V. Prophylaxie et thérapeutique. — Toutes deux Ollt
une grande importance, eu égard à la gravité, à la ténacité delà dysenterie contractée dans les climats chauds et torrides. Toutefois, la curabilité delà dysenterie ne fait pas l'ombre d'un doute, et n'étaient les conditions spéciales dans lesquelles se trouve l'organisme, dans la zone interlropicale, la maladie guérirait aussi bien qu'en France sous l'influence des traitements très effi- , caces dont dispose la thérapeutique.
(1) Brassac, Analyse de la thèse de Beauchef {Arch. de mèd. nav., 18G7, 1er semestre)-
Je ne m'étends pas sur la question de laprophylaxie ; celle-ci est toute dans l'observance de règles hygiéniques précises qui sont le corollaire de l'étude des causes que nous avons faite. Nous ne sommes plus en présence d'un miasme banal et vague, mais d'un infectieux qu'on devra rechercher et poursuivre dans sa source, ou d'une autre cause dérivant tantôt du climat, tantôt d'une mauvaise hygiène personnelle, dont il conviendra d'éviter les effets.
Le traitement proprement dit comporte l'emploi d'un certain nombre de médications ou de moyens médicamenteux dont nous avons à préciser les indications.
Émissions sanguines. — Sydenham et Stoll, guidés par des idées inspirées par la doctrine humorale, les employaient à titre d'éliminateurs des matières peccantes. Broussais les a recommandées très chaudement, et sous l'influence fâcheuse des idées théoriques qu'il a émises, la dysenterie aiguë a été traitée pendant plusieurs années, dans presque toutes nos colonies, par les saignées générales et locales, la diète, les tisanes gommeuses, les potions laudanisées. Cependant la saignée générale n'a presque jamais sa raison d'être et ne doit être pratiquée qu'en présence d'une forme inflammatoire franche de la maladie. L'indication de poser quelques sangsues à l'anus ou sur l'un des points du trajet du gros intestin peut se présenter exceptionnellement, à titre de médication calmant la douleur ou modérant l'inflammation; mais il convient de s'en tenir là.
Ipéca. — On l'administre : 1° comme vomitif, dans les formes bilieuses ; 2° comme modificateur souvent rapide des garde-robes. Pour remplir cette dernière indication on administre l'ipéca sous la forme dite à la Brésilienne, ou, ce qui vaut mieux, dans une potion for-
mulée depuis 1860 par J. Delioux de Savignac. Segond avait réhabilité dans la marine la décoction d'ipéca à la Brésilienne qui nous vient de Marcgrave et de Pison. D. de Savignac en substituant la poudre d'ipéca à la racine concassée a obtenu de meilleurs résultats thérapeutiques. On fait bouillir pendant cinq ou six minutes dans 300 ou 400 grammes d'eau, une dose variable d'ipéca en poudre, 2, 3, 4 grammes. On filtre, on ajoute à la décoction 15 à 30grammes de sirop d'opium et autant d'hydrolat de cannelle. On administre cette potion d'heure en heure, en éloignant les doses en cas de nausées ou de vomissements. Le médicament est pris en un jour dans les cas graves, en deux fois vingtquatre heures dans les dysenteries légères. Fréquemment, les selles se modifient heureusement au bout de peu de jours ; elles sont d'abord jaune clair, leur aspect est celui d'une émulsion mélangée de sang et de mucus de plus en plus rares, puis les matières fécales y apparaissent et remplacent les évacuations dysentériques ; la maladie est guérie et le cours de la bile rétabli ; les soins hygiéniques et le régime assurent ensuite une guérison durable.
Purgatifs salins. — lisse rangent après l'ipéca comme valeur thérapeutique, dans les dysenteries légères et de moyenne intensité. Employés déjà du temps de Stoll et de Zimmermann, ils furent négligés par Broussais et relevés par Bretonneau du discrédit dans lequel ils étaient tombés. Col en a retiré des effets curatifs supérieurs à ceux fournis par l'ipéca à la Brésilienne, dans des cas de dysenterie traités par lui à Rach-tra (Cochinchine). Bourgarel et Prontgous, observant dans cette province, ont reconnu quelessels de soude et de magnésie convenaient au traitement de la forme légère et de la forme subaigue ou insidieuse, au début de la
maladie, mais que dans les casgraves aigus, leur action était nulle et peut-être dangereuse. F. G. Méry a employé la méthode purgative par les sels neutres à bord des transports le Calvados et le Finistère, et en a retiré des effets thérapeutiques très satisfaisants. D'après ce médecin, le sulfate de soude fait tomber la fièvre, dans les cas exceptionnels où elle accompagne le début de la maladie ; il diminue le nombre des selles, les rend séro-bilieuses de mucoso-sanguines qu'elles étaient, et facilite leur retour à l'état normal; il diminue leténesme, rend la miction moins douloureuse et triomphe souvent de la douleur intestinale. Tous ces heureux résultats ont été constatés depuis longtemps dans toutes les cliniques d'outre-mer. On administre 20 à 40 grammes de solution aqueuse de sulfate de soude ou de magnésie, en combinant ce traitement avec le repos, la diète et quelques moyens adjuvants. Bérenger-Féaud (1) préférait donner, au Sénégal, le sulfate de soude sous forme de potion à prendre par cuillerées d'heure en heure et il faisait suivre chaque prise de l'ingestion d'une cuillerée de tisane agréable au goût. Delioux de Savignac a conseillé l'emploi du phosphate et du tartrate de soude en potions. Barrallier a obtenu de très bons résultats, à Toulon, en prescrivant le tartrate de soude et de potasse, sel de Seignette, à la dose journalière de 15 grammes dans une potion.
Calomel. — C'est un médicament très apprécié par les Anglais dans le traitement des dysenteries aiguës de l'Inde , de la Sénégambie , de l'Australie et des Antilles. « Pendant les deux ou trois premiers jours de la dysenterie, et chez les personnes dont la constitution n'a pas été détruite par une première maladie
(l) B. Féraud, Maladies des Européens au Sdncrjal, I" volume,
ou par toute autre cause, il constitue une partie importante du traitement », et ailleurs : « Bien que l'usage du calomel soit en général applicable seulement aux premiers jours de la dysenterie, il peut aussi être très avantageux de le donner à des périodes plus avancées, lorsque la langue est saburrale, les déjections décolorées et peu nombreuses, le ventre empâté, et qu'il n'y a pas trop d'émaciation ou d'affaiblissement des forces (1). » Nous pensons avec Doué, que le calomel conviendrait également au traitement des dysenteries contractées dans nos possessions coloniales ; mais nous estimons, d'après les observations faites par nos collègues et celles qui nous sont personnelles, que l'action du calomel est inférieure à celle de l'ipéca et des sels purgatifs et qu'elle ne doit être recherchée que lorsque ces médicaments ont échoué, ou quand on se trouve en présence d'indications spéciales , entre lesquelles dominent l'état bilieux et l'hypérémie du foie. Sans doute en l'absence de ces complications, le calomel, donné à la dose d'un à deux grammes dans la dysenterie mucososanglante a modifié rapidement les selles, au Sénégal, , au Gabon et dans nos Antilles comme à Sierra-Leone et à Sainte-Marie (Bathurst) ; mais il n'y a pas, dans les observations dont je parle, les éléments d'un traitement qu'il serait avantageux de généraliser, en présence des résultats fournis par l'ipéca et les sels neutres. Bérenger-Féraud n'en a pas retiré de bons effets au Sénégal. Bourgarel, dans ce même pays et en Cochinchine, l'a toujours réservé pour les cas graves en l'administrant sous forme de pilules de Segond modifiées (Ipéca, 1 gr. ; calomel, I gr.; extrait gom-
(i) MorelR'ail, ouv. cité.
meux d'opium, 0sr,05, pour 8 pilules à prendre dans la journée). Je n'ai voulu parler que de la dysenterie aiguë : dans l'état chronique les pilules de Segond, trop vantées d'ailleurs dans notre opinion, ont une efficacité démontrée quand les lésions intestinales ne sont pas trop profondes.
Manne et huile de ricin. — Ces deux médicaments remplissent les mêmes indications que les sels purgatifs, mais leur action antidysentérique est moins sûre. Dutroulau prescrivait fréquemment, aux Antilles, le petit-lait manné préparé en faisant dissoudre 30 grammes de manne dans 500 grammes de petit-lait, dans les dysenteries légères. Delioux conseille l'emploi de l'huile de ricin, tout en faisant 'observer que son efficacité n'est pas aussi certaine que celle des sels purgatifs : ajoutons que ce médicament inspire une répulsion qui n'est pas toujours passagère , et qu'il entraîne parfois un état dyspeptique gastro-intestinal préjudiciable au traitement.
Opium. — Il joue le rôle de calmant de la contractilité intestinale, mais il n'a aucune action directe sur l'état de la muqueuse de l'intestin. L'extrait aqueux en pilules, le laudanum de Sydenham en potion ou en lavement, la poudre pour le diascordium, sont les préparations les plus usitées. J'ai dit que l'association du calomel, de l'ipéca et de l'opium, dans les pilules de Segond ou dans des formules pilulaires analogues, constituait un bon modificateur topique de la muqueuse malade, au moment du passage de la dysenterie aiguë à la dysenterie chronique.
Hatanhia. — Sirop, potions, lavements d'extrait. — J'ai obtenu de bons résultats par l'emploi prolongé de 6 grammes d'extrait de ratanhia dissous dans 250 grammes d'eau bouillante. On en fait une potion
*î>0 PATHOLOGIE EXOTIQUE.
sucrée à prendre en vingt-quatre heures dans la dysenterie chronique.
Diète lactée. — Très efficace comme dans la diarrhée endémique (I).
Topiques abdominaux calmants. — Cataplasmes, fomentations émollientes, onctions avec les huiles médicamenteuses, etc.
Topiques abdominaux révulsifs. — Bain de siège chaud vinaigré, cataplasmes sinapisés, vésicatoires, bains de vapeur.
Topiques rectaux. — 1° Lavement laudanisé (0sr,50 à 1 gr. de laudanum pour 30 grammes d'eau), à prendre le soir ; ce lavement, mis dans une seringue à injection, est sûrement conservé ; il calme l'intestin, supprime souvent les garde-robes pendant la nuit et facilite le séjour dans l'intestin des mélanges obturants et absorbants dont j'ai parlé à propos de la diarrhée endémique et qui sont applicables au traitement des dysenteries chroniques. 2° Lavement au nitrate d'argent. Ce topique, préconisé depuis longtemps par Trousseau , D. de Savignac , Duclos de Tours, etc., a été expérimenté, sur une assez grande échelle, par R. Gestin, médecin en chef de la marine à Brest. Il jouit actuellement d'une efficacité démontrée, comme moyen abortif de la dysenterie aiguë et comme topique souvent efficace dans la redite dysentérique chronique; j'ai constaté son action hémostatique rapide sur un malade de mon service (1870), atteint de dysenterie hémorrhagique très inquiétante. Il convient de prescrire le nitrate d'argent en lavement à des doses qui varieront de 06r,50 à 2 grammes
(1) V. Diarrhée endémique. Traitement.
pour 100, 200, 300 grammes d'eau distillée (1). 3° Lavement plombique (4 à 15 gr. de sous-acétaie de plomb liquide, pour 250 gr. d'eau commune, D. de S.). 4° Lavement d'alun, de sulfate de zinc, de perchlorure de fer, de teinture d'iode, lavement au cachou, au ratanhia, etc.
Envoi aux sanatoria, rapatriement. Le plus souvent indispensables après guérison de la dysenterie aiguë et dans toutes les dysenteries chroniques.
Envoi aux eaux minérales. Yichy réussit souvent dans les dysenteries subaiguës et chroniques, compliquées d'engorgement hépatique dérivant soit de la dysenterie, soit du paludisme. On doit toutefois user du traitement avec réserve, à cause de la susceptibilité de l'intestin que l'eau minérale peut réveiller etde l'anémie qui peut résulter de l'abus. Les eaux salines, Pullna,Sedlitz,Montmirail, nettoient les surfaces muqueuses, combattent l'engorgement du système veineux abdominal et provoquent, après la purgation du début, le retour des selles à l'état normal. Les eaux ferrugineuses, Cèdres (province d'Oran) , Cransac (Aveyron), ont été avantageusement prescrites, soit par la voie gastrique pour lutter contre l'anémie post-dysentérique, soit à titre de topique astringent du rectum.
L'alimentation dans la dysenterie aune grande importance et doit être subordonnée aux règles suivantes : dans l'état aigu et pendant les premiers jours, abstinence d'aliments solides, surtout dans les formes inflammatoire et bilieuse ; on nourrira le malade avec de l'eau albumineuse, le bouillon dégraissé, le lait,
(I) L'emploi de la seringue de verre est de règle, quand on a cet instrument sous la main, pour éviter les décompositions argentiques.
les œufs peu cuits; plus tard on permettra la confiture de coings, les potages, les fruits cuits, le vin coupé, puis le poisson et les viandes blanches légères et on ne prescrira les viandes noires, les féculents et les végétaux de l'alimentation ordinaire que lorsque la guérison sera solide. L'usage de la viande crue est un bon adjuvant du traitement dans les formes chroniques. L'emploi exclusif du lait constitue à la foisun régime suffisamment réparateur et un traitement souvent efficace de la dysenterie chronique.
Hépatite commune des pays chauds et torrides.
Toutes les formes cliniques et anatomo-pathologiques de l'inflammation du foie s'observent dans les latitudes chaudes et torrides ; on y rencontre l'hépatite cirrhotique de cause palustre, syphilitique ou alcoolique, de même que l'hépatite parenchymateuse destructive qui caractérise soit l'ictère grave, soit la fièvre jaune. Mais les hépatites avec transformation cirrhotique et les inflammations du foie destructives des cellules n'ont été l'objet d'aucun travail d'ensemble, même pour une localité donnée, d'aucune observation précise susceptible d'éclairer sur ce point important, la pathologie exotique. Seule l'hépatite aiguë et chonique à tendance suppurative combinée ou non avec la péri-hépatite, a suscité, en raison de sa grande fréquence, des travaux dont il importe de faire ressortir l'utilité pratique : c'est de cette hépatite que nous aurons à traiter dans les pages qui vont suivre.
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1. Géographie médicale. — L'hépatite aiguë à tendance suppurative est une maladie de tous les climats, toutefois, elle est d'autant plus fréquente et plus grave, d'une manière générale, qu'on l'observe plus près de l'équateur. Cette règle que nous avons vue applicable à la dysenterie et à la diarrhée endémique, l'est à un plus haut degré à l'hépatite. Dans les climats torrides l'inflammation du foie succède fréquemment à la dysenterie; elle se développe assez souvent en même temps qu'elle, elle la précède dans quelques cas plus rares. Elle peut exister à l'état isolé, quel que soit le lieu où on l'observe : dans quelques localités, on constate le plus souvent son indépendance de toute autre maladie grave du tube digestif.
En Europe, la latitude influe beaucoup sur son développement. Le point de côté hépatique, la congestion de l'organe, lesquels ne sont que des degrés de la maladie qui nous occupe, ne sont pas rares sur le littoral provençal ; on y observe aussi l'hépatite con-
fîrmée de même qu'en Corse, à Malte, sur le littoralde la Grèce.
En Afrique, la maladie est très répandue et y passe plus ou moins facilement à la suppuration suivant la latitude. En Egypte, la congestion du foie domine, sans doute partout, et c'est la forme que l'on observe le plus souvent à Alexandrie, le long du canal de Suez, au Caire ; mais les abcès du foie, signalés depuis longtemps par Larrey, n'y sont pas rares, comme nous le démontrent les statistiques de Sachs. — En Algérie, la suppuration de l'organe est plus commune dans la province d'Oran que dans celle d'Alger (Haspel). L'hépatite, pour toute la province, apparaît surtout pendant la saison chaude et atteint les Arabes aussi bien que les Européens. D'après les chiffres relevés par Rouis, sur 274 abcès du foie, 123 se sont développés en été, 62 en automne, 53 en hiver, 36 au printemps. — En Sénégambie, c'est une des endémies les plus communes, Thénevot disait qu'en 1837 et 1838 elle y avait atteint un malade sur 18, tandis qu'à Saint-Pierre (Martinique), la proportion n'avait été que de 1 sur 30, et seulement de 1 sur 60 à Cayenne. Tous nos collègues la considèrent aujourd'hui comme suivant, en Sénégambie, l'évolution annuelle de la dysenterie, et fournissant du quart au huitième de ses décès. (Rey.)
On constate des proportions analogues de morbidité et de mortalité dans les colonies anglaises de Sainte- Marie (Bathursl), de Sierra Leone, et le long de la côte qui va du cap des Palmes au Gabon. L'abcès du foie était très fréquent chez nos soldats et nos trafiquants de Grand-Bassam et d'Assinie, alors que nous occupions ces deux comptoirs.
L'hépatite est rare au Gabon comme la dysenterie. Griffon du Bellay n'en a observé que 7 cas en deux
MALADIES DES ORGANES ET DES APPAREILS. 4o7
ans, à bord de l'hôpital flottant la Caravane : à son compte, elle ne doit pas figurer parmi les maladies endémiques du pays. D'ailleurs, au dire du même médecin, le foie se congestionne plus modérément que partout ailleurs au Gabon sous l'influence de la fièvre palustre qui y est très commune et souvent grave. L'hépatite est rare à Zanzibar ; elle est beaucoup moins répandue que la dysenterie sur la côte de Mozambique, rare également à Nossi-Bé, mais fréquente à la Réunion et à Maurice, comme la dysenterie.
L'hépatite commence à paraître, en Asie, sur les bords de la mer Rouge (Aubert-Roche). Elle devient très commune et très meurtrière dans l'Inde anglaise où elle occasionne le tiers environ de la mortalité des troupes, au Bengale, et le septième à Bombay. Elle est beaucoup plus répandue chez les Européens que chez les indigènes. Cette fréquence ne s'observe pas à Pondichéry. «L'hépatite aiguë et l'hépatite chronique sont assez rares ici, dit notre collègue Huillet, non seulement parmi les blancs, mais encore parmi les mixtes et les Indiens : aussi n'observe-t-on presque jamais d'abcès du foie. M. Collas, en neuf ans, n'en a vu qu'un seul cas, sur un Indien ; M. Godineau n'en a trouvé qu'un également sur un missionnaire apostolique venu de l'intérieur.... M. Beaujean en a rencontré trois.... Je n'en ai observé aussi qu'un seul cas, chez un cuisinier originaire du midi de la France. La maladie du foie que l'on rencontre le plus souvent à Pondichéry est la congestion de cet organe qui accompagne souvent la dysenterie et les fièvres paludéennes, mais qui souvent aussi en est complètement indépendante et se montre aussi bien chez les nouveaux arrivants que chez les créoles .» — L'hépatite n'est pas aussi commune dans l'Indo-Chine qu'on
NlELLY. 26
pourrait le supposer, à priori. Richaud ne la fait figurer que pour le chiffre de 2 pour 100 dans la mortalité générale des Européens, en Cochinchine ; il a remarqué qu'elle s'y terminait beaucoup moins souvent par l'abcès qu'ail Sénégal et qu'aux Antilles. — Elle paraît plus fréquente en Chine ; on l'observe à Canton, à Shang-Haï, à Hong-Kong, à Svatow, à Tien-Tsin et en réalité sur tous les points du littoral, depuis la frontière du Tonquin jusqu'à la latitude de la mer Jaune. A Shang-Haï, les abcès du foie figurent pour un tiers dans la mortalité générale. — L'hépatite n'est pas une maladie endémique du Japon : on en observe cependant quelques cas dans la garnison anglaise de Yokohama., mais la plupart de ces hépatites, comme l'a déjà fait remarquer Lombard de Genève, ont une origine indienne, indo-chinoise ou chinoise.
L'inflammation -du foie est très fréquente en Malaisie et elle y accompagne très souvent la dysenterie à laquelle elle succède habituellement. On l'observe surtout sur le littoral de Java et de Sumatra. Elle est incomparablement plus rare dans l'Archipel des Célèbes et dans celui des Maluques que dans les îles de la Sonde. A Sourabaya (île de Java), elle est si répandue, qu'elle y atteint un chiffre supérieur à celui que l'on constate dans l'Inde anglaise. C'est le fléau des troupes et des résidents néerlandais. Les influences du climat, la fréquence de la dysenterie, l'alcoolisme en sont les causes les plus fréquentes. L'hépatite et les abcès du foie s'observent aux Philippines parmi les troupes espagnoles, mais avec une intensité beaucoup inférieure à ce que l'on constate aux Célèbes, aux Moluques, et surtout à Java. La latitude plus élevée des Philippines les rend d'ailleurs, à tous les points de vue, beaucoup plus salubres que toutes les
MALADIES des organes et DES APPAREILS. 459
îles de la Malaisie. — Nous sommes assez mal renseignés sur la pathologie des archipels qui peuplent la Polynésie, sauf en ce qui concerne la Nouvelle-Calédonie où l'hépatite est rare, malgré la fréquence de la dysenterie , et Taïti , où l'on constate la même rareté : la dysenterie dans cette colonie est habituellement bénigne et peu fréquente. — L'hépatite atteint les Anglais d'Australie dans une très faible proportion.
En Amérique, on peut dire, d'une façon générale, que l'hépatite occupe toute la zone torride et particulièrement le littoral : toutefois, sa répartition est assez inégale suivant les localités, et suivant les éléments de la population. Beaucoup moins fréquente que la dysenterie, elle en est souvent la conséquence. A la Martinique et à la Guadeloupe elle sévit beaucoup plus sur les soldats de la garnison et les navires de la station que sur la population civile, plus soucieuse de son hygiène et moins sujette aux écarts du régime, spécialement à l'alcoolisme. Elle atteint d'ailleurs toutes les races, les Européens étant ceux qui en souffrent le plus. De 1846 à 1851, 329 malades atteints d'hépatite ont été admis à l'hôpital de Saint-Pierre (Martinique) , et dans le même espace de temps, 3,692 malades ont figuré dans le même hôpital, à titre de dysentériques. Les deux maladies ont donc été, au point de vue de la fréquence, dans le même lieu et sur le même personnel, dans le rapport de 3692 à 329, c'est-à-dire de 11 à 1 environ (Dutroulau). L'hépatite se comporte de la même manière dans les Antilles anglaises et espagnoles. Elle est beaucoup moins fréquente dans la partie méridionale des États-Unis; on la constate rarement à Vera-Cruz (Bouffier), plus fréquemment sur la côte occidentale du Mexique, à
Acapulco, Manzanillo, Saint-Blas, Mazatlan, sur les deux rives de l'isthme qui constitue le Centre-Amérique, sur toute la côte de la Nouvelle -Grenade et du Venezuela. « Nous pouvons affirmer que la ville de San-Miguel (San-Salvador , Amérique, centrale) , est Tune des localités où les engorgements inflammatoires du foie, qui se terminent parfois par la formation d'un foyer purulent, sont les plus communs (1). » L'hépatite devient beaucoup moins commune dans les trois Guyanes, et surtout dans la Guyane française, malgré la fréquence de la dysenterie. Il est vrai qu'il s'agit ici du climat de Cayenne, car, dans les localités de l'intérieur, la maladie devient un peu plus fréquente. — Sur les deux rives de la zone chaude de l'Amérique du Sud, l'hépatite perd de plus en plus de sa fréquence à mesure que l'on descend vers le sud, à mesure que diminue l'influence qu'exerce la dysenterie sur le développement des abcès du foie.
2. Causes. — L'hépatite n'est pas une maladie palustre : elle n'est pas infectieuse : elle n'est pas la conséquence de ce que l'on a appelé le rôle vicariant du foie dans les pays torrides : telles sont les propositions que je vais essayer de démontrer tout d'abord. — La doctrine qui fait dériver du même facteur étiologique l'hépatite et les maladies à quinquina a pour bases, d'une part, la coïncidence de ces deux maladies dans quelques localités, et d'autre part, le fait du retentissement très fréquent des accès palustres sur l'organe hépatique. Le premier de ces arguments ne peut être soutenu qu'à condition que le parallélisme des deux affections
(1) Guzman (D.-J.), Essai de topographie physique et. médicale de la République du Salvador (Amérique Centrale). Tliese, Paris, 18G0.
soit applicable à toutes les localités palustres; or le fait est inexact pour la France, l'Italie, la Pologne paludéennes, il n'est pas plus vrai pour les pays torrides. A la Réunion, l'hépatite a régné de tout temps avec fréquence, bien que le pays n'ait été frappé que depuis peu d'années par les fièvres à quinquina; elle n'a pas augmenté, d'ailleurs, en fréquence et en gravité, depuis que l'existence de ces fièvres a été constatée. A Mayotte, à Nossi-Bé , à Madagascar, au Gabon, c'est-à-dire dans des pays à fièvres, l'hépatite est rare. 11 en est de même à la Guyane, et je ne parle pas seulement de l'île de Cayenne dont le climat marin est très salubre relativement à celui du continent, mais aussi des postes de l'intérieur qui sont très palustres et dans lesquels le chiffre atteint par les hépatites est de beaucoup inférieur à ce que l'on constate aux Antilles, en Sénégambie, dans l'Hindoustan, relativement à celui des maladies à quinquina. Il en est de même de la Gochinchine où régnent cependant toutes les formes de l'intoxication palustre. — Quant au retentissement fréquent des fièvres intermittentes et rémittentes sur le foie, il n'est pas douteux, mais il ne constitue pas plus une hépatite que l'engorgement palustre de la rate n'est de la splénite : on ne peut nier que l'hépatite ne soit assez souvent consécutive aux hypérémies répétées que produisent les accès de fièvre, mais on ne peut pas en conclure que la maladie soit immédiatement le résultat de l'infectieux paludéen.
Dutroulau a soutenu avec un grand talent la doctrine de la nature infectieuse de la dysenterie et de l'inflammation du foie ; d'après ce maître distingué, non seulement ces deux maladies relèvent d'une cause miasmatique, mais c'est, en outre, le môme infec-
tieux qui leur donne naissance. J'ai dit, à propos de la dysenterie, que cette maladie pouvait, sous toutes les latitudes, dériver d'infectieux beaucoup plus précis que ceux que l'on a invoqués jusqu'à ce jour, mais que bien souvent les faits observés démontraient que la dysenterie se développait plus fréquemment sous l'influence des variations thermiques et d'une conduite défectueuse de l'hygiène digestive, l'intestin dans les pays torrides étant d'autant plus sensible à ces causes que son énergie fonctionnelle est diminuée et sa force de réaction beaucoup moindre que dans les climats tempérés et froids. Je soutiendrai la même thèse pour l'hépatite, avec cette différence que la cause infectieuse me paraît devoir être absolument rayée de l'étiologie de cette dernière affection. La dysenterie de cause infectieuse fortuite (cale infecte d'un navire, eaux corrompues, etc.) est démontrée par les faits : son existence s'appuie en outre sur le rôle éliminateur que joue parfois la muqueuse intestinale pour les gaz et les miasmes inspirés ; mais peut-on soutenir que la surface excrétante du foie joue un rôle analogue? L'hépatite d'ailleurs, pas plus que la dysenterie, n'a les allures d'une maladie infectieuse vraie : comme elle, c'est une maladie purement locale.
L'hépatite des pays chauds et torrides n'est pas la conséquence de l'exagération fonctionnelle, du foie. En effet cette exagération fonctionnelle, sur laquelle on a tant discuté et construit tant de théories, n'existe pas à notre avis, et n'a jamais existé qu'en théorie (1). L'argument auquel on a eu recours avec le plus de persistance pour l'édification de cette doctrine est la
(1) Cette opinion a été formulée pour la première fois par notre collègue le Dr Layet, actuellement professeur d'hygièno à Cordeaux (Arch. de rnécl. nav., 1877, 2° semestre, p. 42 et suiv.).
prétendue nécessité de l'élimination des produits carbonés de l'organisme par le foie, les poumons perdant dans les pays torrides, leur énergie fonctionnelle, et l'acide carbonique de l'expiration pulmonaire subissant une réduction considérable, de 12, 24 pour 100 d'après les calculs de Rattray. Mais, tout en s'appuyant sur ce dernier fait, qui est exact, comment n'a-t-on pas songé que l'absorption d'oxygène par l'inspiration est elle-même réduite sous la zone torride, que les phénomènes de dénutrition, c'est-à-dire la formation de l'acide carbonique dans le sang veineux, le sont également et qu'enfin il est plus exact d'admettre que si les éléments carbonés étaient en excès et leur élimination nécessaire, celle-ci trouverait une voie plus sûre dans l'appareil sébacé de la peau dont l'énergie physiologique n'est pas contestable sous les latitudes torrides? La suractivité du foie n'est donc pas fatale; cet organe au contraire participe à l'inertie fonctionnelle dont est frappé le tube digestif tout entier, et c'est précisément parce qu'il est dans cet état de paresse organique qu'il réagit difficilement, comme l'intestin, sous l'influence des causes de maladie. Ne voit-on pas combien sont tenaces dans les mêmes conditions de climat, les dyspepsies, les diarrhées, la dysenterie, les bronchites, les névroses, l'anémie essentielle ? A quoi cela tient-il ? A ce que les causes qui produisent ces maladies agissent sur des organes qui ne réagissent pas contre elles, comme ils le font sous d'autres latitudes. Il en est de même pour le foie : Vient-il à être touché par une cause pathogénique, il sort dès lors de sa torpeur, et l'on voit apparaître, suivant les cas, la congestion hépatique, l'hépatite, les flux bilieux si fréquents dans la zone climatique dont nous parlons. L'activité physiologique du foie
nous paraît plus évidente dans les climats tempérés que dans les climats chauds ettorrides et plus encore dans les latitudes froides que dans les tempérées. La sécrétion de la bile est, en effet, une nécessité de plus en plus pressante, à mesure que, par l'activité de la digestion, l'organisme doit lutter contre les pertes de chaleur ; la formation de matière glycogène, liée ellemême à la production du calorique organique, est dans le même cas. Ces deux fonctions hépatiques sont forcément, et pour des raisons inverses, réduites dans les climats torrides.
D'où naît donc l'hépatite ? Elle naît de causes multiples qui n'ont rien d'hypothétique, comme un grand nombre de maladies locales. De même qu'une pneumonie peut relever, dans des proportions inégales, de l'action du froid, de l'inspiration d'un gaz irritant, du voisinage d'une pleurésie, de la présence d'un tubercule, des poussières de charbon inspirées, du sucre de diabète dans le tissu pulmonaire, etc. ; de même, si l'on s'en rapporte aux observations d'un grand nombre de nos collègues qui ont vu et traité les hépatites exotiques, de ceux-là même qui, à l'exemple de Dutroulau, lui attribuent le caractère infectieux, l'hépatite naît de la suppression de la sueur sous l'influence d'un courant d'air, de l'excès des boissons froides, des effets répercussifs d'un bain froid, de la pluie et des vêtements mouillés, du sommeil sur la terre humide. Elle naît encore des troubles apportés aux fonctions digestives par les écarts de régime, l'abus des alcooliques surtout, l'excès des médicaments purgatifs, particulièrement le calomel, le tartre stibié, l'émétique. La dyspepsie chronique, l'entérite, la diarrhée et par dessus tout la dysenterie, président, dans d'autres circonstances, à son développement. La constipation
habituelle l'engendre également ou du moins prédispose à son éclosion. Elle apparaît encore sous l'influence des congestions répétées de l'organe dans le cours de la fièvre palustre ; on l'a vue naître enfin à la suite d'une blessure ou d'une contusion de l'hypochondre droit, dans les pays torrides comme sous nos latitudes. Parmi toutes ces causes domine le rôle des variations thermiques, des écarts de régime, de la dysenterie, des fièvres paludéennes. Les variations thermiques et les écarts de régime engendrent l'hépatite primitive ; la dysenterie et les fièvres palustres donnent naissance à l'hépatite secondaire, par un mécanisme au sujet duquel on a beaucoup écrit sans faire avancer la question, car la solution est tout entière dans des recherches anatomo-pathologiques précises qui n'ont pas encore été faites ou publiées. Quant à la fréquence de la production de l'abcès du foie dans l'hépatite exotique, j'en vois la raison dans la faible résistance de l'organe aux causes de maladie et de destruction, dans les pays torrides, par le fait de l'affaiblissement de sa fonctionnalité. De même la marche rapide de la tuberculose et la ténacité des maladies du tube digestif tiennent, dans ces climats, à une dépression fonctionnelle analogue du poumon et de l'intestin, organes placés sous la zone torride dans des conditions de minoris resistentiœ.
Il serait facile d'accumuler les preuves du développement de l'hépatite exotique en dehors de toute cause infectieuse.
«Les causes immédiates et accidentelles de l'hépatite dans les foyers endémiques sont, avant tout, le refroidissement du corps en sueur, les suppressions de transpiration par un courant d'air frais ou par un grain qui pénètre les vêtements Quant à l'influence
des boissons excitantes et des aliments de mauvaise nature, elle se comprend mieux qu'elle ne se prouve (1). »
« En première ligne les excès de nourriture, les aliments épicés qui surchargent l'estomac et entraînent des troubles digestifs, sont la grande cause de l'hépatite suppurative. » (Annesley, cité par Rendu.)
« Cette grave affection naît sous l'influence du climat, par l'excès d'une nourriture substantielle, stimulante, et non seulement par l'abus, mais même par l'usage habituel des spiritueux. Tous les observateurs des temps anciens et modernes sont d'accord sur ce point. Déjà Bontius, au dix-septième siècle, attribuait la fréquence de l'hépatite et des abcès du foie (particulièrement aux Indes néerlandaises) à l'abus de l'arack : Potus Me maledictus arack l La même cause déplorable détermine fréquemment l'hépatite chronique interstitielle (cirrhose) et la dégénérescence graisseuse du foie, si connue des médecins dans les pays intertropicaux. » (Sachs , commenté par Van Leent.)
Les variations de température, les excès d'alcool, la cachexie sont les causes déterminantes de l'hépatite dans l'Inde. (Morehead.)