CHAPITRE PREMIER
CATARRHE DE LA MUQUEUSE BUCCALE, g 1"'. — Patbogénie et étiologie.
La muqueuse de la bouche est tout particulièrement exposée i rinfluence dtf agents nidsibles qui provoquent des catarrhes sur toutes les autres muqueuei; d'où il résulte que le catarrhe de la muqueuse buccale est une maladie erifè* mement fréquente; toutefois ce n'est qu'à notre époque que les modificaliotf désignées sous le nom de catarrhe, lorsqu'elles se produisent sur les autres m* queuses, ont également reçu le nom de catarrhe buccal quand elles se produisent sur la muqueuse de la bouche (Pfeuffer).
Les influences nuisibles qui occasionnent le catarrhe buccal sont : 1* les irri' taiiùM qui agissent sur la muqueuse de la bouche. Les dents, en perçant hs gencives, font souvent naître la stomatite catarrhale, même dans ses formel kl plus intenses. Cette maladie est due également aux dents à bords tranchaniii aux abcès dentaires, aux plaies dans l'intérieur de la bouche, à l'introductioD de substances très-chaudes ou très-froides ou agissant chimiquement, à l'haUliMb de fumer ou de mâcher du tabac, etc. Un effet semblable est produit par ruige des préparations mercurielles, non-seulement sous forme de pommade appK-
Iuée sur les gencives, ou bien de préparations pulvérisées ou liquides intnh uites dans la bouche, mais encore après les frictions faites avec la pomoide mercurielle sur la peau ou Tadministration de pilules mercurielles bien enfekf* pées. En effet, le mercure, absorbé par la peau ou le tube intestinal, mvâ dans l'intérieur de la bouche par la sécrétion des glandes salivaires, la muqueaifl reçoit également Tirritalion directe de cette substance. Souvent il suffit de bibbf doses de mercure pour occasionner une stomatite mercurielle, et cela se of çoit facilement quand on songe que les mercuriaux avalés avec la salive 9Bâ résorbés dans l'intestin, d'où ils reviennent de nouveau dans la bouche, etiii* du suite jusqu'à ce qu'ils quittent enfin définitivement le corps. — La sensihilil' de la bouche à l'action du mercure diffère selon les individus; c'est pourq!* la stomatite se déclare de bonne heure chez les uns et tard chez les antres, de mime que les frictions d'onguent mercuriel sont suivies plus ou moins proflofi^
CATARRHE DE LA MUQUEUSE BrCGALE. SIS
t de la dermatite superficielle, que nous décrirons plus tard sous le nom léma mercurîel.
La stomatite catarrhale, dans beaucoup de cas, se propage i^organet vojsvr la mwpmkse buccale. Les plaies et les inflammations de la face, surtout sipèle, les inflammations du {gosier, se compliquent pour sûnsi dire toiyours I catarrhe de la muqueuse buccale. Ce catarrhe secondaire de la bouche, i époque où une langue Tortement chargée était considérée comme le dgne lin d^un trouble de la digestion, faisait envisager Térysipèle de la bce et pne comme une simple manifestation d'un trouble gastrique et le traiter ime tel. — La propagation d'un catarrhe de la muqueuse du nei ou des iches à celle de la bouche est moins constante. — Le catarrhe aigu et chrole de l'estomac se complique, an contraire, très-fréquemment d'un catarrhe cal. Beaumont, qui avait l'occasion de comparer la muqueuse stomacale du adien Saint-Martin à celle de la bouche de cet individu, s'est convaincu qna modifications subies par l'une en déterminaient aussitôt d*anaIoguei sur Ire, et l'expérience journalière vient à l'appui de cette observation. Mais, tfil rrai que le catarrhe de la bouche vient constamment s'qouter i celui de Te»le, il n'est cependant pas permis de conclure réciproquement i rexistenee I catarrhe de l'estomac, chaque fois que l'on s'aperçoit de la présence d*iin rrhe buccal.
' Le catarrhe buccal est assez souvent le symptôme d'un mal eomiiifÊiioimd frai. Parmi les maladies dyscrasiques aiguës, ce sont surtout le typhus et h latine qui s'accompagnent de modifications particulières de la muqueuse buet modifications qui ont esstmtiellement le caractère catarrhal; nous en parus plus en détail à l'occasion de la symptomatologie de ces mêmes maladies, ni les djrscrasies chroniques, ce sont la syphilis et le mercurialisme qui délinent assez souvent le catarrhe de la bouche et du pharynx. La langue fée se retrouve dans presque toutes les maladies fébriles; cependant on évidemment trop loin si l'on voulait en inférer que chaque fièvre doit néairement se compliquer d'un catarrhe buccal (voyez § ^i). ans beaucoup de cas enfin, les causes occasionnelles nous sont inconnues. iffer cite au nombre des causes les veilles prolongées, d'autres observateurs iouffrances morales.
est remarquable que, chez certains malades, un catarrhe buccal se prolonge liant des années avec une grande opiniâtreté, sans que l'on puisse constater influence nuisible agissant sur eux d'une manière durable.
^ 2. — Aiiatomie pathologique.
arement on a l'occasion d'observer le catarrhe aigu de la bouche dans aa. ode de crudité. Ce n'est qu'après une action irritante très-intense et quelfois pendant une dentition pénible, que l'on peut voir, au début, la muqueuse !ale d'un rouge foncé et remarquablement sèche. A cet état succède, dans ériode de déclin, une sécrétion abondante d'un liquide troublé par la pré- » de jeunes cellules. Loi*sque l'irritation n'a été que d'une faible intensité.
OU bien quand la stomatite buccale n*est que la complication d'un catarrlia aigi de l'estomac, la rougeur intense et la sécheresse de la boudie ne ATobsertrat point, ou du moins très-passagèrement.
De bonne heure la muqueuse et le tissu sous-muqueux enflent forlemeni, k sécrétion augmente et les jeunes cellules se forment en quantité. L'enflure eit surtout remarquable aux bords de la langue et à hi lace interne dei joues. 1a langue devient comme trop large pour être contenue entre les dents et laine apercevoir sur ses bords latéraux l'empreinte peu profonde de ces derniirei. Une mucosité trouble couvre hi face interne des joues, les gencives et surtout b langue. Sur les prolongements des papilles filiformes, hi mucosité et les jeooa cellules adhèrent le plus facilement, et de cette manière on trouve la Umfu plus ou moins chargée.
Le catarrhe chronique de la bouche offre des traits semblables. Le gonflement de la muqueuse devient encore plus considérable; sur la (ace. interne des Umi, des joues et au palais, il n'est pas rare de trouver de petites granulation! 1 peine de la grosseur d'un grain de millet (glandes muqueuses tuméfiées); une muowté jaune, épaisse, recouvre en couches assez fortes les gencives, surM aux environs des dents; les filaments épilhéliaux prolongés des papilles filiformes ressemblent i un duvet blanchâtre, et communiquent i la langue un aspect lomenteux ou velu (lingua hirsata). A l'examen microscopique (Miquel), on nconnalt que dans le catarrhe chronique de hi bouche, l'enduit qui recouvre la langue est en grande partie composé de cellules épithéliales comme dans le catarrhe aigu. Ces cellules renferment des gouttelettes de graisse et une mane brunâtre finement granulée, et il n'est pas rare d'eu voir plusieurs réunies, formant ainsi des plaques assez grandes, colorées en brun. En même temps cet enduit contient des bâtonnets qui représentent les filaments épithéliaux rompiiB des papilles filiformes (Kôlliker). Sur beaucoup de ces prolongements épithéliain végètent des cryptogames filiformes, dont la matrice entoure les lamelles épitki» liales cornées sous forme d'une écorce granuleuse. Enfin, on y trouve des goUtelettes de graisse, des vibrions, et le plus souvent des restes d'aliments.
g 3. — Symptômes et marche.
Nous n'avons que peu de chose â ajouter aux signes objectifs énumérés sa paragraphe précédent. Dans les formes intenses du catarrhe aigu de la muquem buccale, telles que nous les avons décrites en premier lieu, il existe une donleur brûlante et une tension dans la bouche. Les petits enfants refusent de vaat' dre sur le hochet ou sur la racine de violette qu'on a l'habitude de leur donatf pour faciliter le percement des gencives par les dents. Ils pleurent quand m leur introduit le doigt dans la bouche, et lorsqu'ils essayent de teter, ils lâcheil aussitôt le sein en exprimant leur douleur par des contorsions et des cris. Dstf quelques cas, dont la fréquence a été exagérée par le public, il survient ce (* Ton appelle communément « les convulsions dentaires >, auxquelles les ea&rii peuvent succomber, sans qu'à l'autopsie on trouve aucune altération matérieb des organes centraux. Au point de vue actuel de la science, ces conmbisBf
CATARRHE DE IJk MITQCEUSB RUCGALB. S3$
âtent être envisa^çées comme des phénomènes réflexes dus i ce que dans les pœt canlraux rexcitaiion violente des nerfs sensibles de la bouche se Iranset aux nerfs moteurs. Néanmoins il est encore douteux si c'est au catarrhe aigu i la bouche ou i Tirritation directe des gencives par les dents qui les perforent, le cet phénomènes doivent être attribués. (Voyei au tome II, le chapitre de Êelampêie.)
Dus les faibles degrés du catarrhe aigu de la bouche, caractérisé par Tai^lentation de la sécrétion muqueuse et la formation de masses abondantes de . mnes cellules, les malades se plaignent avant tout de perversion du goût; ils fétendent avoir dans la bouche des glaires, des matières pâteuses, qu*ils cherhent à éloigner par des elTurts de crachement. Lorsqu'ils mâchent des suhiances qui offrent une certaine résistancts ils éloignent ainsi Fendait qui recoo- Te la langue, et le goût redevient plus pur pour un certain temps. Quelques oalides se plaignent aussi d*avoir la bouche amère. C*est là pour le public un igné certain « de rentrée de la bile dans resU»mac », et pour plus d*un médeia, de la présence d'un état bilieux au lieu d'un état pituiteux {staiui fttlîoita, Maptltti/ostM). Le goAtamer, dans la grande majorité des cas, doit être consi*'' M comme un symptôme subjectif nullement produit par quelque subataoca . inère, mais bien par une aberration des nerfs de la gustation. — A cet aysp- Anes s'^joute, le matin surtout, une odeur fétide de la bouche. Elle tient â la léeomposition des cellules qui se sont accumulées, et se perd après que lee ■udsdes^ en prenant leur premier repas, ont éloigné de la langue ces cellulee Qfoie de décomposilion. 11 est douteux que la céphalalgie frontale, phénomène • rMréquent dans le catarrhe aigu de Testomac, puisse se rencontrer, en dehors le celui-ci, comme le symptôme d*un simple catarrhe de la bouche. — L'enseuH fades symptômes que nous venons d*exposer n'est pas à beaucoup près toujoura i^ i des troubles de la digestion stomacale. Les malades ont souvent la sensa* . ioD normale de la faim; ils préfèrent, il est vrai, les aliments acides, salés et tiquants, capables d'exciter les nerfs du goiU â travers les couches épithéliales. lonvent rien n'aniionre que Testuniac refuse de dissoudre les substances ingéte; les repas ne sont suivis ni de pression â l'épigastre, ni d'éructation, ni fautres symptômes d*une digestion troublée. A la vérité, on peut avoir quelque- !Hi de la peine à persuader au malade que son estomac est sain et nullement Bnpii de matières décomposées. La langue fortement chargée, le goût pâteux, Qier, nidoreux, la fétidité de l'haleine, lui paraissent réclamer si impérieuse» >6nt l'administration d'un vomitif, qu'il considère comme superflues toutes les litres questions qu'on est dans le cas de lui adresser. Les degrés faibles du catarrhe vhronique de la bouche^ tels qu'on les rencontre les la plupart des fumeurs, donnent lieu à des symptômes subjectifs peu ttciises..Ce n'est qu'au réveil que les débris d'épithélium a misses pendant la ait donnent la sensation de l'empâtement et une haleine fétide; mais bientôt 4 débris sont balayés par les aliments, et aucune incommodité ne se fait sentir UM la journée ; cependant ces individus préfèrent généralement les meta pn lants aux mets doux et de peu de saveur. Dans les cas plus sérieux, le ratarrhe buccal chronique devient un mal très-
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CATARRHE DE I^ Sfl'QUEUSE BUCCALE. 377
J 3. — Pronoftiic.
Si nous faisous abstraction des accès convulsifs de la dentition, qui parfois minent dangereux pour Inexistence, et dont la relation avec le catarrhe de bouche parait encore douteuse, le pronostic, quoad vitanij du catarrhe buccal lexlrémement favorable. Quant au rétablissement complet, le pronostic parait oins favorable, surtout dans le catarrhe chronique, quoique dans ce cas encore I traitement rationnel, sans idée préconçue, et une obéissance malheureuwat trop rare de la part du malade, permettent d*espérer des résultats sveux.
S 6. — Traitement.
Vmdicalion causale ne peut être remplie dans tous les cas. Les incisions des sneives, dans la dentition difficile, sont d*un effet problématique; les petites toies peuvent s'enflammer et donner lieu à une aggravation du catarrhe. Les ipirités dentaires, qui restent facilement inaperçues, doivent être éloignées rec soin ; les plaies dans l'intérieur de la bouche et les abcès dentaires seront ûtés suivant les règles de l'art. Quand l'habitude de fumer, surtout l'usage sidgares forts, entraîne une des formes fâcheuses de la stomatite catarrhale, idoit interdire le cigare complètement, ou, si l'on ne peut obtenir davantage» I ae tolérera que ceux qui sont légers, et l'on recommandera de les fumer irun bout de cigare; ou bien on conseillera fa pipe longue, qui est beaucoup oins nuisible. Le catarrhe de la bouche dû à l'usage des mercuriaux exige ■lerruption du traitement, et de plus on devra soigneusement enlever de la BID tout reste d'onguent gris. — La stomatite catarrhale secondaire se perd Wralement en même temps que l'érysipèle, l'angine, le catarrhe de Testomac, oà elle dépend. Nous verrons plus loin que ce dernier n'exige à beaucoup près Mnissi souvent l'administration d'un vomitif, qu'on a l'habitude de le donner m la pratique. L'aspect momentanément plus net de la langue après le vomis- !Mit tient à des conditions purement mécaniques et ne prouve nullement que •cilarrhe de la bouche et de l'estomac se soit amélioré. — Dans le catarrhe ek bouche dû à des dyscrasies, l'indication causale se confond avec le traite- Wde la maladie première.
Vmdication morbide^ lorsqu'il s'agit d'une muqueuse aussi accessible aux Wi médicamenteux, sera remplie le mieux par le traitement local. Ce traite- ^ est surtout réclamé par cette forme du catarrhe buccal chronique, qui inùte avec une certaine indépendance et avec une grande opiniâtreté, après >e la cause occasionnelle a depuis longtemps disparu. Je recommande avec Nance un remède domestique bien connu, contre l'opiniâtreté de cet c état liieux 1. Il consiste à mâcher lentement le suir, avant de se coucher, de petits Sceaux de rhubarbe. Il m'est impossible d'attribuer l'effet souvent surprenant ee moyen i l'action secondaire de la rhubarbe sur la muqueuse de l'estomac, iir kl raison très-simple que cette substance prise en pilules, même faciles à isoudre, ne donne pas de résultats pareils.
Dans le catarrhe chronique idiopalhique, on obtient encore de beaux snccèi par les collutoires faits avec une solution de bicarbonate de soude, ou Ueù ei buvant à jeun et lentement une bouteille de soda-vrater; cet effet 8*explM|ne par la propriété bien connue des carbonates alcalins de diminuer la viscooti di mucus, de le rendre plus fluide. Si ce traitement reste sans effet, on doit eoh ployer sans crainte la solution de sublimé recommandée par Pfeuffer (5 à tt centigrammes sur 500 grammes d'eau), avec laquelle on enduira au pinMi rintérieur de la bouche; on peut employer de la même manière la solotNi recommandée par Henoch (nitrate d*argent, 5 centigrammes; eau, 15 gramiMi), Les résultats obtenus à l'aide de ces prescriptions dans le catarriie buccal m le cèdent sous aucun rapport à ceux obtenus par les mêmes moyens dans lei autres catarrhes.