IF.MEYER. — 3<^ ÉDIT. I
petit, se plaiat de pression et de tension à Vépigastre et d'autres accidents qui annoncent un catarrhe gastro-intestinal. Il faut ajouter à cela le plus souvent, mais non toujours, un ictère modéré éveillant le soupçon que le catarrhe s'est propage du duodénum au canal cholédoque. Pas un seul symptôme n'est là pour annoncer le grand danger qui menace le malade. — On ne doit pas considérer les symptômes en question comme appartenant à la période prodromique, on doit au contraire admettre que le catarrhe gastro-duodénal est déjà un résultat du trouble de la circulation du foie qui est la première conséquence de l'exsudation qui se fait dans le parenchyme et de la compression des capillaires hépatiques. On est d'autant plus fondé à croire qu'il doit en être ainsi, que presque toujours les progrès de la maladie sont marqués par des phénomènes de stase très-graves dans le système de la veine porte, par des hémorrhagies gastro-intestinales, le gonflement de la rate, etc. L'ictère paraît dû à la compression des canalicules biliaires les plus déliés. La coloration faible, mais cependant encore sensible, des selles, prouve que l'arrivée de la bile dans le duodénum n'est pas interrompue d'une manière absolue. — Quelquefois la marche de la maladie est latente pendant cette première période, et les symptômes menaçants de la seconde éclatent au milieu des apparences de la santé.
Dans la seconde période, qui correspond à la destruction des cellules hépatiques et à la diminution du volume de Forgane qui en est la conséquence, l'ictère augmente ou commence seulement à se manifester, la région du foie, â peu d'exceptions près, devient sensible à la pression, les malades se plaignent do céphalaliric violente, deviennent inquiets et agités et commencent à délirer. Quelquefois cet état d'excitation exagérée s'étend également aux nerfs moteur», ce qui donne lieu à des mouvements convulsifs généraux ou partiels. Mais bientôt, et souvent sans que ces phénomènes d'excitation aient précédé, un abattement et une lassitude invincibles s'emparent des malades; ils tombent dans un sommeil profond d'où l'on peut encore au début les réveiller pour un momeul, surtout en exerçant une pression sur la région du foie, tandis que plus tard le réveil n'est plus possible. Ensuite le pouls, normal ou môme ralenti au commencement, devient presque toujours très-fréquent. La température du corps s'élève à un très-haut degré; la langue et les gencives sont sèches et fuligineuses, les selles et les urines sont involontaires. Le collapsus prend de plus en plus d'extension, le pouls devient de plus en plus petit et fréquent, enfin les malades meurent, baignes de sueur et sans se réveiller de leur coma, ordinairement dès le second, rarement au quatrième ou au cinquième jour, ou plus lard encore. — Ces troubles graves de l'innervation et la paralysie complète et générale qui se développe dans très-peu de jours, sont les symptômes le^ plus constants et les plus essentiels de l'atrophie jaune aiguè du foie. Cependant il> sont loin d'appartenir exclusivement à cette maladie, mais peuvent oncoro, quoicpie plus rarement, se manifester dans le cours d'une cirrhose et peuibil la destruction des cellules hépatiques produite par une stase longue et excessive de la bile. — Ces symptômes ont été déjà antérieurement mentionnés connue tot les conséquences de VachoHc (Frerichs), parce qu'il est impossible de les to dériver d'une modificaliou palpable dans les nerfs et les centres nerveux, ni Juoe
intoxication du sang par la bile résorbée. Ils tiennent, au contraire, à cette circonstance qu'après la destruction des cellules hépatiques, la bile ne peut plus se former et que ce liquide se trouve remplacé dans l'organisme par des produits de décomposition jusqu'alors inconnus, anormaux, nuisibles à l'organisme. Dans l'atrophie jaune aiguë du foie, qui est la maladie où la destruction des cellules hépatiques prend les plus vastes proportions, Frerichs a démontré de la manière la plus évidente la présence de produits anormaux de décomposition. Tandis que l'urée, le produit final le plus important des décompositions normales de la substance animale, disparaissait de l'urine des malades observés par Frerichs, elle s'y trouvait remplacée par la leucine et la tyrosine, substances qui hors de là ne se rencontrent jamais dans l'urine. Scherer a également constaté la présence de la leucine dans l'urine d'un malade atteint d'atrophie jaune aigiiê du foie, observé par Ramberg. Déjà antérieurement nous avons eu lieu d'exprimer que ce ne sont pas ces substances qui empoisonnent le sang et déterminent le trouble fonctionnel et la paralysie du système nerveux.
Lorsque la compression des capillaires du foie est devenue assez considérable pour compromettre la nutrition des cellules hépatiques, l'écoulement du sang des racines de la veine porte doit également éprouver un arrêt sensible. Aussi n'est-il pas rare que des phénomènes de stase sanguine s'ajoutent dans la seconde période de la maladie aux symptômes d'acholie, tels que nous les voyons accompagner également la cirrhose, la pyléphlébite, etc. Le phénomène le plus fréquent c'est le gonflement de la rate, mais souvent il survient aussi des vomissements de matières sanguinolentes et une évacuation de ces matières par l'anus.
Enfin la nutrition des parois capillaires ne tarde pas à être altérée par les changements graves survenus dans la composition du sang, et souvent on aperçoit des pétéchies sur la peau et des hémorrhagies diverses, surtout du nez ou de l'utérus.
Vexamen physique donne des résultats extrêmement importants, en ce qu'il permet de reconnaître les rapides progrès de la diminution du foie. Au commencement le son de la percussion dans l'épigastre devient extraordinairement clair, parce (pie Talrophie commence dans le lobe gauche; au bout de peu de jours déjà on ne peut plus constater aucune trace de la matité du foie. La disparition camplèle de cette matité tient en partie à ce que l'organe relâché s'est affaissé et a été poussé contre la colonne vertébrale par les intestins gonflés d'air. — Un fait utile pour le diagnostic c'est, à coté de la diminution de la matité du foie, l'étendue plus grande de la matité de la r.ite; néanmoins, le gonflement de cet organe ii'acciuiert pas toujours un degré assez fort pour pouvoir être constaté physiquement; quelquefois même il fait défaut d'une manière absolue.
g /i. — Trailement.
On ne peut évidemment rien dire de positif, rien qui soit fondé sur l'expérience, lorsqu'il s'agit du traitement d'une maladie dont la terminaison par guérison est un fait encore incertain. Pendant la première période, il faudrait employer des émissions sanguines, surtout des applications de sangsues aux en-
virons de l'anus, des laxatifs salins, des compresses froides sur Thypochondre droit, s'il était possible de distinguer cette première période d'un simple ictère catarrhal. Dans la seconde période, les émissions sanguines, d'après toutes les expériences faites sur ce moyen de traitement, exercent une influence fâcheuse sur la marche de la maladie. Par contre, les drastiques énergiques, l'aloès, l'extrait de coloquinte, l'huile de croton, ont été recommandés surtout par les médecins anglais. Tant qu'il existe des phénomènes d'excitation du côté du système nerveux, de l'agitation, du délire, des convulsions, on a l'habitude d'appliquer de la glace sur la tète; dès que la paralysie arrive, on emploie les douches froides, traitement qu'à cause des résultats heureux qu'il a fait obtenir parfois dans les affections inflammatoires du cerveau, on a cru devoir appliquer également aux aiïections toxiques du même organe. Malgré le réveil momentané de presque tous les malades comateux pendant l'action de la douche, il ne faut cependant pas que l'on espère obtenir par l'emploi de ce moyen un succès durable contre les progrès de l'atrophie jaune aiguë du foie. On peut en dire autant de l'usage interne et externe des excitants que l'on a préconisés contre la paralysie, des accidents minéraux dirigés contre les pétéchies, et des pilules de glace que l'on recommande contre les vomissements violents et contre les hémorrhagies gastro-intestinales.
SECTION II
HAIiADIES DES VOIES BUilAIRES.