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CHAPITRE II

g icr. — Pathogéaie et otiologie.

Sous le nom d'hypertrophie de la rate, nous comprenons l'agrandissement de cet organe caractérisé par une augmenlalion de poids et de volume, inaisexeni|it de tout changement de texture. Toutefois l'augmentation des trahéculcs dans les tuméfactions de la rate appartenant à celle catégorie, mérite à peine d'élre citée en comparaison de l'augmentation bien autrement notable de la pulpe; et c'est bien l'accroissement de celle dernière qui forme l'élément essentiel de Thypertrophie.

L'augmentation de la pulpe splénique dépend-elle d'un excès de formation, d'une hyperplasie (Virchow) de ses éléments cellulaires, ou bien provient-elle d'une accumulation anormale de ces éléments par suite d'un dégorgement plus difficile ? c'est là une question à laquelle l'état actuel de la science ne nous permet pas de répondre d'une manière satisfaisante. L'opinion que les espaces compris entre les trabécules, espaces qui renferment la pulpe, doivent d'une manière quelconque communiquer avec les vaisseaux, celte opinion commence

à être admise presque partout. Si cette supposition est fondée, si par conséquent le sang parcourt ces espaces et si le courant entraine constamment les éléments cellulaires, semblable au courant de la lympbe qui parcourt les alvéoles des glandes lymphatiques et entraîne également les éléments cellulaires, on est naturellement conduit à admettre qu'un ralentissement considérable de la circulation splénique doit être accompagné d'une accumulation de pulpe dans la rate, par la raison très-simple que cet organe cède une moindre quantité de cellules au torrent circulatoire. L'onde sanguine trouvant plus d'espace à cause de la dilatation des vaisseaux et plus encore à cause de la dilatation des espaces intertrabéculaires pendant le gonflement hypérémique de la rate, il en résulte évidemment un ralentissement très-considérable du courant sanguin dans l'intérieur de cet organe ; et comme une hypérémie prolongée de la rate entraine constamment une hypertrophie, il est probable que cette hypertrophie est due à l'accumulation de la pulpe splénique et non à une hyperplasie.

En faisant l'exposé de la leukémie (voyez l'Appendice), nous parlerons d'une dégénérescence de la rate qui, anatomiquement, ne peut être distinguée de celle dont il est ici question, mais qui doit en être séparée, parce que les modifications qu'elle apporte à la composition du sang sont tellement remarquables, que l'on doit en inférer une différence fonctionnelle très-importante. Par la suite, nous démontrerons que la tuméfaction de la rate dans la leukémie ne dépend point d'une rétention des éléments cellulaires, mais d'un accroissement dans la production de ces éléments.

Des diverses formes d'hypérémie fluxionnaire, celles qui sont dues à l'infection paludéenne entraînent le plus fréquemment l'hypertrophie de la rate; et cette tuméfaction chronique {chronischer Mihtutnor) se trouve non-seulement lorsque l'infection se développe sous la forme d'une fièvre intermittente, mais encore lorsque son influence fait naître une fièvre rémittente ou une cachexie exempte d'accès. Dans les contrées où la malaria est un mal endémique, il existe un grand nombre de personnes qui souffrent d'hypertrophies colossales de la rate, et il parait môme que, dans ces pays, ce sont précisément les individus exempts d'accès de fièvre à retour régulier qui présentent les plus vastes hypertrophies de cet organe.

En fait d'hypérémies par stase sanguine, celles qui se développent dans la cirrhose du foie ou dans les cas d'oblitération de la veine porte, sont le plus fréquemment suivies d'une hypertrophie de la rate, et ce fait milite le plus en faveur de la justesse de l'hypothèse que la maladie en question se développe d'une façon purement mécanique, par une accumulation d'éléments cellulaires dont le départ se trouve empêché.

g 2. — Anatomie pathologique.

Par l'efTet de l'hypertrophie, la rate peut atteindre un développement si énorme, que son diamètre longitudinal arrive à 35, voire même 50 centimètres, son diamètre transversal à plus de 17 centimètres, et son diamètre d'épaisseur à plus de 12 centimètres. L'augmentation de poids peut également devenir telle-

ment considérable que la rate pèse 6 kilogrammes et plus. La forme de Forgane tuméfié ne se trouve pas altérée; sa résistance est augmentée quelquefois àun Xâ degré que la tumeur devient dure comme le bois. La couleur du parenchyme est d'un rouge brun dans les cas récents, dans les cas plus anciens elle ressemble ordinairement à celle de la chair musculaire, ou bien elle est rouge pâle. Lorsque l'hypertrophie s'est développée sous l'influence d'une infection de malaria, la coupe pâle, homogène et sèche de l'organe montre ordinairement une teinte légèrement grisâtre ou bien on y rencontre par endroits des filons noirâtres. — Nous insisterons davantage dans l'appendice ajouté à cette section, en parlant de la mélanémie, sur les vastes dépôts pigmentaires qui restent quelquefois accumulés dans la rate après les fièvres intermittentes pernicieuses, -r- La capsule de la rate hypertrophiée est ordinairement épaissie, opaque, et assez souvent adhérente aux organes qui l'environnent. Les trabécules épaissies et devenues rigides ressemblent à des stries blanchâtres parcourant en tous sens la surface de la coupe.

L'examen microscopique ne permet de reconnaître aucune formation hétérogène à côté des éléments normaux de la pulpe splénique, entassés les uns sur les autres, et du pigment qui décrit des espèces de filons au milieu de ce tissu, (l'est précisément cette circonstance anatomique qui permet d'admettre que les tuméfactions chroniques, à moins qu'elles n'appartiennent à la dégénérescence lardacée, qui fera l'objet du prochain chapitre, doivent être produites par une hypertrophie de la rate et surtout par une augmentation de la pulpe splénique.

^3. — Symptômes et marche.

Très -souvent ce n'est qu'à l'exploration du thorax, nécessitée par quoique maladie int(îrcuiTonle, que Ton parvient à reconnaître l'existence d'une hypertrophie (le la rate. Los individus ciioz lesquels le hasard fait rencontrer cette hypertrophie jouissent d'une santé parfaite; l'état de leur nutrition est satisfaisant, leur teint est frais et la région de la rate n'est jamais chez eux le siège d'une <louleur. — Dans d'autres cas l'hypertrophie do la rate est accompagnée de symptômes dont l'ensemble a été considéré comme pathognomonicjue des maladies de la rate en général : les malades ont un teint pâle, cachectique, des muqueuses décolorées, ils sont souvent alloinls d'hémorrhagies, surtout d'épistaxis, et ils finissent fréquemment par devenir hydropi([ues. L'hypertrophie de la rate ne se développant jamais chez des individus sai'ïis, mais toujours chez des personnes déjà malades, il est difficile de distinguer jusqu'à ciuel point ces symptômes d'anémie (ît de diathose dite hémorrhagicjue dépendonl de l'hypertrophie de la rate elleniome, ou au contraire de la maladie première (jui peut avoir fait naître Tappauvrissement du sang aussi bien (juc l'hypertrophie. Nous nous trouvons dans un état d'incertitude tout à (îiit semblable vis-à-vis des gonflements chroniques «les };landes lymphatiques chez les enfants scrofuleux, symptôme qui offre la plu^ Jurande analogie avec les tumofactioiis chroniciues de la rate. Nous ignorons si If mauvais état di» la nutrition en général et les alîections dites scrofiileuses *le la />etni et des muqueuses dépendent de préférence de la maladie des glandes lyin-

phatiques, ou bien si une cause commune a produit tous ces accidents les uns comme les autres. Les modifications anatomiques que Von trouve dans les glcindes lymphatiques tuméfiées de la scrofulose, lors même que ces organes ont atteint dix et vingt fois leur volume normal, consistent en général exclusivement dans une augmentation des éléments normaux, absolument comme dans les hypertrophies de la rate nous ne trouvons qu'une augmentation des éléments normaux de l'organe. 11 faut ajouter à cela que les glandes lymphatiques hypertrophiées, aussi bien que la rate hypertrophiée, reviennent à leur grandeur primitive, et qu'il n'est morne pas rare qu'à certaines époques ces glandes se tuméfient et qu'à d'autres elles diminuent. Aucun autre organe du corps, si ce n'est les follicules de Peyer et les follicules solitaires, qui tous deux se rattachent aux glandes lymphatiques, ne montre une semblable disposition, et c'est précisément cette circonstance qui prouve que les cellules et les noyaux de la pulpe splénique représentent tout aussi peu que les cellules et noyaux des glandes lymphatiques des éléments stables du tissu de l'organe, et que la soi-disant hypertrophie de la rate et des glandes lymphatiques ne consiste que dans une accumulation de ces éléments transitoires, accumulation due soit à une production augmentée, soit à un départ limité. Les physiologistes d'aujourd'hui reconnaissent sinon comme absolument certain, au moins comme très-probable, que les corpuscules appelés à devenir plus tard les globules rouges du sang prennent naissance dans la rate et dans les glandes lymphatiques. Si cette hypothèse se confirme, on conçoit facilement que cette sorte d'hypertrophie de la rate et des glandes lymphatiques, qui dépend d'un départ limité de ces éléments cellulaires, aura pour résultat un appauvrissement du sang. Même le fait que les symptômes de l'appauvrissement du sang se manifestent principalement dans les moments où la tuméfaction de la rate et des glandes lymphatiques est en voie de progrès, tandis que souvent les malades se rétablissent complètement lorsque la tuméfaction une fois déclarée cesse de s'accroître tout en continuant d'exister, ce fait même, disons-nous, parle en faveur de l'explication que nous avons donnée. Il va sans dire que nous ne prétendons pas donner à cette explication un caractère de certitude absolue, et que les progrès de la physiologie peuvent la renverser; mais c'est notre droit et notre devoir de chercher partout à profiter des idées physiologiques actuelles pour l'interprétation des états pathologiques.

Indépendamment des symptômes de l'anémie et de la prédisposition aux hémorrhagies, parmi lesquelles sans doute les gastrorrhagies ne sont bien fréquentes que dans la cirrhose du foie et l'occlusion de la veine porte, on peut remarquer dans les cas d'agrandissement considérable de la rate une sensation de pression et de plénitude dans l'hypochondre gauche et une dyspnée fatigante due au refoulement du diaphragme. Une véritable douleur manque presque toujours, lorsque l'hypertrophie n'est pas compliquée d'autres modifications de texture, et môme à la pression l'organe hypertrophié reste assez insensible. Lorsque les malades se couchent sur le coté droit, ils éprouvent très-distinctement, en cas d'hypertrophie considérable, la sensation d'un corps lourd tombant de gauche à droite, lis se sentent gênés par le décubitus sur le côté droit et ils préfèrent être couchés sur le côté gauche ou sur le dos.

La marche de l'hypertrophie de la rate, quoique toujours longue, est cependant généralement favorable, pourvu que Ton sache garantir les malades de Faction ultérieure des causes déterminantes. Tandis que les hypertrophies de la rate qui dépendent de la cirrhose du foie et autres désordres semblables ne sont susceptibles d'aucune résolution, les hypertrophies dues à la malaria diminuent souvent d'une manière très-considérable ; lorsque ces hypertrophies sont récente^, que leur volume n'est pas trop exagéré et que les malades, soustraits à l'influence de la malaria, sont soumis à un traitement rationnel, la rate peut môme être ramenée à son volume normal.

Uexamen physiqm fait reconnaître ordinairement l'agrandissement de la rate à l'aspect, à la palpation et à la percussion, par la raison que c'est l'hypertrophie qui produit le plus fréquemment les grandes tuméfactions de cet organe. La tumeur montre la forme caractéristique de la rate. La résistance de cette dernière est augmentée, quoiqu'à un degré moins prononcé que celle de la rate lardacée, dont il sera question au prochain chapitre.

J 4. — Traitement.

Les hypertrophies de fraîche date, lorsqu'elles se sont développées par suite d'une infection de malaria, exigent l'emploi des moyens que nous avons recommandés au chapitre précédent pour le traitement des hypérémies chroniques de la rate. Un changement de séjour et l'usage des préparations quiniques, surtout de la quinine, rendent ordinairement d'excellents services, seulement il importe que les malades ne retournent pas trop vite au lieu infecté de malaria, et ils doivent se soumettre avec persévérance et pendant un temps assez long au traitement par le quinquina. Même dans les cas d'hypertrophie déjà ancienne, il faut essayer si les moyens que nous venons d'indiquer n'auront pas de succès. — Des nombreuses révulsions vers la peau que l'on a l'habitude de recommander pour le traitement des hypertrophies de la rate, la douche froide seule mérite d'être employée, tandis que les vésicaloires, les cautères, les points de feu, offrent très-peu de succès. — Une médication qui mérite la vogue dont elle jouil dans le traitement de l'hypertrophie de la rate, c'est l'emploi des ferrugineux, parmi lesquels le chlorure et l'iodure de fer se recommandent d'une façon toute particulière. Ces médicaments exercent-ils une influence directe sur la diminution de la rate ou bien n'agissent-ils qu'en remédiant à l'appauvrissement du sang, c'est une question que nous nous abstenons de décider. Ce q\û convient le mieux, c'est de combiner Tadministration des ferrugineux avec celle du quinquina, ou bien d'ordonner l'usage d'une eau minérale ferrugineuse dans un lieu élevé en même temps que l'emploi continué du quinquina. — La thérapeutique est impuissante à remédier aux hypertrophies de la rate provenant de cirrhose, de pyléphlébite, etc.

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