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NATURE DES MALADIES

En UD mot, toutes les indications consistaient à changer la quantité ou la qualité des liquides, ou à déterminer leur afflux vers tel ou tel oi^ne.

Les solidistes considèrent les mêmes objets sous un point de vue toat opposé. Selon eux, les liquides jouent un rôle passif dans les phénomènes de la vie; privés des forces vitales, de sensibilité et de GODtractilité, ils sont entièrement subordonnés à l'action des organes sensibles et contractiles qui les contiennent. La maladie par €X>U8équent a essentiellement son siège dans les solides, qui seuls [peuvent recevoir l'impression des causes morbifiques, et qui seuls fournissent des symptômes importants. La sympathie, qui a pour organe le système nerveux, explique d'une manière satisfaisante'la €»>EUiexion des symptômes et le trouble général qui accompagne l'affection de telle ou telle partie. Les métastases y les crises^ sont, selon eux, plus favorables à leur système qu'à celui des humoristes. « En effet, l'écoulement d'une petite quantité de sang, d'urine^ de matière^fécales, de sueurs, est insuffisant pour expliquer le passage de la maladie à la santé, d'autant que laprésencede ces liquides dans l'économie est incapable de déranger la régularité des fonctions; il y a, selon eux, transport d'action (i) ou ^irritation (2), et non transport des liquides ; il est beaucoup plus facile à la nature, ajoutent-ils sérieusement, de transporter l'une que l'autre. Les organes, dans l'état de maladie, conservent ou acquièrent entre eux des rapports en vertu desquels ils se transmettent leurs impressions; l'irritalion qui occupe depuis plusieurs jours un organe peut ainsi se porter sur un autre : le premier reprend ses fonctions, et si rafiection transmise au second est légère, la santé se rétablit ; si elle est grave, elle forme une métastase. La preuve la plus convaincante, disent-ils, qu'il y a seulement transport d'irritation , c'est qu'on voit des métastases et des crises qui consistent seulement dans le transport de la douleur ou de quelque autre phénomène nerveux, sans exhalation d'aucun liquide : dans les névroses, par exemple, et dans les-affections rhumatismales. Enfin, dans les cas où il y a afQux de liquide v^ un -organe, on observe dans les qualités de ce liquide la pliv^t^nUde variété ; la seule chose constante est une irritation qui^tiJ^Fépède et'qui^est caractérisée par le prurit, la douleur, la chaleur^' le gonflement, la rougeur ou quelque autre changement analogie dans la partie oti doit s'opérer la crise ou la métastase. Quant aux . signes diagnostiques et pronostiques oficrts par les liquides, ils n'ont jamais qu'une importance secondaire, et les ré-

(I) SpiiE!(€il, Path. gétiér.

{2| Màrakml, Thète iur Im irri^

018 KATUBE DES MALADIES.

suliats de Vouveî'ture des corps, qui montrent d'une manière si évidente les altérations des solides, prouvent combien était peu fondée la pathologie humorale. Enfin, les indications les plus précises naissent des changements survenus dans l'habitude extérieure, les mouvements et la chaleur, dans les organes digestifs, respiratoires, et dans ceux de la circulation ; tous ces symptômes sont évidemment fournis par les solides, auxquels ces fonctions sont départies. »

Tels sont les principaux points de la doctrine des humoristes et des solidistes : nous avons voulu en présenter rensemble, sans y mêler aucune réflexion. L'ancien humorisme reposait sur des faits très-inexacts, tels que les fournissait la chimie encore à peine à sa naissance ; sur une théorie entièrement fausse, dans laquelle, par un oubli complet de l'influence vitale, les altérations des humeurs étaient pi*esque toutes rattachées à une fermentation on à une putréfaction analogues à celles qui auraient lieu dans des vases inertes. Aussi fut-il facile de démontrer l'absurdité de ce système et de le renverser. Lu brillante physiologie de Bichat, la chaleur avec laquelle Finel attaqua l'humorisme, Tardeur avec laquelle on se livra h l'étude de l'anatomie pathologique, et la direction tonte solidiitt qui lui fut donnée et qui lui était en quelque sorte naturelle, tontes ces circonstances opérèrent rapidement une révolution complète dans les croyances médicales, et toute la génération de cette époque et des années qui suivirent adopta en fait, sinon en principe, un sodisme exclusif, sous lequel naquit etse développa le système de l'irritation. Toute influence des liquides dans le développement des maladies fut rejetée ; tous les phénomènes de la vie, chez l'homme malade comme chez l'homme sain, furent placés sous la dé|)endaDCc immédiate des solides.

Un système une fois renversé, chacun s'étonne de l'enthousiasme avec lequel il a été prêché, de la facilité avec laquelle il a été adopté i universellement et sans résistance. L'humorisme avait régné, dans r les écoles, pendant des siècles, sans partage; il est attaqq^ vers 6n du dernier siècle, et en quelques années Iç tri' dismc est complet et incontesté. C'est ainsi que m res humaines. Dans les sciences^ dans les lettres» en pÂlISKren toutes choses, les opinions des masses exercent 8Qr;i6^|ill^niuae action comparable à celle de ces torrents qui enti^inent " ment ce qui se trouve sur leur passage. Telle a été rinQ||iei|pe ïirÂlidisme, personnifié dans la doctrine de l'irritation ; chaeifii peot se rappeler avec quelle puissance elle s'est étendue, quelni îyMinîe elle a exercée, el comb\eTi«QLc\\\ï\A^élé raj^idejs^.oompjètip. ...

Lire-".-: .

NATl'RE DES MALADIES. 019

Plusieurs années avant l'apparition de ce système, et lorsqu'un solidisme moins aventureux, mais presque aussi exclusif, était généralement accepté par la plupart des médecins, un des pn^miers, en 1817, j'élevai la voix (1) et m'efforçai de rendre aux liquides rimportancc qu'ils devaient avoir dans les phénomènes de la vie, soit en maladie, soit en santé. Je cherchai à pn.iuver que le &oIidismc était insuffisant pour rendre comptedes phénomènes observés, et que, tôt ou tard, il serait abandonné pour faire place à une opinion moins exclusive. Je m'appuyais principalement sur les faits suivants, savoir : 1® que dans la composition normale du corps humain, les liquides sont en proportion incomparablement plus grande que les solides ; 2* que dans un certain nombre de cas, les symptômes observés pendant la vie, les lésions constatées apK's la mort, portent exclusivement sur les liquides : telles sont les altérations de l'urine en particulier dans le diabète, celles du sang dans le scorbut et l'ictère chez l'homme vivant, certaines collections séreuses après la mort ; 3*" enfin que diverses maladies reconnaissent évidemment pour causes l'introduction dans l'économie d'aliments, de boissons, de diverses substances nuisibles que l'absorption a portées dans la circulation générale, et qui ont dû agir primitivement sur la quantité et les qualités du sang, devenu ainsi la voie ouverte aux causes morbifiques et le point de départ de la maladie.

Depuis cette époque, un bien grand changement s'est opéré dans la disposition des esprits. Aux faits qui viennent d'être exposés, bien d'autres faits sont venus s'ajouter : la diminution de l'albumine dans le sang et sa présence dans l'urine chez les sujets atteints de la maladie de Bright ; les modifications qu'offre la composition du sang relativement aux proportions de fibrine et de globules qu'il contient dans les maladies inflammatoires et les affections chlorotiques ; la présence dans ce liquide, soit du pus, dans certaines maladies, soit de substances vénéneuses, dans beaucoup de cas d'empoisonnelent; diverses modifications constatées dans le lait, dans l'urine, ja sflive (S), ont ajouté un si grand nombre de faits à ceux l)(mi»i;ivk>ns^ signalés il y plus de vingt ans, que l'opinion a ^BwÉ^^'^'^'^^^S^ sur oe point. Des travaux chimiques et mic'rosckifPliilJfs d'tm grand intérêt, parmi lesquels nous citerons ceux d*0r6la^;et xle Prîght, ceux de MM. Thenard, Dumas, Andral, Doi^iiii^éf)^er, ont puissamment contribué à restituer aux liquides le télé important qu'ils doivent occuper dans l'étude de l'homme en santé; et en maladie. Peut-être même, après avoir longtemps

tt) Voyti la prvinlère édititfn de eet ouvrage, 1817. 12) Voyei les pages mM$i,rt%m, S47.

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fermé les yeux sur les altérations les plus manifestes des liquidei est-on aujourd'hui trop enclin à en soupçonner partout, à en admettre sur des ifîiliiees trop légers, sur des observations trop peo oobbreuaes, et à en eihg^et lllâportance, sous le triple rapport de rétiologie, de la symptonmlolîogie et de la thérapeutique ; on senit disposé môme à construire sur ce nouvel humorisme un systèiK médical tout entier, tant est grande la disposition de l'esprit homn à se porter d'un extrême à l'autre, tant il lui est difGciie de se mtiotenir constamment dans cette mesure où se trouve la vérité.

Nous ne suivrons pas les humoristes et les solidistes dans les nombreuses altérations qu'ils ont supposées pour expliquer Tessence des maladies ; nous nous abstiendrons également d'expoMr les divers systèmes (4) qui, depuis les premiers temps de la roéde

(1) Nous croyons toutefois devoir faire une excepUon à l'égard du systènw ée rirritation, parce que naguère encore 11 comptait un grand nombre de paitiflM, et qu'il en a quelques-uns encore aujourd'hui.

« La santé et la maladie sont, dans ce système, des effets variés qui se nltichent à un même principe, et (*« principe est l'irritation.

« Quand la santé s'altère, c'est toujours parce que les stimulants extérieurs d» tinés à entretenir les foncUons ont cumulé l'excitation ou rirrltaUoo dansqndqie partie, ou parce qu'ils ont manqué à Téconomle.

« Les foncUons peuvent élre troublées de deux manières ; elles s'exercent arec trop ou trop peu d'énergie.

« 1 /irritation est donc la cause première ou le point de départ de tous les dérangements qui surviennent dans la santé : les phlegmasies, les hémorrbagics. les névroses, les dégénérescences de toute espèce n'en sont qae les effets, et foo ne doit pas les considérer comme des maladies, ou bien il faudra voir aussi dans la suppuration une afîecUon idiopathique. •

Kxaminons succinctement cette théorie, qui se rapproche beaucoup de celles de Thémison et de Brown,et soyons jusqu'à quel point elle est fondée.

il e-t généralement reconnu, et II est, Je crois, incontestable, que les maladlei de tout genre sont dues à un changement dans l'action de nos organes; ce changement intime précède et produit toutes les altérations de tissu ; en sorte que, à proprement parler, tout ce que nous appelons maladie est consécutif i ce changement. Mais ce changement intime échappant, ainsi que nous l'aTons tu dans le chapitre précédent, à tous nos moyens d'investigaUon, la raison '^nt^ cette pie* miére vérité reconnue, que nous dirigions notre étude et np^re oheerpatkHi vcfi|i les phénomènes appréciables. C'est en suivant cette e^rc^e^ que» la ibédeitM't^ fait des progrès réels; elle a rétrogradé toutes les fots-qifon a voulu la. f^ lemonter vers les causes premières : premier vice de la'théorie de rirrltatMeg. .

Un autre yice non moins remarquable est de Restreindre à deux JMllîiiTr changement d'action, qui est la source de tou9 nos maux. Snitàlit BrousitaSs,.^» sUmuiants ont été ou trop forts ou trop faibles, et TacUon des orgaaSétlLMM augmentée ou affaiblie : or, s'il était permis de raisonner suit uflè ii<a^faNntl>a connaissance de laquelle il ne nous est pas donné de parvenir, Je dciDàoderalilll oas vraisemblable qu'outre cette diminution et celte augmanaUan d*éne^> xisie aussi une ^etx«T«V(^ii^^<cX\^\k, %>à»(»V(V.^^^Ue-méme de se montrer

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