Anguillules stercorale et intestinale
Dujardin. — Histoire naturelle des helminthes, 1845. Davaine. — Traité des Entozoaires et des maladies vermineuses. 1877, 2e édition. '
Dounon. - Description des parasites de la diarrhée de Cochinchine. Toulon, 1877.
Ét.enne. - Un mot sur la diarrhée de Cochinchine. Thèse de
Montpellier, 1877, p. 21.
Normand (A.). - Mémoire sur la diarrhée dite de Cochinchine
avec une planche {Arch. de méd. nav., janvier et février 1877) Bavay. — Note sur l'anguillule intestinale (Arch. de méd. ?iav
juillet 1877). ''
Chauvin. - L'anguillule stercorale dmis la dysenterie des Antilles
{Arch. de méd. nav., 1er semestre 1878). ' Chastang. — De la diarrhée dite de Cochinchine (Arch. de méd
nav., 2e semestre 1878).
Normand. - Du rô'e éliologique de l'Anguilhde dans la diarrhée
(Me de Cochmclmie [Arck. de méd. nav., 2e semestre 1878)
o ^,-?eS maladies exotiques {Arch. de méd. nav., mai 1879 et Bailhère, 1880). '
Histoire naturelle. — Les selles des diarrhées exotiques contiennent des parasites divers, comme nous 1 avons vu au chapitre qui concerne ces maladies. Je n a! a parler ici que des anguillules dont je transcris exactement les descriptions d'après Normand qui a
signalé le premier les deux anguillules en 1876, et Bavay qui les a plus spécialement étudiées au point de vue zoologique.
« Étude des anguillules (d'après Normand et Bavay inArch. de mêd. nav., janvier, février et juillet 1877).
1° Anguillule stercorale. — « L'anguillule stercorale peut conserver ce nom qui lui a été donné dès sa découverte ; elle diffère, en effet, fort peu de l'A. terrestre, Rhabditis terricola de Dujardin (genre Leptodera de Schneider), et ses différences ne paraissent pas d'ordre générique. L'espèce seule est nouvelle et peut être caractérisée ainsi : Rhabditis (Dujardin), stercolaris (Normand et Bavay), Leplodera (Schneider) stercolaris ; le nom de stercolaris lui a été donné en raison de l'habitat qu'on lui connaît (fig. 7).
« A l'état adulte, l'animal est long environ de 1 millimètre, large de 0mm,4 ; la grosseur du corps varie un peu suivant l'état des œufs qui le distendent. Le corps est cylindrique, un peu aminci en avant, beaucoup plus effilé en arrière, et plus chez la femelle que chez le mâle. La surface du corps est lisse, des plis transversaux nombreux y apparaissent quand on le vide des viscères par la pression.
« La bouche, à trois lèvres distinctes, est suivie d'un œsophage triquètre, qui après un rétrécissement allongé se dilate en un gésier ovoïde. L'intestin fait suite à ce gésier, et commence par une sorte de ventricule dans lequel s'invagine l'appareil œsophagien, dans les mouvements d'avant en arrière dont il est susceptible. L'intestin a des parois plus visibles, mais est délimité par un appareil glandulaire divisé dans sa longueur en petites masses symétriques ; il vient aboutir à un mamelon situé au côté droit du corps, près de la base de la queue. Le développement de
l'utérus déplace et déforme toujours un peu le canal intestinal.
Fig. 7. — Anguillule stercorale, d'après les dessins du Pr Bavay.
(Arcli. de mèd. navale, 1877, 1er sera. p. 39). i. Premier âge. 2. Age moyen. - 3. Age adulte {femelle). - i. Age adulte {mâle). - 5. OEuf. - 6. Embryon. - 7. Spiculcs.
« Un peu au-dessous du milieu du corps, et à droite,
Rouvre une vulve donnant accès dans un utérus qui s'étend du ventricule intestinal jusqu'auprès de l'anus, et où sont empilés des œufs en nombre variable, suivant l'état plus ou moins avancé de l'animal, de 6 à 30 et plus. Les petits éclosent quelquefois dans le ventre de la mère, plus souvent les œufs sont pondus contenant un embryon bien formé et mobile ; quelquefois ils sortent avant l'apparition de l'embryon : on ignore si alors ils sont féconds. La multiplication a lieu en moins de cinq jours.
« Le mâle est plus petit que la femelle d'un cinquième environ ; les glandes, qui chez lui accompagnent le canal digestif, sont plus nettement dessinées, et elles sont accompagnées d'une autre glande longue semblant constituée par de petits globules arrondis. Cet organe, le testicule sans doute, vient aboutir à un. spicule situé à la base de la queue. Celui-ci est constitué par deux petites pièces cornées, recourbées, renflées au-dessus de la base, amincies au sommet et canaliculées. Ces deux spicules sont égaux et situés sur un même plan transversal. L'appareil fait saillie par l'anus ou tout à fait dans son voisinage. La queue contournée à droite, dans le môme sens que les spicules, est deux fois moins longue que celle de la femelle.
« Pendant l'accouplement, le mâle enroule une fois et demie ou deux sa partie caudale autour de la partie vulvaire du corps de la femelle dont les ovules sont bien visibles. Le* nombre des mâles est bien moins grand que celui des femelles.
« Quand l'animal sort de l'œuf, il est bien diflérent de celui dont je viens d'abréger la description; il a 0mm,l environ et 0mm,002 de largeur; son canal digestif se distingue mal; son œsophage occupe les deux
cinquièmes du corps qui s'allonge rapidement sans grossir. Quand il a atteint 0mm,24 environ, il devient très agile. Son canal digestif apparaît comme une bande transparente, limitée de chaque côté par un amas de granulations; il n'y a pas trace de l'appareil génital. C'est là le premier âge de l'animal.
« Au deuxième âge, le corps s'élargit, l'appareil œsophagien se dessine, les glandes du voisinage de l'intestin se répartissent par masses. Une vésicule apparaît au côté droit qui deviendra l'utérus. Les dimensions sont alors de 0mm,33 et 0mm,23 ; on trouve fréquemment dans les selles cet état , et le canal digestif contient alors souvent des globules gras qui proviennent sans doute du traitement par le lait.
« Avant de passer au deuxième âge, l'animal subit une mue ; on le voit, dans les éducations où on peut le suivre heure par heure, prendre d'abord sur ses bords un aspect dentelé qui lui donne un peu l'apparence d'une scie à chaîne, puis on le retrouve comme engainé dans un tube un peu plus long et plus large que lui, dans lequel il se meut d'abord obscurément, puis il s'agite assez vivement, mais sans pouvoir progresser. Ce dernier est quelquefois le seul qu'on constate pendant longtemps dans les déjections de certains hommes : les vers sont habituellement groupés en paquets de 3 à 6, quand la gaine n'est pas encore bien détachée du corps, et c'est clans l'épaisseur des mucosités les plus visqueuses, simulant des lambeaux membraniformes, qu'il faut aller les chercher en se servant du pouvoir le plus pénétrant, car leur transparence et leur absence de mobilité les rendent difficiles à trouver. Quand l'animal s'agite, il est parvenu en général à s'isoler, et les mouvements le rendent facile à apercevoir. La gaine dont il cherche
à sortir est extrêmement transparente, et quand elle est bien débarrassée des corpuscules qui lui adhèrent et dont elle est d'abord comme hérissée, on voit à travers elle le ver et ses organes intérieurs caractéristiques.
« Un examen prolongé permettra d'assister à la sortie du ver qui commencera ses évolutions dans les liquides environnants, tandis que sa gaine restera sur place, surtout apparente par ses contours et quelques plicatures.
« Ainsi, nous avons constaté cinq états différents pour l'Anguillule : 1° l'embryon dans l'œuf; 2° la jeune larve récemment sortie de l'œuf; 3° ce que j'appellerais l'état de mue ou mieux état engainé, si je ne craignais pas d'affirmer non la mue qui a été constatée, mais de préjuger que le tube où l'animal est vu soit la peau qu'il veut quitter; 4° l'état parfait jeune; 5° l'état parfait adulte mâle ou femelle.
« Les changements d'état n'exigent pas de migration : on rencontre dans les selles des vers à toutes les périodes (sauf les larves jeunes), et même des œufs sans embryon, et on peut voir le ver passer par tous ses états dans des déjections conservées dans des vases non clos. Toutefois, ceux qui éclos dans ces vases passent à la deuxième forme sont rares. La vie, au milieu des mucosités de l'intestin, n'est pas tout à fait indispensable, mais paraît favorable à cette phase de l'évolution.
« Toutes les déjections qui contiennent même abondamment de ces vers ne sont pas propices à leur culture ; certaines formes de déjections, qui doivent leur coloration brune, avec une consistance sirupeuse, à la présence de matières alimentaires féculentes, me semblent être plus propres à ce genre d'éducation. La
matière n'y disparaît que lentement et par évaporation, mais conserve ses propriétés liquides jusqu'au moment où elle ne consiste plus qu'en une sorte de vernis sur le fond du vase. Les déjections fournies par des hommes au régime lacté pur ne conservent pas bien le parasite, fait important à un autre point de vue. Toutes les matières stercorales enfermées dans des flacons, tubes/etc, éprouvent une fermentation après laquelle on ne retrouve plus bientôt que des cadavres qui eux-mêmes disparaissent assez vite. Sur des plaques de verre, toute matière se dessèche rapidement et après vingt-quatre heures, il ne reste plus que des cadavres.
« Il faut remarquer cette faculté de l'animal de vivre cmq à six jours dans les matières sorties de l'intestin, pourvu qu'il ne soit pas tué par la fermentation ou la dessication. Cette propriété peut être la cause de son introduction dans le canal digestif de l'homme
«Le nombre de ces vers que certains malades expulsent chaque jour ne peut se représenter qu'avec six ou sept chiffres, plus de cent raille et parfois plus d'un million. Ce nombre est d'ailleurs assez variable suivant les malades et même suivant les jours chez chaque malade en particulier. »
2° Anguilltde intestinale. -Le Bavay a laissé, jusqu à nouvel ordre, à ce nématoïde encore impossible à classer le nom générique d'Anguillula, en y ajoutant I épithete spécifique d'Intestinalis. (Pig 8)
0-Lo°v T .de1,Aradulte2M.20 ; largeur moyenne U , 034. Ainsi, l'A. mtestinalis joint à une largeur moyenne moindre que celle de l'A. stercoralis adulte
z \:zzvieme tripie ; eiie est d* s""^
« Le corps, un peu aminci en avant, se termine as-
NlELLY. 3g
Fig. 8.
1, Adulte. — 2, Queue \uc (le profil. — 3, id. par dessous. — 4, Tronçon du corps contenant des œufs. — 5, OEuf contenant un embryon en \oic de formation. — 0, L'embryon plus d6\clopp6. —7, Larve.
sez subitement en arrière par une queue conique dont la pointe est très sensiblement arrondie et même un peu dilatée à l'extrémité. Avec un grossissement suffisant, la surface paraît très finement, mais très manifestement et très régulièrement striée en travers dans toute sa longueur.
« La bouche ne présente aucune armature cornée, mais seulement trois lèvres fort petites. Elle donne accès dans un œsophage à peu près cylindrique qui occupe environ un quart de la longueur de l'animal, sans présenter ni renflement ni stries, et qui est suivi d'un intestin avec lequel on le confondrait facilement sans un brusque changement de teinte.
« Cet intestin s'étend jusque vers l'extrémité postérieure du corps ; mais il cesse presque d'être visible dans la partie moyenne occupée par un ovaire très allongé.
« La vulve est située au tiers postérieur de l'animal, et dans son voisinage l'utérus contient cinq à six œufs assez allongés, isolés les uns des autres, et devenant un peu confus à mesure qu'ils s'éloignent de la vulve.
« L'anus, en fente transverse, est situé vers la base de la queue. Les œufs et les viscères sont d'un jaune verdâtre, assez opaques et semblent très finement granuleux.
« Tous les individus observés jusqu'à présent étaien t des femelles ovigères, ou bien ils ne présentaient aucun organe sexuel mâle ou femelle, quoique leur taille fut assez grande. L'absence du mâle de l'A. intestinalis peut tenir à sa rareté ou bien à sa prompte disparition après l'accouplement ; mais ne pourrait-il pas se passer là un fait analogue à celui signalé par Schneider, pour certains nématodes qui, libres, sont unisexués,
et parasites, sont hermaphrodites, mais avec apparence femelle ? Il semble probable que la forme libre de notre parasite se trouvera dans les eaux croupissantes ou les substances en décomposition si elle existe.
« Nous n'avons trouvé que des individus morts ou au moins immobiles. Nous les avons rencontrés assez abondants dans le duodénum, plus rares dans le jéjunum : ils n'atteignaient pas l'iléon. Une seule fois ils étaient nombreux, aussi bien que l'A. stercoralis, dans les liquides provenant de l'estomac.
« Dans les matières où l'on rencontre ce ver, on trouve assez souvent ses tronçons contenant des œufs ; parfois on aperçoit ces œufs isolés et reconnaissables à leur forme allongée : dans quelques-uns l'embryon est en voie de formation et présente alors une rangée de cellules dorsales très remarquables ; dans d'autres, l'embryon est plus avancé, et fait même deux tours complets.
« Dans les selles de trois diarrhéiques que nous avions conservées pour suivre le développement de l'A. stercoralis, nous avons trouvé qu'au bout de quelques jours elles contenaient certaines larves différentes des premières. Elles étaient, en effet, plus allongées, avec un œsophage cylindrique descendant jusque vers le milieu du corps, et une queue qui, au lieu de se terminer en pointe fine, était au contraire, comme tronquée à l'extrémité.
« Bien que l'éducation de ces larves n'ait pu être amenée assez loin pour établir d'une façon irréfutable leur identité avec l'A. intestinalis, nous n'avons guère de doute à cet égard. En effet, deux des malades qui nous ont présenté cette forme dans leurs selles ont succombé depuis, et l'autopsie nous a fourni la forme
parfaite. Le troisième vit encore. Nous l'avons en vain cherchée chez un homme arrivé de Cochinchine depuis trois ans et dans l'intestin duquel l'A. stercoralis était très abondant.
« En somme, nous avons rencontré ce ver six fois, et cinq des malades qui l'ont présenté sont morts. Faut-il tirer de là une conséquence grave? Je pense que cette conclusion serait prématurée. Il est, du reste, infiniment moins abondant que l'A. stercoralis. » (Pr Bavay).
Microscopie clinique. — L'A. stercorale se reconnaît aisément dans les déjections alvines des malades at* teints de diarrhée chronique endémique xle Cochinchine : elle a été trouvée, nous l'avons dit ailleurs, dans les selles d'un diarrhéique provenant de la Martinique. On devra donc en poursuivre la recherche dans toutes les diarrhées chroniques exotiques, quelle que soit leur origine. Il suffît, dans tous les cas, de disposer sur une plaque de verre une goutte de la selle à examiner, et de la recouvrir. On commencera par un faible grossissement, 100 diamètres du microscope de Werick, modèle 5, par exemple, afin de parcourir rapidement la préparation et de constater la présence de l'anguillule ; l'animal se trahit par des mouvements brusques de détente latérale. On passe ensuite à l'examen à 570 diamètres et l'on constate quelques-uns des caractères de l'animal. L'anguillule intestinale sera recherchée dans les sécrétions recueillies à l'autopsie. Pour soumettre les anguillules à la reproduction, on placera les liquides qui les contiennent dans une pièce à température élevée, comme la chambre de chauffe des bains d'un hôpital. On peut ainsi observer les anguillules au moment de la ponte des œufs, etc., comme l'indique le Pr Bavay.
5. Ankylo.stome duodénal et mal-cœur. — La maladie des pays chauds et torrides connue sous le nom de mal-cœur, mal d'estomac des nègres, cachexie aqueuse, chloro-cachexie (angl.), Erdessen (ail.), chlorose d'Égypte, nous paraît être la conséquence de la présence d'un parasite intestinal, Y anky lostome duodénal; toutefois la nature parasitaire de la maladie n'est pas absolument prouvée, car le parasite n'a pas été retrouvé dans toutes les nécropsies.
Le mal-cœur est une affection signalée depuis longtemps : le P. Labat (1700) l'indique comme une des maladies des nègres aux Antilles ; Pouppée-Desportes (1770) l'étudié plus soigneusement dans son Histoire des maladies de Saint-Domingue. Ultérieurement, et dans le cours de ce sièclè, les médecins des différentes nations ont publié, sur ce sujet, un nombre assez considérable de travaux, parmi lesquels on distingue celui de Griesinger (1854) qui s'appuie sur des recherches d'anatomie pathologique faites en Egypte et personnelles à l'auteur, recherches confirmées plus tard par celles de Wucherer de Bahia et démontrant la na ture parasitaire de la maladie. Les travaux de Fonssagrives, de Le Roy de Méricourt, de Grenet, de Riou- Kerangal et les observations cliniques de plusieurs de nos collègues, ont contribué à faire connaître en France la maladie dont nous allons parler.
L'Afrique est son principal foyer : on la rencontre à Sierra-Leone, à la Côte d'or, dans la Sénégambie, en Égypte. Grenet et Monestier ont signalé sa présence à Mayotte. Les nègres de la Guyane, les enfants surtout, en sont souvent atteints et peuvent en être les victimes ; il en est de même, dans cette colonie, des Indiens coolies, des Arabes, des Chinois et même des Européens (Riou-Kcrangal) ; aux Antilles, elle n'est
pas absolument rare, ainsi qu'au Brésil, à Bahia et à Rio. En résumé, c'est une affection qui atteint surtout les races de couleur, vivant, sauf pour l'Égypte, dans les climats intertropicaux.
On a distingué dans le mal-cœur deux périodes. La première, prodromique, constituée par l'alanguissement, le malaise, la courbature, la céphalalgie, les vertiges et des accès de fièvre irréguliers; la seconde, dite période d'état, caractérisée par l'épigastralgie, les vomissements, le pica, la diarrhée, la décoloration des selles, l'anémie, l'état jaune-brun terne de la peau chez le noir, terne chez le mulâtre, la pâleur des muqueuses, l'anasarque, les suffusions séreuses viscérales. La cachexie aqueuse progressive est le dernier terme de cette évolution morbide qui dure plusieurs mois et même plusieurs années, et s'accompagne souvent de dermatoses cachectiques et d'ulcères chroniques etrebelles.
Les cadavres sont amaigris ou bien bouffis par l'anasarque, les tissus décolorés, les muscles pâles et réduits de volume. L'estomac, dont la muqueuse est décolorée et ramollie, contient des débris alimentaires mal élaborés et parfois des substances réfractaires à la digestion, et ingérées sous l'influence des accès de gastralgie: argile, craie, sable, etc. La muqueuse intestinale est pulpeuse, la cavité du tube digestif contient souvent des lombrics; elle renferme surtout, et par milliers, les ankylostomes .découverts par Griesinger, en Egypte, le 17 avril 1852. Ces nématoïdes avaient déjà été décrits par Dubini de Milan, en 1838, mais leurs rapports avec le mal-cœur n'avaient pas été soupçonnés, avant la découverte de Griesinger. Cetauteur les représente sous la forme de petits vers blancs, fixés sur la muqueuse du duodénum, du jéjunum èt
m PATHOLOGIE EXOTIQUE,
de l'iléon, au centre de petites ecchymoses semblables à de fines piqûres de sangsues. Depuis cette époque Grenet, observant à Mayotte, en 1867, nous a fourni de précieux renseignements, nécropsiques. Voici l'état de 1 intestin sur un jeune noir mozambique observé par Grenet. « Le duodénum renferme, surtout dans la troisième partie, une grande quantité devers ankylostomes. Les uns sont adhérents à la muqueuse, et parmi eux, plusieurs ont une couleur rouge pâle • les autres sont faciles à détacher ou libres ; ces derniers sont tous blancs, et leur longueur varie de 0- 01 à 0,103. Dans cet intestin, vide d'ailleurs, la muqueuse est pâle, offrant de nombreuses taches roses, lenticulaires, de la couleur des vers notés plus haut. Les premiers vers se rencontrent près du pylore ; en allant du duodénum au jéjunum, ils deviennent plus rares, moins adhérents et sont enfin presque tous détachés de la muqueuse et vraisemblablement morts. » Ajoutons que d'autres observateurs ont noté, sur la surface de l'intestin, de petites élevures papuleuses de la dimension d'une lentille, d'un rouge brunâtre. Ce sont de petits épanchements sous-muqueux qui logent parfois un ankylostome gorgé desang,lenématoïde s'étant insinué tout entier dans l'épaisseur de l'intestin. Le calibre du tube digestif est tantôt réduit, tantôt dilaté ; la rate est parfois atrophiée, mais il n'y a là autre chose qu'un état analogue à celui qui atteint les autres organes. On a constaté aussi l'engorgement des ganglions mésentériques, et .la présence d'exsudats gélatiniformes soudant l'intestin et le mésentère ; le cœur est souvent flasque, tous les tissus sont exsangues et le sang présente les altérations générales des anémies cachectiques. Ces différentes lésions exigent d'ailleurs des recherches plus minutieusement con-
ANIMAUX ET VÉGÉTAUX NUISIBLES. 693 duites que celles dont nous disposons aujourd'hui.
L'ankylostome intestinal a, d'après Davaine, les caractères suivants: sa longueur varie entre 0m,005 et €m,013. Ce qu'il y a de plus remarquable en lui, c'est sa bouche, armée d une capsule cornée très grande et obliquement tronquée qui porte, sur la portion la plus saillante de la marge, quatre fortes dents au moyen desquelles le nématoïde s'attache à la muqueuse de l'intestin. La présence de ces animaux en nombre parfois considérable dans des régions si importantes au point de vue de la digestion, les saignées locales qu'ils pratiquent constamment sont donc vraisemblablement la cause des troubles digestifs et de la cachexie progressive qui constituent le mal-cœur. On ignore d'ailleurs d'où vient le parasite. La thérapeutique de cette maladie est très difficile à bien diriger, même depuis la découverte du nématoïde qui en est la cause. On devra employer les préparations de térébenthine, d'aloès, d'asa fœtida, le camphre, les solutions sulfureuses analogues aux eaux minérales naturelles et ces eaux elles-mêmes. La chlorodyne qui n'a pas été administrée, quenous sachions, dans cette maladie, y rencontre une indication parasiticide plus opportune que dans les diarrhées chroniques des pays chauds ; on l'emploiera donc à la dose quotidienne de huit à quinze gouttes dans 50 grammes de véhicule sucré. On a vanté le suc laiteux du ficus doliaria, arbre provenant de la région des Amazones: c'est un drastique dont on a extrait un principe actif, la doliarine. Wucherer (de Bahia) a administré 30 grammes de ce suc et plus, tous les trois jours : à défaut de ce médicament, on emploierait les drastiques usuels. Les indications qui relèvent des états organopathiques divers et de la cachexie, ne présentent rien de particulier.