ICTÈRE SANS STASE BILIAIRE APPRÉCIABLE
Il existe une série d'états morbides dans lesquels on voit apparaître au milieu du sang la matière colorante de la bile, sans que pour cela il soit possible d'adtoellre que les conduits et les cellules hépatiques trop remplis, par suite d'un obstacle à l'écoulement, laissent filtrer ce liquide dans les vaisseaux sanguins et lymphatiques. De ce genre est d'abord l'ictère que l'on voit survenir parfois à la auite des émoiions, des morsures de serpent, des intoxicatiotis par Véiher ou le chloroforme. 11 est facile de réfuter l'opinion d'après laquelle, dans ces cas encore, il existerait une stase biliaire qui serait produite par le rétrécissement ^spatmodique des canaux excréteurs. Malgré la faiblesse des éléments musculaires ^s conduits hépatique et cholédoque chez l'homme, on ne peut nier absolument ^u*un rétrécissement spasmodique ne puisse avoir lieu; mais qu'un pareil rétrécissement puisse avoir une durée de trois jours, voilà ce que toutes nos connaissances en pathologie rendent invraisemblable; et comme des expérimentations physiologiques faites sur les chiens prouvent que l'occlusion du canal cholédoque n'est suivie d'ictère qu'au bout de trois jours, on doit révoquer en doute d'une manière absolue l'existence de X ictère spasmodiqtne. Il faut ajouter à cela que l'ictère dû aux émotions, aux morsures de serpents et aux intoxicaiions, survient immédiatement ou très-peu de temps après l'action des causes qui l'ont provoqué, et non après un intervalle de plusieurs jours.
Au nombre des formes qui ne peuvent être ramenées à la stase biliaire, il faut encore compter l'ictère que l'on observe quelquefois dans les maladies d'infection : tel est l'ictère de la septicémie^ de la fièvre puerpérale^ des fièvres remit-
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tenlen et intermittentes d'origine palodéenne, de la fièvre jaune, des différentes formes du typhus, surtout du relapsing-fever.
Il y a encore quelques cas Sidère des nauvean-néSy qui ne dépendent ■ d'une obstruction des canaux excréteurs ni d'une compression des ^oîes biliaires par des abcès du foie. Il en est de même de l'ictère qui accompagne la fjfitphlébite.
Frcrichs a donné une explication très-admissible pour plusieurs de ces ictèra. Il fait remarquer qu'une réplétion imparfaite des vaisseaux sanguins peut tout aussi bien qu'une trop forte accumulation de la bile dans les voies biliaires, entraîner une infiltration de ce produit dans les vaisseaux. L'ictère qui accompagne la thrombose de la veine porte, plusieurs cas d'ictère des nouveau-nés, peut-étR aussi rictère de la fièvre jaune, qu'il était impossible jusqu'à présent d'expliquer d'une manière satisfaisante, paraissent d'après cela dus à l'état de vacuité relative des vaisseaux veineux du foie. Quand il existe une thrombose de la veine porte, le foie n'est alimenté que par Tartère hépatique; chez les enfants nouveau-nés l'arrivée au foie du sang des veines ombilicales cesse tout à coup; dans la fiènv jaune, d'abondantes hémorrhagies intestinales, qui font dégorger les racines de la veine porte, précèdent l'ictère. Il est moins probable que l'ictère consécatir aux émotions violentes, aux morsures des serpents, aux empoisonnements, dépende également d'une fiUration de bile dans les capillaires du foie faiblement remplis, et que cette vacuité relative soit déterminée par une contraction des pirois vasculaires des branches de la veine porte. Cette hypothèse se trouve jusqu'à un certain point infirmée par les mêmes raisons que nous avons fait valoir conlrf la dépendance de ce genre d'ictère d'un spasme des conduits excréteurs de b bile, et avant tout par la promptitude avec laquelle l'ictère se déclare après Taclion des causes perturbatrices que nous venons de nommer. — On doit hésiter davantage à se rallier à l'opinion que Frerichs émet sur la cause de l'ictère danles maladies d'infection. 11 suppose que les éléments de la bile, qui retournrni au sang et qui dans les conditions normales subissent une série de transformations avant de quitter le corps sous forme de matière colorante de Turine, sVrètent à la transformation en matière colorante de la bile, lorsque la nutrition a subi une perturbation, et qu'alors cette matière colorante de la bile doit sa*cumuler dans le sang. En admettant cet ictère par diminution d'usure, par anvi de décomposition de la bile dans le sang, cet observateur se fonde principal*»ment sur ce fait d'expérience, (jue dans l'urine des chiens auxquels il avait injecté de fortes quantités de bile décolorée dans les veines, il lui était possible J* retrouver la matière colorante de la bile, et sur cet autre que les acides iofolores de la bile, traités par l'acide sulfurique, se transforment en une substaïKr très-analogue à la matière colorante do la bile. De ce que la matière coloruiir de la bile se montre dans Turine, lorsqu'on a injecté des acides de la. bile datf les vaisseaux sanguins, il ne s'ensuit pas que ces acides eux-mêmes aient rf transformés en matière colorante, et si les observations de Kûhne devaient sr confirmer, selon lesquelles, après une injection de bile décolorée, on tit^ivenil dans l'urine, outre la matière colorante de la bile, des acides de cette suhslaiiff en assez grande quantité, l'opinion de Frerichs se trouverait réfutée par le lA
D'ailleurs, la possibilité d'obtenir de la matière colorante de la bile en traitant ses acides par l'acide sulfurique ne permet pas d'afûrmer qu'une transformation semblable s'opère dans l'organisme vivant. — Les autres explications que l'on a essayé de donner sur la naissance de l'ictère des maladies d'infection, des passions, des morsures de serpents et des empoisonnements, ne reposent pas, il est vrai, sur des bases beaucoup plus solides. Il est possible que dans ces conditions le foie reçoive une si grande quantité de matériaux aptes à former de la bile (peut-être des corpuscules sanguins détruits?), qu'il en résulte une polycholie excessive et une résorption d'une partie de la bile, résorption due à l'insuflisance des voies biliaires à excréter toute cette masse de produits. — Une hypothèse aussi difficile à prouver qu'à réfuter est celle d'après laquelle l'infection du sang par les substances toxiques ou scptiques ou par les miasmes, serait suivie d'une dissolution des corpuscules sanguins; dans ces conditions il se formerait, selon eette théorie, de la matière colorante de la bile dans le sang même aux dépens de la matière colorante des corpuscules sanguins détruits.
Dans presque toutes les formes d'ictère appartenant à cette catégorie, l'ictère n'est qu'un épiphénomène de troubles très-répandus, et nous ne mentionnerons parmi les symptômes que le maintien de la coloration dos matières fécales, tandis que les signes d*imbibition des tissus par le suc nutritif pigmenté, sont souvent tout aussi prononcés que dans l'ictère dû à la stase biliaire. Dans l'ictère qui se déclare sous l'inAuence des passions, on prétend que la coloration jaune instantanée de la peau constitue ordinairement l'unique symptôme ; toutefois nous manquons d'un nombre suffisant d'observations authentiques sur cette forme, dans tous les cas assez rare.
Le traitement de l'ictère indépendant d'une stase biliaire ne peut évidemment être que symptomatique, vu l'obscurité qui règne sur cette maladie.