‹ Eléments de pathologie médicale; ou, Précis de médecine theórique et pratique, écrit dans l'esprit du vitalisme hippocratiqueChapitre 6 sur 86 · FORCE VITALE · texte numérisé non relu

FORCE VITALE

La force vitale ne tombe pas sous les sens *, elle est cependant bien distincte de l’organisation, qui en est le siège et le théâtre et sans laquelle on ne peut la concevoir. On la connaît par ses phénomènes que la matière seule ne saurait présenter, puisque, au contraire, les êtres doués de la vie échappent aux lois physiques du règne inorganique pendant le temps de sa durée. Différente de l’âme, qui a pour caractères essentiels la » conscience et la volonté, elle est une cependant comme elle, malgré la grande variété des phénomènes qui lui appartiennent dans les diverses parties du corps qu’elle vivifie. La force vitale a des procédés aveugles et nécessaires, quoique empreints d’une profonde sagesse -, l’âme au contraire est intelligente et libre par elle-même. La première a la science infuse , / et la seconde la science acquise par ses propres efforts et ses études. Périssable comme le corps qu’elle anime , la force vitale, après avoir formé les organes, les conserve et les défend pendant la durée de l’existence ; elle lutte sans cesse contre l’inlluence des causes morbifiques qui l’attaquent au dehors et au dedans de l’organisme -, elle peut augmenter d’énergie, ou s’affaiblir , s’altérer de diverses manières , s’épuiser et se réparer 5 tôt ou tard elle finit par s’éteindre.

Quelle est la nature de cette force qui préside aux phénomènes vitaux de tout le règne organique , des plantes comme des animaux , et qui sans doute diffère suivant l’organisation des êtres qui en sont doués? Nous l’ignorons. Est-elle l’attribut essentiel d’un principe matériel et impondérable, tel que l’âme végétative des anciens, le principe vital de certains

physiologistes du dernier siècle , de Barthez en particulier , le i 2

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fluide nerveux, le fluide électrique, l’éther, etc.? Toutes les hypothèses sont permises à cet égard, mais aucune ne saurait se prouver. Tl est probable que ce principe particulier existe , quelle que soit sa nature et qu'il sert en quelque sorte de * moyen d’union entre l’âme et le corps. Mais ce n’est la qu’une présomption, et non une vérité démontrée , tandis que la force vitale est un fait aussi évident que la lumière du jour.

Sans chercher a pénétrer la nature de cette force, il me semble qu’on peut assurer qu’elle ri est pas le produit de l'organisation. S’il en était ainsi, les propriétés vitales des organes devraient toujours être en rapport parfait avec la structure de ces organes, être les mêmes dans les parties dont l’organisation est identique, et différer seulement dans celles dont la structure diffère. Or, l’observation prouve que c’est souvent le contraire qui a lieu. En voici quelques exemples :

L’examen le plus attentif montre une identité anatomique complète entre les membranes muqueuses du pharynx et du larynx, et cependant la première est parcourue par les aliments solides et liquides, tandis que l’autre ne permet que le passage de l’air atmosphérique et est affectée de la manière la plus douloureuse par les plus petites parcelles de tout corps qui n’est pas gazeux. La membrane muqueuse du duodénum est en rapport avec la bile ; la muqueuse vésicale avec l’urine. Or la bile et l’urine sont des liquides âcres qui irriteraient les autres membranes muqueuses. Peut-on dire que l’organisation explique ici cette différence de sensibilité? La structure est la même et la sensibilité est toute différente ; donc celle-ci n’est pas le produit de celle-là. Ceci fournirait un argument en faveur de l’existence d’un principe particulier, dont la force vitale ne serait que la manifestation la plus générale, principe subtil et matériel , distinct de l’organisme qu'il animerait et dont il ne serait jamais séparé. Ceci est une hypothèse sans doute , mais une hypothèse probable et qui a le grand avantage d’expliquer une foule de phénomènes dont le système organique ne saurait rendre compte : toutefois nous n’en ferons point usage dans cet ouvrage, puisque la force vitale, qu’on ne peut nier, nousdonne la clef de tous les plié-

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nomènes vitaux du règne organique, comme l’attraction explique tous les phénomènes physiques du règne minéral.

Bornons-nous donc h constater l’existence de cette force, son but et ses caractères pendant la formation et le développement du corps, dans l’état de santé et de maladie, en ayant soin de ne point la séparer de l’organisme, qui lui doit son activité et auquel elle est constamment unie pendant la vie.

§ 1er. Force vitale pendant la formation du corps.

L’ovule fécondé par une molécule séminale ou le germe ne se développe et ne s’accroît que sous l’influence de la force vitale qu’il a reçue dans l’acte de la fécondation 5 c’est celte force qui, quoique aveugle, préside, avec tous les caractères de la plus profonde sagesse, à l’évolution et a la formation graduelle de tous les organes, jusqu’à leur développement complet; c’est le nisus formativus des anciens, parce qu’en effet à cette époque de la vie la force vitale est formatrice.

§ 2. Force vitale dans l’état de santé.

Le même principe de vie, qui a fait croître et développer tous les appareils de l’organisme, les anime pendant toute la durée de l’existence et les rend propres à remplir les fonctions qui leur sont dévolues ; c’est lui qui donne aux organes digestifs la faculté de transformer en chyle les aliments les plus variés, aux vaisseaux lactés la propriété d’absorber ce liquide nourricier, aux poumons celle de le changer en sang sous l’influence de l’air atmosphérique, au cœur la puissance de contraction qui pousse le sang et le distribue par les artères à tous les organes de l'économie , aux veines la propriété de ramener au cœur ce fluide devenu noir après avoir reçu les résidus du mouvement de décomposition, aux glandes, à la peau et aux poumons la propriété d’extraire du sang les particules qui, ayant déjà servi à la composition du corps, doivent être expulsées au dehors. C’est sous son influence que s’opère dans la profondeur de tous les organes ce mouvement perpétuel et molécu-

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laire de composition et de décomposition en vertu duquel ces parties choisissent dans le sang, par une propriété élective particulière , les matériaux qui doivent les nourrir et les rejettent ensuite, lorsqu’ils sont devenus, après un certain temps, impropres a la nutrition. Enfin c’est la force vitale qui conserve et maintient une chaleur moyenne du corps , toujours à peu près la même, au milieu des températures extérieures les plus différentes.

On voit dès lors que la force vitale, malgré son unité, agit de la manière la plus variée dans l’organisme pour arriver a son but final, la nutrition et la conservation du corps. C’est ce qu’avait vu le génie d’Hippocrate lorsqu’il disait, dans l’aphorisme suivant que nous répétons : II y a une force simple et multiple dans ses effets, par laquelle toutes choses sont gouvernées dans le corps, quelque différentes qu’elles soient, et qui est autre pour la vie du corps et des parties.

Bichat, analysant les propriétés vitales des systèmes organiques et démontrant qu’elles diffèrent beaucoup dans chacun d’eux, a donné sans y songer, comme nous l’avons dit, un beau développement de la seconde partie de cette féconde proposition. Si, passant de la a un travail de synthèse, il avait étudié la vie ou force vitale dans son unité , son ensemble et son but , son commentaire de l’aphorisme eût été complet et son livre De la vie et de la mort serait devenu un des plus beaux ouvrages de vitalisme hippocratique. Que sont en effet les propriétés vitales de la vie organique de Bichat, sinon les manifestations de la force vitale, les formes sous lesquelles elle se montre, les caractères qui la distinguent? C’est elle, en effet, qui donne aux organes et aux tissus cette espèce de sensibilité locale et sans conscience qui leur fait apprécier les liquides nécessaires a leurs fonctions, cette contractilité, soit apparente, soit moléculaire, qui leur fait exécuter les mouvements manifestes ou latents qu’exigent la digestion, la respiration, la circulation, l’absorption, les sécrétions, l’assimilation- c’est elle, en un mot, qui préside a celle chimie vivante des fonctions organiques, comme l’attraction et l’affinité président aux phénomènes chimiques du monde inorganique.

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La force vitale, au milieu des formes si variées qu’elle revêl dans les phénomènes de l’organisme, est une cependant dans son essence-, comme le montrent ces sympathies et ces synergies physiologiques, où l’on voit plusieurs parties s’entendre et concourir ensemble pour produire un effet commun ( conspirai io una). Mais celte unité n’a aucun rapport avec l’unité spirituelle, c’est-à-dire l’âme. Celle-ci a la conscience d’elle-raême et de ce qui est hors d’elle; elle agit volontairement et librement. La force vitale, au contraire, n’a ni conscience ni volonté ; ses actes sont nécessaires et aveugles , quoique coordonnés de la manière la plus admirable pour produire la fin à laquelle ils tendent. L’intelligence qu’on y remarque n’est point en elle, mais dans l’intelligence divine qui les a établis; on peut dire sous ce rapport que la force vitale a la science infuse comme l’instinct des animaux ; elle opère tout ce qui convient sans avoir rien appris. Quùm nihil didicerit, facit quœ expediunt (Hipp.).

Aussi Galien , frappé d’admiration â la vue des ressorts si compliqués de l’organisme vivant, qui agissent sans cesse les uns sur les autres sans trouble ni confusion, disait-il, en finissant son bel ouvrage De usu partium , qu’il venait de chanter

un hymne a l’Eternel ; et Linné s’écriait-il en contemplant les merveilles du règne organique : Dcum à tergo vidi et obstupui; legi per creata rerum in quibus eiiam minimis quàm inexpli cabilis perfectio !

Ainsi le principe de vie ou la force vitale, après avoir formé le corps de l’homme depuis sa conception jusqu’à son entier développement, le conserve pendant toute la durée de l’existence. Voyons maintenant le rôle que joue la môme force dans les maladies.

§ 3. Force vitale dans les maladies,

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