du pylore aU rectum, l'intestinale dans le duodénum et le jéjunum (Normand), les autres parasites moins constants et les débris histologiques ou alimentaires indiqués déjà. La matière intestinale ayant été enlevée par le lavage, on constate suivant les cas: dans l'intestin grêle, la pâleur, le ramollissement, l'œdème, des arborisations vasculaires, des ulcérations, des dépressions nettement circulaires « du diamètre d'une pièce de 0fr,20, lisses et pâles » (Normand) , des « élevures coniques à base blanche, à sommet rouge, pâle ou rose, à aspect tomenteux » (Barrallier). » Si on pousse plus loin les recherches comme l'ont faitKelsch et Bonnet, on reconnaît qu'un caractère anatomopathologique essentiel est « l'infiltration, dans les divers éléments de toute la muqueuse intestinale, d'un tissu néoplasique morbide qui détermine, à la longue, la disparition ou la destruction, soit par atrophie, soit par exfoliation insensible, des composants de cette muqueuse. La tunique celluleuse participe, plus tard, à ce travail de substitution. Rarement les autres tuniques de l'intestin y prennent part. » D'après Bonnet, il y aurait, au début de l'affection, congestion vasculaire, prolifération de cellules embryonnaires, particulièrement autour des culs-desac des glandes de Lieberkhùn, atrophie, étouffement de ces culs-de-sac ; inflammation, destruction, expulsion des follicules clos, production d'ulcères à la suite de l'atteinte portée à ces follicules ou d'exulcérations

*lxJ PATHOLOGIE EXOTIQUE.

déterminées par la simple desquamation épithéliale. Ces lésions, observées à des degrés différents, suivant la résistance du malade, rendent compte des résultats variables des autopsies et démontrent, une fois de plus, que des syndromes très différents en clinique, comme le choléra, la dysenlérie, la diarrhée, peuvent présenter à l'autopsie, au milieu de leurs' dissemblances, des analogies anatomo-pathologiques.Le foie est fréquemment atrophié (Layet); son poids pathologique moyen serait de 1235 grammes (Talairach). On trouve souvent le pancréas atrophié : il est quelquefois induré, comme calcaire. Il pèse chiffre moyen 56 grammes (Talairach). La rate paraît ne rien présenter de spécial, ainsi que les reins.

Les ganglions mésentériques sont ramollis. Tous les autres organes sont souvent réduits de volume. Les muscles et le cœur peuvent avoir subi la dégénérescence graisseuse (Layet). Le sang peut ne contenir que onze cent mille, un million de globules rouges par millimètre cube.— Les principaux desiderata dans Fétude des lésions de la diarrhée endémique portent sur l'examen histologique du foie, de la rate, des ganglions mésentériques, des capillaires veineux du système porte, des coagula, des embolies, des abcès miliaires (J. Mahé).

IV. Etiologie. — Fournier et Antoine concluent à l'impaludisme; mais nombre de malades ne sont pas ou n'ont pas été fébricitants. En outre, l'état de la rate ne justifie pas cette manière de voir. Talairach admet l'influence d'un miasme spécial. Mais les maladies infectieuses vraies, peste, fièvre jaune, choléra, maladies palustres, n'ont pas cette physionomie particulière de maladie locale qu'affecte la diarrhée comme la dysenterie ; elles ne procèdent pas graduellement,

frappent tout d'un coup l'organisme tout entier, révèlent par leurs effets une intoxication profonde du sang, évoluent en périodes réglées ; elles ne peuvent se passer du miasme infectieux, à titre de cause, quelque hypothétique que soit la nature de ce miasme. Pour Layet, la diarrhée endémique est le résultat de l'anémie progressive, mais comment ne l'observerait-on pas aussi fréquemment dans les pays torrides qui produisent l'anémie comme la Gochinchine, c'est-à-dire dans la Guyane intérieure, à la côte occidentale d'Afrique, dans les possessions néerlandaises de la Malaisie, etc. Foucaut invoque l'action des eaux consommées en boisson, lesquelles, à Saigon, contiennent un excès de matières organiques. Mais les précautions d'hygiène, qui ont été prises pour remédier à cet état de choses, n'ont donné aucun résultat satisfaisant. Normand, chercheur sagace et défenseur ardent des idées qu'il a émises, conclut en faveur de la doctrine parasitaire, et cette explication a rallié quelques suffrages, celui de Davaine, entre autres, bien imposant, il faut l'avouer. Il est de fait que lorsque l'anguillule stercorale abonde dans les déjections, comme cela arrive chez certains malades ; lorsque, par exemple, on en trouve 6, 8, 10 dans une faible goutte de matière diarrhéique, et que l'on est conduit à admettre qu'il y en a une quantité innombrable dans les selles des vingt-quatre heures, on est singulièrement séduit par l'idée d'accepter une cause exclusivement parasitaire et de diriger le traitement en conséquence. Nous parlons d'impressions personnelles; combien d'entre nous les ont éprouvées !

Les parasites entrent-ils dans le tube digestif par l'intermédiaire des boissons aqueuses, comme le pensait Dounon? « Nous ne connaissons pas, dit Lapey-

rère, les recherches spéciales de notre collègue en Gochinchine, pour affirmer, comme il le fait, la présence de tant de variétés d'animalcules dans les eaux qui alimentent le pays ; mais nous avons le regret de certifier, contrairement à ses assertions, que nous n'avons rien trouvé de tout cela sur plus de deux cents échantillons puisés dans les diverses localités de notre colonie, en même temps que nous sommes heureux d'apprendre peut-être, à ceux qui s'intéressent à l'hygiène générale, que les matières organiques contenues dans les eaux de la Cochinchine sont purement de nature végétale. »

Les parasites pénètrent-ils plutôt en même temps que les légumes, les fruits, les viandes de boucherie, les poissons ingérés ? Gela est bien probable, puisque les eaux n'en contiennent pas, mais est-ce un argument qui permette de conclure qu'ils sont par le fait de leur présence dans l'intestin, où ils joueraient le rôle de corps irritants, la cause de la diarrhée endémique ! Cela n'est pas rigoureux, car, comme le fait justement remarquer le Dr Mahé, nous savons par des exemples « que l'intestin est un vaste cloaque qui ne s'effraie pas de quelques milliers de parasites microscopiques » ou même d'helminthes volumineux et quelquefois très nombreux.

Autre question. — L'Anguillula stercoralîs n'est-elle pasïAng. lerrestris signalée comme très commune dans la campagne de Toulon, et cette identité n'expliquerait-elle pas sa plus grande fréquence dans les selles des malades de l'hôpital de Saint-Mandrier que dans les déjections que l'on examine en Gochinchine même?

La découverte de l'anguillule stercorale, par Chauvin, dans les garde-robes d'un malade atteint de diar-

rhée des Antilles, ne ruine ni ne confirme, à notre sens, les idées de Normand. Il se peut que l'anguillule soit répandue dans toute la zone intertropicale et dès lors on se trouve en présence des mêmes doctrines étiologiques ; la diarrhée est de cause parasitaire partout, aux Antilles comme en Cochinchine, ou dans toute autre localité intertropicale ; ou bien l'anguillule ne joue partout dans la maladie qu'un rôle secondaire. La question est donc de savoir si, au début de l'affection, le parasite est présent dans l'intestin et si cette présence est en rapport avec les phénomènes initiaux de la diarrhée, ou si l'anguillule, comme cela semble résulter des recherches faites dans ces dernières années en Cochinchine, est absente du tube digestif ou si peu abondante qu'on ne peut mettre sur son compte la diarrhée et l'anémie du début. Notre collègue répond, il est vrai, à ce dernier argument, que le parasite ne pullule qu'après un certain temps de séjour dans l'intestin, mais la diarrhée n'est-elle pas souvent établie avant qu'il ait pullulé? Dans nos salles des hôpitaux maritimes, l'abondance des anguillules stercorales n'est pas en rapport avec la gravité de la maladie.

L'insuccès, jusqu'à ce jour constant, de la thérapeutique antiparasitaire dans la diarrhée de Cochinchine ne peut pas être invoqué à titre d'argument irréfutable par les médecins qui n'attribuent pas aux anguillules le rôle capital qu'on veut leur faire jouer. Les parasites, en effet, peuvent fort bien être impossibles à atteindre et à détruire dans certains points reculés de l'intestin. Je ferai observer toutefois que les faits que je constate à l'hôpital de Brest ne sont pas favorables à la médication parasiticide. J'ai poursuivi, non la destruction sur place, mais l'expulsion

des anguillules par l'administration répétée des purgatifs salins, du petit-lait manné, de la magnésie, de l'huile de ricin, jusqu'à ce que les parasites aient disparu des elles ou, du moins, du porte-objet du microscope. Ce résultat obtenu, j'ai toujours éprouvé autant de difficulté à obtenir la guérison ou l'amélioration de la maladie que dans les circonstances ordinaires. Le lait, dira-t-on, est parasiticide et procure la guérison ;, cela est vrai, mais le lait est un aliment qui laisse en repos l'intestin, et qui lui permet de réparer les lésions histologiques qui accompagnent la diarrhée chronique endémique.

En résumé, quelque séduisante qu'elle soit, la doctrine parasitaire ne donne pas une satisfaction suffisante aux exigences de l'étiologie. J'admets donc avec Richaud, Bourgarel, Guès, Girard la Barcerie, Chastang, Danguy-Desdéserts et quelques autres collègues, que la diarrhée chronique endémique des pays torrides est un catarrhe chronique gastro- intestinal déterminé par les influences de climat, cbaleur, humidité, état électrique peut-être, sur les fonctions digestives et par une conduite défectueuse du régime. Je pense en outre que les parasites des matières intestinales ne jouent qu'un rôle secondaire dans l'évolution de la maladie.

Je passe à dessein sous silence la question de la transmissibilité de la diarrhée endémique, mais je ferai remarquer que cette question est posée et qu'il importe beaucoup qu'elle soit résolue. On a dit que les navirestransports de Cochinchine s'imprégnaient àla longue des miasmes dégagés des matières alvines, et que la transmission de la diarrhée pouvait s'ensuivre, comme cela a lieu pour la dysenterie. Il conviendrait que des faits précis permissent d'établir la part de vérité que con-

tiennent ces assertions, si importantes au point de vue de la pathologie et de l'hygiène nautiques.

Y. Prophylaxie et thérapeutique.

Le tableau suivant, dressé par Danguy-Desdéserts, d'après les renseignements fournis par les registres du Conseil de santé de Saigon pour quatre années consécutives, nous indique le chiffre atteint par les diarrhées et les dysenteries chroniques des malades rapatriés et nous démontre en même temps l'importance de la prophylaxie et du traitement.

Années Malades rapatriés Diarrhées chroniques Dysenteries chroniques.

La prophylaxie consiste dans l'observance la plus rigoureuse des règles hygiéniques appliquées à toutes les fonctions : veiller plus spécialement à l'intégrité des fonctions digestives. Entrer dans les détails est impossible : ce serait passer en revue toute l'hygiène des pays chauds et humides.

Les moyens de traitement, curatif sont très nombreux, mais, sauf le régime lacté, il n'est pas une médication que l'on puisse recommander à l'exclusion des autres ; encore le régime lacté doit-il être combiné le plus souvent avec telle ou telle médication.

Les topiques intestinaux sont nombreux et remplissent des indications différentes. — Les opiacés (laudanum de Sydenham, extrait aqueux d'opium, opium brut, poudre pour le diascordium, gouttes noires, etc.) n'agissent qu'à titre de modérateurs de la contractilitê intestinale : ils sont très faiblement exosmotiques, quelle que soit leur forme, clans la diarrhée rebelle qui nous occupe. Parfois très efficaces, au début de la

maladie quand ils sont habilement combinés à la diète ou avec un régime léger et de nature variable suivant les cas, ils n'ont pas d'effet curatif réel dans les formes anciennes de la maladie ; toutefois, dans les diarrhées rebelles, les malades se trouvent souvent très bien de l'administration du lavement laudanisé à 15 ou 20 gouttes dans 20 grammes d'eau, administré le soir et bientôt absorbé par l'intestin. Ce topique supprime souvent les selles de la nuit, facilite le sommeil et permet aux autres médicaments ingérés pendant le jour de prolonger leur action topique sur la muqueuse intestinale. — Les astringents les plus usités sont la poudre et la décoction de Colombo, le sirop et l'extrait de ratanhia, le tannin en pilules à doses filées, l'extrait de cachou, le vin d'Etienne (1), les solutés ferrugineux tels que le perchlorure, le sulfate de protoxyde, le sesqui-nitrate ou solution de Kerr (Inde). Tous ces médicaments n'ont souvent d'autre effet que de suspendre momentanément la sécrétion intestinale. — Les absorbants auxquels on aie plus souventrecours sont généralement administrés à l'état de mélange. Les uns doivent être donnés à haute dose comme la craie lavée, la poudre d'écaillés d'huîtres, le phosphate de chaux et surtout le sous-nitrate de bismuth ; mais il ne faut pas oublier que l'emploi des hautes doses est un danger quand , les lésions histologiques de l'intestin étant anciennes, la constipation produite par le

(1) If Simarouba ou Colombo 10 grammes

Quinquina 20 —

Racine d'ipéca 5 —

Teinture de cannelle 10 —

Vin astringent du midi 1 litre —

Prendre, deux fois par jour, 100 grammes de cette préparation, deux heures avant le repas. S'abstenir de légumes, de fruits, de graisse et d'huile (Élienne, Thèse citée).

médicament peut lui faire jouer le rôle de corps étranger irritant et amener des débâcles diarrhéiques fâcheuses. Le mélange absorbant en même temps que carminatif et reconstituant auquel je donne, pour ma part, la préférence dans le traitement des diarrhées endémiques, quand l'état de la langue et l'examen microscopique des selles ne révèlent pas une exfoliation continue et abondante de la muqueuse digestive, est le suivant : Sous-carbonate de fer, encens pulvérisé, poudre de cannelle ; de chaque substance 1 à 2 grammes par vingt-quatre heures, avant les repas. — Parmi les cathérétiques,le nitrate d'argent a l'inconvénient de ne pas agir au delà de la surface gastro-duodénale s'il est administré par la bouche, ou au delà du rectum, s'il s'agit de lavement : j'ai obtenu des améliorations très positives, mais non des guérisons solides, en agissant en même temps par les deux voies, c'est-à-dire en faisant avaler aux malades, par vingt-quatre heures, cinq pilules d'un centigramme chacune de nitrate d'argent pulvérisé, et en leur prescrivant chaque jour un lavement composé de 0er,25, 0er,50 ou 1 gramme du même médicament dans 100 ou 200 grammes d'eau distillée. Le lavement, versé dans une seringue de verre, devra être injecté aussi loin que possible dans le rectum. — Les médicaments évacuants ordinairement usités sont les sels purgatifs, le petit-lait manné, l'huile de ricin, la poudre de racine de rhubarbe et ses préparations, lecalomet ; quand les selles contiennent de nombreux parasites, les purgatifs en diminuent assez rapidement le nombre ou les font disparaître tout à fait; dans d'autres cas les purgatifs sont simplement constipants pour un ou deux jours. Dans les diarrhées anciennes ils n'ont pas d'efficacité, car ils sont impuissants contre les lésions histologiques :

dans les diarrhées récentes ils rendent au contraire des services réels. — Les parasiticides, chlore-dyne, eaux sulfureuses, solution très étendue d'acide phénique, de foie de soufre, huile d'olive, huile de foie de morue (Dr Gunéo), la santonine, etc., tous expérimentés avec le plus grand soin par Normand, n'ont pas donné, jusqu'à ce jour, de résultats satisfaisants. — Le régime lacté est le traitement par excellence des diarrhées endémiques anciennes avec exfoliation épithéliale révélée par l'état lisse de la langue et l'examen des selles, et avec amaigrissement autopbagique. Le lait est parasiticide, son action topique sur les tissus est douce et protectrice, sa digestion permet le repos à peu près absolu de l'intestin grêle et du gros intestin : le lait est en outre reconstituant. Il convient de l'administrer écrémé et froid par doses de 200 grammes (un verre) repétées cinq fois en vingt-quatre heures au début de la maladie, ce qui fait un litre environ par jour ; si cet aliment est bien toléré, et s'il n'occasionne pas une diarrhée par trop persistante, le malade devra consommer deux, puis trois, puis quatre litres au plus de lait dans l'espace de vingt-quatre heures, pendant plusieurs semaines ou plus d'un mois. Le bicarbonate de soude, la pepsine, le sous-nitrate de bismuth et les autres absorbants, les médicaments astringents, les lavements laudanisés pris le soir et gardés, seront le plus souvent des ressources qu'il conviendra d'employer à propos, et qui viendront en aide au traitement parle lait (1). On pourra, dès que les garde-robes auront pris de la consistance, et lorsque les borborygmes, le ballonnement du ventre et les renvois nidoreux auront

(1) Le Dr R. Gestin, médocin en chef de la marine a Brest, expérimente^ h l'heure qu'il est, les lavements de coaltar saponiné étendu d'eau.

disparu, diminuer la quantité de lait prescrite à l'état de boisson, la réduire à trois ou deux litres et pourvoir à la satisfaction de l'appétit par l'usage de la soupe au lait, du riz et des pâtes cuites dans ce liquide. Ultérieurement, c'est aux œufs mollets, au poisson à l'eau, à la confiture de coings, au vin vieux qu'il conviendra d'avoir recours, concurremment avec le lait dont la quantité doit être diminuée progressivement. L'usage du pain blanc rassis et des viandes grillées ne sera autorisé que lorsque les selles seront moulées. — Les traitements par le sucre de lait (Talmy) et par la pancréatine (Bernard) ne m'ont pas donné de bons résultats, soit à Rocbefort, soit à Brest.

§ 19. — Dysenterie.

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I. Géographie médicale. — La dysenterie est une maladie ubiquitaire, mais elle sévit dans des proportions très inégales suivant les climats : aussi nous faut-il absolument procéder par ordre.

Climats torrides. — 1° Afrique. « La dysenterie, dit Garbonnel, fait beaucoup de victimes au Sénégal, dans la population noire, métisse, et surtout européenne. A l'hôpital militaire, elle entre pour moitié dans le chiffre des décès de cause endémique. Dans l'infanterie, elle forme près du cinquième de la mortalité générale et aux tirailleurs indigènes, le quart. » (Th. citée.) — Bérenger-Péraud accuse 520 décès par diarrhée et dysenterie, à l'hôpital de Saint-Louis (Sénégal), pendant une période de vingt années sur 2034 morts de toute cause, soit un peu moins du quart. Sans doute l'auteur ne sépare pas, l'une de l'autre, les deux maladies, mais nous savons, par des renseignements puisés à la même source, que la diarrhée chronique endémique est beaucoup plus rare au Sénégal que la

dysenterie, d'où il suit que le chiffre des décès doit être presque exclusivement mis au compte de cette dernière affection (Ouvr. cité).

A Gorée, pour 1871, Défaut nous signale 177 entrées pour dysenterie, dont 16 décès sur 63 morts de causes diverses, le quart environ (Th. citée).

Au Gabon, d'après les statistiques de Griffon du Bellay, on compte pendant une période de deux années (1861-1863) S décès par dysenterie aiguë et chronique sur un total de 27 morts ; un peu moins du cinquième. La dysenterie lui paraît d'ailleurs moins grave au Gabon qu'au Sénégal, excepté dans des circonstances particulières de service ou d'expédition nocturne en rivière.

Tous les établissements anglais de la côte occidentale d'Afrique, spécialement Sierra-Leone, sont également redoutables au point de vue de la dysenterie. D'après les statistiques anglaises, cette maladie figure pour les chiffres de 30 à 40 pour 100 décès de toute nature.

La côte orientale d'Afrique, un peu mieux partagée d'une manière générale, compte cependant la dysenterie parmi les causes les plus fréquentes des décès observés. Elle est assez commune en Abyssinie, sur les bords de la mer Rouge, dans l'île de Zanzibar, sur la côte de Mozambique, à Madagascar, aux Seychelles, à la Réunion et à Maurice. Mayotte (l'une des quatre Comores) et Nossi-Bé (côte nord-ouest de Madagascar) sont deux points qui font exception, le premier surtout, qui est presque exempt de la dysenterie et qui semble partager cet avantage avec les autres Comores. Tous les explorateurs de l'Afrique centrale s'accordent à signaler sa fréquence dans l'intérieur de l'Afrique. « Notre plus grand ennemi dans les

pays chauds, disait Livingstone, c'est la dysenterie. »

2° Asie. L'Inde anglaise compte la dysenterie parmi ses maladies les plus fréquentes. D'après Morehead, les troupes européennes perdent 2,02 malades pour 100 de l'effectif dans la présidence du Bengale, d ,71 dans celle de Bombay, 1,24 dans la présidence de Madras. Si, comme nous l'avons fait pour le Sénégal, nous comparons le nombre des décès pour cause de dysenterie à la mortalité générale, nous trouvons qu'elle entre pourprés d'un tiers dans le chiffre de cette mortalité. A Pondichéry, c'est la maladie la plus commune après le choléra, dit Huillet. La côte occidentale de l'Inde est incomparablement moins frappée à partir de Goa: dans cette dernière localité, la diarrhée est plus fréquente que la dysenterie; à Mahé, les deux maladies sont exceptionnelles.

Commune dans le royaume de Siam, en Birmanie, dans l'Annam, elle estparticulièrement fréquente dans la partie méridionale de ce dernier empire, en Gochinchine. Toutefois, clans cette colonie française elle est, suivant les années, de trois à cinq fois moins fréquente que la diarrhée chronique endémique.

3° Océanie. La dysenterie est extrêmement commune dans la plupart des îles de la Malaisie, spécialement à Java et à Sumatra où elle s'oppose avec les fièvres palustres, le choléra et l'hépatite, à l'acclimatement des Européens. Peu fréquente dans les Moluques, elle est exceptionnelle à Amboine. Les Espagnols des Philippines y sont aussi moins sujets, sans doute à cause de la latitude plus élevée de cet archipel, et du retentissement moins grand des influences. atr mosphériques sur les fonctions digestives. A Bornéo elle sévit, mais elle y est un peu plus rare qu'à Java. Tous les petits archipels océaniens sont beaucoup

plus heureusement partagés. Sans doute la dysenterie est endémique à Taïti et s'y montre parfois sous la forme épidémique ; mais ses terminaisons sont , le plus souvent, favorables, et l'atteinte portée aux tissus de l'intestin beaucoup plus légère ; aussi guérit-elle, presque toujours, même après son passage à la chronicité.

4° Amérique. La dysenterie est très inégalement partagée dans les différents points du Mexique. Elle uaraît assez rare à Vera-Gruz en temps ordinaire : elle n'y a causé aucun décès pendant les années 18-40 et 1841. 11 n'en est pas de même le long du Rio-Grande dans les ports du Yucatan, à Mazatlan sur la côte occidentale du Mexique. L'endémie diminue dans les terres tempérées et .surtout dans les terres froides de la République Mexicaine, et si Poncet la signale comme fort commune dans les hauts plateaux du Mexique, il ne faut pas oublier qu'il parle du corps expéditionnaire français de la dernière guerre, subissant les influences spéciales des marches, du régime et de la vie en campagne.

Toutes les Antilles sont frappées par cette endémie : sur l'île de la Martinique, elle est plus fréquente à Saint-Pierre qu'à Fort-de-France ; à la Guadeloupe, la Basse-Terre est plus éprouvée que la Pointe-à-Pitre. Dutroulau signale, à Saint-Pierre-Martinique, pour une période de six années, 115 décès sur 2169 cas de dysenterie, le douzième environ. — La maladie fait de nombreuses victimes à Saint-Domingue, à la Jamaïque, à Porto-Rico. Cuba est relativement favorisé. — Après la fièvre palustre, elle domine la pathologie des États du Centre-Amérique, de la Colombie, du Venezuela, de l'Equateur. A la Guyane française elle a moins de fréquence et de gravité qu'au Sénégal et

même qu'aux Antilles. En six années elle a occasionné 37 décès sur 1281 hommes atteints de la maladie, soit 1 décès sur 34 cas environ. — C'est enfin l'une des endémies les plus redoutables du Brésil nord.

Climats chauds, tempérés, froids et polaires. — D'une manière générale, la dysenterie est moins grave et moins fréquente dans la zone des climats chauds que dans la précédente. Elle est cependant assez répandue en Egypte et en Algérie. Les premières années de l'occupation de cette dernière province ont été désastreuses à ce point de vue. A ïlemcen, province d'Oran, de janvier 1842 à octobre 1845, la dysenterie a causé 508 morts sur 879 décès de toute cause, mortalité énorme qui, fort heureusement, a beaucoup diminué depuis (A. Laveran).

Elle est beaucoup moins grave et moins fréquente au Cap.

- En Nouvelle-Calédonie, c'est la maladie la plus commune. Elle figure, dit Kermorgant, pour le chiffre le plus élevé des entrées à l'hôpital. « Dans l'année 1869, cinq dysenteries à l'état chronique ont donné deux décès; 176 à l'état aigu ont toutes été entièrement suivies de guérison. » Le pronostic corrige donc ici la fréquence. La dysenterie perd son caractère d'endémicité sur tout le rivage septentrional du bassin de la Méditerranée, dans la zone chaude de l'Asie, si on en excepte le littoral de la Chine, dans la même zone de l'Amérique, sauf les côtes du Brésil sud et de la Plata.

C'est un accident sporadique ou parfois épidémique dans les climats tempérés et froids. Dans les latitudes polaires et chez les indigènes, la dysenterie est le résultat fortuit d'un écart de régime.

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