CHAPITRE VIL
DITLAiniATION PABEICCHTMATEUSS DE LA LANGUE. — GUMSirS.
g 1". — PaUiosénîe et étîolofie.
Dans la glossite parenchymateuse, un exsudât se dépose, pour ainsi dira, tsnjours enire les fibres musculaires de la langue, tandis que ces fibres ettes-ménsi ne s'enflamment et ne se détruisent qu'exceptionnellement (voyes Paikoginiê i$ la mtocardiié).
La gloiiUe parenchymateuse aiguë est une maladie rare ; elle n'est produite que par des lésions directes de la langue, telles que des brûlures, des piqûm d'abeilles, des irritations au moyen de substances acres ou caustiques, etc. — La gloisUe chronique partielle est due ordinairement au contact des saillies dentaires ou de l'extrémité rude d'un tuyau de pipe. Les causes de la glosate diiiéquante sont inconnues.
J s. — Anatomie pathologique.
Dans la glossite aiguë la langue se prend le plus souvent en totalité; raremeat la maladie est limitée à un seul côté. L'organe paraît quelquefois grossi du double, il est d'un rouge foncé, à surface lisse ou fendillée, couvert d'un exsudit visqueux, souvent sanguinolent. Le tissu de la langue est plus humide, mon el p&le. Quand la résolution doit se faire, Torgane revient bien vite à sa grandeur et à sa texture normales; dans d'autres cas, il reste pour longtemps ou à jamaii un peu induré ou augmenté de volume. — Dans les formes intenses de la m»ladie, il se forme dans l'épaisseur de la langue de petits abcès remplis d'il liquide purulent, qui s'agrandissent plus tard, se réunissent et se vident en pfl^ forant la muqueuse. La perle de substance qui en résulte guérit en laissant om cicatrice rétractée et rayonnée.
Dans la glossite chronique partielle j on trouve des indurations circonscriui près des bords, indurations qui ne proéminent que peu ou point et attirait même, à l'instar de cicatrices, par des brides rayonnées, le parenchyme liagual environnant. La substance musculaire a disparu dans ces endroits etif trouve remplacée par du tissu conjonctif (Forster).
Dans la forme décrite par Wunderlich sous le nom de glosiitê dJMÊJquûÊli, la langue se divise, par des fissures profondes partant de sa surface, en loWii
inflammahon parsmchymateuse de la langue. 391
pins ou moins nombreux. Dans les sillons qui divisent ces lobules, il s*amasse des restes d'aliments et des lamelles épitbéliales qui font naître des ulcères crevassés.
8 3.— Symptômes et marche.
Dans la glasfUe aiguê^ la langue, énormément augmentée de volume, ne trouve plus assez de place dans la bouche; elle dépasse de plus de 2 centimètres les dents constamment écartées. Sa face supérieure est blanchâtre ou d'un brun sale, quand Texsudat qui la recouvre est mêlé de sang; sa face inférieure est d^un rouge foncé. Les empreintes profondes que les dents laissent for les bords latéraux de Torgane se convertissent de bonne heure en ulcères i fond lardacé. La tension que Tintumescence fait subir à la langue occasionne de vives douleurs. La pression qu'éprouvent les fibres musculaires de la part de l'exsudat s*oppose aux mouvements de Torgane; la parole devient inintelligible et bientôt impossible, de même que la mastication et la déglutition. La salive s'écoule constamment de la bouche et baigne l'un et l'autre côté de l'organe malade, tandis que sa surface, qui n'en est pas imprégnée et qui, la bouche étant toujours entr'ouverte, est un foyer d'évaporatiun continuelle, devient de plus en plus sèche et fendillée. Les glandes sous-maxillaires et les ganglions lymphatiques du cou se tuméfient, la circulation veineuse dans les jugulaires est gênée, le visage est cyanose et bouffi. Le gonflement de la racine de la langue peut rétrécir l'entrée du larynx et rendre la respiration trèspénible : aussi n'est-il pas rare de voir apparaître au summum de la maladie des accès de suffocation qui peuvent faire périr le malade. La glossite aiguë s'accompagne constamment d'une fièvre violente, d'un pouls plein, d'une anxiété et d'une agitation extrêmes, d'une atteinte profonde de l'état général. Cependant l'aspect de la maladie est modifié par une gêne persistante de la respiration. Le pouls devient alors petit, la stupeur s'empare du malade ; il survient des symptômes que nous avons décrits ailleurs, comme étant ceux d'un empoisonnement par l'acide carbonique. Quand la marche de la maladie n'est troublée par aucun accident et qu'elle doit arriver à une terminaison heureuse, les phénomènes décrits cèdent petit à petit, et souvent d'une manière subite, lorsqu'un traitement convenable est mis en usage. Quand une formation d'abcès doit avoir lieu, tous les symptômes s'aggravent jusqu'au moment où l'évacuation du pus vient presque instantanément produire un grand soulagement.
La glossite chronique partielle occasionne une douleur circonscrite, sourde et quelquefois brûlante, lorsque la muqueuse est en même temps ulcérée. L'endroit induré gêne les libres mouvements de l'organe; la maladie peut durer des années, et a été souvent confondue avec le cancer de la langue.
La glostite disséquante est extrêmement douloureuse aussi longtemps que des excoriations existent entre les lobules de la langue. Une fois ces excoriations guéries, l'organe peut rester dans m état multilobé, sayis toutefois gu'il en réiulte aucune gênp pour les Individus guéris dans ce? con(ii0pn«.
392 MALADIES DE LA CAVITé BrCGALE.
2 9i. — Traitement.
Le traitement de la glossiie aiguë doit être très-énergique à cause de rimminence du danger. Les saignées générales, les sangsues, les ventouses sarifiées à la nuque, restent sans effet. Les sangsues appliquées sur la langue ell^ même exaspèrent le mal. On n'obtient aucun résultat des vésicatoires à la nuque ou des dérivations sur le tube digestif au moyen de laxatifs ou de laveraenii irritants. Que Ton fasse plutôt des scnrifirations hardies et profondes tout le long du dos de la langue-, Ténorme gonflement ne donne pas à craindre une lésioi de Tartère ranine. Au summum de la maladie, on fera sucer en outre des morceaux de glace ou de la neige, et ce ne sera qu*à Tapparition d*une rémission on d'une formation d'abcès que Ton emploiera les collutoires chauds et éœollienU. Une suffocation menaçante peut, dans le cas où les incisions seraient restées sans effet, exiger la trachéotomie.
La glossite chronique partielle demande avant tout l'éloignement des agents nuisibles tels que la dent à bord tranchant, etc. Toutefois cela ne suffit pas toujours, et alors Topéralion est le seul moyen efficace. L'usage de Tiode, de la source d'Adelheid, l'emploi systématique des laxatifs, ont été recommandés d'après des raisonnements théoriques que l'expérience n'a pas justifiés.
Dans la glossite disséquante, on se bornera à traiter les ulcères crevassés par le nitrate d'argent en substance ou en solution.
CHAFITRK Vin.
XOMA. — STOMATITE GANGRENEUSE.
Jj 1^'. — Palhopiînie et élioloîrip.
La noma représente cette forme do la gangrène que l'on doit envisager comme la terminaison d'une inflammation asthénique, c'est-à-dire l'inflammation que Ton rencontre dans un corps affaibli. « Lorsqu'une modification nutritive à caractère destructif envahit des parties dont la nutrition avait été altérée profondément par des troubles antérieurs, une mort locale absolu peut en résulter ei peu de temps ». (Virchow.)
La maladie s'observe presque exclusivement chez les enfants qui sont soumis à des influences nuisibles, ne reçoivent qu'une nourriture insuffisante on de mauvaise qualité, habitent des masures et sont devenus de la sorte cachectiques et misérables, ou bien chez ceux qui ont été peu de temps auparavant profomlément débilités par des maladies graves. Le plus généralement, on voit le nomi à la suite de la rougeole, plus rarement après d'autres maladies exanthémaliques graves, ou bien après le typhus, la pneumonie, etc. — Dans les pays sep-
IfOMA. — STOMATITE GANGRENEUSE. S9S
entrionauxy surtout en Hollande, la maladie est beaucoup plus répandue qae ans le Midi. Elle ne se montre jamais épidémiquement.
Jj 2. — Anatomif pathologique.
La maladie débute presque toujours sur la face interne de la joue. La muneuse dévient d*un rouge foncé, elle prend un mauvais aspect; souvent une etite vésicule remplie d'une sérosité trouble s'élève de sa surface. Bientôt la lace qui a été atteinte la première noircit, se ramollit et tombe. La mortification es tissus s'étend, détruit les gencives, les lèvres, la base et le bord de la langue u côté atteint; les os maxillaires sont dénudés et s'exfolient, les dents 8*énnlent et quittent les alvéoles. Par les progrès de sa marche, la destruction angréiieuse s'étend également sur la face externe de la joue, ; fait de prompts Etages et finit par convertir la joue entière, une partie du nez, la paupière tilérieure, souvent toute une moitié du visage, en une masse informe, pulpeuse, mnide, ou bien en une eschare sèche et noire. Les vaisseaux résistent le plus Mgtempsàla destruction; on les trouve même à l'autopsie généralement inicts, mais remplis de caillots fibrineux. — Dans les cas rares de guérison, les lasses gangreneuses se détachent et la perte de substance se remplit de bourdons charnus, en sorte que, par une formation nouvelle de tissu conjonctif, il e développe un tissu solide, cicatriciel. Toujours il persiste des cicatrices viîeuses dans la bouche et d'horribles difformités de la face.
J 3. — Symptômes et marche.
Pendant que le commencement de la gangrène se développe presque toujours ans aucune espèce de douleur sur la face interne des joues, il se déclare, suiint l'excellente description de Rilliet et Barthez, un œdème assez régulière- Bent circonscrit de la joue et de la lèvre malades. Cet œdème gagne petit à istitde l'extension, et dans son centre on aperçoit bientôt un noyau dur, ar- *tMli, sur lequel la peau parait pâle ou violacée et marbrée. Même après que la htt interne de la joue et les gencives ont été converties en eschares dans une innde étendue, on peut encore voir l'enfant tranquillement assis sur son lit. 3ae salive sanguinolente ou déjà noinUre s'écoule de sa bouche; mais il joue, iBBiande à manger, saisit avec avidité ce qu'on lui présente, et avale en môme |ttips que les aliments les débris des tissus frappés de gangrène. Pendant ce ^ps, la peau est très-pàle et froide, le pouls petit et d'une fréquence modérée; fMadant la nuit, des délires se déclarent. — Quelquefois, et presque toujours au Bisfuième ou au sixième jour de la maladie, il se forme eu outre, sur la joue ^ sur la lèvre inférieure, une eschare circonscrite, sèche et noirâtre. Elle ^igrandit de jour en jour et finit par occuper toute une moitié du visage. Même ^ Tenfant peut encore conserver quelques forces, il demande de la nourriture, f On le voit arracher des lambeaux sphacélés de l'intérieur de la bouche. — tipect devient plus hideux encore une fois que l'eschare est tombée et que ^ bmbeanx de tissus restent pendants aux joues, à travers lesquelles appt-
39'l MALAIHKS UE LA l'.AVlTK BUCCALE.
raisseiit les dents branlantes, dégarriii^s An gencives, et les tuftctioircs (léniidi^es. L'odeur devient alors insupportable, les forces s*abaltcat el U£v< rfaéc survient le plus souvent; la soif peut à peine être éteinte ; la peau est Jours Troide el sèche; le puuls devient plus petit et insensible : l'enfant pli d'épuisoment. Quelquefois la maladie tourne à lu guèrison dès la preniièR)t riode; mais la gangrène peut encore se limiter quand déjà l'esrhare est tombée; en mâme temps alors le itonllenient diminue, l'étal tc^néral it liorf, les plaies se nettoient, et une suppuration de bonne nature teHà
En fait de médicaments internes, on a préconisé les préparations de i quina, l'eau chlorurée, le charbon vé^iétal et d'autres antiseptiques. Cem caments promellent peu de succès, attendu que leur recommandation st I beaucoup plus sur des raisonnements théoriques que sur les données de l'e^ rience. Que l'on ail soin de faire respirer un bon air, de donner des aUM toniques, du vin, et que l'on se décide â iraiter la gangrène localement, n les préceptes de la chirurgie. Presque tous les caustiques ont été revom contre le noma; le cautère actuel est celui qui jouit de la plus grande lion. On se propose par ces moyens de détruire les tissus panf^rente^ peler une intlammation réparatrice dans leur noisinage.