CHAPITRE VI
MUGUET, STOMAUTE PULTACÉE.
l i^. — Pathogénie et ètiologie.
Le muguet, jusqu'à l'époque où Ton découvrit qu'un parasite végétal qui se développe sur la muqueuse de la bouche forme l'essence de la maladie ou y joue pour le moins le rôle principal, était considéré comme une forme particulière de stomatite eisudative. — Le cryptogame du muguet {Oidium albicanij Robin) n'a jamais été vu en dehors de l'organisme, et par conséquent on ne sait pis non plus de quelle manière le germe en a été déposé dans la bouche. Il est incontestable, toutefois, que ces germes ne peuvent s'y fixer que sous certaines conditions favorables au développement du végétal. Chez les enfants, le muguet ne se voit qu'aux premiers jours ou pendant les premières semaines de l'existence, rarement après la fin du premier mois; ches les adultes, il ne se montre qae Ters la fin des maladies longues et épuisantes, peu de temps avant la mort. H est donc probable que les sponiles se fixent le plus facilement et que le cryptogame se développe le mieux lorsque les mouvements de mastication et de dé- (lotition sont très-peu énergiques, conditions qui permettent au végétal de se her et de trouver des éléments de nutrition dans les produits de décomposition en lamelles épithéliales et des débris d'aliments qui peuvent y adhérer. La couehe du mucus qui tapisse l'intérieur de la bouche parait défavorable â l'implanlUion du parasite. Aussi un certain degré de sécheresse de cette cavité permet ^■elqoefois de prédire avec quelque assurance l'apparition prochaine du muguet ches les nouveau-nés et les moribonds. La supposition d'après laquelle la première période d'un catarrhe déterminerait cette diminution de la sécrétion buccale n'est certainement pas admissible pour tous les cas, quoiqu'on ne puisse pas nier que l'irritation déterminée par le fait nouveau de la succion soit bvorable â la production d'un catarrhe sur la muqueuse si délicate des enfants lÛNivean-nés. La négligence apportée aux soins de propreté delà bouche estéga*
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lement favorable au développement de YOidium albicans. Dans les grands élablissements de femmes en couches et d'enfants trouvés, où les précautions qni suffisent pour ainsi dire toujours à prévenir cette maladie ne peuvent être prises, le muguet atteint souvent presque tous les enfants. — La question de savoir si le mal est contagieux est encore indécise. Si les essais faits dans le but de tnaur mettre le muguet n'ont pas réussi, cela peut tenir à cette circonstance que le parasite n'a pas trouvé les conditions de vie nécessaires à l'endroit où il devaC être transplanté. Lorsque ces conditions se trouvent au contraire réunies, il n*eit sans doute pas besoin d'une transmission directe, attendu que, selon toute appft' rence, les germes ^e ce cryptogame, comme ceux de tant d'autres, sont répandus en tout lieu et en immense quantité.
^ '2. — Anatoinie pathologique.
A la face interne des lèvres, à la langue et au palais adhèrent de petits points blancs ou un enduit très-mince, semblable au givre; lorsque la maladie a pis un grand développement, cet enduit est remplacé par des matières caséeuses et visqueuses, dont l'aspect ressemble beaucoup à celui du lait caillé. Au commencement on les éloigne aisément, plus tard elles adhèrent solidement. Depuis h bouche, cet onduit de moisissure se propage quelquefois jusque dans le h* rynx, et pins souvent dans l'œsophage ; on a même trouvé ce dernier entièrement rempli de ces amas pultacés. Jamais la maladie ne s'est vue transmiie jusque dans l'estomac. En examinant au microscope ces matières crémeuses, on les trouve composées de cellules épithéliales de formation plus ou moins ancienne, de globules de graisse, etc., au milieu desquels on rencontre d'antres cellules arrondies et des filaments d'une nature particulière. Ces dernières cellules, par leur forme ovale, leurs contours accentués, par la cavité trèsapparente dans les plus grosses d'entre elles, par leurs différences de grandeur, signe évident d'accroissement, se reconnaissent pour des spores de cryptogame. Les filaments qui naissent de ces spores sont de diverse épaisseur, cloisonnés d'espace en espace et étranglés au niveau des cloisons; aux endroits fu correspondent aux étranglements il part des ramifications sous un angle aige, ramifications dont le diamètre est le même quejcelui des troncs principaux. Ce^ filaments forment des figures élégantes, dendroïdes, ou bien, lorsqu'ils existes! en plus grande abondance, une sorte de feutre épais. Quelquefois on poonsit croire qu'ils perforent les cellules épithéliales qui leur adhèrent par leurs m^ saillants. Au début, les champignons du muguet ont probablement leur àifi dans les couches superficielles des cellules épithéliales; plus tard, ils s'insinasst plus profondément entre ces cellules et peuvent même, quoique rarement, féit trer dans la muqueuse elle-même.
g 3. — Symptômes et marche.
Chez les enfants atteints de muguet, on reconnaît presque toiqoun que bsnC' don les fait souffrir. Les malades qui meurent de phthisie ou de camfnomt^^*
MUGUET, STOMATITE PULTACÉE. 389
M plaignent également d'une sensation de brûlure douloureuse dans la bouche, quand le muguet se développe chez eux. Il reste à savoir si ces douleurs tiennent k ratleinle dbecte que la présence du- cryptogame fait subir à la muqueuse, ou bien à une légère irritation inflammatoire' qui, en même temps qu'elle provoque* rsit les douleurs, favoriserait la végétation du parasite. — Très-souvent on trouve chez les enfants atteints de muguet des diarrhées accompagnées de coliques, qui leur font expulser des matières liquides, vertes, à réaction acide. Il n'est pas rare qu'en même temps il se déclare de la rougeur au pourtour de l'anus, sur les fesses et sur la face interne des cuisses; il survient même des excoriations superflcielles. Comme ces symptômes s'observent souvent chez les nourrissons en dehors de toute végétation de cryptogames, et que d*un autre côté ils manquent chez beaucoup d'enfants atteints de muguet, bien des médecins les ont considérés comme des complications accidentelles, tandis que d'autres, surtout des observateurs français (Valleix) ont fait rentrer les diarrhées, etc., dtt» le cadré symptomatologique du muguet. La chose n'est pas facile à décider. Les diarrhées peuvent bien être indépendantes dans beaucoup de cas du développement du parasite; mais comme nous sommes forcés de faire remonter beaucoup de diarrhées d'enfants à des décompositions anormales des ingesta, et comme nous savons que dans une végétation parasitaire il se fait ordinairement des décompositions anormales, il ne semble pas improbable que quelques-unes de cas diarrhées soient provoquées par la présence du végétal dans la bouche, et son arrivée dans l'estomac et l'intestin.
^ II. — Tr.'iitemnnI.
Même les mères intelligentes et attentives prennent rarement des précautions aussi minutieuses qu'il le faudrait pour prévenir sûrement le dévcloppecent du muguet. On veut bien laver l'intérieur de la bouché des enfants en les baignant le matin et en les changeant le soir; mais pendant la journée on les laisse ordinairement s'endormir sur le sein, qu'on a soin de leur retirer douce- Hient pour les empêcher de s'éveiller; puis on les couche dans leur berceau, en laissant séjourner dans la bouche les dernières gouttes de lait qui n'ont pas pu être avalées, et dont la décomposition dans la cavité buccale prépare en quelque ssrte le terrain pour la végétation du champignon. Ajoutez à cela que la plupart des sages-femmes, soit par ignorance, soit pour cacher leur négligence, n*averliSBent pas les mères que la maladie doit être attribuée au manque de soins de propreté; quelques-unes m(>ine appellent le muguet un mal salutaire, favorable au développement de l'enfant ([ui en est atteint. Le médecin doit recommander à ses clients de nettanei* aprh chaque prine du sein Vinièrieur de la bouche de Penfant^ quil dorme ou uoti, arec un linge imhibé d'eau ou d'un mélange d'eau e$ devin. Si l'on a soin de suivre ce précepte, il est à peu près certain que reniant ne sera pas atteint de muguet.
Même après le développement de cette maladie, il suffit d'éloigner par le frottement les matières pultacées et de nettoyer soigneusement la bouche. Les renèdes domestiques recommandés par les sages-femmes, tels que de sau~
3M MALàDIBS DE LA CkJftÈ BCGCALB.
poudrer les turlacet avec du socre pulvérisé, de les badigeonner avise im lange de borax et de miel rosat, doivent être rejetés; ils rend«il k boneks visqueuse, fournissent des matériaux aux décompositions anormales et ne esn* trarient en rien le développement du cryptogame. Quant aux diarrhées concs^ mitantes, on les traitera d'après les principes que nous exposerons plot tard.