‹ Eléments de pathologie interne et de thérapeutiqueChapitre 131 sur 174 · NÉVROSES DE L'INTESTIN · texte numérisé non relu

NÉVROSES DE L'INTESTIN

Par coliqties sous une acception plus large, on entend, outre les névroses du plexus mésentérique, toutes les affections douloureuses des intestins, qui sont indépendantes d'une inflammation ou d'une maladie organique de la paroi in-^ testinale. Ainsi nous avons parlé de coliques à l'occasion de l'helminthiase, des prodromes de la typhlite stercorale, enfin à l'occasion des symptômes du rétrécissement et de l'occlusion de l'intestin; mais déjà, dans la description de ces maladies, nous avons eu soin de distinguer les douleurs qui précèdent l'in* flammation, les véritables coliques, de celles qui accompagnent cette même inflammation ou en dépendent. La même cause qui a engendré aujourd'hui une eolique pourra demain engendrer une eolUe. On ne réussit pas toujours à expliquer par quel concours de circonstances, dans cette forme de coliques, les nerfs •ensitifs de l'intestin sont mis dans un état de surexcitation; mais nous pouvons Admettre que les douleurs sont toujours dues à une irritation des bouts périphériques des nerfs intestinaux, ce qui établit une séparation tranchée entre ces derniers genres de coliques et les névroses proprement dites de l'intestin. — La circonstance qui produit le plus fréquemment les coliques est évidemment la distension excessive d'une portion d'intestin et le tiraillement qui en résulte pour la paroi. Ce qui semble, avant tout, provoquer une pareille distension, c'est une accumulation de gaz intestinaux dans une partie circonscrite de l'intestin privée de communication avec le reste. Souvent on aperçoit manifestement que l'air contenu dans l'intestin est poussé par les contractions contre une colonne fexcréments ou une autre barrière devant laquelle il s'arrête et provoque les coliques les plus violentes; dans d'autres cas, on remarque que les gaz accunolés sont poussés d'un endroit à l'autre par les contractions intestinales et ^Vn changeant ainsi de place les gaz produisent également le déplacement de kl douleur. Attribuer, dans cette colique flatulente, les douleurs à une action irritante des gaz intestinaux sur la muqueuse, c'est tout aussi inadmissible que te les faire dépendre de la pression que la contraction des muscles intestinaux exercerah sur les nerfs de l'intestin. Comme les décompositions des contenta de (intestin sont la cause la plus ordinaire de l'accumulation des gaz, il est facile lia concevoir que les maladies dans lesquelles ces contenta sont exposés à des Aécompositions anormales doivent être bien souvent accompagnées des sympkAmes de la colique venteuse. Ceci s'applique avant tout au catarrhe intestine qui est produit par le passage de matières non digérées de l'estomac dans l'intestin. Ml bien à ce genre de catarrhe qui est dû à une longue rétention des matières lécales. Comme il arrive très-souvent que chez les enfants le lait non digéré et m voie de décomposition arrive jusque dans l'intestin, il en résulte que la etfKque des enfants {colira infaninm) est un des maux les plus répandus. Si les substances en voie de décomposition sont éloignées de l'intestin avant que la muqueuse intestinale devienne le siège d'une affection catarrhale, la colique peut être la seule manifestation des phénomènes anormaux qui se passent dans le canal intestinal. De même que la colique flatulente est due à une accumulation de gaz intestinaux, de même aussi la coliqtie stercorale est le résultat d'une distension de l'intestin par des matières fécales, et de même encore la colique ffermineuse peut résulter de la distension de l'intestin par le ver solitaire pelo-

tonné ou par des paquets de vers lombrics. Les douleurs abdominales qui naissent apfès Femploi des drastiques violents ou Tingestion de substances nn* sibles sont, il est vrai, également désignées du nom de coliques; cependaat la modifications qu'éprouve la sécrétion de la muqueuse intestinale après Tintr»duction de ces substances dans le corps, conune après Tusage de fruits nu mûrs, etc., annoncent que dans ces cas on a affaire à de légers accidents iofla» matoires, de courte durée, et prompts à disparaître une fois que ces snhslancw ont été éloignées. On peut parfaitement comparer ces douleurs à celles que provoque rapplication d*un sinapisme snr la peau et qui disparaissent avec la mène rapidité quand le sinapisme est enlevé. Peut-être aussi faut-il faire rentrer dm cette catégorie certains cas de colique vermineuse, ceux principalement daai lesquels les accès douloureux sont suivis de Tévacnation de fortes masses miqueuses. — Dans les coliques très-douloureuses et très-tenaces qui succèdeH aux refroidissements de la peau, surtout des pieds et du bas-ventre, les muschi intestinaux semblent souffrir d'une manière analogue à celle dont souffrent la muscles d'autres parties affectées de rhumatisme, ce qui fait que la dénomination de colique rhnmalUmale {colica rheumatica) est en quelque sorte justifiée.

g 2. — Symptômes et marche.

Romberg décrit la névralgie mésentériqne dans les termes suivants : c U douleur descend du nombril dans le bas-ventre, par accès, avec des inlervalbs (le repos. Cette douleur est déchirante, tranchante, gravative, le plus souvest urcompagnéc d'une sensation de torsion des intestins, semblable quelquefois i un pincement douloureux, précédée et accompagnée d'un malaise indéfinissable. Le malade est inquiet, il cherche du soulagement en changeant de place et ea comprimant le ventre; les mains, les pieds, les joues, sont froids au toucher; la face est comme tendue; les sourcils froncés, les lèvres pincées trahissent la douleur. Le pouls est petit et dur. Les téguments abdominaux, ballonnés iM rétractés, sont toujours tendus. Des nausées, des vomissements, de la dysurie, quelquefois le ténesme vésical achèvent le tableau. La constipation existe ordinairement pendant cet état, rarement les selles sont libres ou augmentées. Sacrés dure ainsi pendant des minutes ou des heures entières interrompues par des rémissions. Tout à coup il cesse comme par enchantement et une sensation de bien-être infini le remplace. La marche est périodique^ mais d'une manière moins régulière que celle des autres névralgies. >

Les premiers symptômes de la colique de plomb sont presque toujours précédés des phénomènes de la dyscrasie saturnine, qui servent de prodromes. Les malades sont maigres et misérables, leur teint est sale et terreux, les gencives d'un bien fDncé, presque ardoisé (1); les dents même ont pris une couleur terne, Thaleiae est fétide; les malades ont dans la bouche un goût douceâtre, métallique. Puis arrivent des douleurs périodiques, sourdes au commencement et s'irradiant de

(1) C'est au bord libre des gencives qu'on observe cette couleur bleu&tre, ardoisée, soosfw d'un liséré caractéristique dans l'intoxication plombique. V. C

NéVB08ES DE L'iNTESTUf. 573

répigastre au dos et aux extrémités. Bientôt ces douleurs deviennent plus intenses, et s'exaspèrent au point que les malades gémissent et se lamentent pendant les accès, qu'ils s'agitent dans leur lit, qu'ils se lèvent même pleins de désespoir et commettent les actes les plus extravagants. En même temps, le pouls est presque toujours ralenti, la voix aphone; souvent la strangurie, les nausées et le vomissement se joignent à ces douleurs, ce qui prouve que l'excitalian anormale des nerfs intestinaux s'est encore communiquée à d'autre nerfs. Presque toujours la constipation est opiniâtre^ et malgré l'emploi des drastiques les plus violents, il peut se passer huit et même quinze jours avant qu'il y ait âne évacuation de matières fécales sèches, dures, globuleuses et peu abondantes. Bien remarquable est l'état des parois abdominales qui, fortement rétractées, Tont paraître le ventre aussi dur qu'une planche et rentré en dedans (1). — Sauf un petit nombre d'exceptions, la marche de la maladie offre un type manitelement rémittent, en sorte que les paroxysmes les plus violents alternent avec des intervalles assez supportables. La durée est variable : le premier accès de la colique métallique se passe ordinairement au bout de quelques jours ou de peu de semaines si les malades sont soumis à un traitement rationnel; après des récidives répétées, la maladie peut au contraire durer des mois entiers. Si la gnérison doit avoir lieu, elle arrive tantôt lentement, tantôt subitement; les doukars disparaissent, il se fait des évacuations abondantes et les forces à leur tour iwienneut en peu de temps. — Souvent la guérison est incomplète et les symp- Utnes de l'empoisonnement chronique par le plomb persistent après que la co- Bqiie saturnine a disparu. — 11 est extrêmement rare que la maladie soit suivie le mort, et même dans les cas où la mort arrive, elle n'est pas le résultat direct l# la colique saturnine, mais des complications de cette affection (2).

Le tableau des symptômes de la névralgie mésentérique tel que nous l'avons «quiasé plus haut convient également pour les coliqws dans un sens plus large. lenoch a bien raison de dire que la qualité des douleurs est la même, que l'iritalion soit venue frapper l'épanouissement périphérique d'un nerf sensitif ou ien qu'elle l'atteigne dans son trajet ou à son origine. La violence des douleurs leat atteindre un haut degré dans la colique flatulente ou dans d'autres coliques le cette catégorie, et, alors, la souffrance est aussi exprimée par l'aspect probndément modifié du malade; il est tout voisin de la syncope, le corps se couve d'une sueur froide, le visage est pâle et défait, le pouls petit; quelquefois,

(1) Le ventre est loin d'être toujours rétracté ; il est au contraire souvent tuméflé, ballonné et lor. La pression y détermine de la douleur, mais habituellement, quoique la pression exercée anc le bout des doigts soit douloureuse, la pression faite lentement avec le plat de la main est apportée par le malade. Celui-ci en est qucUiuefois même soulagé, do telle sorte qu'instinctiitement on voit parfois les individus aflectés de colique saturnine se coucher à plat ventre sur eur Ut. En outre, la percussion dénote pendant la vie une diminution notable du volume du toie (Potain), et la circulation subit une modification révélée par le sphygniographe, mais non meore bien connue, modillcalion que M. Durozioz attribue à une altération athéromatcuse des raisseaux artériels. V. G.

(2) Parmi les accidents graves de Tintoxlcation saturnine, ceux qui deviennent mortels sont rartoal Tépilepsie satuniine et l'albuminurie, complication signalée récemment par M. le docteur OUivicr. V. C.

r>7& MALADIES DU TUBE INTESTINAL.

les nausées, le vomissement, la dysurio et d'autres phénomènes sympathiques complètent le tableau. Il faut avoir bien présent à Tesprit cet ensemble de symptômes pour ne pas se laisser tromper et concevoir sans nécessité de graves inquiétudes. Souvent on entend et Ton sent en appliquant la main sur Tabdonici du malade, que les gaz quittent Tendroit où ils étaient emprisonnés et s'échappent dans des parties d'intestin qui leur offrent plus d'espace, événement biei important qui peut enlever la douleur comme par encliantement; dans d'aatns cas, la guérison n'a lieu qu'après une évacuation qui permet aux masses fécaki, par lesquelles l'intestin avait été distendu ou derrière lesquelles des gas s'étaient accumulés, de cheminer plus en avant.

§ 3. — Traitement.

Dans la forme névralgique de la colique, Yindkalion causale peut demander le traitement de la maladie utérine, si c'est à cette cause qu'est due la névralpe. — Dans la colique saturnine, on a voulu essayer, pour répondre à cette indiation, de neutraliser le plomb introduit dans l'économie, par des agents chimiques capables de se combiner avec lui et de le précipiter. Dans ce but, oai prescrit de l'acide sulfurique et des sulfates, surtout l'alun et le sulfate k magnésie. Si cette méthode, comme tant d'autres, est incapable d'arrêter u empoisonnement saturnin commencé, il n'en est pas moins vrai que l'on pcil prendre d'excellentes mesures pour prévenir cet empoisonnement. Dans ce bat, ou doit, avant tout, exclure le plomb de la fabrication des vases et des tuyau destinés à conserver ou à conduire Teau et d'autres liquides alimentaires. Us ouvriers occupés dans les usines et les ateliers où des molécules de plonk altèrent l'atmosphère doivent se laver et se baigner souvent, changer de linisei tout instant, s'abstenir de manger dans leurs ateliers, et ces derniers doivent avant tout, être suffisamment aérés et ventilés. Le blanc de zinc devrait remplacer le blanc de céruse dans la peinture des portes et des fenêtres, et la conservation du tabac à priser dans des feuilles de plomb devrait être interdite (t) par ordre de la police. — Dans les coliques produites par des matières au<N<nialcs contenues dans l'intestin, les évacuants sont indiqués avant tout, surtori ceux qui ne donnent pas eux-mêmes lieu à des douleurs semblables aux ctliqucs, comme, par exemple, les drastiques. Ce qui convient le mieux dans (d cas c'est l'usage alterne de l'huile de ricin et les lavements apéritifs. — Si li colique est due à un refroidissement des pieds ou de l'abdomen, l'indicatiii causale exige un traitement diaphorétiiiue, surtout au moyen des infusions siv* inati(iucs que les malades aiment généralement, ou bien par l'appliratiun de cruchons chauds ou de pierres chaudes sur le ventre, ce qui, dans ces cimm^ tances, constitue un traitement très-rationnel.

Windiralion morbido, dans toutes les formes de coliques qui ont été èfOr nicrécs dans les paragraphes précédents, est le mieux reni|)lie par les napft** ques, surtout par l'opium. L'efl'et de l'opium dans la forme névralgique in^nr

(1) tii franco, celle |)roliil»iliou existe. [Sote des (raihtttfUr*.

KÉVROSES DE L*I>TESTIN. 575

on explication dans les qualités anestbésiques de ce médicament. Dans la coiqoe stercorale, flatulente, etc., à cette manière d'agir s*en ajoute encore une lutre. Les contractions des muscles intestinaux qui poussent les fèces et les gaz 'en certaines parties de Tintestin ou bien leur ferment, au contraire, le pasage dans ces parties, sont anéanties par Tusagc de Topium, ce qui met le conenu de Tintestin dans la possibilité d'occuper un plus grand espace. Dans les soUques flatulentes et stercorales, les infusions chaudes de fleurs de camoaille, de feuilles de menthe poivrée, de racine de valériane, prises par tasses NI bien sous forme de lavements, de même que quelques autres canninatifs, ûnâ que les frictions prolongées de Tabdomen avec de Thuile chaude, jouissent Tune réputation toute particulière. — L'opium est le moyen le plus efGcace Bontre la colique des peintres, et dans celle-ci les homœopathes même donnent le médicament à dose complète. On ne doit pas craindre de recourir à l'opium ians la supposition qu'il pourrait augmenter la constipation. Il n'existe pas do Bédicament plus apte que l'opium à combattre la constipation dans la colique do i/knAi: Cette manière d'agir semble prouver que dans la colique saturnine, hdépendamment de l'hyperesthésie, il y a encore une contraction spasmodique h rintestin et que c'est cette contraction qui forme ici la base de la consti^ iHkm (1); — Toutefois, quoique l'opium soit le moyen le plus efllcace contro We sorte de constipation et qu'il agisse mieux que les laxatifs, on ne doit pas iôar cela négliger d'administrer ces derniers en même temps que l'opium, h fini de drastiques, on a employé de préférence, dans les derniers temps, %xd\e de croton contre la colique saturnine. Dans la plupart des cas, on réusi>t à provoquer des selles en donnant trois fois par jour 2 1/2 à 5 centigrammes ^Bptiim, et toutes les deux heures une cuillerée à bouche d'un mélange d'huile fr croton (3 gouttes) avec Thuile de ricin (60 grammes). Les bains chauds, les htaqplasmes narcotiques et les lavements alternativement apéritifs et narcotiques iconderont ce traitement. Indépendamment de cette médication si simple et Éê bibles modifications qu'on lui fait subir, consistant dans l'administration teitres laxatifs, tels que le sulfate de magnésie, le séné, le calomel, et dans É emploi, tantôt plus hardi, tantôt plus réservé de l'opium, il existe encore une lÈfe de méthodes plus compliquées pour le traitement de la colique de plomb ; l^ptfmi celles-ci c'est le traitement de la Charité qui jouit de la plus grande réiiilion. Dans toutes ces méthodes curatives, au milieu des nombreuses subs' AMS que l'on donne aux malades, ce sont toujours les laxatifs et l'opium qui tent un rôle essentiel, et toute l'efficacité de ces traitements parait due à ces ita agents principaux (2).

41) Bombeig ne conskiôre pas ceUe sapposition comme fondéei Selon lai, on ne doit poë son* |r à on spasme pouvant durer des semaines entières, et il croit que l'immobilité de l'intestin mk raison d'être dans les douleurs, tout connue dans la sciatiquc les mouvements de la jambe Éhide sont empochés par cette cause. (Noie de l'auteur,)

^^^joatons aussi à ces agents thérapcutiqnes la médication par les bains sulfureux, qui ont Nr nantages de faire paraître et d'expulser sous forme de sulfure do plomb les particules de t Hélai siéf^eant à la surface des téguments. V. G.

SECTIOiN VI.

HAIiADIES DU PKR1T91KR.

Page 1