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CHAPITRE VIII

TUMEUR d'ÉCHINOCOQUES MULTILOGULAIRE (1).

Dans ces derniers temps on a constaté plusieurs fois la présence d'échinocoques dans le foie sous une forme qui diffère absolument de celle décrite au chapitre précédent. Dans ces cas on voyait de grandes portions du lobe droit transformées en une masse tuméfiée, composée d'un canevas de Ussu cellulaire et de vacuoles très-nombreuses, de grandeur diverse et remplies d'une matière gélatineuse, ce qui a fait supposer d'abord que l'on avait affaire à un' cancer alvéolaire. Un examen plus attentif du contenu gélatiniforme de ces vacuoles ou alvéoles a fait reconnaître qu'il était simplement composé des membranes caractéristiques des écliinocoques, dans lesquelles étaient englobées des concrétions calcaires de diverse grandeur, en plusieurs endroits des crochets, et quelquefois même des échinocoques conservés dans un état d'intégrité plus ou moins parfaite. Dans un cas soumis à mon observation l'année dernière, je vis, à la ci^ conférence de la tumeur, des vessies de la grosseur d'une cerise dont la surOau^ interne était occupée par toute une couvée d'échinocoques encore bien conservés. Le centre de la tumeur, dans tous les cas connus jusqu'à présent, était ramolli et l'excavation provenant de ce ramollissement contenait un liquide brun sale, consistant en détritus, en concrétions calcaires, en gouttelettes de graisse, en cristaux de cholestérine. La paroi, devenue inégale par de nombreuses petites fossettes qui n'étaient que des alvéoles ouvertes, faisait voir en bien des endroits un enduit d'une couleur d'ocre, dans lequel le microscope révélait la présence d'un grand nombre de cristaux d'hématoïdine (2).

(1) De nombreuses observations do cette forme d'échinocoques du foie ont été publiées, depuis que l'attention a été éveillée sur ce point par un grand nombre d'auteurs entre lesiiuels wus citerons Friedreicli, Ott et, tout récemment, par M. Carrière (thèse de Paris, 1868), qui, à Pofcasion d'un fait qu'il a observé, a fait une histoire conq)lète de la maladie qu'il ap|telle tummr hydatiqtie alvéolaire, V. C.

(2) Sur 18 obsenations de ces tumeurs actuellement publiées, elles siégeaieut 14 fois «lins le foie, 3 fois dans le poumon et une fois dans le péritoine. Les tumeurs du poumon n'uni été trouséci que sous forme de petits ilôts reproduisant le même aspect aréolaîre que dans le ibée.

TUMEUR d'échinogoques multilogulaire. 643

Virchow suppose que la tumeur d'échinocoques multiloculaire est due à Tintroduction dans le foie des embryons d*échinocoques par les vaisseaux lymphatiques et que les kystes se développent dans Tintérieur de ces vaisseaux. Le cas observé par moi est favorable à cette opinion, attendu que j*ai trouvé à Tentrée du foie une grande glande lymphatique de la grosseur d'un œuf de poule, qui était dégénérée en grande partie en matière caséeuse et parcourue de stries d'apparence gélatineuse, stries qui sous le microscope présentaient le même aspect que les masses gélatineuses des alvéoles du foie.

Les symptômes de la tumeur d'échinocoques multiloculaire ressemblent extrêmement à ceux du cancer du foie, et la distinction entre les deux affections est presque impossible pendant la vie. Autrefois en effet (et cela arrive même encore aujourd'hui) la plupart des cas de maladie dont il est ici question, étaient [tris, même h Tautopsie, pour des cancers ramollis du foie. Même dans le cas arrivé à ma connaissance et que je n'avais pas eu l'occasion d'observer pendant la vie, le foie me fut adressé par un collègue comme l'exemple d'une dégénérescence cancéreuse extraordinaire. Presque tous les observateurs mentionnent à côté de l'agrandissement du foie et de l'état mamelonné de sa surface, un ictère intense. De même encore la rate était enflée dans la plupart des cas et un produit de transsudation ou d'exsudation abondante se trouvait dans l'abdomen. Dans le cas soumis à mon observation le malade, d'après l'indication de son mé-

C'est habituellement le lobe droit du foie (1^ fois sur 17), qui est le giép^c de la p'osse tumeur alvéolaire. Chacun des petits alvéoles dont elle se compose renferme dans une coque fibreuse une membrane hydatiquc bien rcconnaissable à ses couches parallèles et à son état amorphe, nienibnme qui est plisséc, repliée sur elle-même et dont le déveioppemenl a été gêné par la petitesse de la cavité où elle est renfermée. On ne trouve que très-rarement dans ces alvéoles soit des crochets, soit des échinocoqucs conservés dans leur inlé{^i(é.

Le mode de développement de cette forme particulière d'hydatides soulève plusieurs question» : 1® Quelle est leur porte d'entrée? Comment pénètrent-ils dans les orç^anes? — Virchow le» fait venir dans le foie par les vaisseaux lymphatiques et il a vu ces vaisseaux contenir des vésicules dans une observation. — Friedreich a rencontré les mêmes productions dans les vaisseaux biliaires. — Leuckart les a vues dans la veine porte. — KUchenmcister admet chacune de ces voies d*en!réc, et voici ce qu'il écrit à ce sujet à Niemeyer {Lehrbttch^ 7« édit., 1868) : « Après l'immixtion d'un cmbyron d'échinocoqne, la tumeur à échinocoques multiloculaire se développe, au lieu de la forme morbide ordinaire, lorsqu'il ne se forme pas autour de l'embryon de capsule de tissu conjonctif, ou si cette capsule, avant de devenir solide et résistante, est percée par les parasites; connne, par suite de l'absence d'une enveloppe solide, l'échinocoque est libre et peut se développer dans tous les sens, il s'étend là où il trouve le moins de résistance. Si pendant son immixtion il arrive à un des nombreux canaux du foie, ou s'il a percé la paroi d'un tel canal, il serpente à l'intérieur de ce canal et peut à la fin remplir les cavités de tous les vaisseaux de ce système. Comme Virchow, Leuckiirt et Friedreich sont chacun arrivés à un résultat diflerent sur le siéjçe, attendu que chacun a trouvé le parasite dans un système différent de vaisseaux, on est fondé à admettre que l'inmiigration et l'irruption du parasite puissent en effet se faire par les vaisseaux lymphatiques, les vaisseaux san^ins ou les canaux biliaires, mais ({u'il n'y a priorité pour aucun •. — Dans le poumon, il parait certain que les parasites s'introduisent par les artères pulmonaires.

2" l/iiiuni^ration se fait-elle par toute une colonie en masse, ou les nombreuses vésicules proviennent-elles d'un petit nombre d'échinocoques entrés d'abord et devenant le point de départ des autres par bourgeonnement? — C'est cette dernière opinion qui est adoptée généralement.

(iUU MALADIES DU FOIE.

decin, n'avait souffert que d'un ictère passager six ans avant sa mort. Son teint était resté blafard depuis ce temps, mais la santé générale était conservée et la mort fut occasionnée par une apoplexie intercurrente. A Tautopsie, on ne constata ni tuméfaction de la rate ni ascile (1). — La marche de la maladie parait être assez longue. Le traitement doit évidemment se borner à combattre les symptômes les plus urgents.

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