‹ Eléments de pathologie interne et de thérapeutiqueChapitre 145 sur 174 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

ÉCHINOCOQUES (HYDATIDES) DU FOIE.

§ !•'. — Pathogénie et étiologie.

Les échinocoques sont pour le Tœnia echinococais, Siebold, ce que le Cprfrercus celluiosœ est pour le Tœnia solium; ce sont les jeunes produits inseiésér ce taenia arrivé à maturité (voyez page 560). Des essais faits sur des auimait dans la nourriture desquels entraient des échinocoques retirés du coq» è riiomnie, n'ont donné, il est vrai, aucun résultat satisfaisant, mais on a bis réussi à retrouver le Tœnia echinococcus dans l'intestin d'animaux que ]*on aiÉ nourris avec les échinocoques d'autres animaux.

La manière dont les œufs et les embryons du Tamia echinococcus arrheniém le foie humain pour s'y développer en vessies d'échinocoques est assez ohsemt. En Islande, ces entozoaires sont tellement répandus que, d'après ce que «pportent les médecins de cette ile, un huitième des cas de maladie qui s'y présentai est d{\ à la présence de ces animaux, et qu'un individu sur sept loge des édt nocoques dans son corps (Kûchenmeister). Par analogie, on doit supposa ft leur introduction se fait de la manière suivante : les animaux dont le corp é habité par le Tœnia echinococcus expulsent de temps à autre des anneaux béi avec les excréments ; les œufs ou les embryons que ces proglottis contieoial arrivent d'une manière ou d'une autre dans l'eau potable ou se mêlent auxiK' ments que l'on consonuno à l'état cru. Arrivés avec ces derniers dans le tube digestif, les jeunes end)ryons se cramponnent avec leurs six petits crochelsàb pann de l'estomac ou de l'intestin et arrivent en cheminant à travers les orgaiw jusque dans le foie. Lcà l'embryort de taille microscopique se gonfle etsedfwloppe en une grosse vessie sur la paroi interne de laquelle pullule toute flae couvée de jeunes ta'uias rndimentaires, autrement dit, des scolex. Ordinaire««i il se produit dans la première vessie, indépendamment des scolex, des vesatf secondaires et dans celles-ci des vessies tertiaires dont la paroi interne eslêsalfr menf couverte de scolex comme celle des premières.

La présence endénuipio des écliinoco([ues sur l'île d'Islande tient sortM d'après Kiichennieisler, au jrrand nond)re de chiens que l'on élève dans cette contrée et à la température tiède de Teau de rivière qui sert généralement J'en potable. Les chiens avalent probablement les vessies évacuées par la bouche, pr l'anus ou par les poches suppurées, ces déjections étant abandonnées surb«* publique ou ailleurs. D'un autre coté, la tiédeur de l'eau de rivière serait fa^<^ rable aux embryons des échinocoques comme à tous les animaux d'une onsa»sation inlërieure. Kûchenmeister considère comme vraisemblable quecesven vésiculaires, arrivés dans Tinteslin de l'iiulividu dont le corps est habité [* eux, s'y développent en taenias, et réciprotpu^ment que les embryons écliè dafi l'intestin peuvent se transformer en vers vésiculaires dans le corps de fimliviAi même ipii loi;e le taenia.

ÉCIIYNOCOQUKS DL FOIK. 039

J 2. — Anatomie patholo^^ique.

Les kystes d*échinocoques se trouvent dans le foie tanUH isolés, tantôt en grand ombre, et plus souvent dans le lobe droit que dans le lobe gauche. Leur grosseur arie entre celle d'un pois et celle du poing ou d'une tiHe d'enfant. Lorsqu'ils e?iennent grands et nombreux, le volume du foie s'en trouve considérablement Dgmenté. Les kystes situés dans la profondeur de l'organe et entourés de parenchyme modifient peu la forme du foie. Les poches très*grandes ou placées ces de la surface proéminent généralement au-dessus de celle-ci sous forme 'un segment de sphère plus ou moins grand, et occasionnent une difformité conidérable de la glande. Les kystes périphériques sont entourés d'une enveloppe éritonéale généralement épaissie et soudée aux organes voisins par de fortes dhérences. Le parenchyme (hi foie cède la place aux parasites, et ceux-ci en evenant plus nombreux et plus étendus le détruisent en grande partie. Le pa- BQchyme encore conservé montre souvent, par suite de stases partielles, une rande richesse eu sang. La vessie proprement dite des échinocoques est enlurée d'un kyste fibi*eux, épais, provenant d'une végétation de tissu conjonctif, 'où il est cependant facile de Ténucléer. — La membrane qui forme la vessie Il très-délicate, demi-transparente, semblable au blanc d'œuf coagulé; au miroscope, elle paraît formée par une série de lamelles concentriques plus débites encore. En ouvrant la vessie, on donne issue à un liquide limpide, séreux, ins lequel nagent presque toujours un grand nombre de vessies secondaires. Le [|uide ne contient qu'environ 1;> pour 1000 d'éléments solides, pas d^albumine, aïs des sels, principalement du chlorure de sodium, et d'après Heintz, environ pour 1000 de succinate de soude. Les vessies secondaires ont une conforma- >n semblable à celle de la vessie mère et leur grosseur varie entre celle d'un ain de millet et celle d'une forte noisette; les plus grosses niigent librement uis le liquide qui les entoure, les plus petites adhèrent à la paroi interne de la »S8ie mère. Les vessies tertiaires, qui ne se trouvent que dans les grandes veses secondaires, ont ordinairement la grosseur d'une tête d'épingle. A la face iterne de ces trois ordres de vessies, on remarque, en les examinant de plus rës, une sorte de poussière blanchâtre dans laquelle l'examen microscopique 3nnet de reconnaître une couvée de jeunes tienias rudimeuttiires, de scolex. hacun des animaux est long d'environ i/f\ de millimètre et large de 1/H''; ils Msèdent une tête assez forte, quatre ventouses et une trompe entourée d'une ouble couronne de crochets. La tête est séparée par une rainure du tronc relarenient court qui renferme de nombreuses concrétions calcaires rondes ou ovaires. Ordinairement la tète est rentrée dans le corps; les animaux ont alors ne forme arrondie ou send)lable à un cœur, la couronne de crochets occupe le lilieu; à la partie postérieure s'insère un court pédicule qui fixe l'animal, jusu'à ce que plus tard il se détache et nage librement dans le liquide.

Les échinocoques meurent dans beaucoup de cas. La vessie mère et les vessies scondaires et tertiaires s'affaissent alors, leur contenu se trouble et finit par se 'ansformer en une matière onctueuse ou semblable au mastic. Cette matière

consiste en sels calcaires, en graisse, en cholestérine, et il ne reste plus pour traliir Texistence passée des échinocoques, que quelques crochets isolés comparés par Budd aux dents et aux os qui persistent après la mort d*anîinaux plos grands.

Dans d*autres cas, le kyste est distendu de plus en plus jusqu'à ce qu^enfin il finisse par éclater. Si Tenveloppe péritonéale, distendue et amincie, crève en même temps, le contenu pénètre dans la cavité abdominale et il se déclare une violente péritonite. De la même manière, le sac adhérent aux organes voisins peut se vider dans Testomac, Tintestin, les voies biliaires, dans des vaisseaux sanguins ou même dans la plèvre après que le diaphragme a été peu à peu amiijn et finalement rompu par la pression du kyste, enfin le contenu peut communiquer avec le poumon si la plèvre est soudée avec cet organe. Dans d'aolres cas encore, le kyste provoque dans ses environs, et avant tout dans son enveloppe fibreuse appartenant au foie, une violente inflammation. C'est ce qni a lieu surtout lorsque le sac s'ouvre dans Tintérieur du foie et que son codtenu, ainsi mis en contact direct avec le parenchyme de cet organe, y provo<pe une forte irritation. Alors le kyste, outre quelques lambeaux de la vessie mère et quelques vessies secondaires parfois encore intactes, contient des masses purulentes d'une couleur verdàtre. 11 va sans dire que dans ces cas on n'a pis aflaire à un kyste d'échinocoques enflammé, autrement dit à une inflammatioii ayant son siège dans la vessie mère d'un tœnia, mais que le pus n'a pénétré dans cette cavité qu'en venant du dehors. L'abcès du foie né de cette manière peut ' pnMidre toutes les terminaisons énumérces au chapitre 11, art. l'^'. S'il s'oum au dehors, on voit les débris des vessies mêlés au pus qui s'écoule.

jj 3. — Symptômes et marche.

L'observation journalière nous apprend que les échinocoques peuvent <fcmeurer dans le foie pendant des années avant d'attirer l'attention et avant queb maladie éveille le plus léger soupçon. La lenteur de Taccroissemeat de ces e»tozoaires explique suffisamment l'absence des symptômes ou leur tardive apparition, et dans la plupart des cas où la maladie se reconnaît, <:e ne sont pas dt^ symptômes subjectifs, mais la découverte tout accidentelle d'une proémiDenrr de l'hypochondre droit et d'une tumeur dans sa cavité, découverte faite par Irt malades eux-mêmes ou par leurs médecins, qui appelle pour la première fois l'attention sur la maladie en question. Si les kystes et avec eux le foie atteipwiU un volume très-considérable, il peut bien en résulter cette scns^ition si sou\»»Bt mentionnée de tension et de pression au coté droit. Le diaphragme pousse euh^uil peut alors être gêné dans son action. La compression du lobe inférieur droit A poumon et Thypérémie collatérale des parties non comprimées de cet organe, peuvent avoir pour effet la dyspnée et le catarrhe bronchique; de même ciichk une ascite et un ictère d'intensité variée peuvent se présenter par suite Jfl» compression des branches de la veine porte ou de la veine porte elle-même, à* conduits biliaires de petit calibre ou des canaux excréteurs de la bile; cepe&diil tous ces phénomènes sont toujours des faits exceptionnels.

ÉGHINOCOQUES DU FOIE. 661

L* élément de diagnostic le plus important et le seul même, dans la plupart des cas, c*est Vexamen physique. Tout comme les tumeurs cancéreuses grandes et multiples, les poches d'hydatides, lorsqu'elles sont considérables et nombreuses, se trahissent souvent à la simple inspection. Dans ces cas, l'hypochpndre droit est également très-saillant et la saillie se prolonge sous le nombril et jusqu'à l'hypochondre gauche; et tandis que la forme de la tumeur rappelle dans son ensemble celle du foie, on peut remarquer à sa surface des protubérances peu proéminentes de diverse grandeur. En môme temps, le cùté droit du thorax peut être dilaté et les côtes inférieures soulevées peuvent être déjetées en dehors. — A la palpation, on reconnaît plus distinctement encore Tagrandissement du foie et Tétat mamelonné de sa surface. Les protubérances paraissent plus flexibles qin; les bosselures que produisent les carcinomes même les plus mous; parfois on trouve uue fluctuation manifeste. — Le son de la percussion est d'une matilé absolue sur toute l'étendue du foie agrandi; en percutant les poches elles-mêmes, on sent quelquefois un frémissement sni geiieris, le frémissement hydatique de Piorry, frémissement analogue à celui qu'on ressent en frappant du doigt une masse de gelée un peu compacte.

Parmi les symptômes terminaux de la maladie, on ne peut citer celui de l'affaissement lent de la poche et de la transformation dans son contenu, cetie terminaison ne se rencontrant que sur les kystes de petite dimension, inaccessibles à l'observation clinique. — Lorsque le kyste se vide dans la cavité abd(;minale, on voit naître des symptômes en tout point semblables à ceux de la perforation d'un ulcère de l'estomac. Si les échinocoques n'étaient pas diagnostiqués auparavant, on ne peut pas savoir après cette perforation, quelles sont les substances qui ont pénétré dans la cavité abdominale. Les malades succombent après peu de jours à la péritonite à marche suraiguë. Ce n'est que dans les cas où des parcelles d'hydatides ont été vomies ou rejetées par les selles ou expectorées avec la toux, que l'on est à même de diagnostiquer une perforation qui s'est faite dans l'estomac, dans l'intestin ou dans le poumon. — Lorsque le kyste provoque l'inflammation dans son voisinage, le gonflement jusqu'alors indolent du foie devient très-douloureux et surtout sensible à la pression. Il survient des frissons et une (lèvre intense, et c'est ainsi (|ue l'on peut assister au développement d'une hépatite parenchymateuse avec ses terminaisons telles qu(* nous les avons décrites au chapitre II, art. I"'. Si l'abcès du foie s'ouvre au dehors, on peut retrouver dans le pus les traces des membranes disposées par couches caractéristiques ou bien quelques crochets détachés des couronnes.

On a préconisé contre les échinocoques du foie des fomentations avec une solution concentrée de sel de cuisine, et Budd suppose que peut-être à raison de la force d'attraction particulière et de l'aflinité si grande des hydatides pour le chlorure de sodium, raccumulalion excessive de ce dernier dans le liquide obtenu par le moyen indiqué, pourrait bien empêcher le développement et la multiplication des échinocoques et même détruire ceux cpii existent. D'autre

NIEMETER. — Z^ ÉDIT. I. — /il

part, on a vanté les préparations iodées ainsi que les mercurianx, ces derniers à raison de leur vertu parasiticide et, dans une intention semblable, les anthelminthiques. Ces moyens méritent peu de confiance, leur recommandation se fondant sur des raisonnements à priori et non sur des résultats authentiques. Si Ton veut y avoir recours, que Ton choisisse au moins ceux d'entre eux qui exercent Finfluence la moins fâcheuse sur Torganisme. — En Islande, il panlt que Ton procède très-hardiment à Touverture des kystes; dans nos pays, on a vu l'opération, faîte d'une manière imprudente, suivie de très-mauvais résultais, et il faut que Ton prenne pour ouvrir ces kystes toutes les précautions qu'exige l'ouverture des abcès du foie (voyez p. 610).

Page 1