‹ Eléments de pathologie médicale; ou, Précis de médecine theórique et pratique, écrit dans l'esprit du vitalisme hippocratiqueChapitre 64 sur 86 · V :,uîfe 5‘JÏÏ"on - 81 «es faits nombreux el incontestable · texte numérisé non relu

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venaient à prouver qu’elle est erronée. “

Les flèvres continues sont : 1» la fièvre inflammatoire - 2“ I fievre bilieuse ; 3° la fièvre typhoïde; 4« le typhus; 5" la fièJi

asiatique. 8 SUeU6 anSlaisei 8° le choléra-morbu,

Fievre inflammatoire.

Synoque, synochus imputris , fièvre sanguin* ...

' ncvre sanguine, fievre angio-ténique.

déb,Î narH' V ^ est caractérisée à son

début par un froid assez intense, et ensuite par une chaleur

vive et douce au toucher, par une forte coloration de la

sur-

FIÈVRES

face du corps, surtout de 1a face et des yeux, par un pouls fréquent, plein et dur, par la vibration des artères et une disposition marquée aux phlegmasies et aux hémorrhagies.

Causes. Causes prédisposantes . Ce sont surtout l'enfance, la jeunesse, l’âge adulte, le sexe masculin, une constitution forte et robuste , la pléthore ou surabondance de sang dans le système vasculaire, la grossesse, l'accouchement , une température chaude et sèche longtemps prolongée, une nourriture trop succulente ou trop excitante , l'habitude de boire beaucoup de vin et des liqueurs, la cessation des menstrues, l'omission d’une saignée ’a laquelle on était accoutumé, la suppression d'évacuations habituelles, surtout sanguines.

Causes occasionnelles. La fièvre inflammatoire se développe sous l'influence des vicissitudes atmosphériques brusques, des vents d’est ou de nord-est, d'une constitution annuelle ou épidémique dont la nature est inconnue , d’une insolation, d'un refroidissement, des violences extérieures, des bains trop chauds, de l’ivresse, des orgies, des exercices violents , tels que les travaux de la campagne forcés , la course , la gymnastique , des accès de colère.

La fièvre inflammatoire est le plus souvent sporadique et quelquefois épidémique.

Cause prochaine. Elle consiste dans une augmentation de la vie du sang, qui devient plus plastique et plus coagulable ; de la une forte réaction de l'organisme, ayant principalement son siège dans le système sanguin , par suite de la cause stimulante a laquelle il est soumis; celte réaction, qui peut aller jusqu'à produire, en se prolongeant, une phlegmasie de ce système, n'est nullement l'effet de cette phlegmasie , comme le pensent quelques modernes, après Pierre Frank.

Phénomènes précurseurs. La fièvre inflammatoire se développe le plus souvent tout a coup. D’autres fois elle est précédée par un sentiment de torpeur, de chaleur intérieure, de fatigue, par des insomnies, des pesanteurs de tête, des vertiges , de la soif, des douleurs dans les articulations.

Symptômes. La fièvre inflammatoire débute par un froid assez vif, mais de courte durée, bientôt suivi d’une chaleur forte,

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qui est douce au toucher et halitueuse. Le pouls est fréquent, plein, dur, ordinairement développé-, les battements des artères carotides et temporales sont très-forts, quelquefois concentrés ou mous; la face et tout le corps rougissent, les veines se gonflent, le corps augmente de volume. La langue est blanchâtre ou rouge, il y a soif très-vive et désir des boissons froides; le ventre est ordinairement constipé, la respiration est fréquente et chaude, quelquefois difficile; l’urine est peu abondante et fait éprouver un sentiment d’ardeur pendant son excrétion; les yeux sont brillants et supportent difficilement la lumière; il survient, selon les circonstances, des insomnies, de la céphalalgie, de la somnolence, quelquefois même du délire. Il se manifeste souvent des hémorrhagies légères par les narines, l’utérus, etc. Quand on saigne les malades, le sang extrait des veines se rassemble promptement en un caillot volumineux et consistant, recouvert d’une croûte grisâtre plus ou moins épaisse qu’on appelle couenne inflammatoire ; le sérum est peu abondant, relativement a la partie fibrineuse. Cependant, le sang est quelquefois peu différent de l'état normal.

Marche. La fièvre inflammatoire a une marche continue dans laquelle on ne remarque pas ordinairement de rémission tant qu’il n’est pas survenu d’hémorrhagie spontanée et qu’on n’a point fait usage d’émissions sanguines.

Durée. Lorsque cette fièvre est légère , elle ne dure qu’un , deux ou trois jours; on l’appelle alors éphémère; lorsqu’elle est plus intense, elle se prolonge jusqu’au septième jour, quelquefois jusqu’au onzième.

Terminaisons. La fièvre inflammatoire se termine presque toujours d’une manière heureuse, par des évacuations critiques; ce sont des hémorrhagies nasales, utérines ou intestinales , des sueurs abondantes ou des urines qui déposent un sédiment blanc, léger et homogène. Dans quelques cas, elles font place a des phlegmons, â des inflammations viscérales, a des arlérites ou â des phlébites accompagnées de tous les dangers qui sont propres à ces maladies.

Lésions anatomiques. Dans le petit nombre de cas où des malades ont succombé a des fièvres inflammatoires violentes

FIÈVRES

et compliquées, tantôt on n’a trouvé sur leurs cadavres que des altérations n’ayant aucun rapport avec ces affections et liées aux maladies qui avaient occasionné la mort ; tantôt on a rencontré des rougeurs de la membrane interne de quelque partie des systèmes artériel et veineux.

Diagnostic. Les signes qui caractérisent cette fièvre sont principalement ceux que nous avons indiqués dans la délinilion : un pouls fréquent, plein, développé, des battements très-prononcés des artères , une teinte rosée très-marquée de la peau , la rougeur de la face , une chaleur de la peau douce et humide au toucher, l’absence de toute affection locale primitive. Nous disons primitive, car il n’est pas très-rare de voir survenir des phlegmasies consécutives dans le cours de ces lièvres; elles s’expliquent, soit comme résultats de la grande accélération du mouvement circulatoire qui a pour effet de favoriser toutes les congestions, surtout dans les organes qui y sont prédisposés, soit comme résultats d’efforts critiques et éliminateurs. La rougeur de la membrane interne des artères et des veines que l’on a rencontrée sur plusieurs cadavres est contestée par quelques auteurs, entre autres par Laennec, comme caractère anatomique certain de l’inflammation de ces vaisseaux-, mais en adoptant l’opinion contraire, on n’est pas encore autorisé à regarder les fièvres inflammatoires comme n’étant que des phlébites et des artérites ; en effet, d’un côté, la rougeur dont nous parlons est bien loin d’être constante dans ces fièvres, et de l’autre, on l’observe le plus souvent chez des sujets qui pendant leur vie n’avaient point offert les symptômes des fièvres inflammatoires. Je conclus de la que l’inflammation des vaisseaux artériels ou veineux peut être occasionnée par l’altération du sang et par la violence de la réaction du système circulatoire qui caractérise ces fièvres, mais qu’elle ne préexiste point a celte réaction et par conséquent qu’elle en est l’effet, et non la cause.

On distingue la fièvre inflammatoire de la première période des fièvres éruptives en ce que ces dernières offrent certaines affections des membranes muqueuses, telles que le coryza, le larmoiement, l’angine, la toux, etc., qui n’existent pas dans

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les premières. La cardite , l’arlérite et la phlébite, avec lesquelles on pourrait aussi les confondre, sont ordinairement accompagnées d’une grande difficulté de respirer, d’une oppression précordiale et d’un état misérable de pouls qui suffisent pour les distinguer.

Pronostic. La fièvre inflammatoire sans complications est exempte de danger par elle-même, et se termine presque toujours d’une manière favorable; elle ne devient dangereu e que par les phlegmasies qui peuvent survenir dans son cours (et dans ce cas la gravité varie suivant l’organe qui s’est ainsi enflammé consécutivement), et par les hémorrhagies critiques qui pourraient avoir lieu dans des organes intérieurs et essentiels à la vie.

Traitement. La nature faisant tous les frais de la guérison de la plupart des fièvres inflammatoires, on doit se borner le plus souvent a la seconder par des moyens hygiéniques convenables : le malade sera mis dans un lit suffisamment ample, modérément couvert; la chambre devra être assez spacieuse, à une température de douze a quatorze degrés. Il devra être entouré de peu de personnes, et avoir l’esprit tranquille. On le privera de tout aliment solide ou liquide, et on lui fera boire à petits coups souvent répétés soit de l’eau simple, soit de l’eau acidulée avec du sirop de citron, de groseilles ou de mûres. Chez les enfants, qui sont souvent tourmentés par la faim, on peut permettre une petite quantité de soupe très-légère faite avec du riz, de l’orge ou de l’avoine cuites dans de l’eau avec un peu de beurre et de sel.

Lorsque les symptômes sont intenses, que le malade est robuste et pléthorique, qu’il est survenu des efforts hémorrhagiques incomplets, et surtout lorsque le cerveau, le poumon, le cœur, les vaisseaux ou les viscères abdominaux menacent de s’enflammer, il faut recourir a la saignée. J. Frank conseille de retirer aux adultes depuis neuf onces jusqu’à une livre de sang, et aux enfants autant de gros que d’onces aux premiers. Une seule émission sanguine suffit ordinairement pour faire cesser les symptômes alarmants ; on y reviendrait une seconde fois, si les phénomènes de congestion locale ou

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les craintes de phlegmasie persistaient avec trop d’intensité. Les sangsues ne conviendraient que dans ces dernières circonstances; mais comme il s’agit essentiellement de diminuer l’excitation générale du système circulatoire, la saignée est préférée par tous les bons praticiens. On secondera son effet par l'usage des boissons contenant un ou deux grammes de nitre par pinte de tisane. Les ventouses scarifiées sont utiles en ai tirant le sang du cœur et des gros vaisseaux vers la peau, mais il ne faut y recourir que chez les individus robustes.

On applique avec avantage , pour obtenir un effet révulsif, des cataplasmes de farine de graine de lin aux pieds; les sinapismes ne conviennent que lorsque le mouvement fébrile n’est pas trop violent. On combat la constipation par des lavements, soit d’eau tiède, soit de décoction d’eau de son, de graine de lin, de racine de guimauve, etc., auxquels on peut ajouter quelques cuillerées d’huile d’olive.

Vers le déclin de la fièvre, s’il survient de la moiteur ou de la sueur, on l’entretiendra en ayant soin que le malade ne se découvre pas, et en remplaçant sa boisson fraîche par une tisane tiède, telle que l’infusion de fleurs de sureau ou de tilleul.

Nous ne parlons pas ici du traitement des maladies qui peuvent compliquer la fièvre inflammatoire, parce qu’il en sera question dans les articles consacrés a ces maladies.

Fièvre bilieuse.

Définition. Celte fièvre est caractérisée par un pouls fort et fréquent, une chaleur âcre au toucher, l’amertume de la bouche, un enduit jaunâtre de la langue, une teinte légèrement jaune de la face, des nausées ou même des vomissements bilieux.

Causes. Causes prédisposantes. Ce sont : un tempérament bilieux, une constitution affaiblie, le téjour dans les prisons, les camps ou les armées, les climats très-chauds et humides, et surtout les pays marécageux ou situés sous les tropiques, les étés très-chauds.

PATHOLOGIE SPÉCIALE

Causes occasionnelles. Lorsque la constitution atmosphérique régnante est favorable â la fièvre bilieuse, celle-ci se développe sous l'influence d’un refroidissement, de l’abus des liqueurs alcooliques, de l’usage d’alimenls de mauvaise nature, d’écarts de régime, de violences extérieures, surtout exercées sur la tête, d’un exercice trop fort, d’un accès de colère et des peines morales. Elle succède très-souvent dans les pays chauds a l’embarras gastrique.

Cause prochaine. Elle consiste dans une sécrétion surabondante et morbide de la bile, qui pèche probablement non-seulement par sa quantité, mais encore par ses qualités. Celte polycholie fait supposer que les causes éloignées de la fièvre bilieuse ont principalement porté leur action sur le foie. Celte grande quantité de liqueur biliaire altérée s’amasse dans l’estomac et les intestins, sur lesquels elle agita la manière d'une sorte de poison • une certaine partie est absorbée, et passe dans le sang et les divers liquides sécrétoires, comme le prouvent les expériences de Meli.

La fièvre bilieuse est endémique ou épidémique dans les pays intertropicaux ou très-chauds ^ elle est presque toujours sporadique dans les climats tempérés.

Phénomènes précurseurs. Cette maladie peut débuter tout a coup-, mais le plus souvent ceux qui en sont menacés ont du dégoût pour les aliments, crachent plus que de coutume, ont de la céphalalgie, des lassitudes, des insomnies et quelquefois la plupart des signes d’un embarras gastrique.

Symptômes. L’invasion de la fièvre bilieuse a lieu par un frisson plus ou moins intense, quelquefois avec tremblement 5 vient ensuite une chaleur âcre et brûlante au loucher, accompagnée d’anxiété et de difficulté dans la respiration. Le pouls est fréquent, fort, développé, quelquefois faible 5 il y a en même temps anorexie complète, soif intense et désir des boissons acidulées; la bouche est amère, la langue est couverte d’un enduit blanchâtre ou jaunâtre-, humide d’abord, elle devient souvent sèche, du moins dans son milieu, avec des sillons longitudinaux-, il survient des nausées, des éructations, des vomituritions, des vomissements souvent accom-

FIEVRES

pngnés de tremblement de la lèvre inférieure. Les matières vomies sont verdâtres, porracées, âcres, de nature bilieuse, et laissent un sentiment d’ardeur dans la gorge. La région épigastrique est souvent tendue et douloureuse au toucher. Le malade est fréquemment tourmenté par des borborygmes et des douleurs vagues dans l’abdomen - il y a tantôt constipation et tantôt évacuation de matières liquides, bilieuses, trèsfétides. Les yeux sont souvent inondés de larmes, brillants et d'une teinte jaunâtre -, les joues sont marquées d’une rougeur foncée circonscrite; les ailes du nez et les côtés de la bouche sont pâles et nuancés d’un jaune verdâtre; la peau, ordinairement sèche, quelquefois humide, offre assez souvent une teinte jaunâtre, soit uniforme, soit disposée par taches, tantôt générale, et tantôt bornée à la face et aux mains; l'urine est épaisse, jumenteuse, d’un jaune safrané. Il y a une céphalalgie sus-orbitaire violente qui peut dégénérer en délire. Le sommeil est inquiet et agité, ou nul.

Marche. La fièvre bilieuse est ordinairement continue ou rémittente; celle-ci offre une rémission le matin, et un paroxysme le soir ou dans la nuit qui peut s’accompagner d’assoupissement ou de délire. Cette forme est si marquée, surtout dans les pays intertropicaux, où cette fièvre est endémique ou épidémique, que tous les médecins anglais qui l’ont décrite font désignée sous le nom de rémittente bilieuse.

Durée. La fièvre bilieuse dure ordinairement sept, dix, quatorze ou vingt et un jours.

Terminaisons. La fièvre bilieuse se termine ordinairement par une évacuation critique qui consiste en une sueur générale, en un vomissement ou une diarrhée bilieuse, en un épistaxis, une métrorrhagie, un flux hémorrhoïdal , une urine sédimenteuse. Celle qui est continue devient quelquefois rémittente ou intermittente. Dans les pays très-chauds, elle se termine souvent par la mort ; mais les auteurs anglais qui ont écrit sur la fièvre bilieuse inlertropicale ne nous ont pas laissé des détails assez précis pour déterminer si, dans ce cas, les malades succombent â la violence de la réaction générale ou a des affections locales qui viennent la compliquer. Il est

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certain, toutefois, que des hépatites et des dyssenteries peuvent survenir vers la fin de ces fièvres.

Lésions anatomiques. La fièvre bilieuse qu’on observe en France étant généralement sporadique et peu grave, nos compatriotes ont eu peu d’occasions d’ouvrir des cadavres, et de rechercher les altérations que cette fièvre laisse après elle. D’un autre côté, les médecins anglais qui exercent dans l’Inde ont trop négligé ce genre d'investigation pour nous diriger dans la rédaction de cet article. Le seul auteur qui nous fournisse quelques documents a cet égard est le docteur Meli, 'a qui nous devons la description d’une épidémie de fièvre bilieuse rémittente qui a régné en 1819 et 1820 à Castel lello sur le Tésin (Suite febbri biliose, Milano, 1822 et 1824). Voici les altérations observées par ce médecin sur les sujets qui ont succombé : le tissu adipeux de la peau contenait une sérosité jaunâtre; le foie était augmenté de volume; les vaisseaux lymphatiques étaient devenus en partie visibles, â cause de l’humeur jaune dont ils étaient injectés; les conduits biliaires étaient distendus par une bile visqueuse; la vésicule du fiel était dilatée avec épaississement de ses parois ; le système veineux abdominal était excessivement gonflé; la veine porte était doublée de volume ; son tronc paraissait avoir été le siège d’une inflammation profonde; ses parois étaient épaissies; sa membrane interne était ulcérée et détruite dans divers endroits, et cette altération s’étendait en plusieurs points jusqu’à la membrane fibreuse; cette tunique interne était tapissée d’une espèce d’albumine concrète, et sa cavité remplie de sanie et de caillots. Les veines hépatiques offraient aussi des caractères d’inllammation ; les artères du même nom étaient saines; la veine cave était pleine de concrétions et marquée de stries rouges; l’oreille droite du cœur renfermait des caillots polypiformes; les vaisseaux du cerveau étaient fortement injectés.

Diagnostic. On reconnaît l’existence de la fièvre bilieuse aux signes suivants : le malade a la bouche amère, la langue couverte d’un enduit jaunâtre ; il y a anorexie, soif, désir des boissons acides, nausées et souvent vomissements de matières

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bilieuses, teinte jaune des ailes du nez et des côtés de la bouche, chaleur âcre a la peau, pouls fréquent, céphalalgie sus-orbitaire.

Ces symptômes s’expliquent par la cause de la fièvre bilieuse. La bile, devenue plus abondante et probablement altérée dans ses qualité! par suite d’influences qui ont porté leur action sur le foie, s’accumule dans le duodénum, l’estomac et les intestins; une partie est absorbée et passe dans le sang ; de l'a une réaction générale de l’économie ayant principalement pour organes les parties le plus exposées â l’action irritante de la cause morbifique , c’est-à-dire le système digestif et l’appareil circulatoire; de là aussi la tendance de la nature à éliminer cette cause par les vomissements et la diarrhée. Celte théorie se trouve confirmée par les lésions observées par Méli sur les cadavres des sujets qui ont succombé à la fièvre bilieuse. Telles sont la distension de la vésicule et de tous les conduits biliaires par le fluide dont ils sont les réservoirs et les canaux , la couleur jaune des vaisseaux lymphatiques du foie , l’inflammation de la veine porte et de ses ramifications , etc. On conçoit que l’absorption d’une humeur aussi irritante et son mélange avec le sang du système veineux abdominal aient promptement donné lieu à l’inflammation de sa membrane interne.

De toutes les maladies qu’on pourrait confondre avec la fièvre bilieuse, l’hépatite est celle où l’erreur serait le plus facile. On l’en distinguera par une douleur locale ayant son siège dans l’hypocondre droit, s’étendant jusqu’à l’épaule du même côté, et ayant précédé les phénomènes fébriles, et en général par l’absence des symptômes bilieux que révèlent la bouche, la langue et l’estomac dans la fièvre qui nous occupe.

Pronostic. La fièvre bilieuse simple, telle que se présente ordinairement celle qui est sporadique , est exempte de danger lorsqu’elle est convenablement traitée. Il n’en est pas de même de celle qui règne épidémiquement ou endémiquement dans les pays très-chauds ; elle y fait de nombreuses victimes, lorsqu’elle est abandonnée à elle-même ou combattue

par les antiphlogistiques seuls. Elle est toujours grave lorsqu’il i. 11

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s’y joint des complications et surtout des symptômes indiquant une phlébite abdominale.

Traitement. Lorsque la fièvre qui nous occupe est simple, et que la nature a déjà procuré du soulagement en provoquant des évacuations bilieuses par le vomissement ou par les selles , il suffit ordinairement pour la guérir d’ordonner la diète et l’usage de la limonade au citron ou au sirop de groseille , ou de l’orangeade prise souvent et en petite quantité à la fois. Lorsque les évacuations sont milles ou incomplètes, il faut les exciter artificiellement, à moins qu’il n’existe des contre-indications manifestes, tels que seraient des symptômes d’inflammation de l’estomac. On provoque le vomissement avec dix ou quinze centigrammes d’émétique en dissolution dans un verre d’eau, ou bien avec l’ipécacuanha en poudre à la dose d’un gramme ou d’un gramme vingt-cinq centigrammes. On laisse ensuite reposer le malade jusqu’au jour suivant, après quoi on lui prescrit un purgatif doux, tel que l’eau de tamarin, à laquelle on peut ajouter deux gros de sulfate de soude, la casse, la manne en larmes à la dose de deux onces , etc. Après ces évacuations et l’amélioration qui en résulte, il faut laisser agir la nature , qui suffit seule pour amener la guérison.

Si les phénomènes de réaction circulatoire sont très-prononcés, la saignée est indiquée; si au contraire la tension et la douleur de la région épigastrique et de l’hypocondre droit sont considérables, la fièvre étant d’ailleurs modérée , il convient de faire une application de quinze à vingt sangsues sur le lieu douloureux chez les adultes. Quatre à huit de ces animaux suffisent chez les enfants ; mais il ne faut point oublier que cette soustraction locale de sang n’est convenable que dans les cas où il existe des signes d’inflammation gastrique, intestinale ou hépatique, et que la seule stimulation produite par la bile suffit le plus souvent pour occasionner de la douleur à l’épigastre et dans l’hypocondre droit sans qu’il y ait phlegmasie. Ces phénomènes locaux étant apaisés, on en viendra aux vomitifs et aux laxatifs, comme dans la fièvre simple, s’il existe encore des symptômes de surcharge bilieuse. Parmi les purgatifs, le calomel est singulièrement vanté par les médecins anglais,

FIÈVRES

qui lui accordent la préférence sur tout autre. L’eau froide en boisson est recommandée par Méli , après Galien , Celse , Cirillo et Frolilicli , comme moyen de modérer la violence des phénomènes fébriles.

Fièvre typhoïde.

Fièvre putride, adynamique, maligne, ataxique, muqueuse, ente’ro-mcsentérique ; dotliiuenthérie , gastro-eutérite , entérite folliculeuse.

Définition. La fièvre typhoïde consiste ordinairement en un ensemble de caractères physiologiques et anatomiques dont les principaux sont les suivants : la fièvre, la céphalalgie, la stupeur, le délire, un enduit fuligineux de la langue, des lèvres et des dents, la diarrhée, le météorisme, la prostration des forces, les soubresauts des tendons, des taches a la peau, des hémorrhagies et un exanthème intestinal ayant son siège dans les follicules de Brunner et de Peyer, qui sont tuméfiés ou ulcérés , avec gonflement des ganglions mésentériques voisins.

Causes. — Causes prédisposantes. Cette maladie peut attaquer tous les âges, mais elle est très-rare dans la vieillesse et surtout fréquente de dix-huit â trente ans. Elle choisit de préférence les personnes qui ont changé de pays et de climats. A Paris, le plus grand nombre des malades qui en sont atteints sont des individus arrivés depuis deux à trois mois, quelquefois depuis un an ou deux ans dans cette capitale.

On regarde généralement comme prédispositions â cette fièvre la misère , une nourriture insuffisante ou malsaine , des évacuations excessives, des débauches immodérées, des fatigues excessives, des affections morales tristes, la faiblesse occasionnée par des maladies antérieures; cependant il résulte des observations récentes de MM. Louis, Chomel, Andral, etc. , que ces causes sont loin d’être fréquentes, et que dans la majorité des cas les malades n’accusent aucune circonstance qu’on puisse regarder comme ayant concouru au développement de la maladie.

Causes occasionnelles. Il en est de ces causes comme des pré-

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cédentes ; le plus souvent il n'en existe aucune. Quelques individus attribuent leur mal a l’impression subite du froid pendant qu’ils avaient très-chaud, a un écart de régime, a un exercice forcé et excessif, etc. ; mais la rareté de ces influences montre bien qu’elles n’ont eu dans ces cas qu’une action bien secondaire, et que probablement la fièvre typhoïde se serait développée sans elles.

Contagion. MM. Bretonneau, Gendron et autres, ayant observé plusieurs épidémies où cette maladie s’était propagée entre des personnes qui avaient communiqué entre elles, la regardent comme contagieuse. Cette opinion est contraire a celle de la plupart des médecins des hôpitaux de Paris, où l’on ne voit point cette affection se transmettre, soit aux malades dont les lits avoisinent les individus atteints de fièvre typhoïde , soit aux médecins, aux élèves ou aux sœurs qui leur donnent des soins. Celte raison n'est pas concluante, attendu qu’il est impossible dans les hôpitaux d’avoir des renseignements suffisants sur ce qui a précédé l’entrée des malades.

Les faits de contagion évidente se sont tellement multipliés aujourd’hui qu’il est très-peu de médecins qui n’en aient vu des exemples, et qu’il est impossible de nier ce mode de propagation de la maladie. Il faut avouer cependant que cette fièvre peut aussi se développer spontanément, et que sa disposition à se transmettre par contact ou par infection est beaucoup moins prononcée que dans d'autres maladies, les fièvres éruptives par exemple.

La fièvre typhoïde n’affecte le même individu qu’une fois dans la vie-, elle est tantôt sporadique, tantôt épidémique.

Cause prochaine. La comparaison des symptômes avec les altérations anatomiques trouvées a l'ouverture des sujets et un grand nombre d’expériences faites sur les animaux tendent a prouver de plus en plus que les fièvres typhoïdes sont le résultat d’une altération septique du sang, soit spontanée, soit provoquée par un miasme spécifique. Il est vrai que l’aspect de ce fluide ne confirme pas entièrement cette opinion; en effet, s’il est incontestable que sur un certain nombre de cadavres on trouve ce fluide dans un état de liquidité , de dis-

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solution et d’altération manifeste, il n’est pas moins vrai que sur beaucoup d’autres le sang des individus morts de fièvre typhoïde ne présente pas de différence bien sensible avec celui des sujets qui ont succombé a d’autres maladies aiguës ou chroniques; mais nous ne devons pas oublier que le sang se décompose avec une grande promptitude lorsqu’il est privé de la vie , et que rien n’est trompeur comme l’aspect extérieur pour déterminer les altérations que peut avoir éprouvées un liquide aussi composé et encore vivant; nous pouvons en dire autant des expériences chimiques; jusque aujourd’hui elles nous ont appris bien peu de chose sur les altérations des fluides et du sang en particulier.

Mais lorsqu’on remarque que l’odeur fétide des évacuations ainsi que la tendance a la gangrène sont manifestes dans un assez grand nombre de fièvres typhoïdes, qu’on rencontre fréquemment des traces de mortification dans les follicules muqueux du canal intestinal et quelquefois dans les poumons et dans d’autres organes, que les escarres au sacrum y sont assez communes, que la putréfaction des cadavres est beaucoup plus prompte qu’a la suite d’autres maladies, on est déjà très-porté à soupçonner une altération septique du sang dans ces affections. Ce soupçon acquiert une grande probabilité par les résultats des expériences faites sur les animaux. M. Gaspard a injecté des matières animales ou végétales en putréfaction dans les veines d’un grand nombre de chiens. Ces animaux n’ont pas tardé à présenter tous les symptômes des fièvres typhoïdes : les uns ont guéri après avoir éprouvé des évacuations putrides abondantes; les autres ont succombé, et 1 examen de leurs cadavres a offert tantôt des taches noirâtres des poumons, une rougeur et un aspect hémorrhagique de la membrane muqueuse de l’intestin grêle, des follicules altérés, etc., et tantôt un état normal de la plupart des organes. M. Gendrin a répété les mêmes expériences sur deux chiens, en introduisant dans les veines de ces animaux du sang dont une partie avait été extraite par la saignée d’un indi\idu atteint de fièvre putride, et dont l’autre partie profilait d une épistaxis qu’avait eue le même malade. Il en ré-

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sulta, comme dans les expériences de M. Gaspard, des phénomènes de fièvre typhoïde, qui firent promptement périr ces animaux • leur cadavre n'offrit aucune lésion du tube digestif; le sang était noir et liquide, les poumons étaient parsemés d’ecchymoses et de taches noires. Nous croyons donc que la fièvre typhoïde reconnaît comme cause prochaine une altération du sang, spontanée ou produite par un miasme contagieux.

Phénomènes précurseurs. L’invasion de la fièvre typhoïde a lieu tout a coup, ou bien est précédée de lassitudes spontanées, d’un sentiment de pesanteur générale, de céphalalgie obtuse , de somnolence , de douleurs vagues dans les membres, etc.

Symptômes. — Première période. La maladie débute ordinairement d’une manière assez violente par des frissons accompagnés de tremblements, de mal de tête, de fatigue, d’anorexie , de soif. Dans un grand nombre de cas, il se joint à ces symptômes des épistaxis, quelques douleurs de ventre et de la diarrhée. La chaleur succède aux frissons, qui cependant se renouvellent souvent pendant les premiers jours et ont une durée assez courte. La chaleur devient ensuite permanente, forte et sèche; le pouls, qui était petit et fréquent pendant le froid, devient plus développé et augmente encore de fréquence. Les malades éprouvent une grande faiblesse qui n’est point d’accord avec les autres phénomènes de la maladie, peu graves en apparence ; ils ont de la somnolence et des éblouissements.

Ces symptômes acquièrent promptement plus d’intensité, et il ne tarde pas h en survenir plusieurs autres qui dénotent une perturbation générale et profonde des fonctions de l’organisme. La face prend un air d’étonnement et comme de stupeur, les yeux sont injectés, luisants, la vue est souvent trouble et confuse ; il survient fréquemment des bourdonnements d’oreilles, une certaine dureté d’ouïe qui peut dégénérer en une espèce de surdité, des saignements de nez qui n’amènent aucun soulagement. La céphalalgie est ordinairement vive, Ja figure abattue. La somnolence qui existait

FIÈVRES

dès les premiers temps augmente et devient presque habituelle 5 elle est ordinairement peu profonde. Les malades en sortent facilement lorsqu’on les interroge-, mais ils y retombent bientôt après. Leurs réponses sont lentes, par monosyllabes , et indiquent une apathie et une indifférence complètes, en même temps qu’une grande faiblesse des facultés intellectuelles. Il survient assez souvent du délire dont le caractère et l’intensité sont très-variables. Tantôt il est léger, tranquille, taciturne et n’arrive que pendant la nuit, tantôt il est habituel, agité et mêmfr violent, et dans ce cas on est obligé d’attacher les malades dans leur lit a l’aide de la camisole de force. Il survient chez certains individus des mouvements convulsifs des muscles des lèvres, des joues, de la mâchoire, des membres supérieurs et même inférieurs, d’où résultent des soubresauts dans les tendons, de la carphologie, quelquefois une contraction permanente. Les forces sont abattues. Langue blanchâtre, peu humide, collante ; soif vive, anorexie, souvent nausées ou vomissements de matières verdâtres ; abdomen sonore â la percussion , douloureux à la pression , surtout â la fosse iliaque droite , qui fait entendre du gargouillement; selles fréquentes, liquides et jaunâtres; rate volumineuse; pouls fréquent (plus de cent pulsations par minute), mou ou résistant; peau chaude et sèche, toux légère avec quelques crachats grisâtres, râles sibilants et muqueux dans divers points de la poitrine ; insomnie ou sommeil troublé par des rêves fatigants.

A la fin de cette période ou au commencement de la deuxième (du cinquième au douzième jour)., il paraît sur la peau du ventre, quelquefois de la poitrine ou des membres, des taches rosées lenticulaires, qui disparaissent sous la pression du doigt, durent quelques jours et s’effacent; mais elles sont parfois remplacées par d’autres qui se montrent pendant quelque temps et suivent la même marche.

Deuxième période. Tous les symptômes s’aggravent, à l’exception delà céphalalgie, qui se calme ordinairement : air de stupeur plus prononcé , prostration plus considérable des forces , traits de la face immobiles, surdité; tantôt état de somno-

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lencc ou de comavigil, tantôt délire. Celui-ci peut être léger, passager, fugace et calme, ou continu et agité, et même furieux. C’est alors surtout que surviennent les soubresauts des tendons, la carphologie et les autres phénomènes convulsifs qui sont rares dans la première période.

Dans cette période, la langue est rouge, sèche, souvent tremblante et fendillée-, elle se couvre d’une matière grisâtre, collante, qui devient ensuite brunâtre ou noirâtre et qui enduit en même temps les gencives et les dents ; c’est ce qu’on appelle état fuligineux. La soif est moins vive, la déglutition est quelquefois gênée, les vomissements continuent ou cessent, les selles sont plus ou moins fréquentes, fétides, très-souvent involontaires 5 elles sont quelquefois sanguinolentes ou même entièrement composées de sang noirâtre, coagulé et abondant, ce qui constitue de véritables hémorrhagies intestinales. L abdomen se météorise, et sa tuméfaction, qui est modérée chez certains sujets, devient extrêmement considérable chez d’autres, résonne comme un tambour et gêne beaucoup la respiration. Chez plusieurs malades, l’excrétion de l’urine n’a pas lieu , parce que la vessie est paralysée.

Le pouls est fréquent, petit, mou, dépressible, parfois irrégulier et inégal , quelquefois filiforme. La peau est chaude et sèche, quelquefois moite ou couverte de sueur; elle offre chez la plupart des malades, indépendamment des taches roses dont j’ai parlé plus haut, des sudamina et des pétéchies. Les sudamina sont de petites vésicules transparentes, nombreuses et confluentes, difficiles 'a apercevoir, qui se développent surtout aux aines, aux aisselles et au cou. Les pétéchies sont de petites ecchymoses brunâtres et arrondies, plus rares que les taches et les sudamina. On observe encore chez quelques malades des érysipèles, des vergetures, ou d’autres éruptions anormales. La prostration des forces continue a faire des progrès; les malades, qui faisaient peu de mouvements depuis l’origine de la fièvre (excepté dans les cas de délire agité), finissent ordinairement par n’avoir plus la force de se remuer ; ils restent habituellement couchés sur le dos, les bras étendus sur les parties latérales du corps,

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immobiles et se laissant déplacer comme s'ils étaient sans vie. Vers la fin de cette période, la peau du sacrum et quelquefois celle des trochanters et des coudes, habituellement comprimée par le poids du corps, rougit, s'excorie et se change en une escarre noire plus ou moins étendue ; les vésicatoires, lorsqu'il y en a, deviennent livides, donnent un pus de mauvaise nature et sont quelquefois frappés eux-mêmes de gangrène. 11 survient chez quelques malades des gonflements des glandes parotides avec ou sans soulagement des autres symptômes.

Troisième période. Tous les symptômes s'aggravent encore; les traits de la face prennent le cachet particulier qu’on appelle figure hippocratique, le pouls devient si petit et si faible, qu'on le sent a peine; la respiration devient difficile, la peau est humectée par une sueur visqueuse et froide. Les malades succombent enfin dans un état de coma.

Lorsque, au contraire, les malades doivent guérir, il est rare qu'ils parviennent a cette période. La stupeur et les autres symptômes cérébraux diminuent d'abord , la langue devient humide, la bouche se nettoie; le délire et le coma disparaissent. Peu a peu tous les accidents cessent, avec ou sans phénomènes critiques.

Marche. La marche de la maladie est toujours continue, souvent accompagnée de redoublements vers le soir ; elle offre dans son cours des variétés nombreuses, tant sous le rapport du nombre et de l’intensité des symptômes que sous celui de leur origine et de leur succession. Lorsqu’elle est grave, ce qui arrive le plus souvent, elle présente l’ensemble de phénomènes que nous venons de décrire. Il arrive assez souvent qu’il n’y a ni diarrhée, ni douleurs de ventre pendant la première période de la maladie, et que ces phénomènes ne se manifestent qu’après cinq a huit jours ; chez un petit nombre de malades, l’adynamie et la plupart des symptômes graves n’existent pas; la fièvre paraît sans danger jusqu'à ce qu’il se montre quelque phénomène redoutable qui ne laisse plus aucun doute sur le diagnostic de la maladie. On remarque assez ordinairement la prédominance de certains symptômes ; chez

quelques malades , ce sont l’intensité de la fièvre , de la chaleur, et de la réaction du système sanguin ; chez d’autres , l’assoupissement, l’affaissement , la prostration, la tendance a la gangrène et aux hémorrhagies 5 chez d’autres encore le délire , les phénomènes spasmodiques, etc.

Formes de la fièvre typhoïde. C’est d’après cette prédominance, qu’on a admis cinq formes a la fièvre typhoïde : la forme inflammatoire , la forme bilieuse , la forme muqueuse, la forme adynamique et la forme ataxique. Dans la forme inflammatoire, le pouls est plein, la chaleur vive, la peau injectée, l’urine rouge , symptômes bientôt remplacés par ceux d’une autre forme. Dans la forme bilieuse, la bouche est amère, la langue a une teinte jaunâtre, il y a des nausées et des vomissements. Dans la forme muqueuse , la fièvre est modérée , et Ton remarque un état catarrhal des principales membranes muqueuses. Dans la forme adynamique , qui est la plus commune de toutes et souvent primitive, il y a stupeur très-forte, prostration extrême des forces, coma, petitesse du pouls, déjections fétides, hémorrhagies et escarres. Enfin dans la forme ataxique ou maligne , on observe plus particulièrement comme symptômes prédominants, le délire, l’agitation, la carphologie, les soubresauts des tendons et d’autres phénomènes spasmodiques.

Sous le rapport de l’intensité des symptômes , on divise encore les fièvres typhoïdes en bénignes, moyennes et graves.

Durée. La fièvre typhoïde se termine quelquefois au bout de huit jours 5 elle peut se prolonger jusqu’à soixante et au delà. Sa durée moyenne varie de vingt et un à trente-deux jours, mais elle est difficile à déterminer d’une manière précisera cause de l’ignorance où l’on est souvent du jour où elle a commencé.

Terminaisons. Elle se termine par la mort ou la guérison ; mais les proportions de l’une et de l’autre de ces issues varient suivant la constitution atmosphérique et le traitement employé. Il y a des époques où le tiers et même la moitié des malades succombent; dans d’autres circonstances plus heureuses, le nombre de ceux qui survivent peut s’élever aux neuf dixièmes et au delà, sans qu’il soit toujours facile de faire la part du médecin ou celle de la nature dans ces résultats favorables.

Lorsque la mort survient, elle arrive tantôt après un affaissement général et graduel des fonctions et au milieu d’une perte de connaissance peu ancienne, tantôt après un état comateux qui dure depuis longtemps. Dans d’autres circonstances, elle est l’effet d’une véritable complication, d’une perforation de l’intestin grêle, suivie de tous les symptômes d’une péritonite violente et promptement mortelle.

Lorsque la maladie se termine par la guérison , les symptômes graves, tels que la somnolence, le délire, le météorisme, diminuent graduellement et cessent bientôt -, les selles liquides deviennent moins fréquentes 5 la langue, les gencives et les dents se nettoient de l’enduit qui les recouvrait 5 la face perd cet aspect d’étonnement et de stupeur qu’elle présentait 5 les facultés reviennent a leur type normal, ce qu’on reconnaît aux réponses du malade et a la part qu’il prend aux personnes et aux choses environnantes. Cette amélioration coïncide assez souvent avec divers phénomènes critiques, : savoir une urine trouble avec un sédiment cendré, des déjections alvines de matières liées et homogènes, des sueurs abondantes et générales qui se font surtout remarquer la nuit, des abcès qui peuvent se former dans diverses régions du corps, des inflammations des glandes parotides, etc.

La convalescence est toujours longue. Les malades sont trèsmaigres et très-faibles et reprennent lentement, malgré l’appétit qui les tourmente. Quelques-uns conservent encore pendant un certain temps un trouble léger de l’intelligence, d’autres de la surdité, une disposition à l’œdématie des extrémités inférieures, etc.

Aussi les rechutes sont-elles h craindre, soit qu’elles surviennent sans cause apparente , soit qu’elles succèdent, ce qui est le plus ordinaire, à des écarts de régime.

Complications. La fièvre typhoïde se complique de pneumonie chez un sixième environ des malades. Les autres complications qu’on observe le plus souvent sont l’otite, l’érysipèle 'a la face, les hémorrhagies intestinales, les péritonites, suites de perforation intestinale. Ce dernier accident, toujours promptement mortel, survient une ou deux fois sur cent cas.

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Lésions anatomiques. Parmi ces lésions, les unes sont extrêmement fréquentes, les autres assez rares.

Les premières sont celles qui ont leur siège dans l’appareil digestif; elles ont lieu au moins quatre-vingt-dix-huit fois sur cent. Elles consistent quelquefois, mais très-rarement, dans une simple injection vasculaire de la membrane muqueuse intestinale dont les degrés sont très-variés, et presque toujours dans des altérations des follicules muqueux, solitaires ou agminés de l’intestin grêle, connus sous les noms de glandes de Peyer et de Brunner, auxquelles se joint une lésion des ganglions mésentériques correspondants et de la rate.

Ces altérations se présentent sous forme d’exanthème, d’ulcérations et de perforations.

\° État exanthématique. Les plaques de Peyer, situées dans la dernière moitié , ou mieux dans le cinquième inférieur de l’intestin grêle, font une saillie elliptique et ovalaire de quelques lignes au-dessus du niveau de la membrane muqueuse; elles ont une couleur rouge, blanche, grise, jaunâtre , noirâtre ; dans ce dernier cas , elles ont l’aspect de petites escarres : elles sont tantôt très-molles, tantôt fermes et plus consistantes que la membrane muqueuse. En même temps, dans le tiers ou le quart des cadavres, les follicules solitaires ou de Brunner, principalement ceux qui occupent la fin de l’iléum dans le voisinage du cæcum, sont tuméfiés et offrent la forme de boutons isolés les uns des autres, conoïdes, de couleur rouge, blanche ou grise , dont le sommet est ordinairement percé d’un petit orifice par où la pression fait sortir une très-petite quantité d’une humeur grisâtre ou blanchâtre. Les plaques et les boutons que nous venons de décrire présentent dans leur ensemble l’apparence d’un exanthème qui ressemble a la variole. Quant au nombre des plaques et des boutons, il est extrêmement variable, souvent très-considérable, d’autrefois trèsrare.

Dans les intervalles des follicules malades, la membrane muqueuse est tantôt blanche, pâle et sans aucune altération, tantôt injectée et d’une consistance moins ferme que dans son état ordinaire.

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2° Ulcérations. Elles résultent de la destruction, par la gangrène ou autrement, des follicules solitaires ou agminés. Elles occupent ordinairement le côté de l’intestin opposé a l’attache du mésentère et ont surtout leur siège dans la partie de l’iléum voisine du cæcum. Elles sont arrondies ou ovalaires, d’une étendue variable, quelquefois a peine de la largeur d’une lentille, d’autres fois fort larges et longues d'un ou plusieurs pouces. Leur surface est tantôt rugueuse, rouge, grisâtre, jaunâtre, brunâtre ou noire, tantôt blanche, pâle et unie. Elle est constituée, suivant la profondeur de la perte de substance, par la membrane musculeuse, le tissu cellulaire ou le péritoine 5 dans ce dernier, une cause très-légère suffit pour produire une perforation complète de l’intestin. Le nombre des ulcérations intestinales est extrêmement variable. Ces solutions de continuité sont susceptibles de se terminer par cicatrisation , terminaison dont les autopsies n’offrent que des exemples bien rares, par la raison, sans doute, que les individus chez lesquelles elle a lieu ne succombent pas. Dans ces cas, on trouve les bords de l’ulcère affaissés et sa surface couverte d'un feuillet extrêmement mince , qui se continue avec les bords et qui contraste par sa ténuité et sa pâleur avec la membrane muqueuse.

3° Perforations . Elles sont le résultat des ulcérations que nous venons de décrire 5 elles arrivent lorsque la perte de substance s’étend aux trois membranes de l’intestin grêle. Leur siège n’a rien de bien fixe, et peut se rencontrer partout où existent des ulcérations 5 mais comme ces dernières occupent le plus souvent les environs de la valvule iléo-cœcale, c’est la aussi que les perforations arrivent le plus fréquemment. Cette terminaison est promptement suivie d’une péritonite mortelle-, heureusement elle est assez rare, en la comparant au nombre total des malades atteints de fièvre typhoïde.

4° Lésions des ganglions mésentériques. Les ganglions mésentériques qui répondent aux plaques de Peyer altérées sont tuméfiés, rouges, épaissis, souvent ramollis.

5° Gonflement de la rate. Dans presque tous les cas, la rate est beaucoup plus grosse que dans l’état sain, assez souvent

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quadruplée ou quintuplée de volume, ramollie a divers degrés et quelquefois difïluente.

Les altérations de l'appareil digestif décrites plus haut, malgré leur extrême fréquence, ne sont cependant point constantes dans les fièvres typhoïdes. MM. Martinet 1 2 , Louis % Bouillaud 3 4, Andral % Dalmas, Neumann, Allison 5 ont rapporté quelques cas où le canal alimentaire était parfaitement sain.

Les lésions suivantes sont beaucoup plus rares ; nous allons les indiquer d’après M. Louis, qui les a décrites avec beaucoup plus de précision qu’on ne l’avait fait avant lui. Dans le sixième des cas, cet auteur a trouvé des ulcérations dans l’oesophage et le pharynx, des fausses membranes et une infiltration purulente dans le tissu cellulaire sous-muqueux de ce dernier organe. La membrane muqueuse de l’estomac était tantôt saine, tantôt ramollie et amincie, d’autres fois mamelonnée et altérée dans sa couleur avec ramollissement, ulcérée dans un très- petit nombre de cas. La membrane muqueuse du gros intestin était souvent ramollie ; elle était plus ou moins rouge dans la moitié des cas, de couleur naturelle dans l’autre moitié ; elle offrait un petit nombre d’ulcérations superficielles chez un tiers des sujets. Le foie et le cœur étaient ramollis chez la moitié des sujets, sains chez les autres. La tunique interne de l’aorte avait une couleur d’un rouge clair dans presque tous les cas où le cœur était mou.

Les poumons, sains dans un tiers des cadavres, étaient splénisés ou hépatisés dans les deux autres tiers dans une étendue ordinairement peu considérable. La substance corticale du cerveau était plus ou moins rouge ou rose chez plus d’un tiers des sujets; la médullaire était légèrement injectée dans la plupart des cas; la masse cérébrale offrait beaucoup

1 Bibliothèque médicale, t. LXVI.

2 Recherches sur la maladie connue sous le nom de gastro-entérite, fièvre typhoïde, etc.

3 Traité des fièvres.

4 Clinique médicale , t. III.

5 Ibid., p. 455.

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de mollesse dans un septième des cas environ. Je passe sous silence quelques autres lésions que M. Louis a rencontrées beaucoup plus rarement.

M. Louis, ayant comparé les lésions trouvées a l’ouverture des sujets morts de fièvre typhoïde aux lésions observées par lui chez un nombre égal d’individus qui avaient succombé h toute sorte de maladies aiguës, a remarqué qu’à l’exception des altérations des follicules de Peyer et de Brunner, du gonflement des ganglions mésentériques et de la rate, des ulcérations du pharynx, de l’œsophage et du gros intestin (lésions qui lui paraissent propres aux fièvres typhoïdes), toutes les autres altérations anatomiques existent également à la suite des affections aiguës terminées par la mort.

Quoique tout tende a prouver que le sang est altéré dans la lièvre typhoïde, il faut avouer cependant qu’on ne connaît encore aucune altération qui soit tout à fait propre à cette maladie. On le trouve souvent diflluent, ayant un aspect caiilebotlé ou sirupeux-, mais cet état n’est pas constant. Les recherches chimiques n’ont rien appris non plus de positif sur les changements qu’éprouve ce liquide dans la fièvre qui nous occupe.

Diagnostic. — 1° Signes caractéristiques. La fièvre typhoïde n’a point de signe pathognomonique; on la reconnaît en général à la réunion des caractères suivants : la maladie a débuté, ordinairement sans cause appréciable, par un frisson assez intense, suivi de céphalalgie, d’accélération du pouls, de chaleur sèche, d’anorexie, de soif, de douleurs de ventre et de diarrhée. 11 est bientôt survenu une faiblesse considérable nullement en rapport avec les autres symptômes, des taches roses lenticulaires qui se sont manifestées du sixième au douzième jour sur l’abdomen et la poitrine, des bourdonnements d’oreilles, un peu de somnolence et de stupeur, souvent des épistaxis. Un peu plus tard on a observé la fuliginosité de la langue, des gencives et des dents, le météorisme, l’assoupissement, le délire, la prostration, les escarres au sacrum, les soubresauts des tendons, etc.

Tels sont les phénomènes dont l’ensemble caractérise d’une

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manière certaine la fièvre typhoïde; quand ils se rencontrent chez le même individu, il ne peut exister aucun doute sur le diagnostic; mais il n’en est pas toujours ainsi; un plus ou moins grand nombre peuvent manquer et jeter du doute sur le caractère de la maladie. C’est ainsi que quelques individus n’ont jamais de diarrhée, ou n’en ont qu’a une époque déjà avancée de l’affection ; d’autres n’éprouvent pas une faiblesse considérable, du moins dans les premiers temps; d’autres n’ont jamais de délire ou de taches lenticulaires. Mais dans les cas où quelques-uns des symptômes principaux n’existent pas, l’ensemble de ceux qui se présentent et la manière dont ils se sont succédé suffisent pour caractériser la maladie après cinq a six jours de durée.

On reconnaît l’existence d’une péritonite suite de perforation intestinale a une excessive sensibilité de l’abdomen, à des douleurs très-vives provoquées par la plus légère pression, aux vomissements, à un pouls petit et extrêmement fréquent, a la figure grippée et a tous les autres signes qui caractérisent l’inflammation du péritoine.

2° Rapport des symptômes avec les lésions anatomiques. Les altérations que nous avons décrites plus haut sont-elles la cause des symptômes observés pendant la vie, ou bien sont-elles les effets de la réaction générale de l’organisme qui constitue la fièvre typhoïde? Telles sont les deux importantes questions agitées depuis vingt ans parmi les médecins et diversement résolues.

Remarquons d’abord que parmi ces lésions il en est qui, ne se présentant que dans la moitié des cas environ , ou beaucoup plus rarement, ne peuvent nullement, en bonne logique, être considérées comme causes des dérangements fonctionnels. Restent les altérations extrêmement communes, comme celles qui ont leur siège dans les follicules de Feyer et de Rrunner, dans les ganglions mésentériques et dans la rate, Mais ces lésions ne peuvent pas encore être regardées comme causes, par trois raisons : 1° malgré leur extrême fréquence, elles ne sont pas constantes, et nous avons cité plus haut plusieurs faits de fièvre typhoïde bien caractérisée, observés par des

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médecins instruits , et dans lesquels l’autopsie n’avait révélé aucune lésion de l’appareil digestif 5 2° dans les expériences faites sur les animaux avec des matières putrides injectées dans les veines, on a déterminé, comme nous l’avons vu plus haut, tous les phénomènes propres a cette maladie; mais tantôt le canal intestinal offrait les mêmes lésions a peu près que la fièvre typhoïde, tantôt il n’en présentait aucune; 3° dans les cas si communs, où l’on trouve des altérations des follicules muqueux de l’iléum et des ganglions mésentériques, l’intensité de ces altérations n'est pas toujours en rapport avec la gravité des symptômes. C’est ainsi qu’on voit des malades succomber à des lièvres typhoïdes très-violentes, et dont les cadavres ne montrent qu’un très-petit nombre de follicules altérés, tandis que d’autres individus, qui n’offraient que des symptômes assez légers, avaient des altérations profondes de l’intestin grêle. Nous devons conclure de ces faits et de plusieurs autres, qu’il serait trop long d’exposer, que les lésions anatomiques les plus fréquentes, comme les plus rares, sont des effets et non la cause des fièvres typhoïdes. Voici maintenant comment nous expliquons la génération et le développement de ces maladies.

3° Pathogénie. Une matière septique, spécifique, miasmatique ou non miasmatique, venue du dehors, ou développée spontanément dans l’organisme sous l’influence de causes peu connues, produit tout a coup une altération du sang. Ce fluide vicié est porté dans tous les organes par le mouvement circulatoire; il agit d’abord sur le cœur et sur les vaisseaux, et ensuite sur tous les systèmes organiques d’une manière anormale et toute différente de celle qui a lieu lorsqu’il est sain; il en résulte une réaction générale que chaque organe exprime à sa manière : la fièvre, la somnolence, la stupeur, le délire, les spasmes, la diarrhée, la toux, etc., sont les phénomènes par lesquels se décèlent les réactions du cœur, du cerveau, du canal intestinal, des poumons, etc. La nature tend, dans cette maladie comme dans toutes les autres, surtout celles où le sang est altéré, a éliminer la cause morbifique, en la poussant vers les organes qui sont les émonctoires de l’économie, 1. 12

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c’est-a-dire la peau et l’appareil digestif 5 cette tendance se manifeste par les éruptions variées, dont les téguments sont le siège après les six a dix premiers jours de la maladie, par les abcès qui se forment quelquefois dans le tissu cellulaire sous-cutané ou intermusculaire, par les épistaxis si communes dans cette affection, par la diarrhée, l’altération des follicules de Peyer, les hémorrhagies intestinales, etc. Mais le plus souvent cette tendance n’est nullement suivie d’un résultat salutaire a cause de l’intensité de l’altération du fluide vital. Les parties les plus viciées de ce fluide, au lieu d’être expulsées par les selles, enflamment les ganglions mésentériques , et les follicules de Peyer et de Brunner, qui sont fréquemment frappés de gangrène dans quelques parties de l’intestin grêle; elles produisent à la peau les taches rosées, les pétéchies, les érysipèles, les escarres du sacrum, et quelquefois des vésicatoires; elles dilatent et ramollissent la rate, hépatisent ou splénifient les poumons, etc. Toutes les lésions trouvées a l’ouverture des cadavres sont ainsi expliquées par la réaction générale de l’organisme, suite de l’altération du sang. Si la nature parvient à purifier ce fluide, en éliminant le poison qui l’infecte, le malade finit par guérir après une longue lutte contre la matière morbifique; si ses efforts sont impuissants, la mort est le résultat de ce combat organique.

4° Maladies qu’on pourrait confondre avec la fièvre typhoïde. Parmi les affections qu’on pourrait confondre avec cette fièvre, nous n’en citerons que deux : la fièvre inflammatoire et l’entérite, toutes les autres ayant des caractères si différents qu’un médecin instruit ne s’y laissera point tromper.

La fièvre typhoïde débute quelquefois avec des symptômes de réaction de l’appareil circulatoire si prononcés, que l’on peut facilement les confondre avec ceux de la fièvre inflammatoire; c’est ce qui arrivait fréquemment autrefois, et ce qui faisait dire a beaucoup d’auteurs que cette dernière maladie, lorsqu’elle était mal traitée , dégénérait en fièvre adynamique. Mais la confusion n’est possible que pendant les premiers jours et dans les cas où la fièvre typhoïde n’est point encore accompagnée de diarrhée ni de grande fatigue. La prostration, les

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éruptions cutanées, la somnolence, la stupeur, etc., ne permettent bientôt plus de se tromper sur le caractère de cette fièvre.

L’entérite n’est pas moins facile à distinguer de l’affection qui nous occupe. A part la diarrhée, quelquefois la fièvre et un certain degré de fatigue qu’éprouvent les malades , tous les autres phénomènes sont différents. L’une est une maladie peu grave , qui se termine presque toujours d’une manière heureuse ^ l’autre présente ordinairement dès son début un ensemble de symptômes redoutables, tels que l’altération des fonctions cérébrales , l’atteinte profonde des forces, etc.

Pronostic . La fièvre typhoïde est toujours une maladie redoutable , mais dont le danger varie suivant les constitutions atmosphériques et sans doute aussi suivant les traitements employés. Sous ce rapport, les résultats obtenus dans ces derniers temps parles médecins qui se sont occupés de cette affection sont très-différents les uns des autres. Les uns ont perdu jusqu’à un tiers des malades qu’ils ont soignés , les autres depuis un quart jusqu’à un dixième et même moins; celte différence tient non-seulement aux traitements employés et aux influences atmosphériques, mais encore à la confusion introduite dans la science par certains médecins pour lesquels un embarras gastrique, une fièvre simple sont des fièvres typhoïdes.

Le pronostic de ces affections est fâcheux , lorsque l’adynamie est très-considérable, qu’il y a des déjections alvines noires et involontaires, des hémorrhagies abondantes , un état comateux, des soubresauts des tendons. M. Louis n’a vu guérir aucun des malades qui avaient des contractions permanentes des muscles dans certaines régions du corps. Le hoquet, les escarres au sacrum , la gangrène des vésicatoires sont également des signes du plus mauvais augure.

Traitement. La fièvre typhoïde est une des maladies dont le traitement est le plus incertain, malgré les essais d’un grand nombre de médecins anciens et modernes. La discussion qui s’éleva en 1837 , dans le sein de l’Académie de médecine, entre plusieurs praticiens recommandables, a laissé la

question presque aussi obscure et aussi douteuse qu’aupara-

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vaut. On vit tour à tour les partisans des diverses méthodes invoquer des succès appuyés par des chiffres en faveur des moyens les plus opposés, tels que la saignée, les purgatifs, l’expectation, etc. En lisant cette discussion, on est frappé de deux choses : 1° la plupart de ceux qui sont venus faire part a cette société savante des résultats de leur pratique étaient imbus de l’idée qu’il n’y a qu’une seule espèce de fièvre, la fièvre typhoïde , confondant ainsi sous le même nom les véritables fièvres typhoïdes, les fièvres inflammatoires, les fièvres bilieuses et jusqu’au simple embarras gastrique ; 2° afin de rendre leurs essais plus clairs et leurs conclusions plus faciles, ils se sont bornés 'a faire usage d’un seul moyen, quels que fussent d’ailleurs l’intensité et le caractère de chaque fièvre en particulier qu’ils avaient a traiter ; il en résulte que les résultats des uns et des autres ne sont nullement comparables. Voici ces résultats, qui, en les prenant tels qu’ils sont, offrent cependant un avantage marqué en faveur d’une de ces médications, les purgatifs. Mais avant de les faire connaître , nous devons indiquer ceux auxquels étaient arrivés les médecins qui ont publié depuis une dizaine d’années des ouvrages sur cette maladie.

M. Andral a publié dans sa Clinique médicale cent vingt-quatre cas de fièvre typhoïde-, sur ce nombre de malades, soixantedix ont succombé, c’est-à-dire plus de la moitié. Soixantequatorze avaient été traités par les évacuations sanguines , trente-cinq moururent - dix avaient été purgés, morts neuf 5 quarante avaient pris des toniques, morts vingt-six.

MM. Chomel et Louis 1 ont soigné à l’hôpital de la Charité, de 1822 à 1827, cent trente-huit individus atteints de cette maladie-, cinquante ont succombé; c’est un peu plus d’un sur trois. Leur traitement consistait en une ou deux saignées faites dans les dix premiers jours, dans l’usage de boissons délayantes, et pour quelques cas dans l’emploi des toniques et des vésicatoires.

Ces résultats sont déplorables. Ceux qu’on a rapportés à

1 Recherches sur la fièvre typhoïde , par M. Louis. Paris, 1829.

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l’Académie de médecine dans la discussion sur la lièvre typhoïde sont beaucoup moins défavorables, comme on va le voir.

Emploi des purgatifs. M. de Larroque, après Stoll et beaucoup d’autres auteurs, a traité cent malades exclusivement par les purgatifs. Ï1 n’en a perdu que dix, ce qui fait un dixième pour la mortalité. Ce médecin est arrivé a cette médication en partant de l’idée purement théorique que la maladie dépend d’une accumulation dans les intestins d’une bile altérée qui peut enflammer et ulcérer sa membrane muqueuse -, de la l’indication des évacuants qu’il emploie de la manière suivante : au début, il administre un a deux grains de tartre slibié, qu’il prescrit, quelle que soit la forme de la maladie, quel aussi que soit l’aspect de la langue, qu’elle soit sèche ou humide, rouge ou pâle, etc. Le jour qui suit le vomitif, M. de Larroque commence â donner une bouteille d’eau de Sedlilz, et il la répète tous les jours tant que dure l’état fébrile. Si les malades s’en dégoûtent, il lui substitue d’autres purgatifs, comme la crème de tartre, le calomel, l’huile de ricin. Vers la lin de la maladie, lorsque l’état fébrile a disparu â peu près complètement, M. de Larroque, dans l’intention de relever les forces abattues, prescrit quelques toniques, et il n’attend pas trop longtemps pour permettre des aliments. Dans tout le cours de la maladie, la boisson ordinaire est de la limonade ou de l’eau d’orge. De tous les accidents qui peuvent survenir, il n’en est aucun qui engage M. de Larroque â apporter dans le traitement qui vient d’être exposé quelque modification, si ce n’est toutefois l’engorgement pulmonaire-, il dirige contre lui le kermès, qu’il donne chaque jour dans un looch â la dose de quelques grains. Quant aux émissions sanguines, il les proscrit d’une manière absolue, les regardant comme très-nuisibles L

Quelques autres médecins ont également essayé les purgatifs; quoique moins heureux que M. de Larroque, ils ont cependant obtenu des résultats bien plus avantageux que ceux indiqués au commencement de cet article. M. Piedagnel a em-

1 Rapport de M. Andral sur le Mémoire de M. de Larroque. ( Bulletin de l'Académie de médecine, t. I , p. 482.)

ployé ces médicaments, quelquefois avec les saignées et les vomitifs, sur cent trente-quatre malades-, il en est mort dixneuf, c’est-à-dire un septième. M. Louis s’est borné à l’usage des purgatifs chez trente et un individus ; il en a perdu trois, ce qui fait un sur dix. Sur quaraute-huit sujets traités de la même manière par M. Andral , huit ont succombé , c'est-à-dire un sixième. MM. Bricheteau, Bouneau et Husson, sans indiquer le nombre de leurs essais avec ce mode de traitement, disent en avoir obtenu les meilleurs résultats. En Allemagne et en Suisse, on préfère le calomel, dont on a obtenu des effets encore plus avantageux que des autres purgatifs.

Emploi des saignées. Les émissions sanguines étaient généralement proscrites dans le traitement des fièvres typhoïdes, lorsque parut le système physiologique de M. Broussais, qui, attribuant ces maladies à une inflammation de la membrane muqueuse gastro-intestinale, lit des saignées locales et générales la base de leur traitement. Il fut imité par une foule de jeunes médecins plus ou moins imbus des principes de cette école ; mais plusieurs d’entre eux, bientôt éclairés par leur expérience personnelle, 11e tardèrent pas à y renoncer. L’un d’eux, M. Andral, a raconté à l’Académie de médecine qu’il avait entièrement adopté autrefois la doctrine physiologique relativement aux fièvres typhoïdes 5 que pendant trois ans surtout il avait poursuivi à outrance ces maladies par les émissions sanguines, et qu’il lui était arrivé tant de revers qu’il avait été contraint d’abjurer une méthode qui lui paraissait meurtrière. Nous avons vu plus haut que M. de Larroque proscrit également la saignée, fondé sur ce que les malades qui ont succombé , parmi ceux qu’il a eu à traiter à l’hôpital Nccker, avaient été plus ou moins abondamment saignés au début de l’affection. D’un autre côté, M. Bouillaud, grand partisan des émissions sanguines, a annoncé à l’Académie de médecine, dans la même discussion, des résultats tout différents. Son traitement, qu’il appelle la méthode des saignées coup sur coup , consiste à tirer dans les quatre ou cinq premiers jours quatre livres de sang dans les cas graves, deux livres dix onces dans les cas moyens, seize à vingt onces dans les cas légers. Il as-

FIÈVRES

sure qu’a laide de celte médication, de 1833 a 183G, il n’a perdu que vingt-deux malades sur cent soixante-dix-huit, c’està-dire un peu moins d’un huitième, et qu’il a été bien plus heureux encore du mois d’avril au mois de novembre 1836, puisque, sur un total de cinquante individus atteints de fièvre typhoïde, trois seulement ont succombé, ce qui fait un sur treize. En réunissant ces deux nombres, on obtient pour la mortalité un neuvième , proportion moins favorable que celle de M. de Larroque dans le traitement par les purgatifs.

Emploi des toniques. Le traitement par les toniques était le seul usité avant l’apparition de la doctrine physiologique. Broussais soutint avec la chaleur et l’assurance que mettent tous les réformateurs dans le développement et la défense de leurs idées, que les fièvres adynamiques n’étaient autre chose que des gastro-entérites aiguës; que les symptômes graves, tels que le délire, la fuliginosité, le météorisme, la prostration, étaient le résultat de l’emploi des stimulants et des toniques qui portaient au plus haut degré l'irritation inflammatoire de l’appareil digestif ainsi que les sympathies morbides de cet appareil. Dès lors, le plus grand nombre des médecins renoncèrent a cette médication ou n’y recoururent que dans un petit nombre de cas et avec la plus grande timidité. La diète, l’eau de gomme et les saignées générales et locales firent place aux toniques. Malheureusement la mortalité augmenta au lieu de diminuer, et les praticiens, que n’aveuglait point l’esprit de système, furent obligés de chercher de nouveaux modes de traitement. Plusieurs d’entre eux combinèrent les émissions sanguines et les légers toniques, faisant usage de celles-là dans les premiers temps de la maladie , tant que la réaction était un peu vive , et de ceux-ci dans la dernière période, lorsque le pouls devenait petit, faible et d’une fréquence modérée. Telle était la méthode de MM. Chomel etLouis; mais la mortalité d’un sur trois, qui a suivi ce traitement, ne parle guère en sa faveur. Aucun des médecins qui se sont occupés dans ces derniers temps de la thérapeutique des fièvres typhoïdes, n’avait osé revenir a l’emploi exclusif des toniques énergiques; aucun des membres de l’Académie de médecine,

484 PATHOLOGIE SPÉCIALE

qui ont porté la parole clans la discussion dont nous avons parlé plus haut, n’a pris la défense de celte médication. En 1835, ayant remplacé pendant quelques mois M. Chomel a la clinique de lTIôtel-Dicu, j’eus l’idée d’essayer de nouveau les toniques forts, qui m’avaient bien réussi dans plusieurs cas de ma pratique particulière. Il entra dans les salles , dans cet espace de temps, dix-huit individus atteints de fièvre typhoïde grave. Quelques-uns d’entre eux avaient été saignés au début de la maladie. Je ne fis nullement usage des émissions sanguines, excepté dans trois cas, où je prescrivis des sangsues pour calmer quelques phénomènes locaux. Je ne tardais pas a mettre les malades a l’usage des toniques, malgré l’intensité de la fièvre , la sécheresse de la langue , la fuliginosité de la bouche , la diarrhée, le météorisme et le délire. Je commençais par trois onces de bon vin de Malaga et autant de vin de quinquina à prendre par cuillerées pendant la journée, et j’en augmentais graduellement la dosejusqu’à six, sept ou huit onces de chacun. Je prescrivais en même temps des bains, lorsque la réaction fébrile était très-forte , des lavements mucilagineux et narcotiques , lorsque la diarrhée était accompagnée d’une sensibilité assez vive de l’abdomen, des lavements de décoction de quinquina et de ratanhia dans les cas où l’adynamie étant trèsprononcée, il y avait en même temps des hémorrhagies intestinales. Sous l’influence de ce traitement, la réaction fébrile loin d’augmenter ne tardait pas a décroître, la langue perdait de sa sécheresse et devenait humide, la diarrhée devenait moins abondante , les forces surtout revenaient avec une promptitude frappante, les convalescences étaient courtes. Sur ces dix-huit malades, tous gravement atteints, je n’en ai perdu que deux • car je ne dois pas compter un troisième qui a succombé a un accident étranger, lorsque la marche de la maladie faisait espérer une issue favorable ; ce qui donne un neuvième pour la mortalité. Ce résultat est moins favorable que celui obtenu par M. de Larroque par l’emploi des purgatifs; il l’est plus que ceux obtenus par MM. Piedagnel et Andral par l’usage des mêmes médicaments.

Je ne dois pas omettre , en parlant des malades que j’ai trai-

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tés a l’Hôtel-Dieu par les toniques, un cas où le vin de Malaga, le vin de quinquina, les vésicatoires, les sinapismes, n’ayant amené aucun allégement dans les symptômes, le malade étant dans un assoupissement continuel avec un délire sourd , pouls très-petit et très-fréquent, prostration extrême, j’eus l’idée d’essayer le phosphore a titre de stimulant énergique. Je fis prendre au malade neuf gouttes d’éther phosphorique en trois doses, données dans la journée et étendues chacune dans une cuillerée a bouche d’eau sucrée. Peu de temps après la première dose le malade sortit de son assoupissement; le lendemain il était dans un état satisfaisant. Je continuai encore deux jours ce traitement, lorsque, la prostration, le coma et le délire étant dissipés, et cet individu étant évidemment en voie de guérison, je dus cesser l’usage d’un médicament dont l’énergie aurait pu devenir dangereuse \

J’ai cru devoir exposer avec assez de détails les trois méthodes de traitement des fièvres typhoïdes par les purgatifs, par les saignées et par les toniques, ainsi que les résultats obtenus a l’aide de chacune d’elles, non-seulement à cause de la gravité et de la fréquence de ces maladies, mais aussi pour tenir les lecteurs de cet ouvrage au courant des derniers travaux publiés sur la thérapeutique de ces affections. Malheureusement ils ne sont les uns ni les autres assez concluants pour qu’on puisse conseiller avec une assurance complète l’une de ces trois méthodes préférablement aux autres. Cependant, comme nous l’avons vu plus haut, les purgatifs paraissent avoir été suivis de plus de guérisons que les autres moyens; nous pensons donc que, dans l’état actuel de la science, il faut s'abstenir de saigner les individus atteints de ces fièvres, qu’il faut les mettre a l’usage des purgatifs, d’après la méthode de M. de Larroque, et les continuer pendant les dix premiers jours environ, qu’il faut ensuite les suspendre et les remplacer par les toniques plus ou moins énergiques, suivant le degré de la prostration. La décoction et le vin de quinquina, les vins de Malaga, de Porto, de Xérès, de Pacaré, etc. , sont ceux

1 On peut voir des observations analogues dans ma Bibliothèque de thérapeutique t t. II, p. 1 et suiv.

auxquels nous donnons la préférence, en commençant par de petites doses qu’on augmente graduellement. Les malades seront soumis en même temps a une diète absolue, du moins aussi longtemps que le mouvement fébrile sera très-prononcé-, on commencera a leur donner quelques bouillons très-légers aussitôt que l’appétit se fera sentir • leur boisson habituelle consistera dans l’eau d’orge, l’eau de groseille, la limonade, une infusion légère de menthe, de mélisse, de feuilles d’oranger, etc. On aura soin qu’ils soient convenablement couverts, ni trop, ni trop peu 5 que leur lit et tout ce qui les entoure soit entretenu dans un état de propreté convenable, que l’air de la chambre soit renouvelé de temps en temps et à une température modérée.

Le traitement par les purgatifs et les toniques que nous venons d’exposer, n’est réellement indiqué que dans les cas qui présentent une certaine gravité; quant aux cas légers, la nature, secondée par la diète et les boissons délayantes et acidulées, fait ordinairement tous les frais de la guérison ; tous les médecins en ont vu des exemples. M. Andral, entre autres, a raconté à l’Académie de médecine, dans la discussion que nous avons mentionnée, que quatorze fièvres typhoïdes légères avaient toutes été guéries par la méthode de l’expectation, la diète et l’eau d’orge.

Certains symptômes exigent souvent, par leur danger ou leur intensité, quelques moyens particuliers; tels sont : une chaleur ardente, le délire, les hémorrhagies, la gangrène, les parotides et la péritonite consécutive.

Chaleur. Lorsque la réaction fébrile est intense, la chaleur de la peau très-vive, et que l’affection catarrhale est nulle ou peu intense, les bains tièdes, ou même légèrement frais et de courte durée, peuvent être utiles pour tempérer la fièvre.

Délire. Le délire, accompagné de beaucoup d’agitation, exige qu’on contienne le malade avec la camisole dont on se sert pour les aliénés. Celte camisole est munie de très-longues manches, dont les extrémités s’attachent au bord inférieur du lit. Par ce moyen , les mains sont retenues immobiles sur les parties latérales du corps.

Hémorrhagies. Lorsque les hémorrhagies n’ont nullement le caractère critique et compromettent la vie du malade par leur abondance, on doit chercher k les arrêter le plus promptement possible. On combat l’épistaxis et la métrorrhagie par l’application de corps froids ou de compresses réfrigérantes, avec l’eau vinaigrée ou l’eau a la glace, et si ces moyens sont insuffisants, parle tamponnement. L’hémorrhagie intestinale réclame soit des lavements simples a l’eau froide, soit des lavements avec le cachou ou le ralanhia.

Gangrène. Lorsque la rougeur des parties sur lesquelles se fait le décubitus fait craindre la formation d’escarres , il convient de couvrir ces parties de linges imbibés d’eau froide contenant soit du vinaigre, soit de l’acétate de plomb, et de les renouveler fréquemment. S’il existe déjà des escarres , on les couvrira de compresses trempées dans une forte décoction de quinquina. On pourra aussi saupoudrer leur surface avec ce médicament en poudre.

Parotidites. L’inflammation des parotides exige l’application de quelques sangsues et de cataplasmes émollients avec la farine de graine de lin.

Péritonite. La péritonite consécutive a une perforation intestinale est presque toujours promptement mortelle, quelques moyens que l’on emploie. Cependant on essayera d’en arrêter les progrès k l’aide des sangsues appliquées sur l’abdomen, de l'opium k haute dose, du repos le plus absolu.

Typh us.

Fièvre cVhôpital, des prisons, des armées; fièvre pétéchiale; fièvre pestilentielle, etc.

Définition. Le typhus est une fièvre continue épidémique et contagieuse qui se développe au milieu de grands rassemblements de personnes, tels que les hôpitaux, les prisons, les vaisseaux, les armées, les camps, les collèges, et dont les principaux caractères sont la fièvre, la stupeur, le délire, la prostration des forces, des symptômes de catarrhe, divers

PATHOLOGIE SPÉCIALE

exanthèmes, mais principalement des pétéchies et une tendance marquée a la gangrène.

Causes prédisposantes. Tous les âges et les deux sexes peuvent être atteints du typhus, mais les enfants et les vieillards y sont beaucoup moins exposés. Les personnes atteintes de fièvres intermittentes, de phthisie pulmonaire, de scorbut, de syphilis sont plus sujettes a le contracter que celles qui jouissent d’une bonne santé. Certaines positions de la vie et quelques professions y prédisposent évidemment en exposant au danger de la contagion -, c’est ainsi qu’il atteint principalement les pauvres, les soldats, les matelots, les prisonniers, les malades renfermés dans les hôpitaux, les individus chargés de donner des soins aux malades atteints du typhus, tels que les médecins, les prêtres, les gardes-malades, etc.

Le typhus peut régner dans tous les lieux et tous les climats; cependant son développement paraît favorisé par les grandes chaleurs, mais surtout par certaines constitutions atmosphériques, quoique la science ne soit pas assez avancée pour déterminer en quoi consistent ces constitutions. Les habitations étroites, malsaines, mal aérées, les émanations végétales ou animales en putréfaction, la misère, les privations de toute espèce, la famine, les veilles, les affections morales tristes, sont encore des prédispositions à cette maladie.

Causes excitantes. Il n’y en a qu’une qui est tout à fait spéciale et sans laquelle le typhus n’existerait pas, c’est la contagion. Le principe contagieux parait consister dans un miasme particulier qui se développe spontanément dans les endroits mal aérés, malsains, où se trouvent rassemblées un grand nombre de personnes soit malades, soit exposées à des influences hygiéniques mauvaises, telles qu’un air vicié, des aliments de mauvaise nature, la disette, la crainte, etc. C’est ce qui arrive dans les hôpitaux, les camps, les armées, les prisons, les villes en état de siège, les vaisseaux, etc. Ce miasme, une fois formé, se renouvelle par les émanations des malades atteints du typhus, se répand dans l’air jusqu’à une certaine distance, et va atteindre les individus prédisposés qui touchent les malades ou qui se trouvent dans l’étendue de

FIÈVRES

l’atmosphère viciée. Le principe contagieux s’introduit dans l’économie par les poumons et par la peau, et son absorption est suivie d’une infection du sang.

Les malades sont surtout propres à infecter les personnes saines, lorsque l’éruption des taches est a son plus haut degré et que le corps est en sueur. Cette excrétion paraît un des principaux véhicules du miasme typhique, qui se propage encore par l’haleine, les déjections alvines, les cadavres, l’atmosphère propre a chaque malade, et même par des individus sains portant des vêtements infectés du principe contagieux, par des vêtements imprégnés assez longtemps auparavant, par les lits, les meubles, etc. Les églises, les écoles, les fêtes de village, les cabarets, les voitures publiques peuvent donner lieu a la propagation de la contagion.

Il résulte de ce que nous venons de dire que le typhus est à la fois contagieux et épidémique. Il n’attaque presque jamais qu’une seule fois dans la vie; mais ce fait n’est pas encore suffisamment prouvé.

Cause prochaine. Elle consiste dans une altération spéciale du sang vicié par l’absorption du miasme contagieux que nous venons de décrire. Nous ne possédons, il est vrai, d’autre preuve directe de celte altération que l’aspect diffluent, dissous, caillebotté de ce liquide. Mais la considération attentive de la cause et des symptômes du typhus conduit a la même conclusion. Le principe contagieux dont il dépend, après avoir pénétré dans l’économie par la voie des bronches ou de la peau, doit être porté dans le torrent circulatoire par les vaisseaux absorbants et par les veines; là, il se mêle nécessairement avec le sang, qui ne peut en contenir une certaine quantité sans éprouver une modification morbide. Ce sang, poussé par le ventricule gauche dans tous les organes, doit à son tour agir sur eux d’une manière anormale et troubler leurs fonctions. C’est ce qui arrive en effet; dès les premiers jours, le typhus présente un trouble général de l’organisme. Les suggillalions, les ecchymoses, les hémorrhagies, les gangrènes, la promptitude de la putréfaction des cadavres, ne peuvent se concevoir qu’en admettant l’altération de ce fluide.

PATHOLOGIE SPÉCIALE

Phénomènes précurseurs. Le typhus débute souvent tout a coup-, d’autres fois il est précédé de pesanteur de tête, de lassitude générale, de tristesse, d’insomnie, de somnolence, d’agitation en dormant, d’anorexie, de douleurs passagères dans les articulations, d’un sentiment de malaise dans la région précordiale, de nausées et même de vomissements.

Symptômes. — Première période. L’invasion du typhus a lieu par un frisson ordinairement assez léger qui se fait sentir autour des lombes et qui se renouvelle ensuite tôt ou tard avec plus ou moins d’intensité. Il est suivi d’une chaleur modérée, mais toutes les fois que le malade sort les bras du lit et se retourne, ces horripilations reviennent pour se dissiper bientôt après. Dès cette époque , la peau est quelquefois baignée de sueur le matin , ce qui dans certaines épidémies se remarque dans tout le cours de la maladie. La face est rouge , le pouls plein, souvent serré, fréquent-, il y a ordinairement de la soif, un enduit blanchâtre de la langue, de l’anorexie, des nausées ou même des vomissements, de la constipation, de la céphalalgie, de la fatigue, de la rougeur des yeux, du larmoiement, un engorgement des cavités nasales, une toux sèche. La fièvre offre ordinairement des paroxysmes le soir et des rémissions le matin.

Deuxième période. Du troisième au quatrième jour environ, il survient un épistaxis qui apporte du soulagement 5 mais le plus souvent ce phénomène manque-, tous les symptômes qui existaient prennent de l’accroissement, et il en paraît de nouveaux. La fièvre devient beaucoup plus forte , ses rémissions disparaissent ou sont très-faibles, la chaleur de la peau est ardente, la prostration est plus prononcée , la face et les yeux sont plus rouges, il y a des bourdonnements d’oreilles , des vertiges; la céphalalgie est accompagnée de tension douloureuse des muscles cervicaux-, les malades sont agités dans leur lit et ne peuvent garder la même position; l’insomnie et l’assoupissement se succèdent alternativement ; bientôt le délire apparaît, surtout la nuit, et se manifeste par des propos incohérents, par des efforts pour sortir du lit et pour vaquer a des affaires ; il offre d’ailleurs des nuances et des degrés nombreux ; quelquefois il

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est peu marqué et consiste en un assoupissement interrompu par des rêves , des visions de spectres et des divagations passagères. C’est une espèce de rêverie sans sommeil auquel les auteurs ont donné le nom de typhomanie. Il y a en même temps de la stupeur , des soubresauts dans les tendons et très-souvent de la carphologie , c’est-'a-dire des mouvements des membres supérieurs comme pour saisir des objets qui voltigeraient dans l’air ou qui se trouveraient sur les couvertures. Les malades sont indifférents â tout ce qui les entoure , sans désir et sans volonté.

Dans presque tous les cas, du quatrième au septième jour, quelquefois plus tôt, d’autres fois plus tard, il paraît au cou , b la poitrine , à la partie interne des bras, au dos et aux jambes, une quantité considérable de pétéchies ou taches rondes, discrètes, assez semblables aux morsures de puces, aplaties et ne faisant point ordinairement de saillie à la surface de la peau, tantôt rosées, écarlates, pourprées-, tantôt violacées et livides. D’autres fois, la peau présente des exanthèmes qui ont la plus grande analogie de forme avec l’érysipèle , la scarlatine ou l’urticaire.

Troisième période. Dans plusieurs épidémies, on observe, du septième au quatorzième jour, lorsque les symptômes sont arrivés a leur plus haut degré d’intensité, une éruption miliaire, blanche ou rouge , dont l’apparition est souvent précédée d’une aggravation des symptômes et suivie d’un soulagement manifeste. Dans d’autres épidémies plus rares , il se manifeste des vésicules, des bulles pleines de sérosité, et quelquefois aussi grosses qu’une amande. La peau présente assez fréquemment des ecchymoses ou suggillations dont la forme et la couleur varient beaucoup; tantôt elles sont allongées et offrent de l’analogie avec les traces que laisserait un coup de fouet fortement appliqué sur les téguments; tantôt elles offrent la forme de taches irrégulières quelquefois aussi larges que la main ; leur couleur est verdâtre, jaunâtre , bleuâtre, livide ou noirâtre.

Dans cette période , la prostration est portée au plus haut degré; le malade est couché en supination, ne faisant aucun

PATHOLOGIE SPÉCIALE

mouvement et se laissant remuer comme un corps inerte • la face est décomposée, terreuse, livide , jaunâtre; les yeux sont ternes, les paupières sont relâchées et a demi fermées, ou bien collées entre elles par une matière épaisse et puriforme ; il y a un délire sourd ou de l’assoupissement -, la voix est rauque et tremblante; la bouche est béante, les dents, les gencives et la langue sont couvertes d’un enduit noirâtre et fuligineux; celle-ci est aride, sèche, sillonnée ; il y a quelquefois difficulté d’avaler, resserrement des mâchoires, gonflement des parotides et des glandes voisines , salivation , rougeur et ulcération de la gorge; les hypocondres sont tendus et parfois douloureux au toucher; les selles sont liquides, séreuses, muqueuses, bilieuses ou sanguinolentes, d’une grande fétidité et le plus souvent involontaires; l’abdomen est tendu, douloureux etmétéorisé; il y a parfois des hémorrhagies intestinales. Le pouls est petit, faible, mou, inégal , excessivement fréquent, quelquefois lent. La peau perd sa chaleur ardente et même se refroidit; la respiration est inégale, tantôt lente, tantôt haletante; il y a assez souvent de la toux avec impossibilité de cracher; l’urine est rare, tantôt rouge, tantôt sanguinolente, d’autres fois pâle , brunâtre , etc. Il survient quelquefois des hémorrhagies utérines et même des sueurs sanguinolentes. Il se forme fréquemment , dans les endroits sur lesquels le décubitus a lieu, c’est-â-dire au sacrum, aux grands trochanters et même aux coudes, au dos et aux jambes, des escarres gangréneuses plus ou moins profondes et étendues.

Marche. Le typhus suit constamment une marche continue, mais ses symptômes offrent des variétés et des différences nombreuses suivant les épidémies et dans la même épidémie. Sous ce rapport, on peut le diviser en modéré et en violent. Le premier présente d’abord les phénomènes de réaction fébrile et les symptômes catarrhaux et gastriques que nous avons assignés â la première période; viennent ensuite l’affaissement des forces musculaires, la sécheresse de la peau et de la langue , la diarrhée fétide avec sensibilité de l’abdomen à la pression, le météorisme, les mouvements spasmodiques, tels que les tremblements, les soubresauts des tendons, les con-

FIÈVRES

tractions des muscles du cou et la dysphagie. Mais les phénomènes les plus importants et qui caractérisent surtout le typhus sont la stupeur, le délire et l’exanthème qui se manifeste a la surface du corps après le quatrième jour , et dont l’apparition coïncide ordinairement avec la diminution des phénomènes catarrhaux.

Le typhus violent offre dès l’origine le caractère inflammatoire a un degré très-intense-, la fièvre paraît liée, dès les premiers jours, a une affection catarrhale très-prononcée, et quelquefois a des inflammations locales. C’est ainsi que le délire peut devenir frénétique, et la stupeur se changer en coma apoplectique. L’inflammation de la gorge et des parotides peut être très-violente. D’autres fois on observe des symptômes très-marqués d’inflammation des poumons, du foie, des intestins, du péritoine, de la vessie, etc. Les phénomènes gastriques, tels que les nausées, les vomissements , les douleurs abdominales, la fétidité des selles, le météorisme, etc., sont également portés a un haut degré. C’est surtout au typhus violent qu’appartiennent les phénomènes nerveux les plus intenses, et ceux qu’Hildenbrand attribue a la putridité; tels sont un tremblement général, le grincement des dents, le délire avec gesticulation et carphologie, une sorte de mussitation ,1e hoquet, des crampes, des paralysies des paupières, des muscles du cou, de l’anus; quelquefois une extrême roideur des muscles du dos et des extrémités, l’hydrophobie , l’enduit noir des diverses parties de la bouche, la fétidité de la bouche , des selles et de presque tout le corps, les hémorrhagies passives, les suggillations, les ecchymoses, les pétéchies noirâtres, la gangrène des parties comprimées.

Indépendamment de ces deux formes , il ne faut point perdre de vue que le typhus peut présenter encore une foule de nuances, que plusieurs symptômes existants chez certains malades peuvent manquer chez d’autres.

Durée. Le typhus dure ordinairement deux â trois semaines ; il peut, dans quelques cas rares, se prolonger jusqu’au trentième et même jusqu’au quarantième jour.

Tmnhmmns. Lorsque le typhus est modéré, sa terminaison

PATHOLOGIE SPÉCIALE

est le plus souvent heureuse; il n7en est pas de même du typhus violent, qui fait ordinairement de grands ravages.

Terminaison par la guérison. Elle arrive de deux manières différentes, par une sorte de résolution sans phénomènes critiques apparents, ou par une véritable crise, ce qui est bien plus fréquent.

Dans le premier cas , l’amélioration commence par les facultés intellectuelles qui se rétablissent ; les soubresauts des tendons deviennent moins marqués , le malade expectore des crachats épais , la fièvre décroît de jour en jour , les yeux et la face reprennent promptement leur expression naturelle; les urines se clarifient et deviennent plus abondantes, les déjections alvines , moins fétides et moins liquides , acquièrent bientôt leur couleur et leur consistance naturelles.

Dans le second cas , c’est-à-dire lorsque le typhus se termine par une crise, celle-ci arrive ordinairement vers la fin du second septénaire. Elle consiste soit en une sueur générale et très-abondante, d’une odeur spécifique, qui survient pendant le sommeil, avec rémission de tous les symptômes; soit en une sécrétion copieuse d’urine déposant un sédiment blanchâtre, soit en des déjections alvines spontanées, pultacées, avec émission de vents, soit dans l’éruption de nombreux furoncles a la surface du corps , soit enfin en une épistaxis. Lorsqu’une crise complète survient , le malade passe souvent avec une rapidité surprenante de l’état le plus grave et le plus alarmant a une amélioration tellement grande qu’on peut la considérer comme le commencement de la convalescence.

La convalescence du typhus est longue et peut se prolonger pendant deux, trois semaines et plus avant que le malade soit dans le cas de reprendre ses occupations.

Terminaison par d’autres maladies. Le typhus peut se terminer en donnant lieu a diverses maladies plus ou moins graves, savoir : une céphalalgie habituelle , l’aliénation mentale, l’hémiplégie, l’amaurose, la surdité, la phthisie pulmonaire, l’asthme, une diarrhée chronique, etc.

Terminaison par la mort. Lorsque la maladie , arrivée 'a son plus haut degré, doit se terminer d’une manière funeste, le

FIÈVRES

malade finit par tomber dans un état comateux dont rien ne peutle retirer ; il a des sueurs abondantes, visqueuses et froides ; la respiration s’embarrasse et devient stertoreuse ; la mort termine la scène , ce qui a très-rarement lieu avant le septième jour, le plus souvent entre le dixième et le dix-septième. Le typhus enlève en général un dixième des individus qui en sont atteints, beaucoup plus dans certaines épidémies violentes.

Lésions anatomiques. Il n’en est pas du typhus comme de la fièvre typhoïde, dont les altérations cadavériques qui la suivent ont été étudiées et décrites avec soin et précision par les médecins modernes. On a ouvert sans doute beaucoup de sujets qui avaient succombé a la première de ces maladies, on a noté beaucoup de lésions trouvées dans les organes; mais on a trop négligé d’indiquer parmi ces désordres anatomiques ceux qui étaient constants, fréquents ou rares ; d’où résulte une grande incertitude sur le degré d’importance qu’on doit leur accorder ; cette observation était nécessaire pour légitimer l’espèce d’énumération a laquelle nous sommes obligé de nous borner, en citant les résultats des recherches nécroscopiques faites par Stoll, Horn, Malouin, Pommer, Pringle, Chirac, Hufeland, etc.

État extérieur, des cadavres. Les cadavres présentent souvent des taches livides, tantôt produites par la maladie, tantôt survenues depuis la mort. Ils se putréfient très-promptement.

Organes digestijs. On a trouvé Y œsophage rouge et ulcéré, des gaz infects dans le péritoine, la membrane muqueuse de Y estomac et des intestins rouge, offrant des taches, des pustules, des granulations, des points noirs et gangréneux, de nombreuses ulcérations, quelquefois des perforations, la rate tuméfiée , ramollie , déchirée; les ganglions mésentériques engorgés, ayant acquis un volume qui variait depuis celui d’une noisette jusqu'à celui d’un œuf de cane, se montrant dans le voisinage des ulcérations de l’intestin, qui étaient beaucoup plus nombreuses vers la lin de l’iléon que dans tout le reste du tube digestif. Dans plusieurs circonstances f on n’a rencontré aucune altération dans les viscères abdominaux.

Dans les nombreuses ouvertures de cadavres faites récem-

49G PATHOLOGIE SPÉCIALE

ment a Constantinople, parmi les sujets de notre armée qui ont succombé au typhus, on n’a point rencontré les altérations des glandes de Peyer et de Brunner, qui sont propres a la fièvre typhoïde. C’est ce que prouvent les observations de M. Jacquot.

Organes respiratoires et circulatoires . Ces organes sont quelquefois sains, le plus souvent diversement altérés; le larynx et la trachée sont rouges, parfois recouverts de mucosités puriformes; les poumons sont tantôt gorgés de sang, tantôt hépatisés, splénifiés ou frappés de gangrène dans divers points; il y a quelquefois des traces d’inflammation des plèvres. Le cœur, souvent sain , offre d'autres fois des taches rouges a sa surface; les gros vaisseaux artériels et veineux offrent assez fréquemment une rougeur de leur tunique interne.

Système nerveux et organes des sens. Le plus souvent le cerveau et ses enveloppes sont dans Tétât normal; on a rencontré d’autres fois les méninges rouges, ses vaisseaux et ceux de l’encéphale très-injectés, de la sérosité épanchée dans la cavité de l’arachnoïde, le cerveau tantôt ramolli, tantôt induré, tantôt offrant des traces d’inflammation ou de gangrène et répandant une odeur fétide. On trouve quelquefois la moelle épinière et les nerfs rouges, le tympan contenant du pus.

Enfin, au rapport de Borsieri, Horne , Hufeland, il arrive souvent qu’on ne rencontre aucune altération qui puisse être regardée comme cause de la mort.

Diagnostic. — i 0 Signes caractéristicpies . La maladie s’est primitivement développée au milieu d’un grand rassemblement de personnes saines ou malades et a atteint en même temps plusieurs individus qui se trouvaient dans les mêmes circonstances, ou bien elle s’est transmise par le contact médiat ou immédiat d’un malade atteint de typhus a un autre individu qui était bien portant auparavant. L’origine par infection ou par contagion, quoique difficile a établir dans quelques cas particuliers , a été constatée par la plupart des auteurs qui ont observé des épidémies de cette maladie. Son invasion a lieu par des frissons suivis de fréquence du pouls et d’une chaleur sèche a la peau ; bientôt surviennent : 1° des symptômes d’angine et de bronchite, tels que la douleur dans le pharynx, une déglutition dif-

FIÈVRES

ficile et de la toux-, 2° la stupeur , caractérisée par 1 air étonné du malade, son indifférence pour tout ce qui l'entoure, son apathie et une tendance manifeste a la somnolence; 3° le délire, consistant soit en propos incohérents, qui se montrent de temps en temps , soit en certaines idées lîxes et dominantes, soit en une espèce de rêvasserie dans laquelle le malade paraît rêver tout haut sans dormir, forme de délire que Ton désigne sous le nom de typhomanie ; 4° des exanthèmes variés consistant le plus souvent en des taches ou pétéchies rouges ou violacées et quelquefois en des érysipèles, des rougeurs érythémateuses, des éruptions miliaires; 5° des phénomènes gastriques, savoir : des nausées , quelquefois des vomissements, de la constipation ou de la diarrhée, etc. ; 6° des mouvements spasmodiques, tels que des soubresauts des tendons, la tension des muscles du cou , la contraction des masséters, etc.

2° Rapports des lésions anatomiques et des symptômes. Tout ce que j'ai dit sur cette question en parlant de la fièvre typhoïde s’applique également au typhus. Je ne répéterai donc pas les motifs sur lesquels je m’appuie pour penser que les altérations qu'on trouve a l'ouverture des cadavres sont les effets et non la cause de cette dernière maladie. L'explication que j’ai donnée du développement de la fièvre typhoïde convient aussi bien a l'affection qui fait le sujet de cet article. Elle est même plus satisfaisante et plus convaincante; car il n'y a ici nul doute sur l’origine miasmatique et contagieuse de la maladie; la viciation du sang y est donc encore plus certaine; la réaction générale de l’organisme par suite de cette altération , les signes de putridité qui déposent en faveur de la corruption spéciale de ce fiuide y sont aussi plus marqués et plus évidents.

3° Distinction du typhus d’avec les maladies qui lui ressemblent.

Les maladies qui ont de l'analogie avec le typhus , et qu'on pourrait confondre avec lui, sont la fièvre typhoïde, les affections des membranes muqueuses dites fièvres catarrhales, la fièvre inflammatoire, l’éruption miliaire et la peste.

La fièvre typhoïde a une telle analogie avec le typhus, qu'il paraît impossible de n’en pas faire deux espèces de la même

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maladie. Plusieurs ailleurs fondés sur des raisons graves croient même à l’identité des deux maladies. Nous n’irons pas si loin , mais nous admettons la plus proche parenté. En effet, nous avons vu dans l’une et dans l’autre des phénomènes catarrhaux, la stupeur, le délire, les mouvements spasmodiques, les symptômes gastriques, les exanthèmes, la tendance à la gangrène, etc. L’autopsie a révélé également un rapport frappant entre les lésions anatomiques propres aux deux maladies. Cependant quelques différences les séparent et doivent en faire deux espèces du même genre. Le typhus est épidémique et contagieux ; les phénomènes catarrhaux y sont très-prononcés, la diarrhée ne s’y déclare qu’à une époque avancée de la maladie, il n’y a souvent aucune altération des organes digestifs. La fièvre typhoïde est sporadique et beaucoup moins contagieuse 5 l’affection catarrhale, qui l’accompagne souvent, consiste seulement en une légère bronchite: la diarrhée survient ordinairement dès les premiers jours. L’affection des follicules de Peyer et de Brunner est constante ou à peu près.

Les affections catarrhales avec fièvre sont faciles à distinguer du typhus, en ce qu’elles ne présentent ni stupeur, ni délire, ni exanthèmes , et en ce qu’elles doivent leur origine à des influences atmosphériques évidentes.

La fièvre inflammatoire ne pourrait être confondue avec la maladie qui nous occupe que pendant les premiers jours , lorsque les symptômes caractéristiques de celle-ci ne sont pas encore développés -, mais alors le doute disparaîtrait par l’apparition des phénomènes catarrhaux , de la stupeur , de l’éruption, etc.

On distingue la fièvre miliaire du typhus qui offre cette forme d’éruption en remontant aux causes qui sont propres à ces deux maladies et qui sont entièrement différentes, et en se rappelant que la première n’est jamais accompagnée des symptômes cérébraux, gastriques et dynamiques, qui caractérisent la seconde de ces affections.

Le typhus se distingue de la peste : 1° par son principe contagieux , qui peut se développer spontanément dans tous les pays, tandis que celui de la peste paraît avoir son foyer en

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Orient , d'où il peut être transporté dans d’autres pays-, 2° par un appareil fébrile beaucoup plus prononcé 5 3° par les symptômes catarrhaux qui lui sont propres ; 4° par l’absence de bubons et d’anthrax.

Pronostic. Le typhus est toujours une maladie dangereuse , puisque, d’après ce que nous avons dit plus haut, il fait périr un dixième environ des malades, quelquefois plus, d’autres fois moins, ce qui dépend au reste de la violence des épidémies. Son pronostic varie suivant la condition des malades, l’intensité des symptômes et les complications de la maladie.

Les individus d’une constitution délicate, les habitants des grandes villes , les personnes qui ont supporté de grandes privations en sont plus gravement atteints que ceux qui se trouvent dans des circonstances différentes. Le jugement a porter sur la gravité des symptômes est a peu près le même que celui qui s'applique a la fièvre typhoïde : en général , plus les phénomènes nerveux sont intenses , et plus la maladie est grave , et vice versa. Les évacuations qui sont suivies d'un allégement des symptômes sont d’un bon augure. Le décubitus dorsal, la fuliginosité, le météorisme, les évacuations colliquatives , une grande prostration , les escarres gangréneuses sont des phénomènes fâcheux. La marche régulière du typhus fait espérer une heureuse terminaison, tandis que l’irrégulière est toujours un signe dangereux. Les différentes complications inflammatoires rendent le pronostic d’autant plus mauvais que ces inflammations atteignent des organes plus essentiels à la vie.

Traitement. — 1° Traitement préservatif. Lorsque le typhus n’existe pas encore, le meilleur moyen d’en prévenir le développement consiste à veiller avec attention a la salubrité des localités où se trouvent rassemblées beaucoup de personnes. Pour arriver a ce résultat, on aura soin que ces localités soient entretenues dans un état de propreté parfaite, que l’air y soit fréquemment renouvelé en établissant des courants dans diverses directions, ou en faisant usage des ventilateurs, comme cela se pratique a bord des vaisseaux- qu’un trop grand nombre d’individus ne soient pas habituellement réunis dans les mêmes salles, surtout s’ils sont malades.

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Mais lorsqu’une épidémie s’est manifestée dans un endroit, aux précautions hygiéniques que nous venons d’indiquer s’en joignent d’autres non moins utiles. La première, c'est de faire sortir toutes les personnes bien portantes du local infecté, de les envoyer dans divers lieux, surtout a la campagne, ou de les transférer dans un autre établissement, si la chose est praticable ^ et si les circonstances s’y opposent, de séparer les malades des individus sains. La seconde précaution, qui n’est pas moins importante , consiste a purifier l’air vicié par divers procédés de désinfection. Parmi ceux qu’on a indiqués , je n’en mentionnerai qu’un, parce qu’il est aujourd'hui le seul dont l’expérience ait constaté l’efficacité ; c’est le dégagement dans les lieux infectés de vapeurs de chlore, gaz qui possède la propriété de décomposer les miasmes putrides et autres répandus dans l’air, ainsi que les principes contagieux qui s’attachent aux objets solides. Voici le procédé indiqué par Guyton de Morveau, son inventeur, et suivi jusque dans ces derniers temps. On prend cinq parties d’hydrochlorate de soude ou sel commun , une partie d’oxyde de manganèse pulvérisé et passé au tamis, et quatre parties d'acide sulfurique concentré, c’est-à-dire à 66 degrés. On mêle sans trituration le sel et le manganèse-, on met ce mélange dans un vase de verre ou de porcelaine et on y verse en une fois ou successivement l’acide sulfurique. La chaleur accélère le dégagement; si on veut le ralentir, on fera le mélange à froid ou on affaiblira l’acide sulfurique avec de l’eau. On place l’appareil au milieu de l’appartement ou de la salle à désinfecter, après en avoir fermé les issues, ou bien on le promène ; c’est dans ce dernier cas surtout qu’il convient d’étendre d’eau l’acide sulfurique.

Les quantités des ingrédients de ce mélange varient suivant le degré d’infection et l’étendue du local. En général, dix onces de sel, deux onces d’oxyde de manganèse, huit onces d’acide sulfurique suffisent pour une salle de quarante pieds sur dix-neuf.

Les fumigations guytoniennes ont divers inconvénients : elles provoquent la toux, irritent la poitrine des malades; de plus, elles attaquent les métaux et sont assez coûteuses. Aussi

leur a-t-on substitué avec avantage depuis quelques années des arrosages avec de l’eau contenant du chlorure de chaux ou de soude. Une bouteille de chlorure de soude subit pour un seau d’eau. Cette liqueur, dégageant lentement le chlore, n’a aucun des inconvénients signalées plus haut et en a toutes les propriétés, comme le constatent de nombreuses expériences; sa forme liquide se prête d’ailleurs parfaitement a la désinfection de tous les objets solides fortement imprégnés de principe contagieux, tels que les vêtements, les lits, etc.

Il est encore une foule de précautions hygiéniques qui ont toutes pour but final l’assainissement et la salubrité, et qui varient dans leurs procédés suivant qu’elles s’appliquent aux hôpitaux, aux prisons, aux vaisseaux, aux camps, aux villes assiégées, aux collèges, aux auberges, aux villes et villages infectés, aux habitations particulières , etc.

2° Traitement curatif. La puissance de l’art contre le typhus étant extrêmement bornée, et cette maladie ayant une marche à peu près déterminée, l’avis de la plupart des auteurs qui ont observé des épidémies, c’est qu’il faut en abandonner le soin a la nature, toutes les fois qu’il est modéré et régulier dans son cours. On s’en tiendra dans ces cas aux soins hygiéniques que nous avons déjà indiqués en parlant du traitement de la fièvre typhoïde, à la diète, aux boissons délayantes et rafraîchissantes, telles que les limonades, la tisane d’orge, l’eau de groseilles, le petit-lait, et a différents autres moyens peu actifs employés dans l’intention de calmer certains symptômes.'Quelques auteurs, entre autres Borsieri et J. Frank, conseillent cependant de tenter, au début de la maladie, d’éliminer la matière morbifique à l’aide des vomitifs et des sudorifiques. Frank prescrit, comme moyen de provoquer la sueur, un mélange composé de deux onces d’esprit de Mindérérus (acétate d’ammoniaque) et deux onces de rob ou extrait de sureau. Le malade, couché bien chaudement dans son lit, doit en prendre d’abord une moitié et l’autre moitié une heure après, en ayant soin de boire par-dessus une infusion bien chaude de thé vert ou de fleurs de sureau, avec addition d’une portion de vin chez les sujets non pléthoriques-, si ces moyens

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ont etc inefficaces, on doit y renoncer promptement, crainte d'augmenter le mouvement fébrile, et en venir a la méthode expectante.

Mais, dans beaucoup de cas, le typhus menaçant la vie des malades par l’intensité de ses symptômes, par l'irrégularité de sa marche ou ses complications, le rôle du médecin doit nécessairement devenir actif. Les moyens qu'on emploie dans ces circonstances sont les émissions sanguines, les vomitifs et les purgatifs, les boissons et affusions froides, les bains chauds et les sudorifiques, les épispastiques , les toniques et les stimulants. Apprécions la valeur des uns et des autres.

1° Émissions sanguines. La plupart des auteurs qui ont observé des épidémies de typhus, et en particulier Fracastor, Richa, Weitbreclit , Ludwig, Lepecq de la Clôture, Huxham s'accordent a proscrire, comme très-dangereux, l’usage général des émissions sanguines dans cette maladie. 11 est cependant quelques circonstances qui peuvent en faire réclamer l’emploi. Borsieri et J. Frank conseillent de recourir 'a la saignée, lorsque, le malade étant jeune et robuste, le pouls est plein et très-développé, la céphalalgie aiguë et constante, qu'il y a douleur de côté ou crachement de sang avec dyspnée, que l'angine est très-forte, qu’il y a eu des hémorrhagies qui ont apporté du soulagement. Toutefois, même dans ces circonstances, la saignée doit être modérée et peu abondante; on jugera par l'effet qu'elle aura produit s’il faut la répéter ou non. Lorsque l'état général du malade contre-indique la saignée, et qu'il existe des signes de phlegmasie locale bien marqués, on pourra faire usage, mais avec beaucoup de modération, des sangsues ou des ventouses scarifiées.

Il ne faut jamais oublier, dans l’emploi des émissions sanguines, qu'il faut en cesser l'usage aussitôt que la complication qui l’avait réclamé a cessé.

2° Vomitifs et purgatifs. J. Frank conseille les vomitifs dans les cas où il existe des signes de ce qu'on appelle état saburral de l’estomac ; par ce moyen, la maladie suit, dit-il, une marche plus régulière et plus bénigne. Il a recours aux purgatifs doux, tels que la pulpe de tamarin, la manne, la rhu-

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barbe, le calomel, toutes les fois qu’il suppose, d’après les symptômes, que les intestins sont remplis de matières fécales, de bile et d’autres matières impures, résultat de la sécrétion intestinale, ou bien, lorsque la tête étant fortement prise, il veut obtenir un effet révulsif. C’est surtout dans les premiers jours qu'il emploie ces évacuants; il les prescrit encore vers la fiu de la maladie, lorsqu’il y a tendance à une crise par les selles.

3° Boissons et affusions froides. Lorsque la réaction fébrile et la chaleur sont très-vives et qu’il n’y a pas de signe de phlegmasie locale, on peut, a l’exemple de Pierre de Castres, Lanzoni, Cirillo, Borsieri, Omodeï, mettre les malades a l’usage de l’eau froide prise en grande quantité, soit pure, soit légèrement acidulée. Les médecins italiens se bornent souvent à celte seule médication pendant tout le cours du typhus.

Dans les mêmes circonstances, J. Currie et après lui Grégory, Hall, Giannini, Jackson, Frolich, M. Récamier ont employé avec avantage les affusions froides, que l’on pratique de la manière suivante : le malade étant placé dans une baignoire vide, on lui verse sur toute la surface du corps, et avec un vase a large ouverture, de l’eau fraîche dont la température peut varier depuis quinze jusqu’à vingt-cinq degrés, suivant que la chaleur du corps est plus ou moins élevée. L’eau doit tomber largement et en nappe, et seulement d’une hauteur de quelques pouces. La durée de l'affusion doit être fort courte; deux à cinq minutes sont un temps suffisant, et qu’il serait dangereux de prolonger davantage. Le premier effet de cette médication est une réfrigération générale avec suppression des sécrétions, ralentissement et affaiblissement du pouls; bientôt survient une réaction plus ou moins vive marquée par l’élévation du pouls, le retour de la chaleur, le rétablissement des sécrétions et une tendance a la sueur. Les affusions sont ordinairement suivies d’une diminution sensible du mouvement fébrile et d'une amélioration des symptômes de la maladie. Mais on ne doit y recourir dans le typhus que lorsque les symptômes catarrhaux sont bornés aux fosses nasales; elles seraient très-dangereuses s’il y avait une bronchite même légère, ce qui est le plus ordinaire.

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4° Bains chauds et sudorifiques. Les bains liedes ou chauds sont généralement plus nuisibles qu’utiles dans le typhus- ils ne conviennent que dans un petit nombre de cas, comme par exemple pour nettoyer les malades, pour calmer une ischuric inquiétante, etc.

Les sudorifiques ne sont indiqués que lorsque les sueurs spontanées sont suivies d’un soulagement, ou bien lorsqu’il y a une complication rhumatismale très-marquée. Dans ce cas, J. Frank conseille pour boisson habituelle une infusion légère de thé un peu aïomalisée, dans laquelle on versera quelques gouttes d’esprit de corne de cerf (sous-carbonate d’ammoniaque huileux et liquide).

5° Épispastiques. Les rubéfiants et les vésicants n’ont jamais été d’un grand secours dans le typhus; ils conviennent cependant, lorsqu’il y a une congestion grave, pour produire une révulsion vers les organes extérieurs ; ils sont encore indiqués pour prévenir une métastase funeste, ou pour exciter la nature devenue languissante ou inerte. Dans toutes ces circonstances, les sinapismes sont généralement préférables aux vésicatoires.

6° Toniques et stimulants. Les toniques et les stimulants sont en général indiqués dans la dernière période du typhus, lorsque la réaction est faible ou nulle, et que les forces paraissent épuisées. On commencera leur emploi à faible dose, et l’on se conduira d’après le principe à juvantibus et lœdentibus. Le vin de quinquina, les vins de Bordeaux, de Malaga, etc., sont les toniques qui nous paraissent mériter la préférence. On suivra, a cet égard, les règles que nous avons posées en parlant du traitement de la fièvre typhoïde.

Typhus fever d Angleterre.

Définition. C’est une espèce de typhus, endémique en Angleterre et en Irlande, qui offre tous les caractères physiologiques du typhus que nous venons de décrire, et qui se distingue de la fièvre typhoïde par l’absence de la lésion des

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follicules de Peyer et de Brunner et des ganglions mésentériques propre a cette dernière.

Ses causes sont celles du typhus : la misère, l'entassement, l’infection, la contagion. Scs symptômes sont ceux du typhus des prisons, des camps, des armées et de tous les lieux où beaucoup de personnes se trouvent rassemblées dans un petit espace. Nous les avons exposés dans l'article précédent.

Lésions anatomiques. Ce sont aussi celles que nous avons décrites ; mais aucune d’elles n’est constante et ne peut être considérée comme propre a cette fièvre. 11 y a de plus dans le typhus endémique d’Angleterre ce caractère particulier qui résulte d’un grand nombre d’autopsies récentes et faites avec soin , savoir : que les follicules de Peyer et de Brunner et les ganglions mésentériques ne sont point altérés ; la muqueuse gastro-intestinale et la rate sont presque toujours saines-, ce qui établit une différence anatomique considérable entre le typhus fever et la fièvre typhoïde.

Diagnostic. Nous avons indiqué les signes propres a cette espèce de typhus dans l’article précédent. Il se distingue surtout de la fièvre typhoïde par les pétéchies rouges ou violettes, qui diffèrent sensiblement des taches roses de cette dernière, et par les symptômes abdominaux qui surviennent assez tard pendant son cours, ou qui même manquent tout à fait.

La pathogénie de cette maladie , son pronostic et son traitement sont ceux du typhus ordinaire.

UTièvre jaune.

Fièvre iclérique, gaslro-hépaiique , typhus d’Amérique, typhus bilieux,

vomito nigro, etc.

Définition. La fièvre jaune est une maladie sur-aiguë, ordinairement épidémique et contagieuse, née dans les pays intertropicaux, où elle est endémique, et dont les principaux caractères sont les suivants : céphalalgie, rougeur et couleur jaune des yeux, douleurs dans les os et les reins, frissons suivis de fièvre, d’anxiété et de cardialgie, symptômes auxquels succèdent tôt ou tard des vomissements de matières noires, des hémorrhagies et une teinte jaune de toute la surface du corps.

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Causes. Le monde médical est depuis longtemps divisé en deux camps opposés, ceux qui attribuent l’origine de la fièvre jaune a la contagion , et ceux qui nient cette cause et qui font dépendre la maladie de diverses circonstances atmosphériques et autres. Les premiers, au nombre desquels nous nous rangeons en partie, sans nier l'influence de ces circonstances, les regardent comme de simples prédispositions. Nous allons donc les indiquer sommairement, nous discuterons ensuite la question de la contagion.

Causes prédisposantes . Ce sont : le sexe masculin, l’âge adulte, une constitution robuste, la grossesse, la pauvreté, le refroidissement du corps, une température très-chaude et humide, l’arrivée dans le climat des tropiques, surtout quand on vient de pays tempérés ou froids, l’ivrognerie, le coït, la crainte et toutes les affections morales tristes.

Causes excitantes. Pour les non-contagionistes, les causes occasionnelles de la fièvre jaune sont : une chaleur forte et continue, surtout dans les pays situés sur les bords de la mer; l’humidité, principalement celle de la nuit ; Pair corrompu des vaisseaux, et en particulier de ceux qui se livrent â la traite des nègres; la malpropreté des villes et des maisons, les émanations des marais, la putréfaction des matières animales ou végétales, d’où résultent des foyers d'infection qui altèrent l’air à une distance plus ou moins considérable.

Les contagiomstcs ne reconnaissent qu’une seule cause excitante, tout â fait spécifique; c'est un miasme particulier qui, une fois développé, propage la maladie â l’aide d'un contact médiat ou immédiat. Ils s’appuient sur les raisons suivantes pour défendre cette opinion et répondre a leurs adversaires : l’acclimatation dans les pays intertropicaux ne préserve point de la fièvre jaune, et l'on voit plus d’une fois les naturels en être atteints; on a vu cette maladie se développer dans les pays septentrionaux â des époques ou la chaleur était très-modérée; d'autres fois elle s’est montrée dans des villes dont la température était alors bien moins élevée qu’a d’autres époques où elle ne s’est point manifestée ; des villes placées dans les mêmes circonstances de température et

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de salubrité que d'autres villes infectées ont été cependant exemptes du fléau pendant de longues années ; ce qui s’applique également aux pays marécageux et très-chauds ; des vaisseaux, des ports de mer et d’autres localités renfermant toutes les conditions d’insalubrité et exposés a une grande chaleur ont toujours été préservés de la maladie, ou bien en ont été atteints dans des moments où ces circonstances étaient en apparence plus favorables ; bien plus , la fièvre jaune a éclaté quelquefois dans des lieux très-sains et éloignés des bords de la mer. Mais les plus fortes preuves de la contagion se trouvent dans la manière dont elle s’est déclarée et propagée dans diverses épidémies dont l’histoire nous est attestée par des auteurs dignes de foi. D’abord le fait de commencer par les ports de mer est une grande présomption en faveur de l’opinion que nous soutenons. C’est là en effet qu’abordent les vaisseaux venant de toutes les parties du monde, et en particulier des pays intertropicaux où la fièvre jaune est endémique. Dans les épidémies qui ont ravagé les villes de Cadix , Séville , Barcelone , Malaga , Tortose , Asco , Méquinenza , Palma , Livourne, etc., nous voyons soit des vaisseaux infectés du fléau, ayant perdu des hommes à bord, et venant des pays où il régnait-, soit des individus déjà atteints de fièvre jaune, arriver dans ces villes, !a fièvre jaune s’y déclarer bientôt après en commençant par les familles qui avaient communiqué avec . les matelots ou les passagers, se propager ensuite de famille en famille, de rue en rue, de quartier en quartier, de sorte qu’on pouvait suivre l’origine et les progrès de la contagion par les rapports des habitants entre eux. Des faits nombreux et bien observés constatent que la fièvre jaune s’est souvent transmise d’un vaisseau infecté à un autre vaisseau; qu'elle a atteint, préférablement à d’autres , des individus qui avaient fréquenté des bâtiments ayant des malades à bord , qui avaient soigné ces n aïades ou communiqué avec eux d’une manière quelconque, qui avaient touché des cadavres, qui avaient fait usage des vêtements, des lits, des meubles appartenant aux personnes qui avaient succombé, etc.

Les non-contagionistes répondent qu’un grand nombre d’ha-

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bitants des lieux infectes se sont souvent répandus dans d'autres contrées sans y apporter le germe de l'épidémie , que des individus ont vécu et même couché avec des malades sans contracter la fièvre jaune, que quelques médecins, et entre autres le docteur Firtli , de l’Amérique du Nord, ont fait toutes sortes de tentatives pour s’inocu’er la maladie sans pouvoir y parvenir, qu’on a très-souvent ouvert impunément des cadavres de sujets qui avaient succombé à cette affection, enfin qu’elle s'est ordinairement développée dans les trois circonstances suivantes : lorsque dans un port de mer existaient à la fois une chaleur excessive et une grande humidité de l’air.

Ces faits sont sans doute aussi avérés que ceux invoqués par les contagionistes , quoiqu’ils leur soient opposés. Mais ils ne peuvent pas les détruire, parce que des faits positifs ne peuvent point cesser d’être vrais parce qu’il existe des faits négatifs sur le même sujet. Tout ce qu’on pourrait conclure des uns et des autres, c’est que la fièvre jaune est tantôt contagieuse, tantôt noo-contagicuse, ou plutôt que les uns (ceux de contagion) s'appliquent a la véritable fièvre jaune, tandis que les autres (ceux de la non-contagion) se rapportent a une fièvre bilieuse grave, ayant beaucoup de ressemblance avec la fièvre jaune, mais n’étant pas elle. Peut-être aussi ces deux maladies sont-elles deux espèces du même genre, comme la fièvre typhoïde et le typhus. En effet, ces deux dernières maladies ont entre èlles la plus frappante analogie symptomatique, et cependant l'une est très-contagieuse et l’autre l'est peu. Pourquoi la fièvre jaune ne serait-elle pas dans le même cas? Cette opinion , que les faits tendent à confirmer, concilierait entre eux les contagionistes et les non-contagionistes. C'est celle que nous adoptons, comme la plus probable et la plus conforme aux faits observés jusqu’ici.

Si maintenant on nous demande en quoi consiste le miasme spécifique qui produit la contagion de la fièvre jaune, nous répondrons que nous sommes a cet égard tout aussi ignorants qu’a l’égard des miasmes du typhus, de la variole , de la rougeole, etc.

La fièvre jaune , depuis l’époque où elle a commencé à être

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connue, c’est-à-dire depuis la découverte de l’Amérique , règne endémiquement et épidémiquement dans les pays situés entre les tropiques, qu’elle a visités un nombre infini de fois. Les pays dans lesquels elle a exercé et exerce encore le plus de ravages sont surtout Cuba , la Havane , la Jamaïque , Porlo-Rico , Sainte-Croix, Saint-Christophe, Antigoa, Grenade, Saint-Domingue, la Martinique, Sainte-Lucie, les Barbades, Curaçao, les Bermudes, un grand nombre de contrées de l’Amérique septentrionale , tels que Boston , Philadelphie , Chatterton , la Nouvelle-Londres, Baltimore, la Colombie, Savannah, la Nouvelle-Orléans, Kentucky, etc., etc. Elle a sévi encore dans les Florides, à Mexico, à Vera-Cruz, près de l’embouchure de POrénoque et au Brésil. En Europe, elle a régné à Lisbonne, à Cadix, à Malaga, à Majorque, à Minorque, à la Rochelle, à Séville , à Carthagène, à Gibraltar , à Livourne, à Barcelone , etc.

Cause prochaine. La fièvre jaune est , suivant nous , un empoisonnement miasmatique spécial, qui a lieu par l’absorption d’un principe contagieux développé spontanément dans certaines circonstances , ou exhalé par les malades atteints de celte affection, absorption qui est suivie d’une altération spéciale du sang, et par une suite nécessaire d’une réaction générale de l’organisme, qui se manifeste par les symptômes que nous allons décrire.

Phénomènes précurseurs. Le plus souvent la fièvre jaune débute tout à coup pendant la nuit ou un peu avant le jour; d’autres fois elle est précédée des phénomènes suivants : malaise, lassitudes spontanées, chaleur de la peau, douleurs vagues dans les membres, anorexie, mauvais goût de la bouche , lé-

igère couleur jaune de la langue et des ailes du nez.

Symptômes. — Première période. L’invasion a lieu par une violente céphalalgie ayant principalement son siège au front , dans les orbites et aux tempes , et par des douleurs vives dans les articulations et dans les lombes. Les yeux deviennent rouges et brillants , la face s’anime. Bientôt surviennent des frissons plus ou moins intenses, quelquefois accompagnés de tremblements, auxquels succède une chaleur ardente, sèche et mordicante -,

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en meme temps, pouls fréquent, vif, soif ardente, langue rouge, tantôt couverte d’un enduit blanchâtre, tantôt humide ou sèche, tantôt tapissée ainsi que les dents d'un mucus jaunâtre qui ne tarde pas â se colorer en noir 5 épigastre souvent tendu et douloureux au toucher, selles ordinairement supprimées, respiration souvent haletante, pénible, quelquefois entrecoupée de soupirs profonds ; urines tantôt normales, tantôt rares, colorées et cuisantes; sommeil agité. Ces symptômes, auxquels se joignent assez fréquemment des sueurs parfois abondantes, suivies d’une rémission trompeuse, durent ordinairement un ou deux jours, rarement davantage, quelquefois moins.

Deuxième période. La rougeur de la face cesse et est souvent remplacée par la pâleur et par une nuance jaune ; la céphalalgie se change en vertiges -, le pouls , toujours fréquent, perd de sa force. Il survient des nausées , des éructations et enfin des vomissements de matières tantôt muqueuses, transparentes et insipides, tantôt blanchâtres et acides, tantôt bilieuses et amères. La disposition au vomissement est si grande que les plus petites quantités de boissons suffisent pour provoquer des efforts douloureux -, en même temps diarrhée muqueuse , écumeuse, membraniforme, jaune, verte, noirâtre, sanglante, accompagnée de coliques-, hémorrhagies qui peuvent avoir lieu par les fosses nasales, les oreilles, la bouche, les intestins, l’utérus, les voies urinaires-, quelquefois formation de foyers sanguins entre les muscles. La peau prend ordinairement une couleur jaune ictérique et présente , dans un certain nombre de cas , un exanthème qui consiste , suivant les épidémies, en une espèce d’urticaire accompagné de prurit , en des taches rosées ou pétéchies, en des ecchymoses sur diverses parties du corps. Insomnie ou sommeil passager troublé par des rêves pénibles.

La durée de cette période n’a rien de fixe. Elle est commumunément de trente-six 'a quarante-huit heures. On l’a vue quelquefois ne durer que sixâ dix heures ou se prolonger trois ou quatre jours.

Troisième période. Toute la surface du corps prend une teinte

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d’un jaune safrané, quelquefois luisant 5 d’autres fois elle devient livide , violacée. La face présente un aspect effrayant qui tient h la décomposition des traits , a l’air d’étonnement et d’égarement répandu dans les yeux, aux ecchymoses qu’on remarque autour des orbites et sur les paupières, qui sont quelquefois fermées. Il y a souvent difficulté de la déglutition et spasme du pharynx avec horreur pour les liquides. Les vomissements deviennent de plus en plus fréquents et abattent promptement le peu de forces qui restaient. Les matières rejetées sont tantôt du sang pur, tantôt une matière noire qui ressemble 'a du marc de café , tantôt enün un produit grisâtre ou rougeâtre et pultacé. Les déjections alvines sont analogues aux matières vomies 5 elles sont fétides, cadavéreuses et rendues involontairement. La respiration est lente, stertoreuse, souvent entrecoupée par des hoquets ; le pouls est très-faible et intermittent. Les hémorrhagies, qui s’étaient déjà manifestées dans la deuxième période, deviennent plus abondantes et plus fréquentes; le sang coule surtout de la bouche; il est plus fluide et plus noir que dans l’état normal. Les urines sont tantôt supprimées, tantôt noires, sanguinolentes, involontaires.

La céphalalgie reparaît avec une nouvelle intensité; il y a très-souvent de la stupeur, quelquefois avec délire, surtout la nuit, plus souvent avec affaissement et prostration des facultés. Il y a cependant des individus qui conservent jusqu’au dernier moment l'intégrité de leur intelligence. Au milieu de cette lamentable scène, beaucoup de malades poussent continuellement des cris et des gémissements. Ils éprouvent en même temps des soubresauts des tendons, des tremblements, des frémissements, des spasmes soit de tout le corps, soit de la face seulement. Le décubitus a lieu ordinairement sur le dos et donne assez souvent lieu à des escarres. On a quelquefois encore observé dans cette période des inflammations érysipélateuses ou flegmoneuses de la peau, très-rarement des parotides.

Marche. La fièvre jaune a une marche continue, progressivement croissante. M. Rochoux dit en avoir observé quelques cas où elle avait revêtu le type intermittent. Elle présente

PATHOLOGIE SPÉCIALE

d’ailleurs dans son cours, suivant les épidémies et suivant les circonstances locales qui accompagnent son développement, des variétés nombreuses 5 c’est ainsi que des malades peuvent guérir ou succomber dans chacune des périodes de la maladie, n’ayant offert qu’une partie des symptômes que nous avons décrits, suivant que la maladie est légère ou grave.

Durée. La fièvre jaune se termine au bout d’un temps qui varie d’un à huit jours. Sa durée moyenne, lorsqu’elle se termine par la mort , est a peu de chose près la même dans toutes les épidémies; elle est de cinq jours environ; lorsqu’elle a une heureuse issue, son cours est ordinairement un peu plus long, quelquefois plus court. Les auteurs ne se sont pas expliqués à cet égard d’une manière bien précise.

Terminaisons. — 1° Par la guérison. Elle est souvent presque subite et sans crise bien apparente; d’autres fois la peau se couvre d’une espèce de moiteur ; les vomissements , les hémorrhagies et la diarrhée diminuent, les forces reviennent progressivement. La convalescence est difficile et lente. Elle est souvent troublée par des insomnies, de la céphalalgie , des douleurs dans les lombes et dans les membres. La jaunisse disparaît tantôt promptement, tantôt après un espace de temps assez long.

2° Par la mort. Lorsque cette terminaison approche, les extrémités deviennent froides et violettes, l’oppression est considérable; il survient souvent des taches livides qui se multiplient de plus en plus, et qui répandent une odeur infecte.

Lésions anatomiques. Lorsque la mort a été très-prompte , souvent il n’y a point d’altération. Dans les autres cas, on trouve les lésions suivantes : État extérieur des cadavres. Les cadavres offrent a l’extérieur une couleur jaune ou livide, souvent des taches brunâtres ou des pétéchies. Ils se putréfient très -promptement. Les bras sont violemment contractés; l’abdomen est météorisé; il s’écoule du sang des narines, de la bouche et de l’anus.

1° Appareil digestif. On ne trouve dans la bouche que les traces des hémorrhagies dont elle a été le siège pendant la vie, c’est-a-dire que le sang paraît avoir suinté de la mem-

FIÈVRES

brane muqueuse qui la recouvre, et qui est d’ailleurs saine. Dans la plupart des cas, l’estomac est rempli par un liquide brunâtre ou noir, dans lequel nagent des flocons qui ressemblent a du marc de café ou a de la suie délayée dans beau. D’autres fois, mais bien plus rarement, la matière contenue dans la cavité gastrique est du sang pur, fluide, d’une odeur fade, ou bien une espèce de bouillie grisâtre et peu consistante. Les parois de l’estomac sont souvent épaissies 5 la membrane muqueuse, quelquefois pâle, offre ordinairement une rougeur, plus ou moins vive, tantôt uniforme, tantôt disposée par taches. Elle est parfois gangrenée et en partie détruite. Le canal intestinal contient ordinairement un liquide brun ou noirâtre analogue à celui de l’estomac, mais plus consistant. O11 y a rencontré plusieurs fois des vers lombrics. Le foie est souvent a l’état normal 5 d’autres fois il est d’un jaune rhubarbe ou couleur marron $ dans quelques cas rares, on l’a trouvé très-rouge et offrant des indices de gangrène. Le péritoine offre assez fréquemment une couleur jaune de soufre.

2° Appareil respiratoire. O11 a presque toujours trouvé les poumons et leurs dépendances a l’état normal. Quelques auteurs ont parlé de points gangréneux répandus quelquefois à la surface de ces organes.

3° Système nerveux. Les diverses parties du système nerveux sont ordinairement à l’état sain. On a trouvé quelquefois du sang épanché entre les deux feuillets de l’arachnoïde et même dans le canal vertébral, les méninges rouges et épaissies, de petits épanchements sanguins dans le canal vertébral, vers les régions lombaire et sacrée, situés entre le corps des vertèbres et la dure-mère. Dans les mêmes régions, le cordon rachidien se trouve presque toujours baigné dans une sérosité jaunâtre, limpide, épanchée entre la dure-mère et l’arachnoïde.

4° Organes urinaires. Les uretères sont souvent très-rétrécis; la vessie est fréquemment considérablement diminuée de volume, vide, resserrée sur elle-même, au point qu’on a quelquefois de la peine a trouver sa cavité; d’autres fois, elle est remplie d’une urine noirâtre, fétide, sanguinolente, etc.

Diagnostic. — 1° Signes caractéristiques . La fièvre jaune se

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déclare dans les ports de mer, ordinairement dans les années où la chaleur est excessive. Elle se reconnaît aux symptômes suivants : au début, céphalalgie violente, frissons suivis d’une chaleur âcre et mordicante, pouls très-fréquent, ensuite vomissements de matières muqueuses ou bilieuses, diarrhée blanchâtre, verdâtre ou brunâtre-, hémorrhagies nasales, buccales, intestinales, utérines, etc. Dans la dernière période, couleur jaune de toute la surface du corps, vomissements et déjections alvines noires, terminaison souvent funeste qui arrive au bout d’un temps qui varie d’un a huit jours.

2° Rapports des lésions anatomiques et des symptômes. Tout ce que nous avons dit en examinant la même question relativement à la fièvre typhoïde et au typhus, s’applique a la fièvre jaune et à bien plus forte raison; car ici, quoiqu’il y ait comme dans ces maladies des lésions bien manifestes dans le tube digestif, lorsque la maladie a suivi son cours ordinaire, souvent on n’en trouve aucune, non- seulement dans cet appareil, mais même dans les autres, dans les cas où la mort est arrivée au bout de vingt-quatre ou de trente-six heures de maladie. Mais, même quand il en existe, n’est-il pas évident qu’il n’y a aucune espèce de i apport entre des lésions anatomiques aussi communes que la rougeur et l’épaississement de la membrane muqueuse gastro- intestinale et des symptômes tels que l’ictère général, les hémorrhagies et les vomissements noirs? Ces symptômes et ces lésions ne sont-ils pas mieux expliqués par l’altération spéciale qu’a éprouvée le sang imprégné du miasme de la fièvre jaune? On a, d’ailleurs, une preuve directe de cette altération, dans l’état fluide et noir de ce liquide, sortant en quelque sorte passivement du système capillaire, dans la couleur jaune qu’il présente dans les téguments, dans la couleur marc de café qu’il offre dans l’estomac et le canal digestif.

3° Maladies qu’on peut con fondre avec la fièvre jaune. On pourrait confondre la fièvre jaune avec certaines fièvres pernicieuses des marais, avec la fièvre bilieuse, la peste et le typhus.

On la distinguera de la fièvre pernicieuse, qui est accompagnée de mélæna et d’ictère, en ce que cette maladie est évi-

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demment occasionnée par les miasmes marécageux, qu’elle est intermittente et qu’elle est guérie par le quinquina.

La fièvre bilieuse des climats intertropicaux , lorsqu’elle est portée au plus liant degré et qu’elle règne épidémiquement, peut ressembler beaucoup a la fièvre jaune 5 aussi l’a-t-on souvent confondue avec elle. Il existe cependant plusieurs caractères qui feront éviter celte erreur : la fièvre bilieuse est précédée de phénomènes précurseurs 5 elle diminue d’intensité par les vomissements et la diarrhée-, les matières rejetées sont bilieuses et pas noires, l’ictère est infiniment moins prononcé que celui de la fièvre jaune 5 elle se termine presque toujours par la guérison, lorsqu’elle est convenablement traitée.

La peste a deux symptômes qui lui sont exclusivement propres et qui ne permettent pas la confusion, ce sont les bubons et les gangrènes, sans compter plusieurs autres caractères que l’on trouvera indiqués dans son histoire.

Le typhus naît spontanément dans nos climats au milieu des grands rassemblements de personnes ; la stupeur et le délire, rares dans la fièvre jaune, en sont des phénomènes constants- tandis qu’on n’y observe des vomissements noirs et la coloration jaune de la peau que dans un très-petit nombre de cas exceptionnels. Sa marche est, d’ailleurs, beaucoup plus lente et son danger bien moins grand.

Pronostic. La fièvre jaune, bénigne dans quelques cas rares, est toujours une maladie des plus redoutables, et qui, sous le rapport des ravages qu’elle occasionne, peut marcher de pair avec la peste. Mais le nombre des morts qu’elle entasse varie suivant les épidémies 5 elle a quelquefois enlevé jusqu’au tiers ou à la moitié des habitants de certaines villes. Parmi ceux qu’elle atteint, il peut en succomber le tiers, la moitié, les deux tiers, les trois quarts. La fièvre jaune sévit avec plus de violence dans les saisons très-chaudes et humides, sur les sujets robustes, sur les habitants des villes, surtout lorsqu’ils habitent des maisons malsaines et qu’ils sont en proie a des affections morales tristes ou épuisés par les plaisirs vénériens.

Les signes de mauvais augure sont les suivants : apparition prompte de l’ictère, couleur orangée de la langue, vomisse-

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