HYPÉRÉMIE ET CATARRHE DE LA MUQUEUSE DE LA TRACHÉE
ET DES BRONXHES.
J l*'. — Pathogénie et éliologic.
Nous avons déjà dit, dans un chapitre précédent, que chaque hypérémie considérable des muqueuses donne lieu à cet ensemble de troubles des fonctions et de la nutrition, que nous avons désigné sous le nom de cûtarrhe; et si nous rangeons le catarrhe parmi les inflammations, les termes d'hypérémie et d*inllammation deviendront, à ce point de vue particulier, synonymes, quoique, d^une manière générale, ces deux lésions ne puissent pas être identifiées.
La prédispasUion au catarrhe de la muqueuse bronchique est très-variable chez les différents individus, et nous pouvons appliquer ici ce que nous avons dit du catarrhe laryngien, qui, selon les dispositions individuelles, se développe à un degré tantôt léger, tantôt grave, sous Tinfluence d'une seule et même cause morbifique. c Une sensibilité considérable de la peau aux changements de tempe* rature », ou c une impressionnabilité augmentée de la muqueuse bronchique > De reposent que sur des hypothèses, auxquelles on a recours si des individus sont pris de catarrhe bronchique sous l'influence de causes insignifiantes et qu'il ne se présente pas d'autre explication. Cependant il y a quelques états particuliers que l'expérience nous a indiqués comme causes prédisposantes.
D'abord Venfance, surtout à l'époque de la dentition, nous montre une grande tendance aux catarrhes des muqueuses en général, et en particulier au catarrhe de la muqueuse bronchique. On entend attribuer tous les jours la toux et la diarrhée qui se montrent vers l'époque de la dentition, à cette dernière. La disposition aux catarrhes bronchiques est moindre pendant l'âge adulte; dans la vieillesse, où le catarrhe chronique est une maladie très-fréquente et fournit un contingent considérable aux hôpitaux, elle est très-prononcée.
En second lieu, les individus mal nourriSy êam vigtieurj montrent positivement une disposition plus grande aux catarrhes en général, et particulièrement au catarrhe bronchique, sous l'influence de certaines causes même insignifiantes, auxquelles des personnes robustes, bien nourries, à fibres dures, résistent facilement. Cette disposition pourrait être déduite, d'une manière hypothétique il est n^, du mauvais état de la nutrition, de la faible résistance des parois capillaires et de la mollesse des tissus dans lesquels ces vaisseaux se répandent. Dans
NIEMETUt. — • 3* tbtT. \. — U
5U MAI.AI1IK DE LA TIIACHEè: et DEJs llHdNOHKS.
ces L-ouilittoiis, 11! (lia I 11 ('l ru ilos cniilhiircs osl nLV'cssairL'meut nprfiiidi, i-l il riuUy avuir une (o^nje leiidaiice aux hyiién^mies l't h une aiigiiu-iiULliuii ik' la tfaiissudation. C'est à cette cause que se rattache la prédisposition au catarrhe qu* uous rencontrons dung la scrofule, le rachitisme, parmi les syrnptdmes desquels 0(1 compte ordinairement, à cûté d'autres calarrhos, le catarrhe des In-onches; enfin le catarrhe chronique des buvuursest dû peut-ûlre,au moins en parlie,âU nutrition incomplète des parois capillaires et des tissus dans lesquels circulunt ces vaisseaux.
En troisième lieu, les individus qui ont déjà souvent eu des catarrhes bronchiques, ont une grande disposition à contracter de nouveau cette maladie; mais te sont surtout quelques ajferiions chrùniques du parenchynte pulmonaire qui alimentent celte prédisposition, quand elles ne sont pas une cause directe de l'apparition du catarrhe. Un catarrhe continu ou très-sujet à récidive, et dont on peut découvrir le sié|;e dans un des sommets du poumon au moyeu de l'examen physique, est pour le médecin attentif un signe presque certain d'une tuberculose commençante. Le vieil adage : Obi irrilntio ibi affluxiu, est encore vrai aujourd'hui, liieii que cet afflux ne se soit produit que par la dilatation des vaiS" seaux qui communiquent avec le point irrité, on par une résistance moindre dts parois capillaires, et qu'il ne soit nullement dépendant d'une attraction.
Enlin nous devons mentionner qu'une éducation tr(^ délicate semble augmenter la disposition au catarrhe des bronches, qui parait être moindre cbet les personnes habituées aux agents extérieurs.
Les cotises déterminantes qui, selon la disposition individuelle, produis«iit plus ou moins facilement le catarrhe des bronches, sont les suivantes :
1' Le catarrhe bronchique peut dépendre d'une déjilétûm incompUle des mnf$ brmchiqties. On ne doit pas oublier que les artères broncldques, qui naissent de l'aorte ou des artères intercostales, ne versent leur san^ qu'en partie dant les veines bronchiques, d'où il passe dans les veines azygos et plus loin dans U veine cave. Une autre partie du sang renfermé dans les petites veines bronrhiques »e déverse dans les veities pulmoiuiires, dans l'intérieur du poumoo. Si donc il y a un rétrécissement à rorilico auriculo-ventriculaire gauche qui gËno la déplétion de l'oreillette gauche et par conséquent des veines pulmonaires; s'il y a insuffisance de la valvule mitrale; si, par suite de celte lésion, le sang roflur vers l'oreillette pendant la systole ventriculaire et que les veines pulmonaires ne puissent pas se vider complètement, il se développera, il est vrai, de préféreuft une hypéréniie pulmonaire (c'est-à-dire un excès de sang dans les capillaires ipn entourent les alvéoles); mais si les affections du crcur que nous venons do citer se trouvent à un degré très-avancé, le catarrhe chronique des bronches sera un symplâme très-fréquent cl une conséquence forcée des lois physiologiques. Ce fait ne pourra pas se comprendre, si l'on oublie qu'une partie du sang qui nourrit la muqueuse bronchique ne se rend piis dans le creur droit, mais dons 1c cœwr gauche.
2* Si le sang rencontre une résistance plus grande dans quelques cosses brutches autres que les artères bronchiques ou dans le tronc même de l'aorte, aodeseous de l'oridiine de ces artères, la pression du sang est augmentée dans les
IIÏPÉIIÉMIE ET C.VTAtinirE l)K U SlUgriîl'SE l>K I.A TRACnÉE. SI
laû^emix qui ne sonl pas comprimés ou rétrécis d'une autre Tafon; ils sont
fililfs, cl il se (l^voluppe une hypérémie dans leurs divisions capilliiires. Par suite
I i» cet éui de choses «luo Vircliow diïsigne si liien sous le iium de /Innon cd-
ratc, nous voyons la compression de l'aorte alidoniinalf) par des épaiiclieinents
I k péritoine, pnr l'utérus à l'éUit de grossesse, par les intestins remplis de
kères Kcales et de i;az, donner lieu t anx congestions vers la poitrine et la
. DajiB It! stadt! du froid do la lièvre intermittente, la circulation subit uu
lAslacle essentiel sur toute la surracc du corps par suite de la contraction fibril-
I tùe de la petiu (ansériiie) cl par le rétrécissement spasmodique des artères
IriphHquos; par là la pression du sang doit nécessairement augmenter dans les
« bronchiques de même que dans celles d'autres organes ; l'iijpérémie de
Kmu(|ueu5e bronchique, le catarrhe aigu, accompagnent presiiue constamment
f liflAvre intermittente.
1* Les a^enh irrilaïUs qui alleigneiit ta muqtKuse direclemenl, tels que la
foosiière, les vapeurs, un air trop Troid ou trop chaud, donnent lieu à l'hypé-
I catarrhe de la muqueuse bronchique. Plusieurs classes d'ouvriers,
^ moût les boidangers, les meuniers et avant tout les tailleurs de pierre, sont
'^^ dettes presque toujours du catarrhe des bronches.
A' Refroidm^nent de la peati sous l'influence d'un changement de température mMl Nous ne possédons, et nous l'avons déjà dit, aucuno explication plausible 4t ce (ail qui se rèpile journellcTnenl, qu'un homme en transpiration, s' exposant tua rouranl d'air, est pris d'un catarrhe des bronches. On ne peut pas invoquer id II fluiiou rullnlérale, cnr ce n'est que le changement de la température ou le tonnuit d'air, et nullement te froid considérable en lui-même, qui donne lieu.au nlanhc des bronches. Dans les contrées rudes, humides, surtout sur le bord de 1* mer, les catarrhes bronchiques régnent épidémiquement, à cause des fré- 'IMnle* occasions de se refroidir.
5' Les catarrhes hronehiqm» se montrent comme symptôme dans le cours de
l' rougeole, du typhus exan thématique et abdominal, de la variole. Il faut les
«unsidércr ici comme wie conséquent im-médiate de tu composUmi morbide du
fnijf, duc à l'absorption de substances délétères encore inconnues dans leur
; si l'eipUcation physiologique de ce fait nous manque, nous trouvons
mdtuil quelque chose d'analogue dans les phénomènes d'intoxication que
I produisons à volonté par de Fortes doses d'une substance inorganique,
Minn! de potassium par exemple. On sait que pendant l'administration de ce
mille il se développe assez souvent un catarrhe bronchique très-violent, lié
ijoeounent à un exanthème de la peau, et sans qu'aucune autre cause mor-
■ Vaqua ait atteint la peau ou la muqueuse.
I 6' Lorsque des épidMies se développent sous l'influence d'un principe iu- Iferlntl, l'oi^nisme peut Être soumis à une intoxication du sang qui provoque lin catarrhes bronchiques violents et étendus, sans qu'il y ait localisation sur la \fn sotu ta furme d'exanthème; ces maladies sont accompagnées de symptèmes tJraut graves, tels que nous les observons dans toutes les maladies infecwe*. Une pareille épidémie, grippe, infitietisa, se déclara, par exemçle^ dii'ivs I Fannée 1732, traversa l'Europe de l'est à l'ouest, et alleignit aa mon\s\* ■Kiov^xfe
de la population. La maladie était dangereuse surtout pour les enfants et les vieiliardSy tantôt par Tintensité de la fièvre, tantôt par Textension de la maladie locale jusque dans les alvéoles, tantôt par la participation de la muqueuse intestinale à cette affection, enfin par des complications d*autre nature. Depuis cette époque, dos épidémies de grippe se sont souvent reproduites, surtout pendant les années 1800, 1835, etc. Depuis l'apparition répétée de cette maladie, les médecins et le public ont pris la mauvaise habitude de désigner sous le nom de grippe tout catarrhe bronchique, même non épidémique et non dépendant d'une infection, s'il est associé à des phénomènes généraux violents, et s'il montre une grande opiniâtreté; on lui a donné le nom de grippe gastrique^ à le tube gastro-intestinal prend part à la maladie. Cette façon de parler a quelque chose de bon : personne ne se croit forcé de garder le lit pendant longtemps pour une simple fièvre catarrhale; mais si c le malade croit avoir la grippe >, il est content s'il est guéri au bout de huit à dix jours.
Enfin, nous mentionnerons que les causes déterminantes des catarrhes sont inconnues dans presque tous les cas, à moins qu'on ne veuille se contenter de dire, comme le public, « qu'on s'est probablement refroidi ».
J 2. — Anatoniic patholo^ir|iie.
Le catarrhe aigu de la trachée et des bronches se caractérise sur le cadavre par une rougeur tantôt diffuse, tantôt tachetée, et qui est due soit à l'injectiotf, soit à des ecchymoses. La muqueuse est terne, non translucide, plus molle, elle se laisse déchirer facilement. Cet état est dû à l'imbibition, résultat de la pression plus considérable qu exerce le sang sur les parois capillaires. De cet œdème de la muqueuse, auquel participe aussi le tissu sous-muqueux, dépend enfin le gonflement de ces parties, et par suite le rétrécissement du calibre des bronches. Le calibre des bronches est, à l'état normal, proportionné à l'âge, il est donc facile à comprendre que chez les jeunes sujets un gonflement de la muqueuse peut rendre difficile ou impossible l'entrée de l'air, au moins dans les bronches de troisième ou de quatrième ordre; ce fait est important pour lasymptomatologie de la maladie, et surtout pour l'explication de la différence des phénomènes et du danger chez les enfants et les adultes.
Au commencement, la muqueuse est sèche ou couverte d'un mucus visqueux et transparent dans lequel ne sont englobées que peu de cellules d'épithélium vibratile ou quelques cellules épithéliales plus jeunes. Plus tard, il se fait ordinairement à la surface un développement considérable de cellules qui, mêlées & une sécrétion plus abondante et plus liquide, doimenl à celle-ci un aspect opaque et jaunâtre.
Si les petites bronches sont rélrécies par le mucus, le poumon ne s'affaisse pas â l'ouverture du thorax, alors même que le parenchyme pulmonaire n'a pas perdu son élasticité.
Dam le catarrhe chronique des bronches^ la muqueuse présente le plus souvent une rougeur plus intense passant au brun. Les vaisseaux en sont plus fré- (fuemment dilatés, variqueux, le tissu est gonflé, inégal, et en même temps plus
BTPÉRÉlflE ET CATARRHE DE LA MUQUEUSE DE LA TRACHÉE. 53
cohérent et plus difficile à déchirer. La muqueuse elle-même est hypertrophiée, mais les bandes fibreuses longitudinales et la couche musculeuse sous-jacente le sont davantage. En même temps que ces tissus s'épaississent, Télasticité de la muqueuse et de la couche fibreuse longitudinale disparaît, et les muscles gonflés et imbibés des bronches perdent en grande partie la faculté de se contracter. Comme conséquence du relâchement des parois broncHiques, il s'ajoute souyent m catarrhe tifi^ dikUaiian diffuse des bronches; nous en parlons ici, parce que cette lésion ne modifie pas essentiellement les symptômes du catarrhe, tandis que rempbysème et la dilatation sacciforme des bronches seront décrits quand nous traiterons des maladies du poumon. La dilatation diffuse des bronches peut defenir si forte, que même les petites bronches restent béantes quand on incise le poumon, et qu'eltes ont un diamètre plus considérable que les bronches dont elles naissent.
L'épithélium normal manque dans la plupart des cas de bronchite chronique : ou bien la muqueuse est couverte d'une couche abondante d'une sécrétion jaune, puriforme, dans laquelle se trouvent en grand nombre de jeunes cellules, souvent granulées, à noyaux divisés, ou bien elle est enduite d'un mucus visqueux, glaireux, à moitié transparent, et qui est sécrété en très-grande abondance. Ces derniers cas, où le gonflement de la muqueuse et du tissu sous-muqueux est souvent très-considérable, sont ordinairement désignés sous le nom de catarrhe m. Dans les cas où la sécrétion est abondante, celle-ci remplit quelquefois complètement les bronches, tandis que dans les grosses elle se mélange à l'air et se montre, par conséquent, écumeuse.
Les ulcérations catarrhales folliculaires et diffuses que nous avons décrites sur la muqueuse du larynx ne se rencontrent que rarement sur la muqueuse bronchique. Reinhardt prétend les avoir observées constamment dans les plus petites bronches, quand elles étaient entourées d'un tissu pulmonaire qui a subi la dégénérescence tuberculeuse, et il croit que ces ulcères détruisent la paroi de la bronche, et deviennent par là le point de départ de la fonte tuberculeuse du tissu pulmonaire.
g 3. — Symptômes et marche.
I. Catarrhe aigu de la trachée et des grosses bronches. — Le catarrhe aigu de la trachée et des grosses bronches est souvent associé au catarrhe du larynx, de la muqueuse nasale, des sinus frontaux et de la conjonctive. Rarement il s'étend aux bronches plus fines. Plus Textension du catarrhe est considérable, plus souvent aussi la maladie débute par des horripilations, et, chez les personnes délicates, par un fort frisson. Mais rarement — et ceci est important pour distinguer une fièvre catarrhale commençante du début d'une fièvre inflammatoire, — rarement il n'y a qu'un accès de fièvre; à chaque modification de température, en changeant de linge, mais surtout quand le malade entre dans un lit froid, des accès plus ou moins violents reviennent, souvent pendant toute la durée de la maladie. Entre ces accès, le malade ressent une chaleur brûlante, sans que le thermomètre nous indique une température plus
élevée. Il vient s*y ajouter une céphalalgie frontale intense, le battement des ar* tères temporales, un affaissement de tout le corps, des sensations douloureuses dans les articulations, augmentant par la pression, une < fièvre catarrhale et rhumatismale >. Si Tappétit disparait, si la langue est chargée, on entendra même prononcer le nom de < fièvre catarrhale gastro-rhumatismale >. Enfin un fait caractéristique de la fièvre catarrhale, c'est que cette sensation de grande faiblesse n'est nullement en rapport avec le peu d'élévation de la température et le peu de fréquence du pouls, qui dépasse rarement 80 à 100 pulsations par minute. Chez les enfants et les personnes délicates, oa observe quelquefois du délire, et même, dans quelques cas rares et chez des enfants très-impressionnables, on a vu survenir des convulsions. Par suite de ces symptômes, les mères sont très-effrayées, et le médecin même peut être inquiet sur le moment, jusqu'à ce qu'tin écoulement abondant du nez ou des étemuments répétés éloignent la crainte d'une affection cérébrale commençante. Si dans de pareils cas le médecio avait prescrit le jour précédent des sangsues à la tête, si sa physionomie avait pris une expression grave et pensive, il sera très-embarrassé en face de cette maladie que tout le monde reconnaît maintenant pour être une affection innocente et sans danger.
Le catarrhe de la trachée et des grosses bronches n'est pas toujours accompagné de la fièvre catarrhale, souvent il traverse toutes les phases sans fièvre ; mais dans la plupart des cas un peu intenses, on observe des sensations anormales dans la direction de la trachée et sous le sternum. C'est à cela que se rattachent la sensation de chatouillement, de vapeurs irritantes que l'on croit avoir inspirées, souvent un sentiment de brûlure, d'écorchure dans la poitrine. Souvent on trouve une sensibilité exagérée de la peau qui recouvre le sternum, et l'on admet alors généralement qu'une irritation réflexe partant des nerfs sensibles de la muqueuse bronchique pour se porter sur ceux de la peau, est la cause de ce phénomène.
La toux n'est pas aussi pénible que dans le catarrhe du larynx, organe plus riche en nerfs, le timbre enroué n'existe pas, l'expectoration est d'abord peu abondante ou manque complètement; plus tard elle devient plus abondante, et comme la matière sécrétée ne provient que des grosses bronches, il faut peu d'efforts pour la rejeter par l'expectoration; les malades disent « que les crachats se détachent facilement » . Les crachats sont d'abord transparents, vitreux, plus tard jaunâtres, opaques.
Il s'entend de soi-même qu'une véritable dyspnée ne peut pas exister dans le catarrhe de la trachée et des grosses bronches, tout au plus les malades sont un peu gênés, « sont un peu pris de la poitrine » ; même un gonflement considérable de la muqueuse et une sécrétion abondante ne peuvent pas rétrécir sensiblement la lumière de ces canaux, et par conséquent ne peuvent pas avoir de conséquences fâcheuses.
La percussion de la poitrine ne nous donne rien d'anormal dans le catarrhe des grosses bronches. Les vibrations de la paroi thoracique et le volume d*air renfermé dans les poumons restent à l'état normal. Dans beaucoup de cas, TatifeuUation aussi donne des résultats négatifs, c'est-à-dire qu'on entend partout ce
HTPÉRÉBflE ET CATARRHE DE LA MUQUEUSE DE LA TRACHÉE. 55
brait particulier que produit l'entrée de Tair aux points de division des plus petites bronches, et dans les alvéoles mêmes, et qu'on appelle respiration vést" eukdre. Si un malade tousse et expectore, etc., et si l'on n'entend dans la poitrine que le bruit vésiculaire, il faut exclure un catarrhe intense des petites bnmches, et l'on diagnostiquera un catarrhe des grosses bronches. Si la muqueuse de ces dernières est gonflée considérablement à une place circonscrite, l'air en la traversant produit, comme dans un tuyau, un bruit qui ressemble à un ronflement, c'est le rhonchus sonore ; ce bruit se perçoit non -seulement i la place où il se produit, mais dans une étendue plus grande, et souvent il est accompagné de vibrations sensibles du thorax. Si plus tard il s'accumule une certaine qoantité de mucus dans les grosses bronches, le passage de l'air à travers le liquide qu'il agite donne lieu à des bulles qui crèvent : ainsi naissent les bruits de ràle que Ton appelle dans ce cas râles à grosses bulleSy pour les distinguer des râles plus fins qui se produisent dans les petites bronches.
Le catarrhe de la trachée et des grosses bronches, que le public désigne sous le nom de c catarrhe léger du poumon », se termine la plupart du temps favorablement et même en peu de temps : la fièvre, si elle avait accompagné la maladie, cesse ; la toux amène de temps en temps, surtout le matin, des crachats cuits que de nos jours on appelle crachais homogènes mnco^uruleniSy et se perd à la fin, lorsque les sensations anormales ont déjà disparu depuis longtemps.
n. Catarrhe aigu des petites bronches (1). — A. Chez les adultes. — La maladie, lorsqu'elle a une certaine étendue, est souvent accompagnée des sympt4>mes qui prouvent la participation de tout l'organisme à l'afTection locale on la réaction contre cette lésion, symptômes que nous avons décrits conune étant ceux de la fièvre catarrhale.
Les petites bronches sont insensibles, et si le catarrhe est limité à ces tuyaux, la sensation de chatouillemciil et d'écorchure n'existe pas comme dans le catarrhe des grosses bronches. Si dans le cours de la maladie il se déclare des douleurs sur le devant de la poitrine ou dans les côtés, ce sera une preuve qu'une complication s'est déclarée.
n est vrai que si la durée est longue, les trop grands efforts des muscles abdominaux, dont la contraction saccadée produit la toux, donnent lieu à des douleurs près de leurs points d'intersection au thorax et dans la région épigastrique. Ces douleurs, que nous observons aussi dans d'autres muscles trop fatigués, sont augmentées par le déplacement des fibres musculaires, mais surtout par la toux, et le malade s'assied instinctivement après avoir toussé pour relâcher les muscles abdominaux.
La toux est, pendant toute la durée de la maladie, beaucoup plus [violente que dans la forme précédente, les accès sont plus longs, l'expectoration est difficile, le malade ne par>ienl pas sans peine à chasser les mucosités des petites bron-
(1) Niemeyer décrit dans les chapitres suivants Tatclectasie (coUapiui du poumon, état fœtal) et la poeumonic catarrhale, et sépare ainsi dans sa description la bronchite capillaire des Msioiis qa*on a l'habitude de décrire avec elle et qui Taccompainient en cfTet le plus souvent chex les enfants. Nous en avertis»oiis le Icclcur atin qu'il puisse compléter le tableau de cette ■tfeclion complexe. V. C.
ches par le courant d'air qu'il fait passer des alvéoles dans ces conduits au moyen des rétrécissements du thorax provoqués par le spasme de la toux.
L'expectoration qui, dans cette maladie aussi, est d'abord peu abondante, plus considérable après, et qui subit dans le cours de la maladie les modifications si 9ouvent citées, présente un aspect tout particulier quand on la suspend dans Teau. Comme la sécrétion catarrhale des plus petites bronches n'est pas mélangée d'air, elle est plus lourde que l'eau et tombe d'ordinaire au fond de ce Kquide; mais comme elle est très- visqueuse, elle consente non-seuleme»t la forme des petites bronches, mais elle s'attache encore aux crachats mêlés d'air, écumeux, d'un poids spécifique moindre, qui proviennent des grosses bronches et nagent à la surface. L'expectoration dans le catarrhe aigu des bronches présente (}onc l'aspect suivant : c'est une couche écumeuse qui nage sur l'eau et qui soutient des filaments qui descendent vers le fond.
Le catarrhe des petites bronches, quand il occupe ui^e certaine étendue, est toujours accompagné de dyspnée, qui cependant, à de rares exceptions près, ne se manifeste chez les adultes que par une respiration un peu pénible, embarrassée. Us peuvent toujours faire parvenir dans les alvéoles une quantité d'air suffisante ; on n'observe presque jamais de l'anxiété ou un sentiment de sufTocation. Comme cette maladie ne produit, chez les adultes, que des incommodités légères et sans gravité, tandis] que chez les enfants elle présente un tout autre tableau et met la vie dans le plus grand péril, nous sommes obligés de décrire séparément ces deux formes. Quelquefois, il est vrai, la dyspnée la plus effrayante s'ajoute aussi, chez l'adulte, au catarrhe des petites bronches, mais d'une manière périodique, et cette périodicité nous prouve déjà que le catarrhe est compliqué d'une névrose du nerf vague, par suite de laquelle les muscles de la muqueuse bronchique se contractent spasmodiquement.
Les résultats de la percussion, dans cette forme du catarrhe bronchique, sont aussi peu modifiés que dans le catarrhe des grosses bronches. Mais dans les tuyaux rétrécis par l'épaississement partiel de la muqueuse, le rhonchus sonore grave est remplacé par le rhonchus sibilant,^caraclérisé par un bruit sifftant. Si la sécrétion est abondante, des râles se produisent, et comme de grosses bulles ne peuvent pas se former dans les petites bronches, « le râle sera à petites bulles f .
Le catarrhe des petites bronches guérit jd'ordinaire en huit ou quinze jours chez les adultes : la fièvre cesse, la toux et l'expectoration disparaissent en même temps que la faible dyspnée. Dans d'autres cas il persiste un catarrhe chronique; rarement la maladie devient dangereuse.
Cependant, si ce catarrhe se montre chez les vieillards ou chez de jeunes personnes affaiblies, et si la fièvre est violente, ce dernier symptôme prend un caractère adynamique. Le sensorium est pris, on voit sur\'enir du délire ou un état comateux. On observe la sécheresse de la langue, ce signe de mauvais augure, et auquel on a l'habitude d'ajouter tant d'importance pour le diagnostic et le pronostic. Le pouls devient petit, irrégulier et très-fréquent ; la peau, d'abord sèche, se couvre d'une sueur abondante; on entend des râles dans la poitrine, à grosses et i petites bulles, parce qu'elles se produisent dans les
HTPÉRÉMIE ET CATARRHE DR LA MLQrErSR DE LA TRACHÉE. 57
grosses et dans tes petites bronches ; ils ne dispuraisseiit pas après la toux ; enfin on perçoit les bruits de râle les plus forts, à bulles très-grosses, qu'on entend de loin et qui se produisent dans la trachée (râle trachéal). Ce bruit qu*on désigne sous le nom de râlement de la mort, et pendant lequel le malade est sans connaissance, indique une fin prochaine. Le catarrhe que nous venons de décrire, et qui se termine rapidement par la mort, est généralement greffé sur une bronchite chronique, et ne se rencontre que chez des sujets réduits au mansme : c*est cette affection que les anciens médecins appelaient pneunwnia noiha. Le malade succombe dans ce cas en quelques jours à un simple catarrhe bronchique, et ce n'est pas la maladie, peu pernicieuse en elle-même, mais Tindirîdualié dn sujet, qui cause le danger. Chez les personnes très-vieilles, trèsatfaîblies, toute maladie peut mettre la vie en péril, surtout si elle est fébrile. La fièvre, dont le symptôme constant est une augmentation de la température, dont la cause immédiate est une combustion exagérée, une usure augmentée à un haut degré, la fièvre consume vite, dans de pareils cas, le peu de force qui soutenait la vie. Tous les phénomènes que nous avons indiqués plus haut n'ont rien de spécifique, ils se répètent de la même façon, chaque fois qu'une maladie fébrile use l'organisme, et le médecin aura toujours raison vis-à-vis des assistants, s'il promet qu'il sauvera le malade si des symptômes neneux ne se présentent pas. Toujours les fonctions du cerveau seront troublées quelque temps avant la mort, parce que cet organe est nourri par un sang anormal, chargé de produits d'élimination; la langue sera sèche, parce qu'une grande quantité d'eau s'évapore à raison de la température élevée du corps. Dans presque toutes les maladies aiguës, le pouls devient petit, irrégulier, filiforme avant la fin; dans presque toutes les maladies aiguës, les muscles cutanés finissent par se paralyser, la peau par se relâcher et se couvrir d'une sueur abondante, la sueur de la mort. Mais les bronches aussi sont pour>'ues de fibres musculaires, de leur contraction surtout dépend l'élimination de la sécrétion qui remplit les bronches; si ces fibres musculaires sont paralysées avec les autres, la sécrétion s'accumule, il se développe un œdème des poumons (voyez ce cliapilre) sans que les bronches paralysées (et non le poumon paralysé, comme on dit généralement) puissent éloigner leur contenu; et c'est ainsi que prennent naissance les symptômes du catarrhe suffocant que nous avons décrit plus haut. Un catarrhe chronique des bronches, qui, nous l'avons vu § 2, relâche également les muscles bronchiques, doit nécessairement augmenter de beaucoup le danger de la pneumonia nolha, qui n'est autre chose qu'un catarrhe bronchique fébrile chez des sujets épuisés,
B. Catarrhe aigu des petites bronches chez les enfants, — Le catarrhe bronchique chez l'adulte est une affection légère et sans conséquence, et n'est dangereux chez les vieillards qu'à cause de la fièvre concomitante; mais dans l'enfonce, c'est une des maladies les plus pernicieuses , et cela par des raisons toutes physiques. Nous parlerons d'abord de ces catarrhes intenses auxquels succombent un grand nombre d'enfants, surtout à l'époque de la dentition ; on pourra continuer de les appeler c bronchite cai)illaire »,si par celte expression on ne veut pas désigner une maladie dont la nature diffère essentiellement de celle
> UALhl^a.^ IC -L TlJ.'IXtZ ET I€5 13i>3
(fwrlqiMi'/H U f!&ad»&r 4^iMâ^ par ïe» fpu{4:4&e$ û^ji cjùirA»t àes ftoese% Ut'MèfiiéA. é^ ^Ê^ysÊnriitjf: y;^«r H sufS ^fartfer : mus s «ik «'xiaace vos les aoiwif f4«i rélm-tf. pios fii^ r</ifit.ai^ à r^rstréie de Fftzr diof les ahûtles sent fitu tjtîMAkrûM'. dautf ttê cas, ce &*«<< |)4tt5 jxmt srasUm tflitdwjpftgtion peu tfrarTfr. Idk qwr b nu^mi T^àalVt qxuad Q «st attciiH de ctilt afiectioiL. mais e^#;«t lui %0ruûmeui «Toppref^i'^r::. de peur extrême, qiii acDvBpapie UNijours r^/litUrk; apporté à Tttdrhi de rf^T'êne ei as départ de Facide carbonîqne. La mhM: inquiétiMfaff les lo^ices efforts d'inspiration, le m«iiie dèsespw que ceux qm; o/iai arons décrits dans le eroap. se présentent cbez un en£uit dont les lerîtmmmîA tif /nthiqoes sont rétrédes on (ermêes par on simple catarrhe. Dès qif'ofi entre dans U chambre, et encore loin de la cooche de Fenfant, on entend déjà les sifflements que produit Fair se pressant à traTeis les canaux rétrécis. Ces sifflements accompagnent Finspiration et Fexpiration, et se distinguent facilement de la respiration sifflante du croup, car on entend distinctement que dans le premier cas ce bruit se produit non dans un nttil canal rétréci, mais dans un grand nombre de canaux. Si Fon n*enlèTe pas à Fenlant ses forces, si Ton ne Faceaiile pas de saignées, de vomitifs, il parvient souvent par des efforts considéraliles à introduire assez d^air dans les alvéoles. Pendant les accès de iOMXy qui sont généralement très-violents et très-pénibles, Fenfant ne peut détacher que rarement des mucosités (et encore dans ce cas il ne les crache pas, mais il les avale) ; sa face est rouge, même bleuâtre, parce que pendant cette t/iux violante il ferme la glotte, il comprime le contenu du thorax, et empêche par là la déplétion des veines jugulaires; en dehors des accès, il conserve dans cetti; affer:tion sa couleur naturelle. Mais le tableau de la maladie change compléti;ment plus tard, lorsque Fenfant ne peut plus introduire assez d'air jusqu'aux alvéïdes (hélas ! trop souvent par la faute du médecin ! ), soit que les efforts l'aient épuisé et qu*il ne s^>it plus capable d'une contraction des muscles inspira- Uixm assez énergique pour surmonter Fobstacle placé dans les bronches, soit que i't'X obstm'Je ait pris une plus grande importance et qu'un plus grand nombre de bronches soit devenu complètement imperméable. Alors le pouls, qui était d'abord plein, devient petit ; la peau, qui était chaude, devient froide; la face, rouge d'abord, devient pâle ; Fangoisse se transforme en stupeur : on a devant soi le tableau connu de Fempoisonnement aigu par Facide carbonique.
Il n'est pas difficile de reconnaître Fimminence du danger quand on fait nltenlion aux signes (|ue nous allons indiquer. Aussi longtemps que Fépigastre et les hyporbondres se bombent en dehors pendant Finspiration, l'air entre en (|nuntité Hunisante, dans les alvéoles. Si, par contre, on remarque à chaque inspiration (pie la région sus-claviculaire et Fépigastre se dépriment fortement et qu(î les eûtes inférieures sont tirées en dedans, on peut en conclure avec srtrelé (voyez, page 21) que Fair renfermé dans les alvéoles est raréfié pendant Finspiration, parce que celui du dehors ne peut plus y pénétrer par les bronches rélrérirs ; en un mot, que la fonction de la respiration se fait incomplètement. •' - Un symptôme tout aussi important de la respiration incomplète, et qui jusqu'ici a été trop peu apprécié ou mal interprété, c'est la voussure des régions