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CHAPITRE IV

FOIE LARDACÉ. — DÉGÉNÉRESCENCE AMYLOÏDE DU FOIE (Yirchow).

g icr. — Pathog;énie et étiologie.

La dégénérescence lardacée du foie consiste dans le dépôt, au milieu des cellules du foie, d'une substance dont nous ne connaissons pas encore la natun*. mais qui en présence de l'iode et de l'acide sulfurique se comporte d'inw manière analogue à l'amidon et à la cellulose (1). Se fondant sur cette ressemblance qui peut-être n'est qu'accidentelle, on a presque universellement adopté

(1) D'apnNs les analyses élémentaires faites par Kékulé et Cari Schniidi, la substance n^nnelJe Mui infiltre les cellules hépatiques n'est pas un hydrate de carhone, mais d«)il, au c«»nlrairr, «• iJuijçer dans le groupe des substances protéiqucs. Il faut être aussi prévenu «pif» la col«»rati«»ii hicuc avec l'iode et l'acide sulfurique ne s'obtient pas toujours et qu'on n'a souvent qn'unr «oloralion brune.

FOIE LARDAGÉ. 631

à notre époque le nom de « dégénérescence amyloïde )» pour des états palholo- (dques que Ton désignait autrefois du nom de c dégénérescence lardacée ^ , à raison de la ressemblance extérieure, mais surtout à cause d*un brillant particulier, rappelant celui du lard.

Le foie lardacé ne se rencontre jamais chez des individus sains du reste; il accompagne constamment les cachexies avancées, surtout celles que Y on observe à la suite des affections scrofuleuses, rachitiques, syphilitiques, à la suite du mercurialisme, des suppurations et des caries osseuses de longue durée. Chez les tuberculeux on observe également quelques exemples de foie lardacé; il en est de même des individus qui présentent la cachexie paludéenne.

g 2. — Anatoniic pathologique.

Le foie lardacé montre généralement une augmentation considérable de volume et de poids, et une forme analogue à celle du foie gras, forme qui le fait paraître allongé, aplati et à bords plus épais. L'enveloppe péritonéale est polie et très-étendue, l'organe paraît au toucher de la dureté d'une planche. La surface de section est extrêmement sèche, exsangue, lisse, presque complètement homogène, d'une coloration grisAtre et d'un brillant entièrement semblable à celui du lard. Ce n'est que lorsqu'il existe simultanément une dégénérescence graisseuse que l'on trouve sur le couteîiu un léger enduit gras. Presque toujours une dégénérescence analogue se rencontre dans la rate et souvent môme dans les reins.

Au microscope, les cellules hépatiques polygonales paraissent singulièrement arrondies et agrandies; leur contenu finement granulé et souvent même leurs noyaux ont disparu et les cellules renferment une substance transparente, homogène. S'il existe en même temps une dégénérescence graisseuse, on remarque dans les cellules dégénérées, surtout dans la périphérie des Ilots dn foie, de petites gouttelettes de graisse libres. En ajoutant à la préparation une solution iodée, on produit une coloration qui n'est pas d'un jaune brun, mais d'un rouge brun caractéristique, passant au violet et plus tard au bleu, lorsqu'on ajoute de l'acide sulfurique.

^3. — Symptômes et marche.

Le gonflement très-lent du foie n'occasionne pas de douleurs et généralement les malades ne sont rendus attentifs à leur mal que quand une fois l'organe, considérablement augmenté de volume, remplit l'hypochondre droit et fait naître ainsi une sensation de pression et de tension. Budd considère l'ascite comme un symptôme constant du foie lardacé et la fait dériver de la compression des ramifications de la veine porte. Il croit que, principalement chez les enfants porteurs de ganglions scrofuleux ou épuisés par des affections osseuses, un gonflement indolent du foie, accompagné d'ascite, peut suffire pour diagnostiquer la maladie en question. L'opinion d'après laquelle l'ascite du foie lardacé ne serait qu'un phénomène de st:ise sanguine, est réfutée victorieusement par Bamberger; il

fait observer que dans ce cas les autres organes abdominaux devraient également présenter les symptômes de la stase sanguine, qu'au contraire celle-ci fait toujours défaut. II est bien plus simple de faire remonter Tascite à la cachexie et à riiydrémie qu'offrent tous les individus atteints de foie lardacé. Dans les cas observés par Bamberger, Tascite était toujours précédée d'un œdème des jambes, ot même les cas cités par Budd ne prouvent nullement que l'ascite eût précédé l'œdème. — Les cellules hépatiques agrandies ne compriment donc pas les vaisseaux sanguins, elles ne compriment pas davantage les voies biliaires, et l'absence d'ictère doit être considérée comme la règle générale. Par l'effet de complications, au nombre desquelles il faut bien aussi compter la dégénérescence lardacée des glandes lymphatiques situées entre les éminences portes, il peut, à la vérité, se déclarer un ictère léger ou même intense, ce qui fait dire à Frerichs que Ton doit se garder de considérer l'absence de l'ictère comme la preuve de l'existence du foie lardacé. — Le trouble apporté dans les fonctions des cellules hépatiques dégénérées a pour conséquence une faible coloration des excréments. Jusqu'à quel point la dégénérescence du foie peut-elle être la cause du mauvais état de la nutrition, de la pâleur de la peau et des muqueuses, de l'hydrémie, de Thydropisie? c'est ce qu'il est difficile de décider, attendu que déjà le foie lardacé ne se montre que chez les sujets cachectiques et que presque toujours la rate et quelquefois même les reins sont malades en même temps. — Pour le diagnostic du foie lardacé, les éléments les plus essentiels à noter sont : Tétiologie du mal, la tumeur dure et par cela même facilement accessible à la palpation, la tumeur formée par la rate que l'on rencontre généralement en même temps, enfin l'albuminurie, si elle existe. Les degrés un peu avancés de la maladie sont assez faciles à reconnaître, si l'on fait bien attention à ces conditions.

^ li. — Traitement.

Il n'est ni prouvé ni probable que la dégénérescence lardacée soit susceptible d'une évolution régressive, et si l'on a pu prétendre que des foies ainsi dégénérés avaient diminué ensuite de volume et étaient revenus à leur état normal, ces assertions demandent à être soumises à un nouvel examen avant qu'un y ajoute foi. Les frictions avec^la pommade iodée longtemps continuées dans la région da foie, quoique chaudement recommandées par Budd, méritent donc bien peu ik confiance. Les préparations iodées à l'intérieur, et parmi elles surt(»ut le sirop d'iodure de fer, trouvent une large application dans le traitement du foie lanlacé; il en est de même des bains salins, des préparations ferrugineuses. Si ces moyens ne font pas rétrograder l'affection du foie, ils peuvent au moins contribuer à eu arrêter les progrès. L'iode jouit avec raison de la réputation d'être un spécifique contre les accidents tertiaires de la syphilis, et même dans les autres aiTectioos dyscrasiques, les effets favorables de ce médicament sont suffisamment prouvés; les préparations ferrugineuses sont indiquées par le fort appauvrissement du sang. La question de savoir quel est celui de ces moyens que Ton doit employer, est facile à résoudre suivant les particularités du cas donné.

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