II. — ©oiijonctiYitecatarrlialeendémo-épidémique
Syn. : Ophthalmie catarrhale, purulente, granuleuse, endémique, épidémique, militaire, belge, égyptienne; conjonctivite muqueuse, purulente, granuleuse, tracliomateuse ; blépliaroconjonctivite, etc., ocular diseuse (angl.).
A toutes ces dénominations qui désignent des degrés, des formes ou la provenance d'une maladie endémoépidémique que les faits nous démontreront être identique dans tous les climats, malgré la diversité des causes, je crois qu'il y a lieu de préférer celle que j'ai inscrite en tête de ce paragraphe, parce que l'af-
fection débute presque toujours par l'inflammation de la conjonctive bulbaire, bientôt accompagnée de la sécrétion d'un liquide constitué par du mucus et par des larmes. Ultérieurement les lésions peuvent s'étendre à la conjonctive palpébrale — c'est le cas le plus ordinaire et cela a lieu le plus souvent au bout de peu de jours — et plus rarement, si un traitement convenable intervient, à la cornée transparente, à l'iris, au cristallin; la sécrétion peut cbanger de nature ; la face interne des paupières peut devenir granuleuse, etc. ; mais le processus morbide est toujours, au début, celui que nous venons d'indiquer. La maladie est éminemment transmissible à partir des latitudes de la zone tempérée en descendant vers l'équateur ; il est probable qu'elle l'est dans les zones froide et polaire, mais là, l'abaissement considérable de la température constitue un puissant obstacle à sa propagation, s'il ne s'y oppose pas absolument.
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1. La conjontivite catarrhale est certainement une maladie très ancienne ; dans tous les cas, on l'observe actuellement dans tous les climats et dans un grand nombre de localités.
Elle est assez fréquente clans le cours des expéditions polaires, et elle naît alors sous l'inlluence du froid et de l'humidité. Ross, Bellot, parlent d'inflammation des yeux, de rougeur des paupières' et du blanc de l'œil, de douleurs causées par la sensation de brûlure, par l'action de la lumière, de larmoiement, de sécrétions oculaires. De môme un grand nombre de Groenlandais et d'Esquimaux sont atteints d'inflammations oculaires tenant aux mômes causes, c'est-àdire à l'impression du froid, au contact de la neige avec les cils, les paupières, le grand angle de l'oeil. Les voyageurs ne parlent pas de transmissibililé sans
doute, mais il est probable que si elle a lieu, elle est considérablement atténuée par l'abaissement de la température. La fréquence de la maladie chez les Esquimaux permet toutefois de supposer que la transmission a lieu quelquefois.
Dans la zone froide, Chastang a signalé la fréquence et la ténacité de la conjonctivite catarrbale chez les marins qui se rendent en Islande pour la pêche et surtout chez les Islandais : il accuse le froid humide, l'absence de la nuit pendant deux mois, la réverbération de la lumière sur la neige et, pour les Islandais spécialement, l'atmosphère enfumée de leurs cases, et l'influence prédisposante d'une constitution souvent lymphatique ou scrofuleuse. Notre collègue ne parle pas de transmission, mais il est probable qu'elle se fait clans une certaine mesure et*avec une intensité qui est très limitée par l'influence des basses températures de l'Islande. Il n'indique pas non plus la nature granuleuse de l'affection dans certains cas, mais la conjonctivite que l'on observe en Laponie, et que Magnus Huss fait dériver des mêmes causes que celle d'Islande, est, au dire de ce médecin, fréquemment granuleuse. Or qui contestera le caractère transmissible de la blépharite granuleuse?
Dans la zone tempérée, la maladie qui nous occupe dérive également des mêmes causes, plus particulièrement du froid humide ; et sa transmissibilitc n'est pas douteuse, quelle que soit sa forme, catarrhale, purulente, ou granuleuse. Il en est de môme dans les pays chauds et torrides où les causes changent de nature et où la fumée des habitations, le froid, l'humidité sont beaucoup moins souvent incriminés que les poussières, la réverbération du soleil sur les sables, sur les murs blanchis des maisons; Le dorcleuil de t>oil- NiBtiiiV. ai
^42 Pathologie exotique,
dichéry a pour cause l'agression d'un insecte ailé et, comme nous le verrons, c'est une blépharo-conjonctivite transmissible et anatomiquement catarrhale, purulente, granuleuse, suivant les individus. Disons donc que, dans aucun cas, la cause qui produit les blépharo-conjonctivites endémiques d'origines diverses n'est pas de nature infectieuse : c'est évidemment la sécrétion oculaire qui le devient, par un mécanisme inconnu, mais trop réel dans ses effets. Tout ce que nous allons dire sur ce sujet tend à ie démontrer.
En Europe, on a signalé la conjonctivite catarrhale dans plusieurs pays. Elle a régné avec une intensité variable dans l'armée belge et parfois dans la population sous les diverses formes et les divers degrés que nous lui avons reconnus ; on l'a constatée en Hollande; dans les quartiers populeux et misérables et dans les work-houses des grandes villes d'Angleterre et d'Irlande ; en France, dans plusieurs localités, pendant les guerres du premier empire ; à Brest où elle a élu domicile depuis 1868, tant en rade que dans la ville, sans qu'on ait pu encore s'en débarrasser complètement. Dans ce port, les avis sontpartagés au sujet de saprovenance ; pour les uns, à l'opinion desquels nous nous rangeons, elle est née en rade, vers 1868, à bord du vaisseau l'Inflexible ; elle est devenue endémo-épidémique parmi les mousses de ce navire, elle s'est propagée à terre, dans la population civile, à l'établissement des pupilles de la marine, et n'a été qu'atténuée par la substitution de rAuslerhlz au vaisseau l'Inflexible. De l'avis d'autres médecins, qui tiennent à séparer, au quadruple point de vue clinique, anatomique, micrographiqne et étiologique, la conjonctivite catarrhale et la conjonctivite granuleuse , ces deux maladies régnent concurremment à BresL, à. l'heure
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qu'il est, mais elles s'y sont développées à des époques différentes. La conjonctivite catarrhale est bien née sur V Inflexible, vers 4868, mais la seconde, la granuleuse, n'est apparue à Brest qu'en 1871, après la guerre ; elle dériverait d'un fait d'importation qui est d'ailleurs inconnu, et se serait mélangée, tant en rade qu'à terre, à la conjonctivite catarrhale, la première en date.
Les faits, ce me semble, contredisent, tant à Brest que dans les divers pays où règne la conjonctivite catarrhale, la séparation étiologique de celle-ci et de l'ophthalmie granuleuse. Que les caractères anatomiques soient différents, qui le contestera? mais cette différence entre les lésions locales tient à l'évolution différente du même processus morbide suivant les individus. Des causes toujours identiques, le froid, l'humidité, le confinement dans des habitations enfumées, créent la conjonctivite endémique des Lapons, et l'on constate au bout d'un certain temps l'existence de l'ophthalmie catarrhale chez un malade, de la granuleuse chez un autre. A Brest que s'est-il passé? « En lisant les descriptions de l'ophthalmie qui pendant si longtemps a désolé l'armée belge, en voyant son mode d'origine ei de propagation, nous avons trouvé entre cette maladie et celle qui a pris domicile à l'école des mousses une analogie frappante. »
« L'ophthalmie belge n'était au début qu'une ophthalmie muco-purulente ; c'est par suite de sa durée qu'elle s'est transformée et que l'élément granuleux a surtout pris la plus grande importance. En attendant que les idées fussent fixées sur cette maladie, que les compressionistes et les contagionistes(l) se fussent
(I) Plusieurs médecins belges étaient d'avis que la maladie avait
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mis d accord, le mal faisait des progrès; mais grâce aux Sages mesures qui ont été prises depuis, la maladie tend à disparaître et bientôt l'ophlhalmie militaire aura cessé d'exister dans l'armée belge » (Eoll). °
« Sur Y Inflexible que voyons-nous ? La conjonctivite catarrhale est d'abord épidémique, puis devient endémique: à partir de cette époque, on voit à bord quelques cas de conjonctivite purulente, plusieurs cas de conjonctivite catarrhale et plus encore de conjonctivites avec granulations. Gomme dans l'armée belge n'avons-nous pas ici le mauvais climat qui maintient a la cause première toute sa valeur? Ne trouvonsnous pas dans l'habitation malsaine, dans la vie en commun qui est bien plus en commun sur un navire que dans une caserne, dans cet air plus ou moins chargé de miasmes opththalmiques, ne trouvons-nous pas des conditions identiques à celles dans lesquelles vivaientles soldats belges?» (Foll) (l).-Nous sommes de cet avis.
La conjonctivite a été transmise en 1873, de Brest à Toulon, sur le vaisseau canonnier l'Alexandre, par l'intermédiaire de deux mousses provenant du vaisseau V Inflexible envahi depuis plusieurs années, comme nous l'avons dit, par l'endémo-épidémie.
On a signalé la conjonctivite catarrhale en Espagne, à Madrid particulièrement, en Sicile, en Albanie, à' Malte, en Grèce, à Rhodes.
En Afrique, l'Egypte a été, de tout temps, un foyer endémique important de conjonctivites catarrhales purulentes et granuleuses. On les attribue à la réver-
pour cause la compression du cou opérée par le col et du front par le shako.
il) Foll (G. L ), thèse citée.
bération solaire sur le sable, sur les surfaces blanches des maisons, à la poussière si commune clans toutes les villes du Levant, et quelquefois au froid humide ; il n'y a dans toutes ces causes rien d'infectieux: la maladie cependant, quelle que soit sa forme, est virulente et transmissible.
On la rencontre avec une intensité moins grande sur tout le littoral méditerranéen, à Tripoli, à Tunis, dans toute l'Algérie, plus particulièrement en Kabylie, parmi les tribus des Touaregs, dans les oasis : nos soldats l'y ont souvent contractée. Elle est assez commune au Maroc, à la côte occidentale d'Afrique, dans le Soudan, à Zanzibar, sur la côte orientale et en Abyssinie. Toutefois, pour tous ces pays d'Afrique, nous sommes mal renseignés au sujet de la fréquence relative de la conjonctivite catarrhale et des maladies oculaires qui tiennent à la blennorrhagie, à la scrofule, à la syphilis, les médecins et les voyageurs ayant le plus souvent éprouvé les plus grandes difficultés à porter un diagnostic précis, faute de temps et de moyens d'observation. Les ophtbalmies dans le pays sablonneux de Zanzibar sont fréquentes, dit notre collègue Semanne; en outre les maisons sontblanches le rayonnement intense. On observe surtout cette* affection sur la classe arabe pauvre, dormant en plein air. Semanne ne parle pas de transmission, mais il y a là probablement une lacune, car clans d'autres localités d'Afrique, en Egypte par exemple, la transmissibil.té n'est pas douteuse, et l'on n'invoque cependant pas d'autres causes à la maladie que celles que nous --nus de citer pour l'île de Zanzibar. Ici, comme en Egypte la conjonctivite se termine souvent par des opacités incurables de la cornée, par la fonte du globe de I œil. Semanne ne parle pas de la forme granuleuse
mais à l'époque où il a observé l'ophlhalmie de Zanzibar, l'attention ne s'était pas portée comme aujourd'hui sur la présence des granulations; je crois qu'on peut affirmer qu'on en constaterait là comme ailleurs, car il n'y a pas de conjonctivite calarrhale endémique sans granulations pour un certain nombre de cas.
La maladie est assez fréquente en Asie, mais ici encore on rencontre les mêmes difficultés qu'à la côte occidentale d'Afrique pour la séparer des ophthalmies qui tiennent à la blennorrhagie, au vice syphilitique, à la scrofule, à la variole. L'action agressive du soleil, les poussières sablonneuses paraissent des causes plus actives, en Arabie et en Mésopotamie, que l'influence des nuits froides et humides, qu'elles n'excluent pas cependant. — On l'a signalée à Siam, dans le royaume d'Annam, en Chine, mais surtout au Japon, où les équipages de nos navires l'ont plusieurs fois contractée. L'ophthalmie catarrhale et purulente du Japon est essentiellement transmissible, dit Gaigneron: « Son développement épidémique paraît être soumis à des conditions atmosphériques, car elle ne règne avec quelque intensité que pendant les étés secs; dès qu'il y a de la pluie, ou elle ne se développe pas, ou elle s'arrête si elle avait déjà fait son apparition. » Besombes n"a pas expliqué de la même manière les influences cosmiques qui président à l'éclosion de l'ophthalmie japonaise : « Au Japon, dit ce collègue, l'ophthalmie endémique sévit surtout à l'époque des grandes chaleurs qui succèdent aux périodes de pluie. Le sol, détrempé par l'énorme quantité d'eau qui tombe pendant dix ou douze jours consécutifs, laisse dégager les vapeurs malsaines, dès que les rayons du soleil viennent réchauffer sa surface. Ces émanations modifient l'air atmosphérique et concourent très pro-
bablement à produire l'endémie. » E. Cheval, qui a également observé l'ophthalmie purulente au Japon, pense que, d'une part, un grand nombre de cas peuvent être rapportés aux manifestations oculaires de la variole, et d'autre part, quant à ce qui regarde l'ophthalmie purulente endémo-épidémique vraie, que l'habitude de fumer les champs avec de l'engrais contenant une grande quantité de gaz ammoniacaux est l'une des causes les plus puissantes de cette maladie, au Japon. — En fait, nous ignorons la nature exacte des influences qui président au développement de l'ophthalmie japonaise; quant à ses caractères cliniques et anatomo-pathologiques, ils sont les mêmes que ceux de l'ophthalmie belge : la transmissibilité de la maladie s'est d'ailleurs affirmée sur les navires où nos collègues l'ont observée.
On a constaté l'existence de la maladie sur plusieurs points des archipels de la Malaisie.
En Amérique, on a surtout observé l'ophthalmie catarrhale parmi les nègres, et dans plusieurs circonstances on a pu admettre qu'ils l'avaient apportée de la côte occidentale d'Afrique. Les nègres des États-Unis du Sud, des Antilles, du Brésil ont été plusieurs fois contaminés par l'intermédiaire des esclaves débarqués des navires négriers.
Duhallé l'a signalée à l'état endémique dans la population de l'établissement pénitentiaire du Maroni (Guyane française) en 1870. Il l'attribue à la nature du sol qui est très sablonneux, aux fortes brises qui en soulèvent les poussières fines, à la réverbération des rayons solaires sur la surface blanche du sol, à la transmission: « Quand une personne, dans une famille, dit Duhallé, est atteinte d'ophthalmie, il est à peu près certain que toutes les autres la contracteront.
J'ai vu une dame contracter une ophthalmie en se servant, sans y penser, d'un mouchoir avec lequel elle avait essuyé les yeux d'un de ses enfants malades et l'affection chez elle fut beaucoup plus intense que chez l'enfant. » Les symptômes sont les mômes que ceux de l'ophthalmie belge et de l'ophthalmie de Zanzibar.
Les milieux dans lesquels se développe de préférence la conjonctivite catarrhale sont ceux où régnent l'encombrement et le confinement: cases enfumées et non aérées des Islandais et des Lapons, work-houses d'Islande, casernes de Belgique, de Prusse, d'Angleterre, de France, etc., navires négriers, navires d'immigrants, écoles des mousses à Brest, vaisseau canonnier à Toulon, école des apprentis-marins à Brest, frégate hollandaise Eversten en relâche forcée à Toulon, pensionnats de demoiselles, orphelinats, collèges, maisons de refuge. La maladie peut être apportée sur les navires sans que ceux-ci soient encombrés (Sémiramis et Dupleix au Japon) . Dans les pays chauds et torrides, l'influence agressive de la radiation solaire et des poussières joue le rôle capital, la transmission fait le reste. — Dans toutes ces circonstances, un premier cas suffit pour propager la maladie, tantôt par le contact, tantôt à distance.
Les expériences entreprises par Fallot, Variez et Decondé, sur le mode de transmission de la maladie, ne peuvent laisser aucun cloute sur le mécanisme de sa propagation.
1° On mit dans une loge commune des chiens rendus ophthalmiques par inoculation du liquide pathologique dans l'œil, et des chiens sains: chaque animal était attaché et isolé de manière â prévenir tout contact possible; quelques jours après on constate que
la maladie s'est étendue à tous les habitants de la loge;
2° Des linges imbibés de muco-pus ophtbalmique furent mouillés et placés dans le coin d'une chambre où des cbiens étaient séquestrés et attachés de telle sorte que tout contact avec les linges fût impossible. Les chiens ne tardèrent pas à devenir ophthalmiques.
Ces résultats sont concluants.
2. Les formes aiguës de la maladie sont au nombre de deux: la conjonctivite catarrhale et la conjonctivite purulente. Les formes chroniques sont également au nombre de deux : celle qui s'accompagne de granulations charnues et celle qui est caractérisée par la présence des granulations vésiculeuses.
Conjonctivite catarrhale arguë. — Sensation de démangeaison, de grains de sable entre la paupière et l'œil; injection des conjonctives, sécrétion d'un liquide muqueux, muco-purulent; adhérences des paupières au réveil par agglutination du muco-pus ; tuméfaction des paupières. Fréquemment la maladie reste stationnaire, dans ces conditions, pendant plusieurs semaines ; dans d'autres circonstances, on constate du chémosis^ un ectropion qui tient à ce que le gonflement des paupières, dans leurs couches profondes, tend à produire leur renversement en dehors, de la kératite, la perforation de la cornée transparente, des opacités, des abcès, des eschares cornéennes, la hernie de l'iris à travers une ouverture de la cornée, l'iritis. Les douleurs orbitaires et circumorbifaires, les douleurs réflexes siégeant dans les rameaux de la cinquième paire accompagnent fréquemment la conjonctivite catarrhale, quand la maladie envahit la cornée transparente et l'iris.
Conjonctivite purulente aiguë. - On constate les
mêmes signes que précédemment, sauf la purulence beaucoup plus accusée de la sécrétion.
Conjonctivite granuleuse à granulations chaimues. — On l'a également désignée sous le nom d'hypertrophie papillaire. Si on renverseles paupières, onremarqueque la conjonctive palpébrale est recouverte d'un grand nombre de petits bourgeons charnus d'un rouge plus ou moins vif. On constate en même temps la présence d'un liquide muco-purulent qui occupe le cul-de-sac oculo-palpébral ou qui s'accumule vers le grand angle de l'oeil. Le gonflement de la muqueuse des paupières peut déterminer le prolapsus de la paupière supérieure et l'ectropion de l'inférieure. Le malade accuse presque toujours des douleurs, des démangeaisons, des picotements. Anatomiquement, la maladie consiste dans l'hypertrophie des papilles normales de la conjonctive.
Conjonctive granuleuse à granulations vésiculeuses. — Photophobie plus intense, sensation de corps étrangers roulant sous la paupière ; à l'examen, petites taches blanches, peu saillantes, lisses, arrondies, situées vers l'angle interne de la paupière supérieure, en petits groupes, dans les deux culs-de-sac oculopalpébraux, plus particulièrement dans le supérieur, sur la caroncule. Il est rare qu'on les observe sur la conjonctive bulbaire. Dans l'intervalle de ces vésicules, la muqueuse est injectée et parfois tuméfiée. Plus tard, les granulations augmentent de dimension et prennent parfois l'aspect de grains de tapioca cuit ; elles peuvent passer à l'état caséeux, si un traitement convenable n'a pas enrayé leur évolution; elles se vident, dans ce cas, à un moment variable, et laissent à leur place une ulcération. Anatomiquement, la forme vésiculeuse est caractérisée par la présence d'à-
MALADIES DES ORGANES ET DES APPAREILS. bol mas de cellules lymphoïdes dans les glandes lymphatiques conjonctivales.
Ces formes chroniques peuvent se compliquer de poussées aiguës, de vascularisalions qui entraînent la formation sur la cornée du pannus tenuis et du pannus crassus, d'infiltration du lymphe plastique dans les couches externes de la cornée, d'où le pannus granuleux, d'atrophie de la conjonctive quand les granulations charnues etvésiculeuses ont disparu, et consécutivement de rétrécissement palpébral et d'entropion; de blépharite ciliaire chronique, etc.
3. La prophylaxie delà conjonctivite catarrhale consiste à isoler le plus tôt possible les malades, et veiller à ce quon ne les laisse pas se disperser au milieu des populations : on les traitera donc dans des salles spéciales et on ne les laissera libres qu'après guérison complète. — Au dehors, on combattra le développement de la maladie par des mesures appropriées aux causes présumées de son apparition. Le traitement curatif a la plus grande importance. La conjonctivite pure et simple sera traitée par les lavages et les injections d'eau tiède, la douche oculaire devant être toujours administrée avec douceur tant cause du malade que pour garantir les assistants. La poire en caoutchouc est, à ce point de vue, de beaucoup préférable à la seringue en verre (Auffret). On touchera la surface conjonctivale avec le sulfate de zinc, le nitrate d'argent, le sulfate de cuivre, et on emploira ces sels en collyre ou en nature suivant les cas. Les purgatifs, l'isolement dans un lieu sombre, la préservation de l'œil par un carré de lustrine verte flottant, un régime doux, tonique, suivant les cas, compléteront ce traitement.
Le chémosis sera combattu, dans certains .cas, par
5o* PATHOLOGIE EXOTIQUE.
les scarifications de la muqueuse conjonctivale, lesquelles, partant de la circonférence de la cornée, seront dirigées horizontalement en dehors. On pourra être conduit à exciser des replis œdémateux de la conjonctive.
Dans le cas de kératite ou d'iritis, on aura recours aux émissions sanguines locales, aux onctions circum-orbitaires avec la pommade belladonée, à l'instillation de quelques gouttes d'un collyre au sulfate d'atropine (2 centigrammes de sel pour 10 grammes d'eau distillée) ou d'un collyre à l'ésérine, celleci produisant parfois un effet favorable là où on a échoué par l'atropine pour préserver la membrane iris (sulfate d'ésérine 1 centigramme pour 10 grammes d'eau). S'il y a menace de perforation de l'œil par plénitude de l'organe, on pourra avoir recours à l'évacuation artificielle de l'humeur aqueuse.
Les douleurs orbitaires et circum-orbitaires seront atténuées par l'application de fomentations chaudes, émollientes, rendues calmantes par l'emploi de la décoction de têtes de pavot. On administrera concurremment l'extrait d'opium et le calomel (calomel, 10 centigrammes ; extrait d'opium, 1 centigramme, toutes les deux heures jusqu'à salivation).
Les granulations seront attaquées par les caustiques déjà cités à propos du traitement de la conjonctivile, mais ici on donnera la préférence aux crayons. On a aussi employé avantageusement la poudre d'acétate de plomb répandue en couche uniforme sur les paupières au moyen d'un pinceau mouillé. Sichel fils combat avec succès les vésicules lymphoïdes au moyen d'un crayon de nitrate d'argent et de chlorate de potasse. Auffret recommande de faire éclater ces vésicules avec la pointe d'une lancette très aiguë, de
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laver la surface conjonctivale par une injection d'eau tiède, de la toucher avec un crayon poli et plat de sulfate de cuivre et de terminer l'opération par un lavage à l'eau tiède. D'après le même médecin, les hypertrophies vasculaires chroniques de la conjonctive sont avantageusement combattues, ainsi que l'œdème persistant, parles scarifications superficielles.
Le collyre de Wecker au chlorhydrate d'ammoniaque réussit bien dans les blépharites ciliaires chroniques avec épaississement du bord libre de la paupière.
Concurremment à l'emploi de tous ces moyens, on aura recours à l'usage des toniques et des reconstituants quand l'état chronique de la maladie se sera affirmé. Le tempérament du- malade pourra en outre devenir l'occasion d'indications particulières auxquelles il conviendra de veiller.