DES SYMPTÔMES FOURNIS PAR LA CHALEUR
La faculté qu'a le corps humain de conserver, dans l'état è santé, un degré de chaleur à peu près égal, quelle que soit la te» • pérature des milieux dans lesquels il est placé, devient plos reffli^ i quable encore dans l'état de maladie. Constamment, en effet, cta i l'homme sain, la chaleur s'élève de quelques degrés dans des lieux très-chauds ; elle s'abaisse dans les conditions opposées, l'homme malade, au contraire, on voit dans quelques cas an violent survenir et persister malgré l'application de corps chinii^ on voit de même la chaleur devenir brûlante sans que niring^M des boissons fraîches, ni Téloignement des vêtements, pui^eotlj calmer. Dans d'autres circonstances, les personnes malades «É beaucoup plus sensibles au froid et à la chaleur extérieure qo'dk ne l'étaient en santé.
L'appréciation de la chaleur morbide, comme de beaucoup d'il très symptômes, exige de la part du médecin une grande habitod qu'on ne peut acquérir qu'à l'aide d'études cliniques, et deoai paraisons fréquentes entre la chaleur de l'homme sain et celle 1 homme malade, dans les diverses conditions de la santé et de maladie. Le thermomètre peut faire connaître le chiffre exactde température du corps. Lorsqu'on y a recours, on place général ment la boule de cet instrument dans le creux de l'aisselle, oti moyenne de cette température est de 37 degrés centigrades d l'homme sain et dans l'âge adulte (i). Mais il est tout à fait improj pour faire apprécier les autres modifications que la chaleur roorbi présente; et le meilleur instrument que le médecin puisse emplo} est sa main.
Pour bien juger des variétés que présente la chaleur, le méd€( doit avoir actuellement une chaleur modérée à la main qu'il poi sur le malade ; il doit l'appliquer successivement sur diverses pî lies, et principalement sur les extrémités des membres, sur la fa( sur la poitrine et le ventre, et sur la région qui paraît être le sîé de la maladie ou des symptômes prédominants; il doit la laiM quelque temps^ douze à quinze secondes, par exemple, sur cbacoi
(î) HusTER (John), A Treat.on ihe Blood inflam. Londoo. 1794, Id-4.
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de ces parties, afin de connaître si la sensation qui lui est transmise reste la même, ou devient différente par le contact prolongé.
Oo a dit que la chaleur animale était, en général, plus considérable chez les enfants que chez les adultes ; qu'elle diminuait toujours un peu le matin, augmentait sensiblement au milieu du jour, ^t que le soir elle était plus élevée qu'à toute autre heure ; que, peudftnt le sommeil calme, la température diminuait de 4 à 5 degrés ; -*^' ^px'êu moment du réveil, il y avait une augmentation sensible de - * cbaleur, etc. ; mais ces assertions des séméiologistes ne peuvent être ^' admises comme suffisamment démontrées. ^"' I^ principales modifications qu'offre la chaleur chez l'homme ;|^' ^^^lade se rapportent à quatre points, elle est augmentée, diminuée, j ■'"'" **H)lie ou pervertie.
A. L'augmentation de la chaleur peut offrir de nombreux degrés,
- ' T^^^ittt^ les maladies diverses, soit dans la même à des époques
?^flerentes. Entre la chaleur légère, qui a lieu dans beaucoup d'af-
^«lioas bénignes, et la chaleur brûlante, qu'on observe dans les ma-
^ ^^jes fébriles les plus intenses, il y a une multitude de degrés.
Tantôt cette chaleur n'est sensible que pour le malade, tantôt le Médecin peut la reconnaître par le toucher, et quelquefois même la ^liesurer à l'aide du thermomètre. Quelques expérimentateurs assu- ^nt avoir reconnu une élévation ou un abaissement de température 4e plusieurs degrés. C'est ainsi que dans quelques cas de fièvre typhoïde la chaleur a pu s'élever de 33 ou 34 degrés centigrades à 40 ou 41 degrés (i) ; dans la fièvre intermittente, de 36*^,5 à 40 degrés suivant le professeur Gavarret. Dans un cas obsen'é par Hunter, un thermomètre, placé dans la tunique vaginale immédiatement après l'incision de celte membrane, marquait 93 degrés Fahrenheit. Le lendemain, quand l'inflammation eut été provoquée par le tamponnement, il s'éleva à 98 degrés 3/4. Ce fait, et plusieurs autres rapportés par le même auteur, tendraient à prouver que l'inflamniiation détermine quelquefois une élévation réelle de température dans les tissus qui en sont le siège, bien que d'autres expé- TÎenceSy faites sur les animaux, ne lui aient donné que des résultats négatifs.
L'élévation de la chaleur peut être générale ou partielle ; dans le premier cas, elle peut ùlm repartie également dans tout le corps ou être plus considérable dans quelques régions, ce qui est plus ordinaire. Lorsqu'elle est bornée à une région, c'est tantôt dans forgane même qui est afl'ecté qu'elle a son siège, tantôt dans une
(1) BouiLLAUO, Cliniguede fa Cftarité, t. I, p. 294.
partie qui en est plus ou moins éloignée ; à la tête, par exemple, dans certaines aflections de restomac ; à la paume de la main, diB quelques maladies des poumons. La peau qui recouvre un phlegmco ^ est presque toujours très-chaude, et souvent dans la céphalalgie ^ le front est également le siège d'une chaleur plus ou moins élevée. ^ On a avancé qu'il en était des téguments du ventre et du thorai, dans les phlegmnsies des viscères qui y sont contenus, comme de h * peau du front dans quelques affections cérébrales ; mais ici rtni- '■ logie est trompeuse. Dans la plupart des maladies, et surtout des maladies fébriles, la chaleur, examinée comparativement avec b ' main dans les diverses régions, est plus élevée à la poitrine et ta ! ventre qu'aux extrémités. Cette différence existe dans les cas même f où la maladie a son siège loin de ces deux cavités, dans l'érysipèle de la face, par exemple, et dans les phlegmasies du poumcm, kf téguments du ventre ne sont pas moins chauds que ceux di thorax.
L'iUévation de la chaleur offre, relativement à son type, des uriétés analogues: tantôt elle persiste sans interruption pendant tout le cours de la maladie, tantôt elle reparaît périodiquement, | comme dans les fièvres intermittentes, ou à des inten'alles irrégii- ; liers et d'une manière passagère, comme on l'observe chez les femmes mal réglées et chez les personnes nerveuses ; elle revient alors par bouffées, suivant l'expression commune. C'est le plus sonvent à la face que se portent ces bouffées de chaleur : elles sonta^ compagnécs de rougeur de cette partie, et fréquemment suivies d'une sueur légère. Quelques auteurs ont appelé nerveuse ou erratique la chaleur partielle et passagère qui se fait sentir tantôt dans un point, tantôt dans un autre.
La chaleur offre encore, chez l'honune malade, d'autres différences relatives au caractère particulier qu'elle présente ; quelquefois elle est semblable à celle d'un individu bien portant qui a chaud : c'est la chaleur franche. Lorsqu'elle est accompagnée de moiteur, et semblable à celle d'une personne qui sort d'un bain tiède>on la j nomme halitueuse. Si la peau a perdu sa souplesse et l'espèce d*hamidité qu'elle offre ordinairement, la chaleur est sèche ; elle est ardente^ quand à la sécheresse elle joint une grande élévation. Elle est acre ou mordicante, lorsqu'elle cause aux doigts une sensation incommode, que cette épiihète exprime assez bien, sensation qui ne diminue pas, qui augmente même par un contact prolongé, et dont la main du médecin conseiTe l'impression pendant quelque tempe après que le contact a cessé. Quelques auteurs ont encore décrit d'autres var/étés de la chaleur (\v\ \\a ouV «i^V^^^^^ hectique^ iepiigue;
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Dais ces nuances secondaires sont d'une appréciation difficile et Déme incertaine, et comme il serait impossible d'en donner une dëe par des paroles, nous nous bornons à les indiquer comme aplUlenant, l'une à la fièvre hectique, l'autre aux parties affectées ['une inflammation gangreneuse.
B. La diminution de la chaleur, ou le froid^ offre les mômes vaiétés sous le rapport de l'intensité, du siège, du type et du caracfere particulier qu'elle présente.
Le froid peut être appréciable pour le médecin, ou n'être sensible pae pour le malade : dans l'un et Tautre cas il peut offrir une intenité variée. On nomme refroidissement une simple sensation de roid ; horripilation, celle qui est accompagnée de la saillie des Molbes des poils (chair de poule, chair d'oie) ; lorsqu'il s'y joint un remblement involontaire, c'est le frisson. Le froid peut être généml ou partiel, extérieur ou intérieur, se faire sentir dans une seule Murtie ou en parcourir plusieurs ; être passager ou continuel, avec ou MHS exacerbation. Relativement à son caractère particulier, il peut Ure piquant, glacial, ou semblable à celui qu'on éprouve en santé orsqu'on s'expcse à l'air froid.
Le froid partiel occupe presque toujours les extrémités des mem- )res, le bout du nez, le dos et les lombes. Senac parle d'un fébri* sitant qui n'avait qu'un bras très-froid. Il peut aussi, mais trèsrarement, avoir son siège dans l'organe affecté, comme on l'observe lans quelques rhumatismes chroniques.
Un frisson plus ou moins intense marque en général le début de la plupart des phlegmasies. S'il est violent et s'il a lieu chez un individu jusque-là bien portant, il indique plus spécialement l'inva- »on d'une pleuro-pneumonie, en hiver et au printemps surtout, où ces maladies sont plus fréquentes; il doit conduire le médecin à en craindre le développement, avant qu'aucun signe local confirme cette présomption, et lors môme que des désordres notables vers l'estomac ou le cerveau appelleraient ses soupçons ailleurs. Dans plusieurs circonstances, ce seul phénomène nous a permis d'annouœr le début d'une inflammation du poumon qui ne s'est montrée clairement qu'après plusieurs jours de fièvre.
Une fièvre intermittente débute aussi par un frisson ; mais le pitis ordinairement ce frisson est accompagné d'un tremblement général qu'on n'observe pas au début des phlegmasies, du moins dans le plus grand nombre des cas. Lorsqu'une phlegmasie passe à la suppuration, il y a des frissons irréguliers qui partent spécialement de Torgaue enflammé (Landré-Beauvais). Le frisson est très-souvent l'indice d'un foyer profond de suppuration, etsuivaul Ba\VVo\^^à\\
passage du pus résorbé dans la masse du sang (I). Dance a signalé le même phénomène dans la phlébite, lorsque le pus pénètre dans le torrent circulatoire. Dans ce cas, il v a des frissons intenses, rev^ nant chez quelques sujets avec une sorte de périodicité, comnie dans les fièvres intermittentes, mais ne cédant pas au mène remède.
Dana on grand nombre de circonstances, le froid et la chalev se montrent successivement chez le même individu ; oommuaémeol le froid a lieu le premier, et la chaleur vient ensuite ; quelquelbii on observe le contraire. Il n'est pas rare de voir le froid et la chtleur se succéder, un grand nombre de fois, dans un espace de temp fort court.
C. La diminution de la chaleur animale peut, comme son augmentation, être appréciée et mesurée par le thermomètre. Sous rinfluence de la congélation, qui peut être partielle ou générale, il est vraisemblable que la température approche beaucoup de zéro, même dans les parties qui sont susceptibles encore de revenir t)i vie. La température cesse probablement d'être indépendante et celle du milieu ambiant dans les parties atteintes de gangrène. Tobtefois nous ne connaissons aucun fait de ce genre dans lequel on ait mesuré la chaleur à Taide du thermomètre. Dans le choléra, d'aprb des observations recueillies à Vienne, le refroidissement des pieds est descendu à i4 degrés R., et celui de la langue à 15 degrés (3). Les membres paralysés, quand ils sont à Tabri de l'air et en contact avec les membres sains, n'offrent pas en général de diminution sensible de température. Mais exposés à Faction du froid, ils lui opposent une moindre résistance que les autres membres. Cette faculté de résistance paraît également diminuée dans d'autres conditions. M. le professeur Gavarret a observé que les parties exposées à l'air chez certains fébricitants dont l'aisselle présentait une élévation de température se refroidissaient très-facilement.
D. La chaleur est pervertie dans tous les cas où le malade accuse une sensation de froid dans une partie évidemment chaude, ou une à sensation de chaleur dans une autre qui est froide. Ce dernier pbénomène a souvent Hou dans la gangrène sèche d'un membre : le malade accuse une chaleur brûlante dans la partie affectée, tandis qu'elle est froide pour la main du médecin. On peut encore rappo^ ter à ce trouble de la chaleur ces sensations simultanées d'un froid glacial à l'extérieur et d'une chaleur brûlante à l'intérieur, et wtf versa. Dans le frisson de la fièvre intermittente simple, alors que
(I) Dafio. consuf,, lib. I, p. 110.
(2J GAYMAr.Dei GéRAKDlN, p. \t\
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Dalade accuse un froid intense et se cache sous ses couvertures, le hermomètre, placé dans l'aisselle, peut manifester une élévation de einpërature de plusieurs degrés, comme le prouvent les observaions de M. Gavarret, venant confirmer celles de de Haên. Nous Tons vu à rhôpital de la Charité un fait peut-être plus extraorditaire encore, chez un homme atteint depuis queU|ue taaips d'une èvre intermittente. Au moment même où il éprouvait'iê rigor^ 'est-à-dire une sensation de froid avec tremblement général, sa •eau devenait rouge, chaude, et se couvrait d'une sueur abondante. le phénomène bizarre s'est reproduit pendant un certain nombre 'accès.