‹ Éléments de pathologie exotique [electronic resource]Chapitre 52 sur 81 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

Point de côté hépatique. — Topiques calmants, sangsues, ventouses scarifiées, boissons délayantes, une ou deux doses de calomel ou d'un sel neutre, repos au lit et diète presque absolue.

Hépatite aiguë. — 1° Agents indirects. A. Pendant la période phlegmasique. — Saignée générale. Une, deux, trois saignées, disait Dutroulau dans la première édition de son ouvrage; il a dit depuis qu'il serait moins prodigue de sang. La majorité de nos collègues estime que la saignée pratiquée au début de la maladie est des plus opportunes. — Èmètique à dose rasorienne. Bérenguier, Le Petit et Thèse s'en louaient beaucoup au Sénégal. Bérenger-Féraud, dans la môme colonie, a prescrit la potion rasorienne à 20, 30, 40 centigrammes de tartre stibié, à prendre par cuillerées à café toutes les demi-heures, et a constaté la diminution des douleurs post hoc, mais il ajoute judicieusement que tous les moyens employés contre ce symptôme agissent aussi bien que la potion rasorienne, celle-ci n'ayant pas d'ailleurs confluence bien évidente sur la marche ultérieure de l'affection. La prostration que produit l'émétique est un argument de plus pour n'y

pas avoir recours. — Calomelà dose réfractée. Pas d'avantages appréciables : grands inconvénients dus à l'hydrargyrie. — Digitale. Préférable au tartre stibié à titre de sédatif circulatoire. — Purgatifs. Calomel, huile de ricin, sels neutres, petit-lait manné : tous avantageux pour dégager le foie et l'intestin ; on y aura recours après qu'on aura combattu la douleur et la phlegmasie. — Vomitifs. Il convient de les prescrire rarement : ils augmentent la douleur au moment des secousses du vomissement ; un ipéca peut être indiqué.

2° Agents directs. — Sangsues et ventouses scarifiées : très précieuses contre la douleur ; injections hypodermiques efficaces contre la souffrance locale et les douleurs irradiées ; vésicatoires larges, volants ; petits vésicatoires pansés avec 0sr,0i de chlorhydrate de morphine.

B. Dans le cours de l'une des terminaisons. — Dans l'hépatite qui se termine par résolution, on emploie l'eau de Vichy, les tisanes alcalines, et localement les onctions mercurielles ou iodurées et les vésicatoires : on songe au rapatriement. Si la maladie marche vers la suppuration, on insiste sur les émissions sanguines locales, les applications vésicantes ou les cautères chimiques, les purgatifs répétés en en excluant les drastiques. On explore attentivement les organes et les fonctions pour s'efforcer d'entrevoir quelle sera la destinée ultérieure de l'abcès. Pendant l'évolution terminale, la résorption curative échappera presque toujours au médecin le plus attentif. S'il la soupçonnait d'ailleurs, il vaudrait mieux ne pas agir et rester dans l'expectation, pour ne porter aucun trouble à la fonction qui s'exécu te, mais soutenir l'organisme par les toniques et les analeptiques. Dans le cas beaucoup plus probable de migration du pus hépatique vers les organes, donner

un purgatif doux, la manne, la magnésie, si on constate qu'elle se fait par l'intestin ; si par le péritoine, opium à haute dose, sangsues, bains de fauteuil, etc.; si par la plèvre et le poumon, il pourra y avoir lieu de pratiquer la thoracentèse ou d'instituer le traitement de la pleurésie ou de la pneumonie. Si la migration du pus se fait parla paroi abdominale, on se trouve en présence de plusieurs questions pratiques qu'il convient d'apprécier.

1° Peut-on faire une ponction exploratrice?

Lavigerie pique le foie d'un chien de haute taille par dix piqûres faites en trois ou quatre jours avec un trocart de 0,02. L'animal ne paraît pas souffrir. Il est sacrifié le 10e jour, après qu'il lui a été pratiqué quatre grosses piqûres circonscrivant les dix premières. A l'autopsie on constate la présence des quatre piqûres récentes et la disparition de sept petites piqûres sur dix. On constate des résultats analogues chez les lapins (Lavigerie), chez le chat (B. Féraud). Chez l'homme, dans l'état de la question, on ne peut pas douter de l'innocuité de ces ponctions. Velpeau, de Castro, Bérenger-Féraud, Jacquemet de Montpellier ont ponctionné le foie à des profondeurs variables sans qu'il en résultât aucun accident. Bérenger-Féraud dit, en particulier, qu'il connaît aujourd'hui plus de cinquante cas dans lesquels le foie a été ponctionné dans son tissu, sans retentissement ultérieur sur l'organisme. J'estime en conséquence que le médecin est autorisé à pratiquer cette opération en s'aidant de l'emploi de l'aspirateur Potain dans les cas où il est urgent d'éclairer le diagnostic, ou quand une rupture dans le péritoine est à craindre, ou lorsque l'on se trouve en présence d'un danger imminent, tenant à 1 épuisement cachectique du malade.

2° Doit-on faire la ponction évacuatrice ?

Sans aucun doute, car l'évacuation provoquée du pus a donné plus de succès que l'évacuation spontanée. Comme le dit H. Rendu dans son très remarquable article du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales (1), « des statistiques récentes viennent prouver, à rencontre des faits avancés par Mac-Lean, l'utilité extrême de l'intervention chirurgicale dans les cas d'abcès du foie. M. de Castro a relevé les registres des hôpitaux d'Alexandrie [Union méd., 1870), et il a trouvé, pour l'année 1866, que la mortalité par abcès du foie, supérieure à 75 pour 100, chez les sujets non opérés, s'abaissait à 40 chez les malades opérés. La société d'Alexandrie a repris la question sur une plus grande échelle, et voici les résultats auxquels elle est arrivée :

Sur 112 cas de suppuration hépatique :

Non opérés Morts 80 pour 100.

Opérés — 32 —

Grands abcès :

Non opérés Morts 88 pour 100.

Opérés — G0 —

Petits abcès :

Non opérés ; Morts 00 pour 100.

Opérés — 30 —

3° Quel mode de ponction évacuatrice convient-il de choisir?

La ponction par le trocart pratiquée sans souci d'adhérences existantes entre le foyer de l'abcès et la paroi abdominale a donné des guérisons. A Mexico, cette ponction se fait sans inconvénients depuis une vingtaine d'années, d'après le Dr Léon Ram irez. Le

(I) H. Rendu, articlê Fàie, 4° iètiè, t. III, p. 77.

Dr Vertiz de Mexico y ajoute même les injections. Nous pensons qu'à moins d'urgence il ne convient pas d'imiter cette pratique, mais bien d'attendre que la rougeur des téguments, leur empâtement, leur état d'œdème, la douleur superficielle, l'immobilité de la tumeur permettent de penser que le pus est très voisin de la peau, et que des adhérences se sont établies. Dans ces conditions, il n'y a pas à hésiter, quant à ce qui concerne l'évacuation du pus. Mais la ponction ne devra pas être pratiquée simplement avec le trocart : l'emploi de l'appareil de Potain, de celui de Dieulafoy ou de tout autre aspirateur sera de règle.

Les procédés de Bégin et de Récamier sont utilisables quand rien ne presse. Dans le premier, les limites de l'abcès étant bien établies, on fait une incision de 0m,06 environ qui comprend la peau, le tissu cellulaire, les muscles, les aponévroses; on fend ensuite le péritoine pariétal comme pour le débridement d'un sac herniaire ; puis on panse la plaie à plat, et on ne touche pas ait pansement pendant trois jours ou davantage. Le péritoine enflammé ayant adhéré au foie, on ouvre l'abcès. Dans le second procédé, un fragment de potasse caustique de la taille d'une pièce de 50 cent, est appliqué sur le sommet de la tumeur. On attend la chute de l'eschare, puis on fait une seconde application du caustique sur le fond de la plaie. Quand le péritoine est enflammé et adhérent, on ouvre l'abcès avec la potasse, le bistouri ou le trocârt ordinaire.

Les soins consécutifs à .l'évacuation du pus des abcès hépatiques consistent dans l'introduction d'un tube a drainage phéniqué que l'on substitue à la canule à demeure, soit immédiatement, soit au boni de quelques jours ; dans l'emploi du pansement âfitîsêp1tiqne de Lister, bien préférable à l'injection détersive

poussée dans la cavité del'abcès (l);dans l'administration de 10 centigrammes d'extrait aqueux d'opium • dans une potion cordiale prescrite aux opérés pour obtenir pendant quelques jours le repos des plans musculaires de l'intestin et de la paroi abdominale (Bomet). Les médicaments toniques, le régime, l'envoi

(1) Notre collègue le D; Ayme nous a fait savoir tout récemment qu a Shanghai, les D- Little et Mac Leod ont obtenu de brillants succès, en conformant leur pratique aux règles suivantes •

« Aussitôt qu'on soupçonne, chez un malade, l'existence d'un abcès du foie, on doit immédiatement pratiquer une ponction exploratrice avec 1 ajguille la plus forte des appareils Potain ou Dieuiciioy,

« L'expérience ayant parfaitement démontré que ces ponctions sont inoffensives, on peut les répéter dans diverses directions jusqua ce qu'on ait trouvé du pus, ou qu'on ait acquis la conviction qu il n'en existe pas.

« Dès qu'on a trouvé le pus, on pratique sur un des côtés de l'aiguille qui sert de conducteur une incision de 5 à 6 centimètres et on divise, couche par couche, jusque dans les profondeurs de' abcès, qu'on videra, autant que possible, en comprimant fortement le foie à travers la paroi abdominale.

« La cavité de l'abcès sera ensuite lavée et désinfectée avec une solution phéniquée à 1 p. 100 jusqu'au moment où le liquide sortira limpide sans renfermer du pus, des grumeaux, ou des lambeaux de tissu sphacélé.

^ « Après avoir élargi les parties profondes de l'incision au moyen d'une forte pince, on place un drain plongeur du plus fort calibre, et on recouvre le tout d'un large pansement antiseptique de Lister.

« Pendant toute la durée de l'opération, on aura dû prendretoutes les précautions recommandées dans la méthode antiseptique.

« Le pansement sera changé aussitôt que ses bords seront souillés par un liquide séreux ou séro-purulent.

a A chaque pansement, on diminuera la longueur du drain de 1 à 2 centimètres, de façon à amener la cicatrisation à se produire du fond à la surface. » (Dr Ayme, communication écrite).

Cette méthode paraît se préoccuper trop peu, à notre avis, de l'existence des adhérences péritonéales, et les succès incontestables qu'ont enregistrés les Dr" Little et Mac Leod ne doivent pas nous faire perdre de vue la possibilité de revers dans des cas où, ces adhérences n'existant pas, le pus ou les liquides injectés seront susceptibles de pénétrer dans la cavité péritonéale, quelque minutieux que soient d'ailleurs les soins apportés à l'opération.

à un sanatorium, le rapatriement, l'usage des sulfureux à petites doses (Rouis), l'hydrothérapie, tels sont les moyens à employer pour obtenir la guérison définitive de la fistule hépatique et cutanée.

Le traitement de l'hépatite gangréneuse est des plus difficiles à régler. L'alcool, les vins généreux, le sulfate de quinine, l'alcoolature d'aconit, les stimulants diffusibles feront les frais du traitement général. Les symptômes locaux pourront indiquer d'urgence l'évacuation de l'abcès, son lavage, le drainage du pus gangréneux.

L'hépatite chronique est avantageusement traitée par l'emploi répété des vésicatoires, des cautères potentiels, combiné avec l'administration des purgatifs (calomel à la dose de 0gr,50 à 1 gramme à intervalles variables, aloès, gomme-gutte, savon médicinal, pilules bleues anglaises associées à l'ipéca, eaux salines purgatives). Le changement de lieu, le rapatriement sont absolument indiqués. Lorsque le foie aura repris ses dimensions normales, l'usage modéré d'une eau alcaline comme Vichy ou Vais, ou d'une eau minérale agissant surtout par sa thermalité, comme Plombières, combattra avec avantage la dyspepsie consécutive.

La prophylaxie de l'hépatite des pays chauds est à notre avis contenue presque tout entière dans l'hygiène de la peau et du tube digestif : elle n'a pas de rapport direct avec les causes infectieuses.

§ 21. — Phthisie pulmonaire.

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1. Genèse de la tuberculose et de la phthisie pulmonaire. — Il me semble qu'il n'y a aujourd'hui aucune pré- Lention à formuler, sous une forme positive, les causes premières et la caractérisation anatomo-pathologique générale de la tuberculose. Grâce aux travaux persévérants des ciiniciens et des micrographes de toutes les nations, grâce surtout — nous pouvons le dire sans aucune immodestie — aux recherches patientes e\ précises de la grande école clinique française, de Lâennec à Pidoux, la tuberculose et là phthisie pulmonaire sont bien connues dans" leur origine et dans leur évolution, si bien que la médecine, hors d'élal

de combattre à fond un ennemi qui reparaît sans cesse, céderait volontiers le pas à l'hygiène prophylactique' et à l'action administrative.

La tuberculose pulmonaire, pour ne parler que de la plus fréquente des manifestations de la diathèse tuberculeuse, est avant tout l'écho, sur les poumons, d'un état de déchéance organique, héréditaire ou acquis. Sous l'influence de cet état, et assez souvent sous l'influence secondaire d'une cause provocatrice commune à tous les climats, le refroidissement — je ne dis pas le froid — le tissu pulmonaire engendre, à la place des jeunes cellules qu'il produit constamment à l'état de santé, des cellules pauvres, sans vitalité, immédiatement arrêtées dans leur développement, et dont l'agglomération détermine la granulation, le tubercule, l'infiltration tuberculeuse, soit isolément, soit simultanément sur le même malade.

Quand l'influence héréditaire existe, la misère de l'organisme est déjà établie, et alors, souvent une simple occasion, une bronchite légère, fera éclater la tuberculose. Mais l'influence héréditaire peut être remplacée, et elle l'est souvent dans les grandes villes, par une misère organique acquise que déterminent la fatigue physique, l'alimentation insuffisante, l'étroitesse du logement, l'air vicié des grandes villes, l'alcoolisme, les maladies graves comme la fièvre typhoïde, les diarrhées rebelles indigènes et exotiques, les dysenteries chroniques, et nombre d'autres causes de débilitation organique. Toutes ces influences peuvent se passer de l'hérédité et donner la tuberculose acquise: elles produisent, à plus forte raison, la manifestation tuberculeuse, si le terrain est préparé par l'influence morbide des ascendants.

La phtbisie pulmonaire dérive presque toujours de

l'une ou l'autre de ces deux tuberculoses; elle est engendrée, dans un nombre beaucoup plus rare de cas, par les produits caséo-tuberculeux des phlegmasies broncbo-pulmonaires.

Dans ces conditions de genèse de la pbthisie pulmonaire, quel est le rôle des climats? c'est ce que nous allons essayer d'élucider.

2. Rôle des climats, — Le facteur le plus général des climats, la température, joue un rôle important, mais secondaire, relativement à celui de la misère constitutionnelle. En voici des preuves.

Lefroid continu n'engendre pas latuberculose. La maladie, en effet, ne s'est pas développée cbez les matelots des expéditions arctiques jouissant d'une bonne constitution. Les cbefs de ces expéditions, Maclure, Kane, Ross, etc., ont perdu, sans doute, quelques bommes, de consomption pulmonaire, mais ils ont eu soin de faire remarquer que leurs malades avaient cacbé leur état, au départ de la mère-patrie, afin de ne pas être exclus du personnel de l'expédition. D'ailleurs, parmi les indigènes desrégions arctiques, Esquimaux, Groënlandais, Sibériens du nord, la tuberculose pulmonaire est très rare, malgré la fréquence des maladies à frigore, localisées dans l'appareil broncbo-pulmonaire, bronchites aiguës et chroniques, pneumonies et pleurésies, fièvres catarrhales à détermination bronchique, comme la grippe endémique arctique. A quoi cela tient-il, selon toute vraisemblance? A ce que la débilité organique manque chez ces peuplades ; à ce qu'elles ont une nutrition active; à ce que leur constitution se caractérise, au dire de tous les voyageurs, par la pléthore sanguine; et à ce qu'elles vivent en dehors des influences de l'encombrement et du confinement, si communs dans les climats froids et tempérés.

Dans les zones tempérée et froide, où la tuberculose règne en souveraine, le froid intermittent, eh d'autres termes, la variation atmosphérique, à été élevée à la hauteur d'une cause première, dans la genèse de la maladie tuberculeuse. Cependant, quelle que soit son importance, cette influence doit, à notre avis, céder le pas à la misère physiologique,. Le refroidissement, qui a son écho sur la muqueuse broncho-pulmonaire, est sans cloute provocateur des troubles morbides qui précèdent la granulation ou le tubercule — il ne l'est pas toujours — mais la déchéance de l'organisme est, dans l'ordre des causes, la première en date. Où rencontre-t-on, en effet, la tuberculose pulmonaire dans les zones froides et tempérées? chez les héréditaires tuberculeux, les misérables, les hommes qui supportent des fatigues professionnelles prolongées, les gens affaiblis par les maladies chroniques, les femmes épuisées par la grossesse et l'allaitement, les constitutions ébranlées par de profondes secousses morales, les alcooliques, les débauchés, etc. Si le froid jouait un rôle capital, les tuberculeux se rencontreraient parmi les hommes habituellement exposés, soit à son effet continu, soit à ses variations, et l'on ne constaterait pas cette immunité étrange, au premier abord, que l'on observe dans la zone polaire, et, chez les Islandais, dans la zone froide. Or, écoutons le témoignage de notre collègue le D'Chastang: «Gomment expliquer l'immunité de l'Islande au point de vue de la phthisie? Je crois qu'il faut rechercher la cause de ce fait dans l'influence heureuse du froid sur certaines fonctions de l'économie, et dans l'usage continuel des huiles animales que font les Islandais et presque tous les habitants du Nord. Le lïuid, eu effet, diminue l'activité circulatoire

cutanée, mais l'hématose est augmentée, la respiration se fait avec énergie, la puissance digestive devient énorme et la digestion très active; l'estomac supporte des aliments copieux, très nourrissants, et les digère rapidement... Quant aux huiles de poisson, et en particulier l'huile de foie de morue, dont, comme nous l'avons dit, l'Islandais fait, de bonne heure, un usage quotidien, elles agissent d'une façon tout à fait analogue ; ce sont des aliments et des agents actifs de stimulation... Elles ne possèdent aucune propriété spécifique contre la phthisie, comme on l'a cru longtemps, mais en entretenant la nutrition, elles retardent le terme fatal de la maladie et peuvent même s'opposer aux effets des causes débilitantes qui pourraient la produire chez les gens qui ne l'ont pas (1). »

Voici des preuves plus directes du rôle secondaire que joue le froid, et plus particulièrement la variation atmosphérique. Si cette variation possédait une si grande influence sur le développement de la tuberculose et de la phthisie qu'elle engendre, elle ne la perdrait pas dans le cours de la maladie et pèserait constamment sur ces états morbides de manière à coïncider, par exemple, avec le plus grand nombre des décès. C'est ce que l'on a souvent avancé, mais voici les preuves du contraire fournies par la climatologie de Brest.

« Au mois où les variations thermométriques sont Ils plus faibles, en janvier, les décès par phthisie sont sensiblement au niveau de leur moyenne, et le mois qui suit celui des oscillations minima est celui où les décès sont devenus tout à coup très nombreux et peu

(1) Chastang, Étude médicale sur l'Islande, Campaçjne de la Pandore. Thèse, Montpellier, 18,66.

*yu PATHOLOGIE liXOTIQUE.

différents en nombre du mois suivant où ils atteignent leur maximum. »

« Au mois des variations de température les plus fortes, en juillet, les décès par phtbisie sont beaucoup au-dessous de la moyenne, et le mois qui suit celui du maximum de l'amplitude de ces variations est précisément celui où les décès sont à leur minimum. »

«Ainsi donc, s'il y a une relation entre l'amplitude des oscillations de la température et le nombre des décès par phthisie, cette relation est tout à fait en sens inverse de ce que l'on croit communément. Si ces oscillations agissent, ce n'est pas lorsqu'elles sont les plus fortes, mais lorsqu'elles se passent dans le voisinage des extrêmes du froid, au moment où elles sont les plus faibles. »

« Le moment des faibles oscillations du thermomètre ne coïncide donc avec rien de particulier dans le nombre des décès, et il est suivi du moment du plus grand nombre des décès. Aux grandes oscillations de température de l'été, correspond une diminution dans le nombre des décès, et ce moment est suivi précisément du minimum du nombre des décès. »

« Si les variations de température atmosphérique sont si à redouter, pourquoi donc, lorsque l'on quitte les régions tempérées pour remonter vers les régions froides et à fortes oscillations, voisines du pôle, voiton la phthisie disparaître presque complètement du cadre de la pathologie ? »

« Si les variations de température étaient une importante cause de mortalité par phthisie, c'est à Brest que l'on devrait venir chercher un refuge contre cette maladie, puisque le climat de Brest est plus égal que les autres climats de la France. Il est vrai que l'on a affirmé le contraire pour expliquer le grand nombre

des décès par phthisie dans cette ville. Mais c'est une assertion que tout notre livre dément (1). »

Voilà des preuves positives, basées sur des recherches statistiques et des observations météorologiques précises portant sur neuf années (1866-1875), et démontrant le rôlesecondaire, aumoins, des variations du thermomètre dans la marche de la tuberculose. En revanche, les causes de misère organique sont multiples à Brest, car l'hérédité tuberculeuse y est commune, la fièvre typhoïde endémo-épidémique s'y montre tous les ans, les irritations broncho-pdlmonaires y sont fréquentes, outre que la pauvreté et l'alcoolisme pèsent lourdement sur une bonne partie de la population. Sur des organismes ainsi débilités, le froid perd son action bienfaisante et tonique ; il contribue, d'une part, en abaissante chaleur animale, à affaiblir les constitutions ; il provoque, d'autre part, des phlegmasies bronchiques, provocatrices de la tuberculose.

Pourquoi cette maladie est-elle, de toute évidence, plus rare et moins sévère à Rochefort, centre de population maritime, qu'au port de Brest? L'antagonisme de la tuberculose et du paludisme souffre, sous toutes les latitudes, de trop nombreuses exceptions, pour qu'on puisse prétendre y trouver la cause de la rareté de la maladie qui nous occupe, pour ce qui concerne le département de la Charente-Inférieure. Est-ce à cause de la différence de latitude et des conséquences d'abaissement thermique qu'entraîne cette différence ? Mais cela ne serait pas favorable au port de Rochefort, du moins au point de vue des variations atmosphériques, car les oscillations saisonnières y

Jill 1' n0rLUS'i,L,e d'mat de Dresl> *es ''apports avec l'état sanitaire. J.-B. Uaillière, 1870.

sont beaucoup plus étendues qu'à Brest, les étés y étant le plus souvent très chauds et les hivers très rigoureux. Il y a donc autre chose, et cet autre chose c'est le bien-être matériel et moral dont jouit la population maritime de Rochefort, mieux logée, mieux nourrie, plus sobre que celle du port de Brest. Chez les gens riches, dit Bertillon, pour la France en général, la phthisie est moindre des deux tiers : n'est-ce pas le même fait ?

Enfin, si l'on veut bien se reporter au début de cet ouvrage et comparer la distribution géographique de la fièvre typhoïde avec celle de la tuberculose pulmonaire, que constatera-t-on ? le parallélisme dans la fréquence de ces deux maladies quand on va du pôle à la limite inférieure de la zone tempérée, et une grande divergence, dans cette fréquence relative, si on compare les deux affections de la zone chaude à l'équateur. Cherchons-en consciencieusement les motifs.

La fièvre typhoïde, avons-nous dit ailleurs, est presque nulle dans la zone polaire : elle commence à paraître dans les centres de population delà zone froide; elle acquiert son intensité maximum dans les climats tempérés, puis diminue d'une manière très sensible, à mesure que, passant des climats chauds à la zone torride, on se rapproche de l'équateur. Pourquoi se comporte-t-elle ainsi ? parce qu'elle est directement liée, par sa genèse, à l'impureté aérienne, parce que c'est une maladie infectieuse sociale, urbaine surtout, rurale moins souvent, et parce que les conditions de son développement se rencontrent au maximum dans les grandes agglomérations humaines. Au pôle, on ne la constate pas, parce que les basses températures s'opposent à l'éclosion de tous les infectieux, quels

qu'ils soient ; dans les zones chaude et torride, la production du miasme typhoïde est limitée, parce que la vie s'y passe souvent en plein air, et parce que l'encombrement des habitations privées et publiques y est bien plus facilement évité.

La tuberculose, de son côté, est également une maladie sociale, mais ses facteurs ne sont pas les mêmes que ceux de l'endémie précédente; aussi ne la rencontre-t-on pas toujours dans les mêmes localités qu'elle, comme l'a démontré Lombard de Genève, par des statistiques précises. Elle n'existe pas aux pôles ; elle apparaît, comme la fièvre typhoïde, dans la zone froide et dans la zone tempérée, parce qu'elle y trouve ses conditions génératrices, l'agglomération humaine, la misère, les maladies débilitantes, l'alcoolisme, et toutes les causes de la misère physiologique. On la voit alors atteindre les chiffres de 108,8 sur 1000 décès à Edimbourg, de 121,2 à Londres, de 144,3 à Paris, de 175,7 à Bruxelles, de 172,7 à Christiania, de 117 à Copenhague, etc. (i).

Si aux causes que je viens d'énumérer, nous joignons l'action provocatrice du refroidissement, nous nous rendrons aisément compte de l'accroissement des cas de tuberculose pulmonaire en marchant du sud vers le nord, soit en France seulement, soit pour l'Europe tout entière, accroissement constaté par Lombard; et nous aurons dressé le bilan étiologique de la tu-

(i) Ces chiffres précieux, et ceux que nous donnons plus bas ont été fournis par Lombard, de Genève. A Brest, la mortalité de' la population est encore plus forte que dans les villes que j'ai citées ci-dessus : elle est de 291 sur 1000 décès : à l'hôpital maritime, elle devient énorme, car d'après les recherches statistiques parfaitement exactes d'ailleurs, du Dr Borius, elle atteint le chiffre de :J55.

NlELLY.

•*y* PATHOLOGIE EXOTIQUE.

berculose pulmonaire dans les zones dont nous parlons.

Continuons l'étude parallèle des deux maladies. A partir de la zone chaude et jusqu'à l'équateur, la fièvre typhoïde et la tuberculose pulmonaire divergent au point de vue de la fréquence. La première diminue dans une proportion très sensible, et, comme nous l'avons dit avec Arnould, Kelsch, Dutroulau, Brassac, Bérenger-Féraud et plusieurs autres de nos collègues,' elle est moins fréquente, moins grave, moins complète, en Algérie, aux Antilles, à la côte occidentale d'Afrique, etc. La tuberculose, de son côté, que devient-elle ? Distinguons, comme nous l'avons toujours, fait dans le cours de cet ouvrage, la zone chaude et la zone torride.

Dans la zone des climats chauds, c'est-à-dire entre les lignes isothermes + 25° et + 15°, la tuberculose pulmonaire est, sauf de rares exceptions qui se rapportent encore à de grands centres comme Madrid, incontestablement beaucoup plus rare que dans la zone tempérée et sa mortalité se maintient dans des limites sensiblement inférieures à celles que nous avons fixées, d'après Lombard, pour les villes du centre et du nord de l'Europe. On compte en effet 112 morts de tuberculose pulmonaire pour 1000 décès à Lisbonne; 54 à Malaga; 25, 1 à Alexandrie d'Egypte et 100,9 au Caire pour la population indigène de ces deux villes; 74 en Algérie, etc. Cette diminution de fréquence est-elle due uniquement à l'influence favorable d'une température moins sévère? Je ne le pense pas, car j'estime que cet heureux effet donnerait des résultats beaucoup plus satisfaisants encore que ceux que l'on enregistre. Si la tuberculose continue à exercer ses ravages, c'esl que les conditions ordinaires de sa genèse, toutes les

misères sociales, persistent dans tous les centres populeux, quelle que soit leur latitude; la température étant moins agressive, la fonction pulmonaire en profite, ainsi que l'organisme lui-même, et la tuberculose trouve moins souvent l'occasion de se révéler par ses déterminations morbides habituelles, mais elle est loin de disparaître, et pour cause.

Les effets de la débilité organique sont encore plus évidents sous la zone torride, en ce qui concerne la genèse de la tuberculose. Ici la fièvre typhoïde, avonsnous dit, diminue sensiblement de fréquence et d'intensité, parce que le confinement domestique et les infectieux sociaux sont beaucoup moins actifs, mais la tuberculose ne diminue pas, toutes les fois que la race est misérable. Je ne parle donc pas, en ce lieu, de l'influence des climats torrides sur les Européens, je m'en occuperai tout à l'heure ; je ne veux parler ici que des races indigènes intertropicales, seules comparables, comme masses populeuses, aux populations condensées d'Europe et d'Amérique vivant dans la zone tempérée. Si les groupes humains des climats torrides, Indiens, Indo-Chinois, Polynésiens, Nègres de l'Afrique et de l'Amérique intertropicales, sont, sur beaucoup de points, décimés par la tuberculose, c'est lorsqu'ils sont misérables, c'est-à-dire dégradés par l'esclavage, la syphilis, l'alcoolisme, le libertinage, la faim et toutes les autres causes de misère. Le refroidissement, commun surtout pendant la saison fraîche, joue sans doute, sous la zone torride comme sous la zone tempérée, son rôle agressif ordinaire; mais c'est la le dernier acte d'un drame dans lequel la débilité organique ouvre la scène. Écoutons des témoignages autorisés.

« Au point de vue de la santé, la constitution des

*wo PATHOLOGIE EXOTIQUE.

Annamites ne paraît pas très vigoureuse Les

phthisies sont, chez les Annamites, assez communes » (Dr Richaud) (1).

« Nous avons sous les yeux une série d'observations faites, en 1853, aux îles de la Société, à Taïli. Voilà un climat maritime et égal par excellence ; la phthisie y ravage la population indigène. Les variations de température y sont-elles pour quelque chose? »(DrA. Bonus) (2).

La syphilis, le libertinage, l'alcoolisme et la phthisie ravagent les populations indigènes de Taïti, des Marquises et de plusieurs archipels polynésiens (de Gomeiras, de Rochas, etc.).

« Le climat de la Nouvelle-Calédonie est un des plus salubres que Ton puisse rencontrer; néanmoins, par suite des mauvaises conditions hygiéniques qui tiennent à leur état social, les indigènes ont une moyenne de longévité très peu élevée et sont sujets à un grand nombre de maladies. En première ligne, nous devons signaler la phthisie, qui est excessivement étendue. Ainsi sur 300 à 400 naturels qui s'étaient groupés autour des missionnaires, 60 sont morts en trois ans, presque tous à la suite de cette maladie. Gomme à Taïti, la tuberculisation pulmonaire parcourt rapidement ses périodes. Les bronchites sont assez fréquentes dans la saison fraîche, en raison des brusques changements de température, et elles ont indubitablement une très grande influence, comme cause déterminante de l'évolution des tubercules » (3).

« A Canton, les tubercules se rencontrent particu-

(1) Ricliaud, Topoi/rap/rie méd. de la Coc/i. française {Avch. de méd. nav., 1864).

f>) Borius (A.), Le climat <l<- Uns/, p. 348 et suiv. Paris, 1S7:>. (3) Archives de méd. nav., 1°'' semestre, I8C6, p. 18.

librement chez les sujets des classes pauvres dont les jeunes générations manquent d'air, de lumière et d'une alimentation suffisamment réparatrice » (Friedel)» (J).

« L'humidité extrême du climat de Rio, les variations thermo-hygrométriques auxquelles la race noire est si sensible, surtout parmi les esclaves, la coupe des forêts qui environnaient la ville, l'augmentation rapide de la population en un court espace de temps, l'agglomération d'un grand nombre d'animaux, la misère, l'action dépressive du climat, la nature de l'alimentation, la démoralisation qui va envahissant les diverses classes de la société, voilà les grandes influences étiologiques qui, pour les médecins du Brésil, ont imprimé à la phthisie une fréquence de plus en plus inquiétante. »

« Comme causes plus particulières, ils invoquent encore un grand nombre d'éléments étiologiques : la vie déréglée, l'altération des substances alimentaires, fréquente dans un climat qui favorise leur décomposition; l'abus toujours croissant des liqueurs alcooliques et du tabac; la prostitution qui a pris un regrettable développement depuis l'arrivée delà cour du Portugal en 1807; le célibat chez les femmes » (Bourel-Roncière) (2).

«Sous l'équateur, comme à Paris, la phthisie est plus fréquente chez la femme que chez l'homme. La classe des mulâtresses, à la Martinique, est dans les plus fâcheuses conditions ; c'est elle qui fournit à la débauche publique et elle en subit toutes les conséquences: humiliations sociales, privations domesti-

(1) Archives de méd. nav., I8GC, 2" semestre, p. 170.

(2) Bourel-Rtfncière, La station du Brésil et de la Plata [Àrèh. ik méd. nav., 1872).

l98 PATHOLOGIE EXOTIQUE.

ques pour soutenir un luxe extérieur, désordres des passions, vices de l'oisiveté. Quels éléments de phthisie ! » (Rufz de Lavison) (1).

« Aux Antilles, l'habitation des villes n'est pas sans influence sur le développement de la tuberculose pulmonaire qui s'observe beaucoup plus rarement chez les sujets adonnés aux travaux agricoles, malgré les intempéries de toute sorte auxquelles ils sont exposés » (Saint-Vel)(2).

« Aux Antilles, la phthisie fait de nombreuses victimes parmi les créoles blancs et les mulâtres: elle atteint aussi, dans une proportion moindre, mais encore assez grande, la race africaine; elle sévit surtout sur la population des villes. Les mauvaises conditions hygiéniques, l'alimentation végétale grossière, insuffisante, les tristes conditions sociales du plus grand nombre des individus appartenant aux races colorées qui habitent les villes, expliquent la disposition qu'ils présentent à contracter la phthisie » (Saint-Vel) (3).

Trouvera-t-on ces diverses citations concluantes, et ne sont-elles pas préférables aux données statistiques des plus incomplètes dont nous disposons ? Affirmons donc, avec Pidoux, que le remède de la phthisie, c'est l'amélioration physique et morale des masses.

3. Changement de climat des diverses races. — Cette question ne peut être tranchée par la statistique qui n'est pas même ébauchée, soit pour la race blanche dans ses déplacements vers les climats torrides, soit pour la race nègre dans ses migrations vers les zones

(1) Rufz do Lavison, Études sur la plithisie à la Martinique (Mémoires de l'Acad. deméd., 1843, t. X, p. 22;)).

(2) Saint-Vel, Traité des maladies des régions intertropicales, p. 362.

(3) Saint-Vel, ibid., p. 3(iG.

MALADIES DES ORGANES ET DES APPAREILS. 499 froides et tempérées: elle 'est cependant susceptible d'une solution qui est conforme aux principes que nous avons établis dans le paragraphe précédent.

La tuberculose pulmonaire de l'Européen etla phthisie qui en est la conséquence galopent dans les pays torrides. Cette proposition, formulée pour la première fois, en 1856, par J. Rochard, a rallié la grande majorité des suffrages et ne souffre que de très rares exceptions. Cela ne veut pas dire que le climat torride développe la tuberculose chez l'Européen par le seul fait de la débilitation que produisent la température élevée, les sueurs profuses, la perte de l'appétit, la diminution de l'hématose et de toutes les fonctions hématopoiétiques, y compris celle du foie, etc. ; cela signifie que l'Européen, candidat à la tuberculose par hérédité, voit très souvent la détermination pulmonaire de la diathèse suivre une marche rapide et fatale sous l'influence débilitante du climat. Allan-Webb, Morehead, Ranald Martin, Twinning, ont formulé leur opinion d'une manière précise au sujet des Anglais arrivant au Bengale avec le germe de la phthisie. A Bang-Kok (Siam), la tuberculose détermine un grand nombre de décès chez les Européens et particulièrement parmi le personnel féminin des missions. Pour la Cochinchine, Layet a conclu que la phthisie pulmonaire y progresse fatalement , qu'elle y prend un caractère rapide et funeste et que les conditions hygiéniques et climatériques de la province sont éminemment propres à donner naissance à la maladie, soit directement, soit indirectement, comme conséquence de l'anémie et des affections gastro-intestinales chroniques. ATaïti, la phthisie entre pour plus d'un quart dans la mortalité des Européens. Pour la côte occidentale d'Afrique, les avis sont partagés. Le Gabon, au

5()U PATHOLOGIE EXOTIQI'K.

dire de Griffon du Bellay, ne doit pas être considéré comme défavorable aux phthisiques, les agressions dues au refroidissement y étant plus rares qu'ailleurs, à cause de l'uniformité du climat; le Gabon jouerait donc, pour les poitrinaires, un rôle bienfaisant analogue à celui des stations d'hiver de la côte méditerranéenne : cette opinion nous paraît avoir besoin d'une sanction établie sur des observations portant sur une longue série d'années. Au Sénégal, dit le Dr Chassaniol, la tuberculose ne subit pas, de la part du climat, une influence impulsive fâcheuse pour l'Européen ; mais il faut bien le dire, cette assertion est contredite par la grande majorité de nos collègues, par plusieurs statistiques locales, et par ce qui se passe habituellement, en d'autres lieux, sous les mêmes influences torrides. Aux Antilles, en effet, la tuberculose prend fréquemment une marche aiguë et contraint les médecins coloniaux à prescrire le repatriement rapide des malades; en Nouvelle-Grenade, dans les terres chaudes du Mexique, sur la côte du Venezuela, clans les Guyanes, au Brésil, on constate une môme influence funeste sur l'Européen qui porte des germes de tuberculose.

Le déplacement de l'Européen, des zones froides et tempérées vers la zone des climats chauds, loin de produire les mêmes effets désastreux que la migration vers les climats torrides, donne le plus souvent des résultats satisfaisants, quand les conditions de ce déplacement et du séjour du malade dans la localité choisie ont été bien réglées. Il est facile de se rendre compte de cette influence heureuse, si l'on prend pour point de départ les causes premières de la tuberculose, d'une part, la saine physiologie de l'autre. Quelles sont les influences que doit éviter le tuberculeux ? l'affai-

MALADIES DBS ORGANES ET DES APPAREILS. b6i

bassement progressif de l'organisme, les refroidissements ; pour se garer du premier, il n'est pas exposé, dans la zone chaude pendant l'hiver, aux sueurs dé-, bilitantes, à l'obligation du séjour dans la demeure pendant la durée du jour, à la perte de l'appétit, à l'agitation pendant le sommeil due à une chaleur exagérée de l'atmosphère ; pour éviter les seconds, il vit dans une température plus douce que dans les climats tempérés, et n'a pas à redouter, s'il conduit bien sa vie de malade, les bronchites, les congestions pérituberculeuses, les pleurésies partielles que le refroidissement engendre. « L'indication climatologique, dit James Henry Bennet, est de rester autant que possible, été comme hiver, dans une température moyenne au-dessus de 12°, au-dessous de 20°, le jour. Cette température est la plus favorable, physiologiquement, à l'homme. Elle semble permettre et faciliter cet équilibre de ses fonctions, qui produit la santé. Une température plus basse, lorsqu'elle est prolongée, donne lieu à des accidents maladifs des organes respiratoires et des reins. Une température plus élevée, prolongée, donne lieu à des accidents maladifs du côté des voies digestives, biliaires et cutanées. Donc, l'hiver, il faut descendre au midi, l'été remonter au nord, si on le peut. » On ne saurait mieux dire.

Cependant, on a voulu faire mieux, et conseiller, sous l'influence de faits, exacts d'ailleurs, mais quelque peu trompeurs, la migration de l'Européen tuberculeux de la plaine, vers les altitudes. Il est incontestable que l'habitation des villes des hauts plateaux, Potosi,Oruro en Bolivie, Quito clans rÉquatcur, Santa- Pé <lo Bogota en Nouvelle-Grenade, Arequipa, Micuipaupa au Pérou, Mexico, aussi bien que celle des villes à altitude moins grande, jusqu'à 800 mètres au

minimum, est favorable au libre jeu des fonctions, et que les populations qui les habitent y prospèrent. Mais les tuberculeux? Ceux qui sont nés et qui ont vécu sous ces altitudes, n'y ont-ils pas été soumis, pendant une longue période d'années, à une sélection qui en a considérablement diminué le nombre, et dès lors, peut-on s'étonner qu'ils soient plus rares qu'ailleurs ? Quant à ceux qui ont été dirigés vers ces hauteurs dans un but de guérison, que sont-ils devenus? En fait, nous n'avons pas de chifFres précis qui nous renseignent sur les améliorations qu'a pu apporter dans leur état l'influence de la pression moindre, de la diète aérienne, de la température plus tonique, du vent plus rare, c'est-à-dire des modificateurs sur lesquels on compte pour l'amélioration delà tuberculose. Pouvons-nous admettre, par contre, en restant sur le terrain solide de la physiologie et de la clinique, que la température basse des altitudes, si favorable d'ailleurs aux saines constitutions, ne soit pas dépressive de la vitalité chez les tuberculeux, et ne menace pas l'intégrité du tissu pulmonaire, par l'intermédiaire des bronchites, des pleurésies, des congestions localisées? Je ne le crois pas, et j'estime qu'agir ainsi, c'est appliquer à des malades une méthode d'endurcissement dont ils sont incapables de supporter les effets.

Les voyages sur mer constituent pour l'Européen phthisique une sorte de changement de climat dont les influences ont été magistralement appréciées par J. Rochard devant l'Académie de médecine. Les propositions qui vont suivre résument l'opinion de ce médecin et celles de la plupart de nos collègues.'

1° Les voyages sur mer accéléreront la marche de la tuberculisation pulmonaire beaucoup plus souvent qu'ils ne la ralentiront.

2° A pari de rares exceptions, qu'il faut bien admettre en présence de faits rapportés par des hommes dignes de foi, la phthisie marche, à bord des navires, avec plus de rapidité qu'à terre.

3° Les professions navales doivent être interdites de la manière la plus formelle aux jeunes gens qui semblent menacés de phthisie, et auxquels on a coutume de les conseiller.

4° Les tuberculeux ne pourraient retirer quelque fruit de la navigation qu'en se plaçant à bord dans des conditions hygiéniques spéciales, qu'en changeant de climat et de localité, au gré des saisons et des vicissitudes atmosphériques.

5° Les voyages par terre, le séjour prolongé dans une campagne bien choisie, permettent d'atteindre le même but avec moins de frais et moins de dangers.

Il est de tradition de penser et d'écrire que la race nègre succombe généralement à la phthisie pulmonaire quand elle quitte les latitudes torrides pour vivre dans la zone tempérée et même dans quelques localités qui font partie de la zone chaude. On s'appuie sur le fait relaté par Boudin, d'un régiment noir anglais, composé de 1800 hommes, qui disparut presque entièrement, à Gibraltar, dans l'espace de 15 mois, par suite de tuberculose pulmonaire, et aussi sur la mortalité considérable qui frappait les forçats nègres au bagne de Brest. Ces faits ne sont pas douteux, mais le développement de la tuberculose clans ces circonstances tenait-il réellement au changement de climat, et les influences de ce dernier seraient-elles fatales, en toutes circonstances ? J'ignore quelles sont les diverses causes qui ont développé la tuberculose pulmonaire sur les soldais noirs cités par Boudin } mais, à Brest, ne doit-on pas tenir le plus grand compte

»04 pathologie exotique.

de la vie matérielle et morale du forçai nègre, et delà facilité d'éclosion que devait avoir, dans le bagne, la tuberculose, si on y ajoute l'influence, si commune à Brest, des phlegmasies aiguës des voies respiratoires? Le nègre vivant dans des conditions satisfaisantes d'hygiène physique et morale s'est acclimaté sous la zone tempérée et même dans la zone froide. En France, on ne peut guère s'appuyer que sur des cas individuels ; mais dans le nord de l'Amérique, clans le Massachussets, dans l'Acadie, au Canada, le noir bien nourri, bien vêtu, non exposé au mépris ou aux mauvais traitements du blanc, a vécu et a fait souche, malgré la température. D'ailleurs, je ne veux pas m'étendre sur ce sujet qui est, à mon avis, tout à fait indifférent à l'avenir de la race humaine. La race nègre n'est pas appelée, pour bien des motifs que je n'ai pas à discuter ici, à s'étendre clans la zone tempérée : l'avenir ne lui appartient pas, mais bien aux croisements des trois races humaines.

§ 22. — Tétanos.

On observe, en pathologie exotique comme en pathologie indigène , les deux variétés classiques du tétanos, le T. spontané et le T. traumatique. L'étude de géographie médicale dont se composera ce paragraphe nous fournira quelques renseignements sur la fréquence et les caractères de ces deux variétés, dans les différentes zones climatériques, ainsi que sur la répartition géographique et les causes présumées du tétanos des nouveau -nés.

A consulter :

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Dicujis (J.-A.). — Observations méd.-chir. recueillies sur divers

points du globe. Thèse, Montpellier, 186i. Mo in et (J.-C). — De l'influence des climats chauds sur le irauma- ^ tisme, chez l'Européen. Thèse, Montpellier, 1866. Gras (J.-C.-B.). — Quelques mots sur Miquelon. Thèse, Montpellier 1867. 1 •'

Saxguer (A. -M.). — Quelques mots sur le Tétanos. Thèse, Paris 1869. '

Rey. - Géographie médicale, passim (Dict. de mèd. et de chir. pratiques, 1872).

Bourel-Ronciére. — La station du Brésil et de la Plata (Arch. de mèd. nav., 1872, 2« semestre, p. 28 et p. 370).

Carbonnel (P.-F.-A.-T.). - De la mortalité actuelle au Sénégal, etc. Thèse, Paris, 1873.

Allessandri (P.-A.).<- Quelques considérations sur le Tétanos ù la Guyane française. Thèse, Montpellier, 1874.

Bérenger-Féuaud. - Maladies des Européens au Sénéqal, 18 75 t. 1, p. 208 et suiv. '

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Ureton (J.-F.). — Quelques considératioiis sur la quérison des plaies chirurgicales et traumaiiques chez les Annamites. Thèse, I ans, 1876. '

Giunoer (A.). - Du tétanos spontané. Thèse, Montpellier, 1877.

Hociiefort (E ). - ^cherches sur les flèches empoiso?inées des naturels des îles de l océan Pacifique (Arch. de mèd. nav. 1877 1er semestre, p. 385). ' '

Roux (F.). — Va cas de tétanos guéri par le chloral, à Chandernagor (Arch. deméd. nav., 1877, 2e semestre, p. 313)

Rochard (J.). Bulletin de l'Académie de médecine. Séance du U avril 1877, p. 439. — Influence du climat et de la race sur la marche des lésions traumatiques et la gravité des opérations chirurgicales. » r

Union médicale 1877, 1" semestre, p. 693. Compte rendu du

travail précèdent.

Progrès médical, 1877, p. 329, même sujet.

1° Climats froids. —Le tétanos des nouveau-nés est commun en Islande, où il porte le nom de Ginklofi II est entré, à certaines époques, pourpres d'un tiers dans le chiffre total des décès généraux. Il atteint les enfants après la chute du cordon ombilical, sans qu'on ait pu établir, jusqu'à présent, que le mode de pansement du cordon ait déterminé quelque complication

XlKl.l.V. gg

susceptible d'être invoquée pour expliquer le développement du tétanos. Le Dr Schleissner, chargé d'une enquête par le gouvernement danois, a cru devoir conclure de ses recherches que le tétanos infantile d'Islande avait pour cause l'impureté de l'atmosphère des cabanes des pêcheurs. Notre collègue le Dr Jacolot paraît douter de la réalité de cette influence, et il est de fait que ces mauvaises conditions d'hygiène sont loin d'être spéciales à l'Islande. L'action du froid humide, qui est une cause bien établie de tétanos spontané, sous toutes les latitudes, a été invoquée pour expliquer le tétanos des nouveau-nés d'Islande, et à ce compte, il constituerait une maladie à frigore, spontanée ; mais alors comment se fait-il que l'affection ne soit pas plus fréquente dans le nord de l'Angleterre, de 1# Norwège et de la Suède et chez les peuples des latitudes polaires? J'incline à penser que le tétanos des nouveau-nés d'Islande a deux facteurs, le froid humide et la plaie du cordon ombilical, le premier agissant sur la seconde et déterminant, par son intermédiaire, des complications génératrices du tétanos. Mais je suis hors d'état d'en établir les preuves sur des faits positifs.

A Miquelon (Terre-Neuve), le tétanos des nouveaunés n'est pas rare, puisque notre collègue le Dr Gras, sur 297 enfants, en a vu 5 succomber aux suites de cette maladie. Gras accuse l'influence du froid humide, laquelle a toujours coïncidé avec les cas qu'il a observés. Il a constaté, en outre, un cas mortel de tétanos traumatique survenu chez un enfant de 8 ans, atteint de plaie régulière par instrument tranchant, au pouce gauche ; le cinquième jour, l'enfant était sorti par un temps humide et froid ; il est mort 48 heures après. Je ne puis m'empêchcr de m'étonner

que le tétanos des nouveau-nés ne soit pas plus fréquent dans l'île voisine de Saint-Pierre, à Saint-Jean de Terre-Neuve, au Labrador, au Canada, etc., si le froid humide est le seul facteur. Je crains bien qu'il n'y ait encore là quelque influence fâcheuse de la médecine domestique dans les soins apportés au pansement du cordon ombilical, à Miquelon.

2° Climats tempérés. — Le tétanos spontané et traumatique et le tétanos des nouveau-nés sont relativement très rares dans ces climats. Il faut cependant faire exception pour le littoral de la Plata. A Montevideo, les Européens sont, plus fréquemment qu'ailleurs, atteints du tétanos traumatique, à la suite des plaies des membres. Plusieurs blessés du combat d'Obligado ont succombé par le fait de cette complication. Les créoles blancs et métis y sont moins sujets. Les nouveau-nés de race colorée et blanche, ces derniers en moindre proportion, succombent assez souvent, à Montevideo comme à Buenos-Ayres, au mal de los siete dias, mal des sept jours, c'est-à-dire au trismus neo-natorum qui menace l'enfant vers le septième jour. On considère que le nouveau-né n'est à l'abri du tétanos que lorsqu'il a franchi la troisième semaine. L'atteinte est presque toujours mortelle. On ne voit pas quelle condition climatérique il est possible d'invoquer pour expliquer ces graves accidents, soit chez l'adulte, soit chez le nouveau-né; toutefois, relativement à ce dernier, personne n'ignore qu'à la Plata, comme au Brésil, une pratique très répandue parmi les négresses et les mulâtresses consiste à appliquer des substances irritantes sur le cordon. Une péritonite mortelle est quelquefois aussi la conséquence de ces manœuvres.

3° Climats chauds et, lurrides. — On y retrouve, sur-

o08 PATHOLOGIE EXOTIQUE.

tout dans la zone, torride, le tétanos traumatique et spontané des adultes et le trismus des nouveau-nés.

La maladie est fréquente et grave à Saint-Louis du Sénégal. Il ne faut pas d'ailleurs s'en rapporter, dit Bérenger-Féraud, au chiffre des entrées pour tétanos a l'hôpital maritime, car ce mode d'appréciation ne fournirait que 63 tétaniques environ sur plus de 42 000 malades entrés à l'hôpital de Saint-Louis, dans le cours de vingt années : pour arriver à des résultats quelque peu précis, il conviendrait d'établir des statistiques aussi exactes que possible , portant sur la population civile, les indigènes surtout, souvent atteints par le tétanos, et sur le personnel militaire, moins fréquemment frappé. Carbonnel , dans une période de temps assez courte, a vu deux cas de tétanos sur des nouveau-nés, et un cas sur une négresse après une suppression brusque des règles. Je tiens du LV Ghassaniol, qui a acquis une grande expérience des maladies des indigènes du Sénégal, que les petits noirs du village de Guet'n'dar (1) sont beaucoup plus fréquemment atteints que ceux de l'intérieur : or ce village est constamment exposé aux brises fraîches, aux variations thermiques et se trouve souvent dans les conditions de genèse des maladies à frigore.

A Gorée, c'est-à-dire encore dans une atmosphère maritime , on constate une fréquence analogue. Bérenger-Féraud en a observé 8 cas sur la population indigène de cette île (3 500 âmes) dans l'espace des deux années 1871 et 1872. Pour ce médecin, les transitions brusques de température jouent un rôle plus important que la saison, ce qui expliquerait en outre l'apparence épidcmique que prend parfois la

fl) En l'aci! de SaiuWLouis, sur Lo bord de la nier.

maladie. Les noies sont atteints beaucoup plus souvent, que les Européens, dans une proportion de S à 1, mais ce chiffre pourra être modifié par des statistiques plus complètes.

A la Côte d'Or, les trois variétés du tétanos sont fréquentes chez le nègre. Le trismus des nouveau-nés y porte le nom de maladie des neuf jours, le nègre ayant la conviction que l'enfant ne court plus de dangers à partir du dixième jour.

Le tétanos traumatique, dit Quintin, est souvent funeste aux nègres du Soudan, malgré le triste privilège dont ils jouissent, comme toutes les races colorées, de subir les lésions traumatiques et chirurgicales les plus graves sans éprouver ces réactions fébriles et douloureuses qui sont si fréquentes dans la race blanche.

Au cap de Bonne-Espérance, le tétanos est fréquent chez les adultes nègres, et le trismus chez les nouveaunés de la même race.

Les enfants noirs de la Réunion sont souvent atteints, à l'époque de la première dentition, du mal des mâchoires, et les adultes de tétanos traumatique.

On a de même l'occasion fréquente d'observer le tétanos traumatique sur les indigènes du littoral de la mer Rouge, Arabes, Éthiopiens, Nègres.

La race hindoue partage avec la race nègre le triste privilège d'être plus sujette au tétanos que toutes les variétés de la race blanche. Le nègre et l'Hindou sont d'ailleurs mal équilibrés au point de vue de l'innervation : le premier, mobile comme l'enfant, geignant à la moindre douleur ; le second, apathique et indolent, sans réaction contre le moindre choc. Faut-il y voir une prédisposition au tétanos? En fait, clans l'Inde, cette maladie frappe les Hindous beaucoup plus sou-

vent que les Européens ; ;\Pondichéry,elle décime surtout les enfants des natifs, dit Huillet. Nos collègues Treille et Granger ont observé, le premier trois cas, le second un seul, de tétanos spontané authentique sur des navires transportant des immigrants hindous. L'un de ces cas a rapport à une jeune femme de 22 ans de caste hindoue, bien réglée, n'ayant subi aucun traumatisme, ne portant aucune plaie de la peau, mais ayant séjourné sur le pont au milieu de la nuit, et y ayant subi l'influence du froid humide. Le second est relatif à un Hindou de 27 ans qui s'était couché, pour dormir, à l'embouchure d'une manche à vent, c'est-àdire en plein courant d'air continu. Le troisième malade, âgé de 23 ans, également indemne de toute blessure, s'était placé presque nu sous la ralingue de la grand'voile goélette. Le quatrième était dans le même cas. Deux de ces malades ont succombé.

Tous nos collègues signalent la rareté du tétanos chez les Annamites et chez les Européens vivant en Gochinchine (Richaud, Breton). Il paraît en être de même chez les Chinois ; cependant on en constate un certain nombre de cas, tous les ans, à Shang-haï, parmi les indigènes. On ne l'a pas signalé au Japon.

Le tétanos traumatique n'est pas rare en Malaisie, il a été assez fréquemment, dans les îles de la Sonde, la conséquence de blessures de guerre, de piqûres par les rayons épineux de certains poissons, de plaies et d'ulcères, tant chez l'Européen que chez le Malais. Le tétanos des nouveau-nés a été signalé aux Philippines, îles moins torrides que celles qui appartiennent aux autres archipels de la Malaisie.

Aux îles Santa-Gruz (Polynésie), dans l'archipel dont fait partie Vanikoro, où périt Lapeyrouse, un officier et deux marins anglais ont succombé au tétanos trau-

MALADIES DES ORGANES ET DES APPAREILS. bil

matique consécutif à des blessures de flèches non empoisonnées des naturels (août 1875).

Aux îles Mariannes, on observe fréquemment le trismus des nouveau-nés, mais nous en ignorons encore la raison.

Kermorgant ne fait pas mention du tétanos parmi les maladies des Canaques de la Nouvelle-Calédonie. Il paraîtrait cependant que la maladie n'est pas rare parmi eux, et que les indigènes la redoutent à juste titre (Rey).

En résumé, le tétanos paraît accidentel en Malaisie torride, et il y aurait lieu de s'enquérir avec soin des causes de la fréquence exceptionnelle de la maladie aux Philippines et aux Mariannes.

Le tétanos est au contraire assez fréquent dans la zone torride de l'Amérique.

A Yera-Cruz, on l'attribue au refroidissement quand il est spontané, je parle de celui qui atteint les adultes : le tétanos des nouveau-nés n'y a pas été signalé. A Guayaquil, au contraire, les enfants y sont très sujets et l'on a attribué ce fait, sans preuves, à la ligature mal opérée du cordon ombilical et à l'irritation qui en est la conséquence. Aux Antilles, Saint- Vel invoque l'action du froid humide pour expliquer l'éclosion du tétanos spontané de l'adulte et d'un certain nombre de cas de tétanos des nouveau-nés ; mais, dit-il, le mal des mâchoires peut avoir pour point de départ l'impression du froid humide sur le cordon; il est alors en quelque sorte traumatique. Les chevaux, dit encore Saint-Vel, sont parfois pris du tétanos spontané, à la Martinique, lorsqu'ils sont exposés au vent frais, alors qu'ils sont en sueur. Le tétanos traumatique est commun aux Antilles, particulièrement a la suite des plaies des membres inférieurs. —

m PATHOLOGIE EXOTIQUE.

A la Guyane, Laure attribuait le trismus neo-nalorum àl impression du froid humide sur le cordon. Dubergé s'est rangé à cette opinion, il n'a observé aucun cas de tétanos sur des enfants dont il a protégé la région ombilicale pendant dix jours avec un pansement ouaté A Rio de Janeiro, le tétanos des nouveau-nés porte comme à la Plata, le nom de mal de sept jours Tl enlève' certainement, dit Bourel-Roncière, le quart des jeunes enfants. Sa cause la plus habituelle est l'application par les commères de substances irritantes sur le cordon. « Le tétanos se manifeste habituellement du deuxième au septième jour qui suit la naissance, quelquefois du troisième au quatrième, et tue presque toujours les malades dans les vingt-quatre heures qui suivent son apparition : rarement ils persistent quarante-huit heures, plus rarement encore trois jours. » (B. Roncière.) D'après ce même collègue, le tétanos spontané et traumatique est fréquent à Rio de Janeiro : Sa plus grande mortalité, d'après les statistiques locales, coïnciderait avec les âges de 15 à 25 ans, puis de 25 à 40.

En résumé, le tétanos spontané paraît dû à l'action exclusive du refroidissement, quelle que soit la latitude, et le tétanos traumatique, qui dans certains cas peut ne relever que du traumatisme seul, se combine parfois avec l'action du froid humide pour provoquer l'explosion de l'attaque tétanique. Les plaies vulgaires, l'état de la surface utérine pendant les règles, la plaie utérine de l'accouchement, celle du cordon ombilical, peuvent être toutes suivies de tétanos et se combiner ou non avec le froid humide. Le mode d'innervation physiologique propre aux races nègre et hindoue constituent des prédispositions au tétanos.

A. Le traitement du tétanos exotique a passé par les

mêmes phases que celui de la même maladie en Europe, et nos collègues, n'ayant jamais trouvé dans les médications empiriques des indigènes un ensemble de moyens réellement efficaces, ont eu recours aux traitements divers qui se sont succédé en France dans la thérapeutique du tétanos : sudation par les bains chauds et l'ammoniaque en potion, tartre stibié à dose hyposthénisante, extrait d'opium et de belladone à dose élevée, bains et douches d'eau froide, émissions sanguines, sulfate de quinine, éther et chloroforme en inhalations prolongées, alcool à haute dose, curare, fève de Galabar et ésérine, chloral, etc. Partout on a enregistré quelques succès, et surtout des revers. Mac- Auliffe, à la Réunion, a obtenu trois guérisons en employant l'ammoniaque en potions de 4 grammes renouvelées plusieurs fois en vingt-quatre heures. Bérenger-Féraud se loue de l'emploi de l'extrait d'opium eombiné avec la sudation, au Sénégal, mais il fait observer qu'à certains moments toutes les médications échouent. Treille a guéri un Hindou immigrant en le plongeant dans l'ivresse alcoolique. Le chloral à la dose de 7 grammes le premier jour, de 6 grammes le deuxième, et ainsi de suite, par doses décroissantes, comme l'intensité des symptômes tétaniques, a fourni à P. Roux, à Ghandernagor, un succès positif sur une native âgée de 50 ans, attein te de tétanos traumatique.

§ 23. — Maladie du sommeil.

Svn. : Hypnosie, somnolence, hypnose; - somnolenza (ital.) ; sleepingdropsy (angl.); Schlafsucl.t der Neger (ail.); n tonzi, babangolo,m'bazo'-nicto (Congo); - mal de G orée ; - nélavane (VVolofs) ; - dâdane (Serères).

A consulter :

<:,.AItK. Lomlnn Gnz mr< |8/(0j moif5 fl, soptombrn) p ,)70

Clark. — Edinburgh monthly Journal of médirai sciences, 1842. Dangaix. — Moniteur des sciences médicales et pharmaceutiques ,

1861, et Moniteur des hôpitaux, 1801, p. 100. NrcoLAs (A.). — De la maladie du sommeil [Gaz. hebd., 18GI , p. 670). Dechambke. — Note sur la maladie du sommeil d'après le travail

de Dangaix {Gaz. hebd., 1 SGI, p. 572). Boudin. — Annales d'hygiène publique, 1862, 2e série, t. XVII,

Hirsch. — Uandbuch der hist. geog. path., t. II, p. 658, 18G2. Griffon du Bellay. — Maladie du sommeil au Gabon (Arch. de

méd., 18-;4, 1er semestre, p. 73).

Gaigneron la Guillotière. — Rapport médical (1864) cité clans Du-

troulau, p. 159, 2e édition. Chassaniol. — Contributions à la pathologie de la race nègre au

Sénégal {Arch. de méd. nav., 1865, 1er semestre). Dutroulau. — Maladies des Européens dans les pays chauds.

2° édition, 1868, p. 159.

Santelli. — Observation d'un cas de maladie du sommeil {au Gabon) {Arch. de méd. nav., 18GS, 1er semestre, p. 311). Gcérin. — De la maladie du sommeil. Thèse, Paris, 1869. Le Boy de Méricourt. — Maladie du sommeil {Dict. encycl. des

sciences méd., 1X71).

Rochard (J.). — Étude synthétique sur les maladies endémiques

{Arch. de méd. «au., 1871, 1er semestre, p. 355). Rey. — Article Géographie médicale {Dict. de méd. et de chir.

pratiques, 1872, p. 116 et 121).

Corre. — Recherches sur la maladie du sommeil {Arch. de méd.

nav., 1877, 1er semestre, deux articles). Mahf. — Programme pour V étude des maladies exotiques {Arch.

de méd. nav., 1876-1879 et tirage à part, 1880).

1. La maladie du sommeil a été observée : l°En Sénégambie. Elle est commune, dit le docteur Corre, « dans le bas Rio-Nunez, dans la Cazamance (Hamon, Sénés), dans la Gambie, dans le Saloum et dans le Sine, notamment à M'Bissel, dans le cercle de Rufisque (Guillaud). Je manque de renseignements pour le Baol, le Cayor et le Oualo; les observations recueillies à Gorée sont toutes relatives à des malades venant du sud. » Les médecins des possessions anglaises l'ont signalée depuis 1840 (Clark), mais ces observations sont relatives à des noirs de l'intérieur.

2° Sur le littoral de la Côte d'Or. D'après Clark, il faudrait en accuser tantôt l'usage du haschich, tantôt l'action d'une menstruation irrégulière ou nulle chez les jeunes filles.

3° Sur le li ttoral du golfe de Bénin, du golfe de Biafra, au Gabon, dans le Congo, à Saint-Paul de Loanda.

4° Aux Antilles françaises. Dans notre colonie de la Martinique, elle n'a frappé que deux noirs provenant de la côte occidentale d'Afrique et ayant au plus cinq à huit ans de séjour aux Antilles (Guérin).

La maladie reste donc en réalité africaine.

2. L'étude des causes est à peine ébauchée. — La maladie atteint presque exclusivement les noirs africains, et c'est par exception que Chassaniol en a signalé un cas à Gorée, sur un mulâtre de Saint-Louis, en 1859. Corre n'ose pas affirmer que la mauresse Aïssata, qu'il n'a pu suffisamment observer, fut atteinte de maladie du sommeil ; le P. L..., cité par Corre, a cru retrouver les symptômes de cette maladie sur un Européen mort à la côte occidentale d'Afrique, mais sans pouvoir rien affirmer. Les races noires qui sont particulièrement sujettes à l'affection sont les Saracolais, les Foulahs, les Serères du Sine et du Saloum, les Wolofs de Gorée et de Saint-Louis (Corre), les Kroomen du Gabon (G. du Bellay, Santelli).

La maladie peut atteindre tous les âges; c'est toutefois pendant l'adolescence qu'elle est incontestablement le plus fréquente. Guérin donne les âges de 12 à 18 ans pour la Martinique, comme étant ceux auxquels se rapporte la majorité des cas. Les deux sexes sont également atteints (Corre). La maladie paraît un peu plus fréquente chez les femmes (Gaigneron). On a accusé, sans preuves, la disette des populations atteintes de la maladie et l'nlimentation insuflisanle â

bord des navires chargés d'immigrants. Ces hypothèses sont passibles de bien des objections. Sur 1,207 immigrants du Congo aux Antilles, Nicolas n'a observé que 5 cas de maladie du sommeil. Peut-on supposer que l'alimentation insuffisante agissant sur le personnel de tout un convoi n'ait engendré la maladie que cinq fois? Guérin, d'ailleurs, l'a observée à la Martinique sur des noirs dont le régime était irréprochable, et Corre à Saint-Louis sur des tirailleurs sénégalais nègres, dont l'alimentation ne laissait rien à désirer.

Guérin a invoqué, au nom des faits qu'il a observés, l'influence des passions tristes. Les conditions sociales misérables dans lesquelles vivent certaines castes de nègres de la côte d'Afrique permettent, en effet, de supposer que la tristesse est peut-être un facteur de la maladie, mais pourquoi cette dernière serait-elle exclusive à la race nègre? L'affection n'a t-elle pas d'ailleurs été observée par Corre sur des enfants gais et espiègles ?

Dans des observations prises à la côte d'Afrique, Corre a rencontré fréquemment la scrofule chez des malades hypnosiques, et il a été conduit à penser que la somnolence pouvait être une manifestation de cette diathèse. Il a depuis renoncé à cette opinion, à cause de la spécialité des symptômes de la maladie du sommeil ; ajoutons que si cette dernière était une manifestation de la scrofule, on l'observerait probablement en Europe, au moins sous une forme analogue, et chez d'autres peuplades nègres et mongoles.

L'hérédité estprobable, car on a rencontré la maladie clans touteune série d'ascendants et chez des nouveaunés, issus de somnolents (Corre).

La transmissibilité est beaucoup plus douteuse, car les mêmes influencespeuvent agir sur un groupe d'inrii-

vidus, sans qu'on puisse mettre les cas observés sur le compte de la transmission.

3. La somnolence est une maladie à marche lente et continue qui évolue dans l'espace de plusieurs mois, quelquefois d'une ou de deux années. On peut la diviser en deuxpériodes : périoded'état,période d'aggravation, lesquelles sont précédées souvent, pendant plusieurs mois, de prodromes qui ont, sauf l'intensité, les mêmes caractères que ceux qui constituent la maladie confirmée ; parmi ces signes prodromiques, dominentl'hébétude et l'affaiblissement musculaire. Les deuxpériodes d'état et d'aggravation sont souvent traversées, soit par des améliorations dont profitent les chefs nègres pour vendre les esclaves malades (Gaigneron), soit par des exacerbations qui précipitent la marche de l'affection.

1° Période d'état. — Face hébétée, saillie des yeux' avec chute de la paupière supérieure, de telle sorte que les malades, sollicités de fixer un objet, rejettent la tête en arrière ; marche titubante, irrégulière, tendance aux chutes en avant, luttes musculaires pour se maintenir dans la station debout, sentiment de faiblesse générale ; sommeil ou somnolence, mutisme, dureté de l'ouïe, difficulté du réveil par l'excitation cutanée ou l'interrogation, intelligence conservée et réponses précises dans certains cas, abolie ou affaiblie dans d'autres. Céphalalgie précipitale ou simple pesanteur de tête, pouls le plus souvent régulier, quelquefois arythmique, la pulsation manquant une fois sur cinq, fréquent ou rare suivant les cas, température variable, hypernormale ou sous-normale parfois: quand la température s'élève, le ponlsaugmente de fréquence (Corre). Appétit inégal ; on a noté tantôt la diarrhée, tantôt la constipation, le plus souvent les selles normales : au

total, le tube digestif paraît affecté dans ses fonctions seulement et après un certain temps de durée de la maladie : quand la dysenterie survient, elle constitue un accident et rien déplus. — Pas de troubles delà respiration. —Les urines n'ont pas paru altérées dans leur composition, on n'y a pas noté la présence de l'albumine; leur composition exigerait d'ailleursdenouvëlles recherches. — Dans la période d'état, le sommeil ou la somnolence ne sont pas rigoureusement constants. Quelques malades ne dorment pas, mais sont profondément indifférents à tout ce qui se passe autour d'eux. Gorre a remarqué, à la côte d'Afrique, que beaucoup d'entre eux affectionnaient le décubitus en plein soleil, sans se soucier de la chaleur ou de la piqûre des insectes.

2° Période d'aggravation. — Sommeil et somnolence par accès pluslongs et plus profonds. Fourmillements, anesthésies, perte du sens génital, convulsions choréiques ; contractures siégeant surtout dans les muscles sterno-mastoïdiens et les fléchisseurs des membres (Corre) ; parésies limitées à un côté du corps, à un membre ; paraplégie, urines et selles involontaires ; signes d'ataxie locomotrice dans un cas observé par Corre etFriocourt ; état de l'intelligence variable : elle est en général intacte, sauf la perte de la mémoire. — Souvent abaissement de la calorification, pouls fréquent, peau froide (les malades recherchent le soleil).

— La peau du nègre perd le velouté normal qu'elle doit à la vascularisation superficielle (Gorre). — Rien a noter du côté des fonctions digestives et respiratoires.

— La mort survient doucement le plus souvent, quelquefois avec des convulsions. Le pronostic est des plus sévères, car la mort est la terminaison commune.

A. On n'a signalé jusqu'à ce jour que les lésions

macroscopiques de la maladie du sommeil, l'histologie pathologique de cette affection est toute à faire. Si donc on peut supposer, comme nous allons le voir, que la maladie du sommeil est une méningite cérébrospinale à marche chronique, il faut attendre des recherches plus précises avant de se permettre de formuler une opinion définitive. Glarke en 1840(Sierra- Leone) a signalé des lésions qui lui ont paru être liées à la méningite cérébrale et, dans un cas, une hémorrhagïe à la surface de la moelle cervicale.

Dangaix (1861, Gabon) a noté dans un cas l'issue d'un flot de liquide renfermant quelques flocons albumineux, à l'ouverture du crâne; l'injection des méninges crâniennes, des arborisations de la pie-mère cérébrale, la congestion des veines de Galien avec coagula, l'hypérémie, le ramollissement du tissu du cerveau ; dans une seconde autopsie, le même médecin a signalé du piqueté dans le cerveau, le cervelet et la moelle cervicale.

Gaigneron et Lherminier (1864, Guadeloupe) ont parfaitement constaté à la Guadeloupe « une inflammation des méninges, de la protubérance annulaire, des couches optiques, du cervelet, avec ramollissement rouge de la pulpe nerveuse. La quantité du liquide céphalo-rachidien nous a paru augmentée. La moelle et tous les autres organes, examinés avec soin, ne nous ont rien présenté de saillant. »

Griffon du Bellay (1863, au Gabon) a noté un ramollissement notable de la protubérance annulaire; la substance cérébrale était légèrement piquetée de rouge, les méninges injectées, les ventricules sains. Notre col],- no, tout en craignant que la chaleur atmosphérique soit pour quelque chose dans l'état de la substance cérébrale, n'a pu s'empêcher de considé-

rer la maladie comme une encéphalite modifiée par la race et le climat.

Guérin (1869, Martinique) a rapporté dans sa thèse inaugurale trente-deux observations. Sont-elles toutes relatives à des cas d'hypnosie? 11 est permis d'en douter, et, comme l'a fait remarquer le professeur Mahé, plusieurs d'entre elles paraissent relatives à des maladies étrangères à celle qui nous occupe. Il en est néanmoins un certain nombre d'authentiques, et, dans celles-ci, les lésions dominantes étaient la plus grande abondance du liquide céphalo-rachidien et la dilatation des veines méningées dans trois cas; de l'œdème arachnoïdien au niveau de la surface basilaire, chez un sujet. En outre, en général, les sinus de la dure-mère étaient dilatés, gorgés de sang, les vaisseaux de la pie-mère cérébrale rampant à la surface du cerveau étaient variqueux et augmentés de volume. Le tissu de l'encéphale a paru toujours normal : dans un cas seulement, Guérin a constaté son induration en même temps que la dilatation des vaisseaux des méninges. Notre collègue conclut à la congestion passive de l'encéphale.

L'autopsie pratiquée à l'hôpital de Saint-Louis (Sénégal), sur un malade mort dans le service du Dr Friocourt, a permis de constater les lésions suivantes : sinus cérébraux gorgés de sang noir, injection des vaisseaux des méninges, piqueté rougeàtre de la substance cérébrale, plus considérable dans les couches corticales que dans les parties profondes, consistance du cerveau normale, un peu de sérosité trouble dans les ventricules, et, dans quelques points, épaississement notable de la membrane ventriculairo. Toutes ces lésions étaient plus marquées à droite qu'à gauche. Le corps strié du côté droit était très ramolli

et se réduisait facilement en bouillie, les vaisseaux capillaires qui le parcouraient étaient très injectés, et il y avait un peu de ramollissement des couches optiques. — Dans une seconde autopsie, Friocourt et Corre n'ont pas constaté de lésions caractéristiques ; le cerveau et ses membranes étaient plutôt anémiés qu'hypérémiés, et on ne constatait aucune lésion apparente du tissu de l'encéphale (1).

Le Dr Ghassaniol, dans une autopsie pratiquée sur un mulâtre de Saint-Louis, a trouvé le cerveau anémié, blanc, en consistance de pâte de guimauve, comme élastique ; la distinction des deux substances était des plus difficiles, les couches corticales ayant perdu leur coloration normale (2).

Ces divers résultats nécropsiques sont quelque peu contradictoires et ne permettent pas de conclure. Les lésions méningiennes congestives ou subinflammatoires dominent incontestablement, mais on ne les a pas toujours constatées. La tuberculose méningée discrète a-t-elle passé inaperçue? cela n'est guère possible, mais il est permis de se le demander. Y a-t-il sclérose cérébrale, comme le suppose actuellement le Dr Corre? Est-ce plutôt un ramollissement blanc, comme tend à le penser le Dr Ghassaniol? Le microscope seul répondra à ces questions.

5. La prophylaxie et le traitement de la maladie du sommeil ne seront jamais établis tant qu'on n'aura pas fixé d'une manière plus exacte l'étiologie de l'affection. C'est une maladie de misère très vraisemblablement, mais cette donnée générale ne suffit pas il s'en faut. '

(1) Corre, Arch. On rhêd. nav., 1877.

(2) Communication orale.

On s'en est donc tenu à la médecine des symptômes, absolument insuffisante d'ailleurs. Le traitement indigène, au Sénégal, consiste à isoler le malade et à lui administrer des purgatifs. Ces médicaments ont été prescrits par les médecins de la marine, ainsi que le sulfate de quinine, le café, la noix de Kola, le bromure et l'iodure de potassium, le calomel à dose réfractée, la pommade mercurielle en frictions jusqu'à salivation, mais toujours sans succès. Les vésicatoires sur le cuir chevelu, à la nuque, aux membres inférieurs, les cautères et les moxas dans les mêmes régions, les affusions froides sur la tête, les frictions stimulantes, le séton à la nuque, la faradisation cutanée, n'ont déterminé aucune amélioration dans la marche de cette singulière maladie.

§ 24. — Maladies de l'appareil de la vision.

Je m'occuperai successivement :

1° De r héméralopie ;

2° De la conjonctivite catarrhale endémo-épidémique ; 3° De Vamaurose polaire.

Le dordeuil de Pondichéry et l'ophtlialmie brésilienne ne peuvent figurer dans ce cadre. Le premier est uneblépharo-conjonctivite muco-purulente, transmissible, absolument semblable, au point de vue des symptômes, à la conjonctivite catarrhale endémoépidémique, mais il a pour cause les agressions de petites mouches d'hivernage : j'en parlerai donc à propos des animaux nuisibles à l'homme. Quant a l'ophtlialmie brésilienne, ce n'est pas une ophthalmie, mais bien un résultat de l'inanition : elle consiste dans l'ulcération et la perforation de la cornée survenues chez des faméliques, au Brésil, et analogue aux lésions

coi'néennes que détermine l'inanition chez les animaux. Elle n'a donc rien de spécial (1).

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