ŒDÈME DE LA GLOTTE
ehâncre qui existe depuis longtemps. Enfin, dans quelques cas rares, une forte angine, une inflammation étendue du tissu cellulaire du cou, Térysipèle même, peuvent mettre subitement la vie en danger par suite de leur complication par un (pdème de la glotte. Dans tous ces cas, nous avons encore affaire à un œdème collatéral, et Ton ne connaît que peu d'exemples où FcBdème de la glotte dépendait d'une hydropisie générale, se greffait sur une maladie de Bright, etc. Les maladies indiquées sont, à l'exception de la variole, beaucoup plus fréquentes chez les adultes que chez les enfants, et, par conséquent, on observe l'œdème de la glotte presque exclusivement sur les adultes.
2 3. — Anatomie pathologique (1).
L'infiltration séreuse qui se développe aux endroits cités plus haut est souvent si considérable, que l'épiglotte gonflée fait saillie au-dessus de la racine de la langue, et que de sa base partent deux grosses tumeurs flasques qui se dirigent
(1; Pour comgfendre la pathogénie et Tanatomie pathologique de Fœdème du larynx comme de tous les oedèmes et de toutes les inflammations siégeant dans le tissu conjonctif^ il importe d'avoir une idée nette sur l'analomie générale'et l'histologie de ce tissu.
Aussi jugeons-nous de la plus haute importance d'en donner une description succincte au commencement de cet ouvrage, et nous en recommandons tout spécialement la lecture comme devant éclairer et rectifier bien des descriptions ultérieures.
Le tissu cof^onctif (tissu cellulaire, tissu connectif, tissu lamineux, tissu aréolaire, tissu fibreux, etc.) a été l'objet de nombreuses descriptions et conceptions très-dissemblables depuis l'admirable anatomie générale de Bichat jusqu'à nos jours. Je n'entreprendrai pas d'en faire l'historique, ce qui m'entraînerait beaucoup trop loin ; mais il est indispensable de rappeler la des. cription qu'en a donnée M. Yirchow et qui a joué un si grand rôle dans la pathologie générale depuis une quinzaine d'années.
Sm'vant le professeur de Berlin, le tissu conjonctif est essentiellement composé par des fibres et des cellules, mais il fait jouer aux cellules de ce tissu un rôle prédominant. Sur les {^réparations obtenues par la dessiccation, par la coloration au carmin, par le lavage dans l'eau et l'action de l'acide acétique (procédé do Gerlach), on voit en effet des figures étoilées qui paraissent anastomosées entre elles et qui présentent à leur centre un corpuscule irrégulier coloré en rouge. D'après ce mode de préparation, on considérait le tissu conjonctif comme constitué essentiellement par des cellules anastomosées entre elles et possédant un no3rau. La circulation des sucs nutritifs dans le tissu cellulaire était censée s'effectuer par ces cellules ellesmèmes et par leurs canaux anastomotiques.
Presque toute la pathologie cellulaire était basée sur le rôle des cellules; l'inflammation consistait dans leur prolifération, et cette dernière était aussi le premier acte qui présidait à la naissance de toutes les tumeurs : telle est la manière de voir adoptée par >'iemcyer et par le plus grand nombre des pathologistes ; nous verrons bientôt par quoi elle peut être remplacée.
M. Hente et avec lui M. Robin, loin d'adopter cette manière de voir, regardaient les espaces étoiles ainsi obtenus comme des interstices laissés entre les faisceaux de fibres.
Pour bien comprendre et analyser la structure de ce tissu, le meilleur procédé consiste, suivant la méthode de M. Ranvier, à injecter avec une seringue de Pravaz du sérum ou une iohition d'acide picrique dans le tissu conjonctif lâche sous^utané d'un animal. On produit alors une petite boule d'oedème artiiicicl dans laquelle les fibres sont écartées les unes des autres par le liquide injecté. Après avoir enlevé avec des ciseaux courbes une languette du tissu infiltré et l'avoir étalée sur une lame de verre, on peut en étudier les différentes parties constituantes, qui sont 1* les faisceaux de fibres dont on trouvera la description dans tous les ouvrages d'histologie; 3* des cellules plates, larges et minces, munies d'un noyao sphérique on
en arrière vers les cartilages arythénoïdes et le pharynx. Elles peuvent atteindre presque la grosseur d'un œuf de pigeon, et se toucher par une surface si grande, que rentrée de Tair dans la glotte devient très-difficile et même impossible. Il
OToYde : ces ceUules tapissent la surface des faisceaux précédents ; 3* des cellules lymphatique! ou corpuscules blancs du sang, libres dans le liquide interposé entre lès faisceaux.
Des examens faits par son procédé, M. Ranvier conclut que le tissu conjonctif est composé par des faisceaux de fibres entre-croisées dans divers sens, recouvertes par les cellules aplaties précédemment indiquées. Ces faisceaux de fibres laissent entre eux des espaces communiquant les uns avec les autres et dans lesquels se fait la circulation de la lymphe. Ces espaces contiendraient une très-faible quantité de liquide et quelques corpuscules lymphatiques, et communiqueraient directement avec les vaisseaux lymphatiques.
Cette structure, qui donne raison à la conception enfantée par le génie de Bichat, nous permettra de bien comprendre Tanatomie pathologique de Fœdème et de Finflammation dans le tissa conjonctif.
L'œdème du tinu conjonctif est caractérisé par la présence d'un liquide sorti des yaisseanx, interposé aux Caisceanx de fibres qu'il écarte, et par des modifications des cellules plates qui recouvrent ces fibres. Notons en passant'qu'avec la théorie de Virchow il était impossible d'expliquer l'œdème ni de localiser le siège du liquide exsudé. Ce liquide, qui offre la composition du plasma sanguin, contient dans son intérieur des cellules lymphatiques ou globules blancs du sang, en petite quantité d'habitude, et de grandes cellules sphériques. Ces cellules sphériques ne sont autres que celles qui tapissaient les faisceaux de fibres, et qui de plates qu'elles étaient se sont laissé distendre par le liquide qui les a remplies et sont devenues libres au sein du liquide de l'œdème. Ces cellules tuméfiées, très-volumineuses, présentent leur noyau également volumineux, et généralement aussi, surtout dans le cas d'œdème survenu rapidement, quelques granulations graisseuses. Lorsque l'œdème survient dans un tissu conjonctif riche en vésicules adipeuses, la gouttelette graisseuse qui contenaient les cellules adipeuses se fragmente en fines granulations, et il en résulte autant de gros corps granuleux contenant un noyau.
l'inflammation et la suppuration du tissu coryonctify qu'elles s'observent isolément on qu'elles compliquent l'œdème, comme cela est le cas le plus commun dans l'œdème de la glotte, présentent comme phénomène essentiel une plus grande quantité de cellules lymphatiques dans le liquide exsudé entre les faisceaux fibreux. Quel que soit le nom qu'on donne à ces cellules, qu'on les appelle cellules lymphatiques, corpuscules blancs du sang, globules de pus, ceUules jeunes ou embryonnaires, cela importe peu, puisqu'il est bien démontré que les éléments carao» térisés par ces diverses appellations sont identiques. Relativement à leur origine et à leur modo de formation , il est très-probable que la plus grande partie d'entre eux, surtout dans lés suppurations rapides, provient directement du contenu des vaisseaux lymphatiques et sanguins, et ne sont autres que des cellules lymphatiques ou des corpuscules blancs du sang sortis des vaisseaux. Mais il n'en est pas moins parfaitement sûr que les cellules plates qui recouvrent les Dusceaux de fibres peuvent devenir le point de départ de ces éléments. Lorsque en effet on examine ces cellules par le procédé précédemment indiqué, dans un cas d'inflammation, on les trouve tuméfiées, sphériques, granuleuses et présentant un noyau en bissac, c'està-dire en voie de division, ou plusieurs noyaux, ou des formations endogènes.
Les phénomènes anatomiques de l'œdème constituent donc la période initiale de l'inflammation qui détermine bientôt l'accumulation d'un grand nombre de ceUules lymphatiques dans les espaces interposés aux fibres du tissu conjonctif.
Si l'inflammation est très-intense, on ne retrouve plus vestige des grandes cellules plates ou sphériques du tissu cellulaire ; il n'y a partout que des globules ronds, et en même temps le plasma du sang échappé des vaisseaux et riche en fibrine, laisse déposer au milieu des espaces interfascicnlaires de la fibrine concrète sous forme de minces filaments. L'exsudat riche en fibrine et en globules de pus, presque solidifié, qu'on observe alors, caractérise le phlegmon du tissu cellulaire. — La grande abondance et l'état presque solide de cet exsudât amènent comme conséquence une compression des vaisseaux, T interruption de la circulation sanguine et la mortification de portions plus ou moins considérables du tissu conjonctif. V. C.