‹ Éléments de pathologie exotique [electronic resource]Chapitre 64 sur 81 · V. fig. de l'Ankylostome dans Moquin-Tandon, p · texte numérisé non relu

V. fig. de l'Ankylostome dans Moquin-Tandon, p

6. Dragonneau, filaire de Médine, dracunculus medinensis. — Nar (en langue tamoule) ; riéna (en cingalais) ; soungouf (en sénégalais) ; risthe (en turkestan).

Habitat. — Le dragonneau est endémique dans plusieurs localités des zones chaude et torride, mais plus particulièrement à la côte occ. d'Afrique. On l'observe à Médine, localité située à 250 lieues de l'embouchure du Sénégal, chez les nègres de la Côte d'Or; au Gabon où cependant il cède le pas à la filaire de l'œil ; au Cap, dans le Soudan. Au Sénégal, il est très fréquent, car Trucy a pu en relever 146 cas de cette provenance traités à l'hôpital de Saint-Louis, pendant une période de dix ans. On l'a signalé aussi sur les bords de là mer Rouge, dans l'Arabie Pétrée et dans i'Hedjaz, sur les rivages de la mer Caspienne et du golfe Persique, à Bokkara dans le Turkestan, sur les bords du Gange et de l'Indus, à Pondichéry, aux Antilles, à Curaçao où il est extrêmement fréquent. Il n'existe ni à Bourbon, ni à Madagascar. On en a constaté des cas dans la Caroline du Sud, en Hollande, en France, en Russie, mais l'origine africaine a pu presque constamment être démontrée.

Pathologie. — La dracunculose n'épargne aucune race. Mais comment pénètre le dragonneau? Les avis sont partagés. Pour Fedschenko, élève de Leuckart, et pour Van Beneclen, le doute est levé ; le ver se boit : les jeunes dracunculi pénètrent dans le corps de petits crustacés microscopiques connus sous le nom de Cyclopes et communs dans l'eau douce. Pour Trucy, la filaire de Médine pénètre directement au travers de la peau ; « en effet, dit cet auteur, on rencontre le plus souvent les filaires aux jambes et surtout aux

pieds ; or, si elles s'introduisaient dans l'économie par le tube digestif, comme l'ont voulu un grand nombre d'auteurs, pourquoi ne les rencontrerait-on pas aussi souvent et même plus souvent au tronc, aux cuisses, aux bras? Pourquoi ce parasite irait il de préférence se loger dans les points les plus éloignés du tube digestif ? D'autre part, comment expliquer la fréquence de cette affection chez les soldats indigènes qui vont le plus souvent pieds-nus, lorsque si peu d'Européens, qui, eux, sont toujours chaussés, en sont si rarement atteints ? Ces deux catégories d'individus boivent cependant à Saint-Louis du Sénégal, l'eau provenant d'une même citerne. » La question n'est donc pas résolue: je pense, avec la majorité des médecins de la marine, que l'introduction du parasite par la peau est la règle ordinaire, mais qu'il est possible que l'ingestion de l'eau contenant des embryons de fllaire, soit, dans certains cas, la cause de la dracunculose.

Le parasite, c'est la femelle : on ne connaît pas le mâle. Il se présente sous l'aspect d'un cordon blanc laiteux, large de 1 à 2 millimètres, pouvant atteindre plus d'un mètre, et constitué par une gaîne cutanée à faisceaux musculaires longitudinaux, sorte de sac rempli d'une matière crémeuse et blanchâtre qui n'est autre chose qu'un amas d'embryons de filaires. L'extrémité céphalique de la filaire paraît avoir trois nodules, l'extrémité caudale effilée en pointe et légèrement crochue paraît servir à l'animal pour pénétrer dans les téguments. L'animal est ovovivipare. D'après Trucy, et pour Saint-Louis du Sénégal, la filaire, sur 146 cas observés, était logée dans les régions suivantes :

Aux pieds jusqu'aux malléoles

Aux jambes

Aux cuisses

Au tronc

Au scrotum

Aux membres supérieurs

On l'a rencontrée exceptionnellement à la verge, à la face, dans la langue, jamais au cuir chevelu.

Les symptômes locaux déterminés par la présence de la filaire varient suivant la région dans laquelle elle s'est fixée. En général, la maladie débute par un prurit qui est suivi des signes ordinaires de l'inflammation locale, la tumeur produite pouvant ressembler à un furoncle, à un abcès, à une varice. Le palper donne fréquemment la sensation d'une corde cylindrique plus ou moins résistante. Dans certains cas on ne constate pas de tumeur. Quoiqu'il en soit, « en général, de trois à dix jours après la sensation du prurit, on voit la portion acuminée de la tumeur se couvrir d'une petite phlyctène de un à deux centimètres de diamètre, qui s'ouvre d'elle-même dans les vingtquatre heures qui suivent sa formation : il s'en écoule un peu de sérosité, et l'on aperçoit au centre de la tumeur un petit point blanc, qui est l'une des extrémités du ver. » (Trucy.) On observe quelquefois de la fièvre.

La dracunculose ne constitue pas une maladie grave, .mais la présence de la filaire clans certaines régions peut amener des complications qui retardent la guérison. Celle-ci s'obtient par l'extraction ou par la destruction sur place du ver. L'extraction ne doitôtre tentée que lorsque la phlyctène est rompue et alors que la filaire pourra être facilement saisie. Les jours précédents, on aura dû appliquer sur le siège du mal

CS fois.

des pansements émollients. Le ver devra être extrait par parties, sans en rompre la continuité, et enroulé à chaque pansement sur un petit cylindre de diachylum que l'on fixera à une certaine distance de la tumeur, en terminant le pansement. Les injections iodées pratiquées avec la seringue de Pravaz, serviront à obtenir la destruction sur place du ver et son élimination au milieu du pus de l'abcès artificiel que détermine l'injection.

7. -Pilaire de l'œil, ha. — Elle ne diffère delà précédente que par les dimensions qui sont plus restreintes au point de vue de la longueur. Aussi beaucoup d'auteurs les considèrent-ils comme; identiques. — On l'observe sur les nègres du Congo et du Gabon. — Elle se loge dans le tissu cellulaire qui sépare la conjonctive de la sclérotique. Dans un cas observé par Maurel, au Gabon sur un Kroumane, la filaire placée à la partie supérieure du bulbe oculaire gauche, sous la conjonctive, parcourait un trajet sinueux et l'une de ses extrémités, dirigée vers le cul-de-sac conjonctival, disparaissait vers le fond de l'orbite. Le ver exécutait des mouvements lents lorsqu'on venait à l'exciter. L'incision de la conjonctive et l'extraction pratiquée au moyen de pinces plates, firent les frais du traitement et laguérison fut rapide. Cette filaire, large d'un demi-millimètre avait 7 centimètres de long. Celle que Guyon a présentée h l'Académie , la plus longue de toutes celles observées, avait quinze centimètres.

8. Filaire de Wucherer (de Bahia), filaria sanguinis hominis (Lewis). - J'ai dit, dans le chapitre des Lymphoses, qu'une doctrine qui a pour point de départ la découverte d'un embryon de filaire faite par Otto Wucherer, de Bahia, en 1866, dans les urines d'un

by° PATHOLOGIE EXOTIQUE.

malade atteint d'hémato-chylurie, tend à établir aujourd'hui que plusieurs états morbides exotiques ont pour caractère commun la présence de ce nématoïde dans différents points de l'organisme, et que, par-suite, l'on doit considérer ces maladies comme étant de nature parasitaire. Ces idées, d'après les partisans de cette doctrine, pourraient, dès à présent s'appliquera l'hémato-chylurie, à l'éléphantiasis des Arabes, aux tumeurs et aux varices lymphatiques, à certains érysipèles, à la dermatose africaine connue sous le nom de craw-craw à Sierra-Leone, à l'ascite cbyleuse observée parWinckelen 1874, etc. — J'ai dit ailleurs qu'il ne me paraissait pas possible de se rallier à cette doctrine sans plus ample informé : je n'ai pas à y revenir, et je dois m'occuper uniquement ici des caractères du nématoïde incriminé. Les descriptions de Wucherer, deCrevaux, de Lewis, de "Winckel, d'O'Neill, de Venturini se rapportent à l'embryon ; celle de Bancroft retrace les caractères delafilaire adulte.

Wucherer (1866). — Grevaux (1870).— La filaire découverte par Wucherer est la même que celle qui a été retrouvée par le Dr Crevaux en 1870 : je n'en donne donc qu'une seule description.

L'embryon de filaire de Wucherer contenu dans les urines hémato-chyluriques examinées par Crevaux, à la mer, surun créole de la Guadeloupe, avait unelongueur de 0mm,265 et une largeur de 0mai,010. Il était mince comme un fil : une extrémité obtuse paraissait correspondre à la tête, laquelle portait, près de sa terminaison, un petit point ressemblant à un amas de granulations plutôt qu'à un orifice. La queue était très effilée, le corps translucide ; des granulations occupaient toute la longueur de l'animal. Celui-ci, très agile, progressait rapidement, et par des contor-

sions énergiques, remuait sur les plaques jusqu'à la dessication de la préparation.

Lewis (1872). — Lewis, de Calcutta, qui avait aussi constaté, après Wucherer et Grevaux, le présence des embryons dans les urines hémato-chyluriques, les retrouva dans le sang des malades atteints d'hématochylurie, de tumeur éléphantiasique, ainsi que dans les larmes, la sécrétion des glandes deMeibonius, etc., des mêmes malades. Il proposa dès lors pour ce nématoïde le nom de lilaire du sang bumain, mais il ne s'agissait toujours que de l'embryon.

Winckel (1874) mentionna la présence d'un nombre considérable d'entozoaires microscopiques filiformes, dans un épancbement ascitique d'aspect laiteux, cbez une femme venant de Surinam, et signala la ressemblance de ces vers avec ceux de Wucherer et de Lewis. Les parasites découvertes par Winckel étaient animés de mouvements vifs et mesuraient en longueur 0mm,2 et en largeur 0mm,01. Ils avaient la tête arrondie, -fou 5 cils et une extrémité caudalepointue. Aprèslaparacentèse, il était survenu une tension douloureuse de la jambe gauche, spécialement sur le trajet des veines.

0' Neill, en 1875, a observé sur des noirs de. la Côte d'Or (Afrique) des papules prurigineuses simulant la gale invétérée et siégeant à l'angle des doigts, aux coudes, presque jamais à la face. Ces papules sont bientôt remplacées par des vésiculo-pustules rebelles au traitement sulfureux et à toutes les pratiques des indigènes. L'examen microscopique du séro-pus contenu dans les vésicules ne permet de constater que la présence de leucocy tes ; mais, si au moyen d'un scalpel bien tranchant, on fait une coupe nette de la vésiculo-pustule, et si l'on examine soit la coupe ellemême, soit le liquide que l'on peut faire sourdre par

pression de la vésiculo-pustule, 'on observe dans ces préparations une ou plusieurs fïlaires très vivaces qui ne tardent pas à mourir en s'allongeant : elles mesurent 1-4 de millimètre, de tête en queue, et 12 à 13 millièmes de millimètres de diamètre. La maladie dont les noirs sont atteints porte à la Côte occidentale d'Afrique le nom de craw-craw. Le parasite est un embryon de filaire.

Bancroft, 1876. — Wucherer et ses successeurs n'avaient trouvé que l'embryon d'une filaire. En 1876, Bancroft a découvert la filaire adulte en Australie, dans un abcès lymphatique du bras. Ce parasite a été retrouvé depuis dans un caillot sanguin d'un éléphantiasis du scrotum (Lewis de Calcutta, 1877), dans le liquide d'une varice lymphatique scrotale (S. Araujo de Bahia, 1877). Le sujet examiné par S. Araujo était simultanément atteint de cbylurie, d'éléphancie et de varices lymphatiques.

Voici les caractères de la filaire adulte découverte par Bancroft et examinée par l'éminent helminthologiste anglais Cobbold. Il s'agit de l'adulte femelle, le mâle n'ayant pu être reconnu. Le corps est capillaire, lisse; il.a plus ou moins l'épaisseur d'un cheveu et huit à neuf centimètres de long; sa tête est munie d'une bouche circulaire et dépourvue de papilles ; son cou, étroit, mesure environ le tiers du volume du corps; sa queue, simple, s'effile brusquement ; son vagin est situé près de sa tête et l'anus touche l'extrémité de la queue. A 55 diamètres, on aperçoit dans l'extrémité céphalique l'œsophage et le vagin, et dans la queue, par transparence, la circonvolution du tube intestinal et la terminaison de ce tube. A 300 diamèlres, l'œuf mûr qui a la forme ovale, laisse voir à travers un chorion l'embryon pelotonné sur lui-même. Ce dernier me-

sure dans sa longueur et en moyenne Omm,01 à Omm 02 (fig. 9).

Venturini (1880), pharmacien de lro classe à la Guadeloupe, a retrouvé récemment les embryons de la Claire de Wucherer. Les urines et le sang examinés provenaient d'un jeune créole blanc, né à la Basse-Terre, ayant toujours habité cette île, âgé de vingt-trois ans, et atteint d'hémato-chylurie depuis quatre ou cinq ans. Les deux premières gouttes de l'urine chyleuse examinée n'ont fourni aucun renseignement ; dans la troisième, Venturini a trouvé irois vers. « Ce sont des larves non sexuées, ayant 0mm,312 de longueur et une épaisseur maximum de 0mm,0110. La tête se termine en cône émoussé dont les dimensions sont : base 0min,0110 ; mi-hauteur 0mm,0062; sommet 0mm,0041. A partir de la base du cône céphalique jusqu'au tiers inférieur, le corps est cylindrique, puis il va en s'amincissant de plus en plus pour se terminer en pointe fine ». Venturini a retrouvé les mêmes larves dans le sang du même malade avec ces différences que les larves du sang étaient plus courtes, moins transparentes que celles des urines, que leur terminaison caudale est mousse et non effilée. Ch. Robin a retrouvé dans les préparations qui lui ont été adressées par Venturini, les filaires de Wucherer, de Lewis, de Crevaux, etc.

§ 19. Distome d'Egypte, distomum hœmatobium, de Bilharz, Thccosome sanguicole de Moq.T. (V. fig. dans Moq. T., p. 364.)

Cet entozoaire a été découvert par Bilharz en Egypte, en 1851. Il est commun dans ce pays chez les Fellahs et les Coptes atteints de cystite ou d'hématurie. Depuis cette époque, il a été signalé par Harley, en 1864, dans un cas d'hémato-chylurie observe au Cap. Les observateurs du Brésil et de l'Inde n'ont pu le retrouver dans les urines hémato-chyluriques exami-

nées dans ces régions. Il a été rencontré exceptionnellement, en Egypte, dans des selles dysentériques.

Dans ce même pays d'Egypte et après Bilharz, Griesinger et A. Reyer l'ont retrouvé dans la plupart des cas de cystite avec ou sans hématurie qu'il leur a été donné d'observer, et en outre, les lésions constatées dans les voies urinaires se sont trouvées être presque constamment en rapport avec le nombre des distomes recueillis dans les organes. On est donc conduit à admettre que le distome de Bilharz est très probablement la cause de la maladie que J. Rochard a proposé de nommer Cystite vermineuse endémique de V Egypte, et qu'il est aussi la cause de l'hématurie, qui peut accompagner cette cystite, ou encore la chylurie du Gap, au moins. « Le mâle est long de 7 à 9 millimètres, mou, blanchâtre, formé de deux parties, l'antérieure courte, déprimée, lancéolée, pourvue de deux ventouses (ventrale, buccale) ; la postérieure, 7 à 8 fois plus longue, subcylindrique, à bords infléchis vers la face abdominale et formant une rainure qui loge la femelle. Celle-ci est très grêle, lisse, rubanée, transparente ; son pore génital est situé sur la marge postérieure de la ventouse abdominale » (Gauvet). — Moquin-Tandon et Gauvet pensent qu'il y a, dans cette description qui appartient à Bilbarz, une erreur relative aux sexes, la femelle étant, en général, plus grande que le mâle, parmi les animaux inférieurs.

On recueille les distomes adultes clans la veine porte, la veine rénale, les plexus veineux delà vessie et du rectum ; les embryons se rencontrent surtout dans l'épaisseur de la muqueuse des uretères, de la vessie, du rectum, dans les vésicules séminales, dans les exsudats muco-purulents ou sanguins qui sont le produit de l'inflammation vésicalc ou de l'hématurie.

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