‹ Eléments de pathologie médicale; ou, Précis de médecine theórique et pratique, écrit dans l'esprit du vitalisme hippocratiqueChapitre 60 sur 86 · FIÈVRES ESSENTIELLES · texte numérisé non relu

FIÈVRES ESSENTIELLES

De leur existence et de la manière de les concevoir .

Ce dernier auteur prétend que ces fièvres sont purement symptomatiques, que ce sont des groupes de symptômes ou des désordres fonctionnels qui résultent de la souffrance de quelque organe intérieur dont le mal a été méconnu; cet organe, suivant Broussais, est toujours la membrane muqueuse gastro-intestinale qui est enflammée a des degrés divers, et qui réagit sympathiquement sur la plupart des organes de l’économie : de là , les phénomènes fébriles si variés qui constituent la classe des fièvres primitives. 11 s’appuie principalement sur les lésions anatomiques évidentes que l’on rencontre dans le canal intestinal à l’ouverture des sujets qui ont succombé a ces affections, et sur l’espèce d’absurdité qu’il y a, suivant lui, à admettre des maladies qui n’ont pas de siège, des lésions de fonctions sans lésion d’organe, des groupes de symptômes qu’on transforme en entités, en en faisant des fièvres essentielles.

Répondons succinctement à ces arguments : 1° les partisans des fièvres n’ont jamais dit que ces maladies n’eussent pas de siège dans le sens d’organes malades, mais ils soutiennent que ce siège n’est pas borné à une seule partie, qu’il s’étend a l’organisme entier; que toutes les fonctions étant troublées,

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les organes de ces fonctions sont évidemment malades, enfin que les fièvres sont des affections générales, ou totius substantiel, comme on disait autrefois, et non des lésions fonctionnelles générales qui seraient les symptômes d’une lésion locale.

2° Il est vrai que l’ouverture des cadavres a prouvé que certaines fièvres, par exemple les fièvres typhoïdes, étaient accompagnées d’une lésion de la membrane muqueuse du canal intestinal consistant dans le gonflement ou l’ulcération des follicules de Peyer. Mais ce fait anatomique incontestable ne nous apprend rien sur le rôle qu’il peut jouer dans l’étiologie de ces maladies. Ces altérations sont-elles causes ou effets de la fièvre? Voila toute la question.

Remarquons d’abord que, malgré leur extrême fréquence, ces lésions intestinales ne sont cependant point constantes. Plusieurs observateurs modernes, très-habiles dans ce genre de recherches, ont rencontré un certain nombre de fièvres typhoïdes mortelles chez des sujets dont le tube digestif était sain. Nous avons été nous-même deux ou trois fois dans le cas de faire la même observation. En second lieu , et ceci est bien plus commun, il n’est pas rare de ne trouver que des altérations très-légères des follicules chez des individus qui cependant ont succombé a la maladie. En troisième lieu, on ne peut pas nier que ces phénomènes de lésion intestinale ne commencent bien souvent 'a apparaître qu’à une époque déjà avancée de la maladie. Enfin, il est d’observation que dans la plupart des cas on ne remarque point de rapport ou de corrélation entre l’intensité des symptômes et celle des lésions : c’est-à-dire que des sujets qui avaient présenté pendant leur vie des troubles fonctionnels peu marqués, avaient cependant des altérations très-profondes du tube digestif, tandis que d’autres qui avaient été en proie aux symptômes les plus violents n’offraient à l’autopsie que des lésions légères des follicules de Peyer. Certes, ce n’est pas ainsi que se comportent les maladies dont le siège organique n’est pas douteux, les pblegmasies par exemple. Les désordres fonctionnels sont toujours alors proportionnels aux lésions locales dont ils dépendent.

FIEVRES

D’après ces raisons, nous croyons pouvoir conclure que les lésions des follicules de Peyer dans les fièvres typhoïdes ne sont point la cause des symptômes observés pendant la vie.

3° La fièvre inflammatoire et les fièvres intermittentes entraînent rarement la mort* mais dans les cas où elles se sont terminées d’une manière funeste , on n’a rencontré a l’autopsie aucune lésion, surtout du canal intestinal, qui pût expliquer les symptômes. Quels sont d’ailleurs les phénomènes de ces maladies qu’on pourrait rattacher a une altération de cet appareil? Évidemment il n’y en a point, et il faut être possédé de la manie de localisation pour vouloir leur trouver un foyer organique.

-4° Nous en dirons autant des fièvres éruptives. Un individu est pris tout a coup de frisson , de chaleur, d’accélération du pouls, de céphalalgie, de soif, d’anorexie, enfin de tout l’appareil de symptômes fébriles qui constituent la première période de ces maladies. Quel est, nous le demandons, l’organe primitivement malade qui donne lieu a tous ces désordres fonctionnels? est-ce la peau? mais l’éruption cutanée n’existe pas encore; est-ce l’estomac ou le canal intestinal? mais il y aurait tout autant de raisons pour placer le siège de la maladie dans le cœur ou le cerveau, puisque les fonctions de ces organes sont aussi troublées que celles de l’appareil digestif.

Ces réflexions, que nous abrégeons beaucoup pour nous renfermer dans les limites que nous impose cet ouvrage, nous conduisent a cette conclusion : que dans les fièvres primitives, lorsqu'il existe des lésions locales révélées par C autopsie, ces lésions sont les effets et non les causes de la fièvre, et par conséquent que l'existence des fièvres primitives est incontestable.

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