‹ Eléments de pathologie médicale; ou, Précis de médecine theórique et pratique, écrit dans l'esprit du vitalisme hippocratiqueChapitre 48 sur 86 · INDICATION S · texte numérisé non relu

INDICATION S

Lorsque le médecin, à l’aide d’un examen aHentif, est parvenu à reconnaître l’espèce d’une maladie, son caractère particulier, sa marche, sa tendance vers telle ou telle terminaison , les causes qui l’ont précédée , etc. , ces circonstances fixent son jugement sur le mode de traitement qu’il doit suivre et semblent le lui indiquer ; c’est la ce qu’on nomme indication , qu’on a définie la manifestation fournie par la maladie ellemême de ce qu’il convient de faire pour améliorer l'état du malade (Chomel, Pathol, générale). Les indications se tirent encore du type des maladies, de leur intensité, de l’état des forces, des périodes, des symptômes prédominants, des complications et enfin de l’effet des moyens employés. Mais leur source la plus importante est fournie par la diathèse ou nature de la maladie, telle que nous l’avons décrite dans l’article du diagnostic.

Les indications prennent différents noms suivant le but qu’on se propose dans le traitement des maladies; on les appelle :

1° Préservatives ou prophylactiques, lorsqu’elles se présentent chez l’homme sain et qu’elles indiquent qu’il faut prévenir une maladie qui est imminente ;

2° Curatives, lorsqu’elles ont pour but la guérison d’une maladie ;

3° Palliatives, lorsqu’elles indiquent que la maladie ne peut être guérie , et qu’on doit se borner a soulager le plus qu'on peut le malade.

Les traitements établis d’après ces indications sont dits préservatifs, curatifs, palliatifs. Les indications considérées relativement aux symptômes sont extrêmement variées, non-seulement suivant chaque maladie, mais encore suivant les périodes de la même maladie. Relativement a l’énergie des moyens a employer, tantôt elles indiquent qu’il faut agir avec

force et promptitude pour arrêter les progrès du mal qui est accompagné d un danger imminent, tantôt elles montrent que la nature fera tous les frais de la guérison, et qu’il faut se borner a l’observer en favorisant ses procédés par des moyens doux et peu actifs. La première manière d’agir se nomme la méthode perturbatrice ou agissante, et la deuxième la méthode expectante.

Parmi les différentes circonstances des maladies qui indiquent un mode particulier de traitement a suivre, il en existe quelquefois qui s’opposent a ce qu’on le mette en usage; c’est la ce qu’on nomme contre-indications.

ARTICLE II

On appelle moyen thérapeutique tout ce qui peut concourir entre les mains d’un médecin à guérir ou a soulager les malades.

Les moyens thérapeutiques ont deux sortes d’effets sur l’économie : les uns directs, primitifs ou physiologiques; les autres indirects, secondaires ou thérapeutiques. Les premiers consistent dans les changements qui surviennent dans les fonctions par suite de l’emploi d’un moyen thérapeutique; les seconds sont les modifications qui se remarquent dans les maladies après l’usage de ces moyens. Ordinairement les effets thérapeutiques sont les résultats des effets physiologiques, et l’on peut se rendre compte du rapport de causalité qui les unit; mais, dans un assez grand nombre de cas, ce rapport est inaperçu, l’effet curatif est évident, tandis qu’on ne remarque aucun effet physiologique. C’est ainsi, par exemple, que l’emploi du sulfate de quinine fait cesser les lièvres intermittentes, sans qu’il se manifeste dans les fonctions aucun changement primitif qu’on puisse attribuer a l’ingestion de ce médicament.

Les effets des moyens thérapeutiques sont souvent désignés sous le nom de médications.

PATHOLOGIE GÉNÉRALE

Les moyens thérapeutiques se subdivisent en trois espèces : en moyens hygiéniques, moyens pharmaceutiques et moyens chirurgicaux.

Moyens hygiéniques. Les influences extérieures et intérieures auxquelles l’homme est continuellement soumis dans l’état de santé, que nous avons vues devenir des causes de maladies lorsque leur action cesse d’être normale, peuvent a leur tour concourir a la guérison des maladies par un usage bien ordonné. L’emploi de ces moyens, dont l’étude fait le sujet de l’hygiène et dont les modifications varient suivant les affections qu’on a a traiter, comprend une série de règles et de préceptes relatifs : 1° a l’air et a la lumière ( circumfusa ) • 2° aux vêtements, au linge, au lit, aux bains (applicata) • 3° aux aliments et aux boissons ( ingesta )• 4° aux différentes excrétions (i excreta ) • 3° au sommeil , aux mouvements et au repos (gcsta') ; 6° aux sensations, aux facultés intellectuelles et aux affections morales ( percepta ).

Moyens pharmaceutiques. Ce sont tous les corps des trois règnes de la nature que l’on fait servir au traitement des maladies et qui , par cette raison , prennent le nom de médicaments. La description de leur origine et de leurs propriétés physiques et chimiques fait l’objet d’une science particulière appelée matière médicale ou pharmacologie , que l’on confond bien souvent et a tort avec la thérapeutique. L’histoire de l’extraction et de la préparation des médicaments de manière a les rendre propres a être employés en médecine est du domaine d’une autre science que l'on nomme pharmacie.

Une bonne classification des médicaments appuyée sur leur mode d’action est impossible, par la raison que la plupart d’entre eux jouissent a la fois de plusieurs propriétés différentes qui obligeraient de les faire figurer dans deux, trois ou quatre classes éloignées les unes des autres. D’un autre côté, leur action diffère souvent non-seulement suivant l’état de santé ou de maladie, mais même suivant les maladies contre lesquelles on en fait usage. Les classifications ont dès lors le grave inconvénient d’appeler spécialement l’attention

sur certaines propriétés et de faire négliger les autres, qui ne sont pas moins importantes. Nous croyons donc que ces distributions méthodiques sont nuisibles, et qu’il vaut mieux étudier a la fois tous les effets physiologiques et thérapeutiques des médicaments, en les examinant, dans un ordre emprunté a rhistoire naturelle ou a la chimie.

Cependant, pour nous conformer a l’usage généralement reçu de diviser les médicaments suivant leur mode d’action, nous donnerons ici une classification, celle qui nous paraît encore la moins défectueuse, quoiqu’elle soit une des plus anciennes.

Il y a trois classes de médicaments : les évacuants , les

ALTÉRANTS Ct les SPÉCIFIQUES.

I. Les évacuants sont ceux qui agissent sur les sécrétions, les exhalations et le système musculaire intérieur, et provoquent des évacuations de diverses espèces. Les principaux sont :

1° Les émétiques ou vomitifs, qui déterminent les contractions de l’estomac et des muscles abdominaux , et par suite le vomissement (tartre stibié, ipécacuanha) ;

2° Les purgatifs , qui excitent la sécrétion des follicules muqueux du canal intestinal et des mouvements péristaltiques de ses fibres suivis de déjections alvines (manne, séné, aloès, jaîap, rhubarbe, sulfate de magnésie, etc.);

3° Les diaphorétiques et les sudorifiques, qui augmentent la transpiration cutanée et provoquent la moiteur ou la sueur (infusions stimulantes et chaudes, salsepareille, sassafras, gaïac, etc.);

4° Les diurétiques, qui portent leur action sur les reins et augmentent la sécrétion de l’urine (nitre, acides, scille, digitale, etc.);

5° Les emménagogues, qui excitent la matrice et rappellent l'écoulement menstruel lorsqu’il est supprimé (rue, Sabine, etc.) ;

6° Les expectorants , qui aident et provoquent l’expulsion des mucosités et des crachats amassés dans les bronches (kermès minéral , ipécacuanha, polygala, etc.);

PATHOLOGIE GÉNÉRALE

7° Les sicilaloyues, qui augmentent la sécrétion de la salive (pyrèthre, cannelle)*,

8° Les errhins, qui font éternuer et excitent la sécrétion des mucosités nasales (tabac).

IL Les médicaments altérants agissent sur les forces vitales, c'est-à-dire sur la tonicité, l'irritabilité, la sensibilité et la contractilité des organes. Les principaux sont :

1° Les toniques , qu’on appelle aussi stimulants ou excitants; ils portent leur action sur la tonicité des organes, qu’ils maintiennent à son état normal ou qu’ils excitent à des degrés divers (quinquina, vins, cannelle, etc.);

2° Les astringents , qui produisent le resserrement des fibres et du tissu des organes (alun, tanin, bistorte, etc.);

3° Les émollients et les antiphlogistiques , appelés encore relâchants , qui diminuent plus ou moins l’état d’excitation générale ou locale de l’organisme ( émissions sanguines , bains lièdes et gélatineux, cataplasmes de graine de lin, etc.).

4° Les antispasmodiques , nommés aussi anodins, calmants, narcotiques. Ils agissent, par l’intermédiaire du système nerveux, sur la sensibilité et la contractilité volontaire, qu'ils tempèrent, calment et diminuent lorsqu’elles sont trop excitées, comme cela arrive toutes les fois qu'il y a des douleurs vives, des mouvements convulsifs, etc. (opium, stramonium, belladone, ciguë, morelle, éther, etc.).

III. Les médicaments spécifiques sont ceux dont le mode d’action sur l’organisme est peu connu, mais qui ont une vertu spéciale pour guérir certaines maladies. Les principaux sont :

1° Les antiscorbutiques , qui guérissent le scorbut et les maladies qui en ont le caractère (acides végétaux, végétaux frais, sucs des plantes crucifères);

2° Les fébrifuges, qui font cesser les accès de fièvre intermittente (quinquina et ses préparations) ;

3° Les antlielminthiques , qui font mourir les vers intestinaux et en provoquent l’expulsion (mousse de Corse, écorce de racine de grenadier, semen-contra , etc.) ;

4° Les antivénériens y qui guérissent les maladies syphilitiques (préparations mercurielles) 5

5° Les antichlorotiques, qui guérissent la chlorose et les affections chlorotiques (fer et ses préparations) ;

6° Les antigoîireux , qui résolvent les tumeurs de la glande thyroïde appelées goitres (Iode et ses composés) ;

7° Les antivarioliques y qui détruisent la disposition a la variole et en préviennent le développement (vaccine).

Moyens chirurgicaux. Ce sont ceux que fournit la médecine opératoire ou chirurgie , branche de la thérapeutique qui a pour but de guérir ou de soulager les maladies h Taide de la main seule ou armée d’instruments. La chirurgie se divise en petite et grande chirurgie. La première comprend un certain nombre dopérations manuelles faciles a pratiquer et d’un lisage extrêmement fréquent dans la pratique : telles sont la saignée, les ventouses sèches et scarifiées, les applications de sangsues, les frictions, les sinapismes, les cautères, les moxas, les sétons, les bandages, etc. La seconde, ou grande chirurgie, embrasse toutes les opérations importantes qui se pratiquent sur le corps humain. On les divise en sept espèces, suivant qu’elles ont pour objet :

1° De réunir les parties divisées (plaies, ulcères, fractures) ;

2° De diviser les parties réunies (adhérences et unions morbides) ;

3° De replacer les parties déplacées (luxations, hernies, fractures) ;

4° D’évacuer les liquides épanchés ( abcès , dépôts de sang , etc. ) ;

5° De rétablir les conduits obstrués 5

6° D’extraire les corps étrangers venus du dehors ou formés dans le sein de nos organes 5

7° De retrancher une partie du corps dont la vie est éteinte, ou l’organisation altérée ou détruite, et dont la conservation compromettrait l’existence du malade (amputations, extirpations, etc.).

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