I. Définition de la maladie
La maladie, a ne considérer que son effet sur l’individu qui l’éprouve , consiste dans un trouble ou un dérangement des organes et des fonctions de la vie capable d’altérer la santé d’une manière
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notable ; mais ccttc définition superficielle ne saurait éclairer le médecin sur la nature de cet état ni le guider dans la pratique. Il faut aller au delà , et faire connaître la maladie par des caractères essentiels qui puissent jeter du jour sur la pathologie tout entière. On trouvera cette définition dans la doctrine du vitalisme hippocratique, comme nous allons le voir :
Quand on observe avec soin ce qui se passe dans ces troubles fonctionnels appelés maladies, on voit bientôt que Tordre et Tharmonie que Ton admire dans les opérations de l’organisme sain n’existent pas moins, quoique d’une manière différente et cachée, dans ses dérangements divers; car, dans ces désordres apparents, on voit un but et une tendance, une série de phénomènes qui s’enchaînent , se coordonnent et concourent à une fin qui est toujours la même, la guérison de l’individu. Ceci exige quelques développements:
La vie se conserve et s’entretient par l’action réciproque et nécessaire des objets extérieurs et par celle de nos organes : l’air atmosphérique vivifie et purifie sans cesse le sang dans l’acte de la respiration et concourt à la circulation veineuse -, les vêtements, modifiés suivant les saisons, servent k établir l’équilibre convenable entre la température extérieure et la température du corps-, les aliments et les boissons nourrissent tous les organes par le sang qu’ils réparent et renouvellent; les sensations, les affections morales, les facultés intellectuelles et les mouvements ne se développent et ne s’entretiennent que par l’impression des objets extérieurs (les personnes et les choses), avec lesquels les sens nous mettent en relation par l’intermédiaire des sons, de la lumière et des corps.
La même chose s’observe dans l’intérieur de nos organes, où les solides et les fluides qui les composent agissent et réagissent mutuellement les uns sur les autres, dans les actes si nombreux et si compliqués de l’organisme.
Ces actions et ces réactions normales, soit extérieures, soit intérieures, placées sous l’empire de la force vitale, se font dans l’état de santé avec accord et harmonie et dans la mesure nécessaire pour l’entretien de la vie et la conservation de la santé.
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Mais il n’en est pas toujours ainsi, et cet équilibre est fréquemment rompu. Toutes les fois que les influences du dehors •ou du dedans agissent avec trop ou trop peu d’énergie ou de toute autre manière anormale, toutes les fois que des substances solides, liquides ou gazeuses portent une action nuisible sur l’économie , l’organisme animé par la force vitale réagit a son tour pour expulser, éliminer ou neutraliser cette cause. Il s’établit alors une véritable lutte , un combat qu’on * pourrait nommer organique entre l’agent morbifique et la force vitale. De nouveaux phénomènes vitaux se manifestent, soit localement lorsque l’influence nuisible n’est pas trèsintense, soit dans l’organisme entier lorsque, la vie se trouvant plus sérieusement menacée par cette influence , la plupart des fonctions se troublent et prennent part h la lutte.
Quelques exemples rendront plus évident ce grand principe de pathologie.
Des matières irritantes répandues dans l’air pénètrent-elles dans les fosses nasales, dans les bronches, dans les yeux, il survient a l’instant même des éternuments, de la toux, un larmoiement abondant qui chassent ces particules au dehors et rétablissent l’ordre momentanément troublé. Avale -t- on des substances nuisibles, solides ou liquides, l’estomac ne tarde pas à se révolter; ses contractions, aidées par celles du diaphragme et des autres muscles abdominaux , expulsent bientôt ces substances par le vomissement, et le calme se rétablit 'a l’instant même; ou bien si elles ont franchi le pylore, les intestins les rejettent au dehors par un surcroît prompt et énergique de leur action péristaltique. Un corps étranger, une épine s’enfonce-t-elle profondément dans les chairs sans qu’on puisse la retirer, dès lors une réaction locale se manifeste : la partie blessée devient douloureuse, le sang y afflue avec plus d’abondance, la circulation capillaire y acquiert un surcroît d’activité. Bientôt il se forme autour de l’épine un fluide nouveau , blanc et laiteux (le pus), qui l’ébranle et la chasse au dehors. Si la nature est impuissante pour éliminer le corps étranger, elle provoque autour de lui un travail sécrétoire
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d’où résulte line fausse membrane qui l’enveloppe et préserve ainsi les parties voisines de son contact nuisible.
Ces réactions sont simples et locales ; voici maintenant des ' exemples de réaction générale : Un homme néglige les précautions nécessaires pour se préserver des vicissitudes atmosphériques, et éprouve un refroidissement considérable avec suppression de la transpiration. Il ne tarde pas a être pris de ' malaise , de céphalalgie et de frisson ; tantôt il ne survient aucune atfeclion locale , tantôt il se déclare un mal de gorge , de la toux, un point de côté, des douleurs rhumatismales, etc. Jusque-la on ne voit, en quelque sorte , que des phénomènes passifs , effets directs de l’impression de la cause morbifique ; mais la réaction ou lutte de l’organisme ne tarde pas a se prononcer. Le cœur accélère ses battements, la fièvre s’allume, une vive chaleur se déclare 5 après un temps assez court, une sueur abondante termine la scène , et fait cesser a la fois la fièvre et tous les autres symptômes. N’est-il pas évident ici qu’après un effort de la nature, la maladie s’est terminée par l’expulsion de la cause qui l’avait fait naître, c’est-a-dire le surcroît de fluide perspiratoire?
Les fièvres éruptives nous présentent celle lutte de l’organisme contre une cause nuisible sous des traits non moins frappants. Lorsque les miasmes contagieux de la rougeole, de la scarlatine , de la variole, répandus dans l’air, ont pénétré dans l’économie, absorbés par la peau ou par les poumons, ils ne décèlent d’abord leur présence par aucun trouble des fonctions-, ensuite surviennent du malaise, des lassitudes et des frissons- ce sont encore les signes de l’action de la cause morbifique qui affecte passivement l’organisme ; bientôt après commence la réaction générale : elle se manifeste par la fièvre , l’éternument, la toux, le larmoiement, les vomissements, etc. La nature cherche a se débarrasser par toutes les voies du principe nuisible qui dérange ses fonctions ; elle n’y parvient pas 5 mais après quelques jours elle chasse ce principe a la peau 5 l’éruption se montre, et les premiers symptômes se calment ou môme disparaissent.
Ces exemples, que nous pourrions multiplier a l’infini,
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puisqu’on les retrouve dans la pathologie entière, démontrent tous avec évidence ce principe fondamental de médecine, que la maladie consiste presque toujours 1 dans :
Une réaction de l’organisme contre toute cause qui l’affecte d’une manière nuisirle, réaction qui tend a éliminer
ET A NEUTRALISER CETTE CAUSE OU A RÉPARER LES DOMMAGES qu’elle A PRODUITS.
Cette définition n’est au fond que celle de Sydenham , qui s’exprime ainsi: a La maladie n’est pas autre chose qu’un effort de la nature qui, pour conserver le malade, travaille de toutes ses forces a détruire la matière morbifique2.... » « Le souverain maître de l’univers, continue l’Hippocrate anglais, ayant voulu que les hommes fussent exposés a différentes impressions de la part des choses extérieures, ils se sont trouvés par cette raison nécessairement sujets a diverses maladies , qui viennent en partie de certaines particules de l’air qui ne sont point analogues avec nos humeurs, et qui, s’insinuant dans le corps et se mêlant avec le sang , l’infectent et le corrompent, et en partie de différentes altérations d’humeurs... Dans de pareilles conjonctures, la nature emploie une méthode et un enchaînement de symptômes pour expulser la matière nuisible qui sans cela porterait bientôt un coup mortel à l’économie. Lorsque , abandonnée 'a elle-même , elle laisse périr le malade, soit parce qu’elle succombe sous la violence de l’effort, soit parce qu’elle se manque a elle-même au besoin, elle ne fait qu’obéir a la triste et inévitable loi imposée a tous les mortels, et suivant laquelle rien de ce qui est engendré ne peut durer. »
On voit par la que Sydenham faisait de la maladie une sorte de fonction accidentelle, ayant ses organes , ses phénomènes
1 Je dis presque toujours et non toujours, parce qu’il y a quelques cas où la force vitale est si violemment atteinte par la cause morbifique qu’elle succombe sans résistance. Il y en a d’autres, comme certaines lésions chirurgicales, où elle n’est pas attaquée et ne saurait par conséquent réagir. J’aurais pu exclure ces dernières du cadre des maladies; j’ai préféré les y conserver pour ne pas choquer l’opinion générale des hommes de l’art.
2 Morbus nihil aliud est quàm naturæ conamen, materiæ morbifieæ exterminationem, in ægri salutem omni opéré molientis. ( Prax . med., p. t.)
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propres et son but. La plupart des hippocratistes venus après lui ont adopté cette manière d’envisager la maladie , entre autres Barthez, Dumas, Voulonne1 et plusieurs autres praticiens de l’école de Montpellier. « Loin de regarder les maladies, à l’exemple de quelques médecins, comme des assemblages incohérents de symptômes, nous pensons au contraire, dit M. Bousquet2, que toute maladie est une véritable fonction accidentelle dont l’exercice est en général préjudiciable aux fonctions naturelles , mais qui a comme celles-ci une marche constante et régulière , une durée déterminée , une solution connue , et qui se manifeste par des signes propres et invariables. »
La maladie ou fonction pathologique accidentelle présente dès lors trois choses a considérer : 1° l’effet direct de la cause morbifique sur l’organisme ou l’affection - 2° la réaction vitale qui s’ensuit; 3° la tendance médicatrice de cette réaction.
1° Effet direct de la cause morbifique ou affection. Lorsqu’une cause quelconque affecte l’organisme vivant, c’est-à-dire agit sur lui d’une manière nuisible , elle y produit d’abord une modification , une altération intérieure , une souffrance intime qui constitue la véritable nature de la maladie, et cette modification est aussi variée que les causes elles-mêmes sont d’espèces différentes. C’est celte modification que l’on appelle affection, et qui doit être soigneusement distinguée de l’appareil symptomatique par lequel elle se manifeste, c’est-à-dire de la réaction. L’affection consiste donc dans le trouble immédiat et passif que produisent sur la force vitale et par suite sur les liquides ou les solides vivants les causes auxquelles le corps de l’homme a été exposé; c’est elle , à proprement parler, qui établit l’essence et la nature des maladies, puisque les symptômes n’en sont que la manifestation extérieure ; c’est ce qu’on nomme aussi cause prochaine, parce que les phénomènes morbides en sont la conséquence la plus directe; c’est encore là ce que nous appelons plus loin diathèse, ou maladie
1 Médecine agissante et expectante , 2e édit., an VII, p. 72.
2 Essai sur les méthodes à suivre pour arriver à la connaissance des maladies, p. 7. (Thèses de Montpellier, 1815.)
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élémentaire, par la raison que l'affection forme le fond et le principe des maladies.
Dans la plupart des cas d’atteinte ou d’action morbide, l’impression passive reçue par l’organisme se décèle a l’extérieur par des phénomènes de souffrance qu’il importe de distinguer des symptômes de réaction. Ces phénomènes sont principalement le refroidissement des extrémités, les frissons, la pâleur et l’altération des traits de la face, les malaises, les lassitudes, la petitesse et la concentration du pouls, la douleur et en général la plupart de ces troubles fonctionnels qu’on désigne sous le nom de prodromes.
Mais il arrive souvent que les symptômes de l’action morbide sont si légers r si fugaces, si promptement suivis de la réaction qu’ils échappent a l’observation , et que la maladie ne se présente que sous l’appareil de la résistance vitale.
2° Réaction de l’organisme. Après qu’une cause quelconque a exercé une influence nuisible sur l’organisme , la force vitale ne larde pas, comme une garde vigilante, a manifester sa présence et a réagir a son tour, proportionnant son effort a la puissance de l’ennemi qu’elle doit combattre, effort purement local lorsque l’agent morbifique n’a porté son action que sur un point très-circonscrit de l’économie, effort général, lorsque celte cause agissant avec plus d’intensité, la nature a besoin de toute son énergie pour la surmonter. C’est ce qu'on a pu voir dans les exemples cités plus haut. On voit par la que l’affection, effet direct de la cause morbifique, devient à son tour cause de la réaction vitale, qui n’existerait pas sans elle, puisqu’il faut que l’organisme ait été affecté pour être porté a résister : l’action amène la réaction.
Dans beaucoup de circonstances la cause morbifique agissant peu de temps, ou étant promptement vaincue par la force vitale, la maladie ne présente dans la plus grande partie de son cours que la réaction de l’organisme qui revient peu à peu â son état normal.
D’autres fois cette cause ayant pénétré profondément dans l’économie par l’absorption cutanée ou pulmonaire, et ayant plus ou moins modifié ou altéré le sang, la maladie est l’image
d’un long combat entre la cause morbifique qui résiste et l’organisme qui fait subir a cette cause une préparation, une élaboration nécessaires pour qu’elle puisse être expulsée au dehors. C’est ce que les anciens appelaient coction , supposant que le principe morbifique avait en quelque sorte besoin d’être cuit pour être susceptible d’élimination.
Les organes de cette fonction pathologique sont ceux qui ont reçu l’impression de l’agent morbifique dans les maladies locales , les appareils circulatoires et nerveux dans les maladies générales. Les phlegmasies et les fièvres primitives sont les exemples les plus frappants de ces deux classes de réaction morbide.
Dans les premières, la cause irritante porte son action sur un tissu ou sur un organe et y provoque de la douleur -, celle-ci y fait affluer une plus grande quantité de sang par le principe Ubi stimulus ibifluxus (Hipp.)- la chaleur et le volume de la partie souffrante augmentent, la circulation y acquiert un surcroît d’activité -, c’est vraiment une fièvre locale qui reste circonscrite a ces étroites limites si la maladie est légère ou le sujet peu irritable: mais la réaction s'étend souvent a l’économie tout entière, qui vient apporter son concours a la défense commune ( conspiratio una). On dit alors qu’il y a une fièvre secondaire ou sympathique.
Dans les secondes, c’est-à-dire dans les fièvres primitives, les causes pathologiques portent directement leur action sur le sang, et par lui sur le cœur et le système nerveux 5 aussi la réaction est-elle de suite et primitivement générale.
11 résulte de là que la fièvre est le mode le plus fréquent de réaction dans les maladies, c’est-à-dire le moyen le plus ordinaire que la nature emploie pour combattre et pour expulser les agents nuisibles qui pénètrent dans l’organisme-, c’est ce que les anciens n’ignoraient pas, comme l’indique le verbe februare , qui veut dire à la fois avoir la ficvre et purifier \
1 Profectè enim est febris ipsa naturæ instrumentum quo partes impuras a puris secernat. (Sydenham, scct. 1, cap. 2.)
Denique ipsa febris (quoi! maximè mirum videri potest) sæpè præsidio est. (Celsus, lib. 3.)
Au reste, la résistance vitale varie beaucoup suivant les maladies-, il en existe un petit nombre dans lesquelles la cause morbifique porte une action si promptement destructive de la vie, que celle-ci ne se défend pas ou donne k peine quelques signes insignifiants de réaction : et le malade succombe en peu de temps a la violence du mal.
Dans les maladies chroniques , la réaction est faible , peu marquée et a un degré le plus souvent insuflisant pour en amener la solution.
Un point très-important et qu’il ne faut jamais perdre de vue, c’est que des réactions qui ont entre elles la plus grande ressemblance symptomatique, et que pour cette raison on décrit sous le même nom de maladie , peuvent cependant dépendre de causes prochaines ou d’affections très -différentes les unes des autres, ce qui en fait des maladies de diverse nature et dont le traitement doit également varier. Prenons pour exemple l’épilepsie Sous le même appareil de réaction (perte subite de connaissance, mouvements convulsifs saccadés, etc.), elle peut tenir a une affection purement nerveuse du cerveau (ce qui est le plus ordinaire), a la présence du tænia dans les intestins, a l’empoisonnement saturnin, a une tumeur cancéreuse de l’encéphale, a une méningo-encéphalite chronique primitive, etc. Il est peu d’appareils de réaction ou de groupes de symptômes, qu’on désigne en pathologie sous un même nom générique, auxquelles on ne puisse appliquer la même remarque.
3° Tendance médicatrice de la réaction (nature médicatrice). Les réactions de l’organisme , sous quelque forme qu’elles se manifestent, ont une tendance et un but qui existent toujours, quel que soit d’ailleurs le résultat final qu’elles obtiennent; c’est de faire cesser l’action de la cause morbifique , de détruire l’effet immédiat qu’elle a produit, c’est-à-dire l’affection, et de guérir le malade.
Cette tendance est très-prononcée dans beaucoup de maladies; elle est moins évidente dans d’autres. Citons des exemples des unes et des autres , en commençant par les premières.
Dans les fractures, la force vitale développe sur les deux surfaces des os rompus des bourgeons charnus qui peu a peu
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se réunissent entre eux , s’imprègnent de gélatine et ensuite de phosphate de chaux. Par ce moyen , les deux fragments se soudent, et le cal passe de l’état charnu a l’état cartilagineux et enfin osseux. C’est alors que la continuité de l'os est rétablie et que le membre peut reprendre ses fonctions.
Lorsque la solution de continuité existe dans les parties molles, avec ou sans perle de substance, la nature emploie un procédé analogue, mais qui offre quelques différences a cause du tissu malade. La surface de la plaie ou de l’ulcère se couvre également de petites excroissances cellulo-vasculaires; mais il ne s’y fait aucune exhalation gélatineuse ou calcaire 5 les bourgeons se rapprochent , se réunissent et forment une espèce de fausse membrane qui, en se dégorgeant par la suppuration, se rétrécit de jour en jour de la circonférence vers le centre, et tire dans ce sens les bords de la solution de continuité, qui fait ainsi des progrès graduels vers la cicatrisation. Enlin , lorsque la peau ne peut plus s’étendre, la fausse membrane se dessèche , se durcit , se couvre d’épiderme et prend les principaux caractères d’une peau nouvelle ; c’est ce qu’on nomme la cicatrice.
Le même travail curatif s’observe dans ces graves solutions de continuité qui se forment dans les organes intérieurs, et en particulier dans le cerveau et dans les poumons, a la suite de l’hémorrhagie cérébrale, de la phthisie, etc. Lorsqu’il s’esl fait dans le parenchyme cérébral un épanchement médiocre de sang, ce fluide, devenu corps étranger, est enlevé peu a peu dans ses principaux éléments par l’absorption ; l’excavation dans laquelle il était contenu se tapisse d’une fausse membrane qui , en se retirant sur elle-même, diminue graduellement la cavité apoplectique et constitue une véritable cicatrice en forme de kyste, lequel se remplit d’un fluide séreux. Dans les cas, malheureusement trop rares, où la nature parvient a guérir les excavations tuberculeuses , la fausse membrane qui entourait le tubercule s’organise peu à peu après le ramollissement et l’expulsion de celte production pathologique , s’épaissit et se rétrécit. Ses parois finissent par se rapprocher l’une contre l’autre et par contracter une adhérence
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intime. C’est alors que la cicatrice est complète et que la solution de continuité n’existe plus-, l'œuvre de la nature médicatrice est achevée.
Les corps étrangers qui s’introduisent par diverses voies dans la cavité ou le tissu de nos organes nous offrent une autre forme de cette admirable providence organique qui ne cesse de veiller a la conservation de l’économie. A peine ces corps sont-ils entrés dans une des cavités, que la nature provoque les efforts d’expulsion nécessaires pour les chasser. Ces efforts consistent dans le larmoiement, l’éternument, la toux, le vomissement, suivant le siège qu’occupe le corps étranger. S ils sont insuffisants pour les enlever , la force vitale suscite une réaction plus énergique, et au besoin même une inflammation avec formation de pus qui a pour but, en les enveloppant , de les rendre mobiles et d’en faciliter ainsi l’expulsion. Enfin , si cette ressource demeure encore impuissante , la nature n’abandonne pas pour cela la partie ; elle entoure ce corps qu’elle n’a pu ébranler d’une fausse membrane , d’un kyste qui l’empêche d’irriter les parties molles qui l’environnent. Lorsque ces corps sont métalliques et aigus, comme des aiguilles, des épingles , etc. , et qu’ils ont été avalés , la nature les chasse a travers les parties molles, qu’ils traversent le plus souvent sans inconvénient, et les pousse à la peau, d’où on les extrait avec la plus grande facilité.
Ce n’est pas seulement des corps d’un petit volume et aigus dont la nature parvient a se débarrasser de cette manière. On a vu plus d’une fois, a la suite des grossesses extra-utérines , les restes du fœtus mort se faire jour par morceaux, a travers les parois abdominales après avoir donné lieu à des abcès qui ne tardaient pas ensuite a se fermer.
Cette tendance médicatrice de la nature est plus frappante encore, parce qu’elle est plus prompte , dans les maladies aiguës. Combien de fois ne guérissent-elles pas seules et sans secours étrangers, ou malgré les médications les plus capables de les aggraver! N’est-ce pas là ce qui donne une apparence de fondement aux théories les plus opposées, aux systèmes les plus extravagants , et jusqu’aux recettes des char-
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latans et des bonnes femmes? N’est-ce pas là tout le secret des succès homœopathiques ?
Lors même que les maladies se terminent d’une manière funeste, soit par suite d’une réaction trop énergique ou désordonnée de la nature , soit à cause de la violence de la cause morbifique que la force vitale ne peut surmonter, un médecin clairvoyant démêlera toujours, au milieu des phénomènes de réaction , cette tendance curative qui aurait souvent obtenu son effet si la nature avait pu recevoir de l’art l’aide et l’assistance dont elle avait besoin.
Les maladies chroniques, où la nature agit trop peu et se laisse vaincre par les progrès lents et incessants de la cause morbifique, ne sont pas dépourvues cependant de tout effort médicateur de l’organisme. Prenons pour exemple la phthisie pulmonaire, la plus meurtrière des maladies chroniques. Que sont, dans cette maladie , la toux, l’expectoration, la fièvre, les sueurs , sinon des moyens que la nature emploie pour expulser la matière tuberculeuse? Aussi , les malades sont-ils soulagés après avoir craché et sué plus ou moins abondamment; mais ces efforts curatifs sont insuffisants et impuissants contre une cause qui infecte le principal organe de la vie de nutrition ; ils épuisent graduellement l’économie, au milieu de luttes que la nature renouvelle sans cesse et dans lesquelles elle est presque toujours vaincue. 11 n’en est pas moins vrai que sa tendance médicatrice ne saurait être niée.
II. Procédés de la nature médicatrice pour guérir les maladies.
Nous venons de voir que la force vitale fait dans toutes les maladies des efforts énergiques ou faibles contre la cause du mal, qu’elle guérit le plus souvent et qu’elle tend toujours à guérir, quoique souvent elle ne parvienne point à cet heureux résultat. Disons quelques mots sur la marche qu’elle suit pour faire cesser l’action de la cause morbifique, but final de la réaction vitale.
Elle emploie trois procédés principaux qui sont : 1° l’expulsion ou élimination, 2° la neutralisation, 3° la régénération.
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1° Expulsion. C’est la voie la plus ordinaire que suit la nature pour guérir les maladies. Après avoir fait subir à la matière morbifique une préparation , une élaboration plus ou moins longue, suivant la nature et l’intensité de cette cause, elle l’élimine et la chasse au dehors par les memes voies excrétoires qui , dans l’état normal, lui servent a débarrasser l’économie des parties qui lui sont devenues étrangères 5 elle l’expulse , mêlée avec les humeurs sécrétoires dont la quantité est augmentée en même temps que leurs qualités sont altérées.
Parmi les maladies aiguës, les unes , et c’est le plus grand nombre, se terminent par de la moiteur ou des sueurs abondantes, plus ou moins odorantes, quelquefois fétides, tantôt acides, tantôt alcalines-, les autres par des urines copieuses, épaisses, sédimenteuses , par l’expectoration de crachats opaques, par des vomissements bilieux , par une diarrhée abondante, souvent très-fétide, par des hémorrhagies nasales et autres. D’autres fois la guérison arrive après le développement de diverses éruptions cutanées, après la formation d’abcès a l’extérieur du corps, etc. C’est ce qu’avait vu Hippocrate lorsqu’il s’exprimait ainsi : « Toutes les maladies guérissent par quelque évacuation qui a lieu ou parla bouche, ou parles intestins, ou par la vessie, ou par quelque autre voie de la même espèce ; mais la sueur est commune a toutes. »
Il donnait a ces évacuations le nom de crises, mot qui veut dire jugement, comparant, jusqu’à un certain point, la nature médicatrice a un tribunal qui termine les procès en les jugeant.
Ces évacuations par lesquelles l’organisme expulse les principes nuisibles qui se sont introduits dans l’économie arrivent souvent a certains jours qu’on a nommés critiques . Ces jours sont principalement le septième, le quatorzième, le vingl-unième, etc.
Il est encore d’autres voies d’élimination des causes morbifiques, telles que le larmoiement, la salivation, l’excrétion d’un mucus nasal abondant, etc. Il n’entre pas dans mon plan de les examiner en détail , non plus que les évacuations critiques mal , r
placées qui, par une erreur de la nature, deviennent des causes 1. 3
INT RODUCTION.
de maladies graves on de mort plutôt que de guérison. J’en parlerai un peu plus loin. Je n’ai maintenant pour but que d’indiquer le procédé le plus ordinaire de la force vitale médicatrice.
2° Neutralisation. La guérison par neutralisation arrive lorsque h nature surmonte la cause morbifique sans évacuation ni aucun autre phénomène sensible ; soit que l'organisme s’assimile cette cause, soit que spontanément, ou aidé par l’art, il la détruise ou la neutralise par un travail intérieur qui échappe 'a nos sens. On a des exemples de ce procédé curatif dans les terminaisons des maladies par résolution , dans la guérison des maladies vénériennes par les mercuriels, des fièvres intermittentes par le quinquina , de la chlorose par les ferrugineux , des névroses par les narcotiques et les antispasmodiques , etc.
3° Régénération. Ce mode de guérison s’observe dans les fractures, où la nature soude les os rompus en sécrétant de la gélatine et du phosphate de chaux qui recolle les fragments rompus-, — dans les plaies, où elle réunit les parties divisées ; — dans les ulcères avec perte de substance et dans toutes les autres espèces de solution de continuité, où elle répare en partie les chairs détruites et qu’elle cicatrise -, — dans les brûlures et dans toutes les lésions superficielles de la peau, où elle refait avec une grande promptitude un nouvel épiderme 5 — dans la régénération du tissu osseux dans le jeune âge ; — dans les amaigrissements, suite des longues maladies, où Ton voit bientôt, dans la convalescence, l’appétit augmenter en raison des perles éprouvées, les chairs se reformer, et les sujets revenir a leur embonpoint primitif, etc.
Il résulte de tout ce qui précède que si, d'un côté, la maladie se compose de deux éléments, l'effet do la cause morbifique ou l’affection et la réaction de la force vitale contre cette cause - d’un autre côté, c’est la même force qui guérit la maladie lorsqu’elle se termine heureusement : natum morbomm medicairix , grand principe de pathologie qui ne souffre aucune exception et dont la découverte suffit ait seule pour immortaliser jamais le grand nom d’Hippocrate.
Admirons ici avec quel art merveilleux la nature , véritable
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providence organique, défend le corps humain contre toutes les attaques qui lui viennent du dehors ou du dedans, variant ses moyens suivant l’espèce ou la violence de l'ennemi qui l’attaque, tantôt développant un appareil local de réaction lorsque la cause du trouble est légère, tantôt mettant en jeu la plupart des organes de l’économie, surtout le cœur et le système nerveux , qui tous concourent avec énergie a expulser et a détruire la cause du mal et a réparer les dommages qu’il a produits. C’est ici surtout que s’applique cet aphorisme du père de la médecine que nous ne saurions trop répéter : Confluxio mut, conspiratio mm, consentientia omnia. On voit donc qu’au lieu de considérer les maladies avec le vulgaire du monde et des médecins, comme l’image du trouble et de la confusion, il est très-conforme k l’observation de les envisager comme des fonctions pathologiques qui s’exécutent avec un ordre et une méthode admirables pour arriver au but auquel elles tendent, la guérison des màiodies et la conservation du corps.
IIî. ï&ésuHats des réactions vitales dans les maladies.
Quoique la force vitale ait toujours une tendance médicatrice lorsqu’elle est atteinte par les causes morbifiques, il s’en faut de beaucoup qu’elle puisse toujours procurer la guérison des malades. La réaction est parfois nulle; d’autres fois elle pèche de différentes manières qui peuvent empêcher le rélablissement normal des fonctions , ou même occasionner la mort.
Les maladies envisagées sous le point de vue de la réaction vitale eide ses résultats curatifs peuvent se présenter dans les neuf circonstances suivantes.
lre CIRCONSTANCE. Maladies sans réaction parce que la force vitale n’est pas atteinte . Ce sont des lésions physiques qui consistent dans des altérations de nombre, de volume, de situation, de rapports, de continuité des organes et qui peuvent exister sur le cadavre aussi bien que sur l’homme vivant, parce que la seule condition de leur existence, c’est un dérangement dans la conformation extérieure des parties. Ces lé-
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sions , lorsqu’elles sont simples , ne pouvant compromettre la vie, ne provoquent aucun elïort, aucune résistance de la nature. On en a des exemples dans les hernies , les luxations, le déplacement des fragments des os fracturés, etc. J’aurais pu, a l’exemple de plusieurs auteurs hippocratistes, rayer les lésions physiques du nombre des maladies; j’ai cru plus sage de me conformer au langage habituel des médecins et du public.
2e CIRCONSTANCE. Maladies avec réaction essentiellement médicatrice. La nature réagit convenablement pour les terminer d'une manière heureuse, lorsqu’on les livre à elles-mêmes, surtout lorsqu’on seconde, au lieu de les contrarier, ses procédés curatifs. Cette classe comprend certainement le plus grand nombre des maladies aiguës.
3e CIRCONSTANCE. Maladies avec réaction trop vive. Ces cas sont très-communs dans les fièvres, les phlegmasies et beaucoup d’autres maladies; la nature résiste avec tant d’énergie et même de violence qu’elle augmente considérablement leur gravité et qu’elle compromet souvent la vie des malades.
-4e CIRCONSTANCE. Maladies avec réaction trop faible. C’est ce qui arrive dans toutes les maladies chroniques. La cause morbifique, organique ou humorale, agit lentement, sans relâche, et fait des progrès incessants; la force vitale résiste, il est vrai; elle fait des efforts réels, sensibles, mais trop faibles et insuffisants pour surmonter le mal; elle se laisse vaincre peu à peu et finit par succomber, à moins que, spontanément ou excitée par l’art , elle n’acquière une activité salutaire.
5e circonstance. Maladies avec réaction irrégulière. La nature réagit d’une manière capricieuse, désordonnée, disproportionnée au principe morbifique ; ses efforts n’ont aucune utilité évidente et ne sont suivis d’aucun mouvement critique. C’est ce qu’on voit dans certaines fièvres et dans la plupart des névroses.
6e circonstance. Maladies avec réaction radicalement impuissante. De quelque manière que la nature réagisse, faiblement, énergiquement ou violemment, elle ne peut expulser ou neutraliser la cause du mal , dont l’essence est telle qu’elle ne sau-
INTRODUCTION
rai t être éliminée. Ces maladies sont incurables de leur nature, dans l’état actuel de la science. On en a deux exemples frappants dans la rage et les maladies cancéreuses.
7e circonstance. Maladies avec réaction erronée. La nature pèche par erreur de lieu. Je m’explique : les procédés médicateurs de la force vitale sont a peu près les mêmes, quel que soit l’organe malade, ils sont intelligents, mais aveugles. Ainsi pour expulser les causes irritantes, vives et locales, elle provoque parfois la formation du pus, une hémorrhagie, etc. , lorsqu’elle ne peut les éliminer d’une manière plus salutaire. Ce procédé, qui peut être avantageux dans les phlegmasies situées à l’extérieur, devient fâcheux et souvent funeste lorsqu'il a pour siège les méninges, les plèvres, le péricarde, le péritoine, les reins, etc. Lorsqu’un foyer de sang, de bile, d’urine, de pus ou de toute autre humeur s’est formé quelque part, la nature tend à en débarrasser l’organisme en l’évacuant au dehors, et elle parvient souvent a cet heureux résultat; mais il arrive aussi qu’en suivant le même procédé, elle répand ce foyer dans le péritoine ou dans tout autre organe intérieur; elle tue le malade malgré sa tendance curative. Pour préserver la muqueuse laryngée de la cause irritante spéciale du croup, elle la couvre d’une fausse membrane, et devient* ainsi la cause de la mort du malade, quoique ce procédé soit généralement très-salutaire dans une foule de maladies. Ce sont la évidemment des réactions erronées.
8e CIRCONSTANCE. Maladies sans réaction par affaissement et extinction de la force vitale. Il arrive parfois que les causes morbifiques agissent d’une manière si violente ou si délétère que la force vitale, livrée à elle-même, succombe promptement, sans opposer aucune résistance. C’est ce qu’on voit dans les cas de choléra asiatique promptement mortel , dans les morts occasionnées par le méphitisme des fosses d’aisances, par la syncope, l’asphyxie par submersion, les hémorrhagies foudroyantes , etc.
9e CIRCONSTANCE. Maladies qu’il est dangereux de guérir. Ces
maladies sont des moyens dont la nature se sert pour se débarrasser de quelque chose qui nuirait a l’organisme ; ce sont
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en quelque sorte des crises d’une affection interne qui échappe a Inobservation 5 elles sont liées à la santé de l’individu qui les éprouve, et leur guérison intempestive pourrait être suivie de graves accidents. Tels sont les écoulements habituels et anciens, les hémorrhoïdes, certains exanthèmes chroniques, etc.