‹ Eléments de pathologie médicale; ou, Précis de médecine theórique et pratique, écrit dans l'esprit du vitalisme hippocratiqueChapitre 61 sur 86 · PATHOGÉNIE DES FIÈVRES · texte numérisé non relu

PATHOGÉNIE DES FIÈVRES

Mais quel rôle jouent ces altérations dans la pathogénie des fièvres? comment concevoir leur développement comme effets de ces affections? Pour répondre à ces questions, il faut remonter a la définition que nous avons donnée de la maladie,

MG

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d’après la doctrine hippocratique. La maladie, avons-nous dit, est une réaction de l’organisme contre toute cause gui l’affecte d’une manière nuisible, réaction gui tend à éliminer et à neutralisa' cette cause, ou à réparer les dommages gu* elle a produits. Cela posé , voici la seule explication qu’on puisse donner des problèmes que nous discutons. On dira qu’elle est seulement plausible, que nous ne devons pas perdre de vue que les théories les plus satisfaisantes en apparence ne sont point des démonstrations, et que la chute de toutes celles qui se sont succédé depuis les premiers temps de la médecine jusqu’à nos jours doit nous imposer une grande réserve pour celles que nous adoptons. Je réponds que celle que j’expose a résisté à l’épreuve des âges, qu’elle n’a point vieilli, quoiqu’elle remonte à plus de deux mille ans, que depuis Hippocrate, son fondateur, elle a été embrassée et développée par les plus grands praticiens de tous les temps et de tous les pays , les Sydenham, les Stahl, les Baglivi , les Baillou, les Boerhaave, les Piquer, les Stoll , les Bordeu, les Corvisart, etc., et que si elle n’était qu’une erreur, j’aimerais encore mieux me tromper avec ces maîtres de la science qu’avec nos modernes réformateurs.

Les causes principales des fièvres consistent dans des miasmes ou principes gazeux spéciaux qui se répandent dans l’air et dont l’origine diffère pour chaque genre de ces pyrexies. Les uns se forment par l’entassement d’un grand nombre d'individus mal nourris, mal vêtus ou malades, rassemblés dans des lieux trop étroits, mal aérés et malsains, ou par l’habitation dans des endroits où se putréfient des substances végétales ou animales j les autres se dégagent des eaux stagnantes et marécageuses; d’autres enfin sont exhalés par les personnes atteintes de certaines maladies contagieuses.

Lorsque des individus sains, mais prédisposés par leur âge ou leur constitution à ces fièvres , se trouvent exposés aux influences miasmatiques dont nous venons de parler, ces émanations pernicieuses pénètrent dans l’économie, soit par la peau, soit par le poumon, dans lequel elles entrent avec l’air atmosphérique. Elles sont bientôt transportées par les vais-

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seaux lymphatiques et les veines dans le torrent circulatoire, où elles se mêlent avec le sang, qui se trouve dès lors altéré d’une manière grave. Ce n’est qu’a compter de ce moment que la maladie commence ; elle débute le plus souvent par un frisson auquel la fièvre ne tarde pas a succéder. Le cœur est un des premiers organes qui ressentent l’impression de la cause morbifique 5 ses battements s’accélèrent, se précipitent et deviennent plus énergiques-, une chaleur vive s’allume dans tous les organes, la peau devient brûlante, la respiration est plus fréquente-, il y a soif, anorexie, céphalalgie et trouble de la plupart des sécrétions, sans qu'on puisse décider quel est l’organe le plus gravement atteint, au milieu de celte perturbation générale. Dans notre manière d’expliquer les fièvres, nous voyons la une lutte d’un côté entre la cause délétère qui a pénétré dans l’économie, et de l’autre l’organisme entier, dont toutes les fonctions sont augmentées et surexcitées dans le but de surmonter cette cause et de l’expulser au dehors par les organes excrétoires, tels que la peau , les reins, le canal intestinal. Ces etïorts éliminateurs et cette tendance salutaire de la nature se révèlent dans la suite de la maladie. En effet, au bout d’un temps assez court, mais qui varie dans chaque espèce de fièvre, il survient une série de phénomènes qui offrent tous ces caractères, quoiqu’ils diffèrent par leur siège et leurs résultats. Dans les fièvres inflammatoires, ce sont des sueurs ou des hémorrhagies nasales a la suite desquelles la maladie est ordinairement terminée ou en voie de guérison ; dans les fièvres intermittentes, ce sont des sueurs abondantes qui coulent de toute la surface du corps et pendant lesquelles le cœur se calme et revient a son rhythme normal ; la chaleur se dissipe et toutes les fonctions reprennent leur cours naturel. Dans les fièvres éruptives, il se développe a l’extérieur du corps un exanthème ou phlegmasie cutanée , dont l’apparition coïncide avec la cessation ou une grande diminution des phénomènes fébriles 5 la maladie n’est pas guérie, il est vrai, mais, de générale qu’elle était, elle est devenue locale par la déposition à la peau de la cause morbifique. Dès lors naissent de nouveaux symptômes qui sont la plupart subordonnés 'a

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la marche de la phlegmasie cutanée, dont ils sont les effets.

Dans les fièvres typhoïdes, la tendance salutaire de la nature est moins prononcée, a cause du caractère plus délétère de la cause morbifique 5 les efforts éliminateurs existent, mais ils sont incomplets , insuffisants et souvent dirigés sur des organes essentiels a la vie. Il se développe dans le canal digestif, par un procédé analogue à celui qui produit les phlegmasies consécutives aux fièvres éruptives, un exanthème qui a son siège dans les follicules muqueux de Fin testi n grêle 5 mais celte éruption interne ne juge pas la fièvre. La peau devient souvent aussi le siège de phénomènes analogues tels que des taches roses, des érysipèles, des ecchymoses, etc. ; mais ces symptômes n’apportent aucun soulagement dans l’état des malades. L’affection des follicules de Peyer résulte donc dans ces fièvres d’une sorte d’élimination incomplète du principe délétère qui altère le sang. Déposée en partie dans ces petits organes glanduleux, cette cause provoque leur gonflement, leur rougeur, leur ulcération et quelquefois leur gangrène, suivant son degré d’activité. Cette marche de l’exanthème intestinal donne lieu a son tour a une série de désordres secondaires qu’on peut suivre jusqu’à un certain point par une observation attentive de ces maladies. La douleur de la région abdominale, la diarrhée , le météorisme , les péritonites , suite de perforations de l’intestin , sont de cette espèce. 11 résulte de la que l'affection des follicules muqueux, tout en étant une altération extrêmement fréquente des fièvres typhoïdes , n’est qu’un des effets de ces maladies au lieu d’en être la cause.

La même théorie s’applique aux fièvres pestilentielles. Le principe contagieux éminemment septique dont elles dépendent, et qui altère profondément le sang , est chassé en partie vers les organes éliminateurs par suite des efforts de la nature médicatrice (c’est-à-dire des lois de conservation qui président à l’économie saine ou malade)-, il est déposé à la peau, dans les ganglions lymphatiques et le canal intestinal. Mais comme ce principe est essentiellement délétère, il provoque promptement dans ces parties des bubons, des anthrax, des gangrènes, des sphacèles; alors l’organisme vivant succombe; mais on peut

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encore observer les efforts impuissants qu'il a faits pour la conservation de la vie.

Telle est la seule explication légitime qu’on puisse donner, suivant nous, des lésions anatomiques qu’on rencontre a l’ouverture des individus qui ont succombé aux fièvres. Nous n’avons parlé que des lésions les plus constantes, parce que celles-là seules sont regardées comme causes locales de ces affections-, on sent au reste que la même doctrine s’applique aux autres altérations plus rares. Elles dépendent toutes également des mêmes efforts éliminatoires de la nature, de la réaction générale de l’organisme , qui tend à se débarrasser de la cause qui le trouble. C’est ainsi que s’expliquent les congestions sanguines, que l’on rencontre si souvent dans une foule d’organes sur les cadavres des hommes qui ont succombé aux fièvres.

Ceci s’applique surtout aux lésions qui surviennent vers les époques des crises. Il en est d’autres qui se manifestent dès les premiers temps des fièvres et qui ne paraissent tenir qu’à l’excitation du mouvement circulatoire. Toutes les fois que la fièvre existe, «il y a en même temps, dit M. Cayol, rougeur de la langue avec soif, anorexie et sensibilité à l’épigastre; il y a aussi chaleur et malaise à la poitrine, dans les voies aériennes, sensibilité avec ou sans rougeur des conjonctives, sécheresse de la membrane pituitaire, urines rouges, lassitudes ou douleurs dans les reins, etc. Tous ces phénomènes dépendent évidemment de la même cause, c’est-à-dire du mouvement d’expansion ou de turgescence fébrile qui a pour effet immédiat de pousser le sang en plus grande quantité dans le réseau capillaire de la peau et des membranes muqueuses. La fièvre n’est pas plus une gastro-entérite qu’elle n’est une cystite, une néphrite ou une bronchite; tandis que , par l’effet du mouvement fébrile, la peau et les membranes muqueuses sont le siège d’une forte congestion sanguine et que leur sensibilité est augmentée par cet afflux de sang, les moindres

causes irritantes peuvent y déterminer l’infiammation »

0 Cliniq . méd.). Voilà l’explication d’une foule de lésions locales propres aux fièvres.

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Après avoir prouvé l’existence des fièvres comme maladies essentielles et cherché à donner une idée de leur développement, nous allons les considérer sous un point de vue général.

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