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ments tardifs, ecchymoses et pétéchies, affaissement du système nerveux, refroidissement, ralentissement du pouls, hémorrhagies.
Traitement. — 1° Traitement préservatif. Il diffère suivant qu’il a pour objet de préserver des localités de l'invasion du fléau, ou bien des individus vivant dans des villes qui en sont infectées.
Dans le premier cas, il faudra soumettre avec le plus grand soin les vaisseaux qui abordent dans les ports de mer aux lois de police sanitaire relatives aux quarantaines et aux lazarets.
Dans le second cas, le premier et le plus important précepte consiste a fuir les villes infectées. Lorsque la chose est impossible, on se bornera a conseiller une vie sobre, la précaution de ne pas sortir le soir et pendant la nuit, de ne pas s’exposer a l’ardeur du soleil, et d’entretenir son habitation bien aérée et dans un état de propreté parfaite. O11 fera dans . les maisons et les lieux infectés des fumigations avec le chlore ou l’eau chlorurée, en suivant les procédés que nous avons indiqués en parlant du typhus.
2° Traitement curatif. Tous les moyens employés jusqu’ici contre la fièvre ont eu si peu d'efficacité, il règne d’ailleurs parmi les observateurs si peu d’accord sur leur usage, qu’il est assez difficile de tracer le traitement de cette maladie. Ne pouvant entrer dans de longues discussions a cet égard, nous devons nous borner a faire connaître les médications qui ont obtenu le suffrage du plus grand nombre de praticiens.
Lorsque les sujets sont robustes et pléthoriques, et les symptômes locaux très-violents, Hillary , Moseley, Thomas, Devèze, M. Rochoux, etc., conseillent de recourir le plus promptement possible a la saignée. Après avoir diminué par ce moyen la violence de la maladie, on peut appliquer des sangsues aux tempes et a l’épigastre pour combattre la céphalalgie ou l’extrême sensibilité de l’estomac. On seconde l’effet des émissions sanguines par des cataplasmes et des lavements émollients, par des bains lièdes, par des boissons gommeuses, délayantes, acidulées, et par une diète sévère.
FIÈVRES
Belcher, Devèze, Hillary, MM. Dahlias, Daily, Pariset prescrivent les purgatifs doux, tels que la pulpe de tamarin, la manne, le calomel, l'huile de ricin.
Lorsque les symptômes inflammatoires se sont calmes, tous les auteurs sont d’avis de favoriser la sueur par des boissons chaudes, légèrement aromatiques, telles que les infusions faibles de camomille, de mélisse, de thé, de tilleul, de feuilles d’oranger, etc. Les sinapismes peuvent convenir dans diverses circonstances a litre de révulsifs ou d’excitants.
MM. Daily, François et Pariset disent avoir obtenu des effets très-avantageux du sulfate de quinine employé avec énergie sur la fin de la première période, ou au moins au commencement de la seconde. Ils assurent que les malades a qui ils l’ont donné ne se sont jamais plaints qu'il ait provoqué des nausées, augmenté la chaleur ou fatigué l’estomac.
Peste.
Définition. La peste est une fièvre très-meurtrière, épidémique et contagieuse , caractérisée par les symptômes suL vants : la céphalalgie, des vertiges, de l’anxiété, la fréquence du pouls, des nausées, des vomissements, des bubons, des gangrènes locales nommées charbons, et divers exanthèmes.
Causes. — Causes occasionnelles . La peste dépend d’une seule cause excitante qui est en même temps spécifique 5 c’est un miasme ou principe particulier, très-subtil, inconnu dans sa nature, qui se dégage des malades et qui est susceptible de se propager aux personnes saines par le contact, soit avec les pestiférés eux-mêmes, soit avec des objets souillés de leurs émanations, tels que les poils, les plumes, le lin, le chanvre, la laine, le coton, la soie, les peaux, etc., auxquels il a la propriété de se fixer et d’adhérer. Quelle est l’origine de ce principe contagieux? Quelles sont les causes qui l’ont engendré? Depuis son développement spontané, ne doit-il sa formation qu'aux malades atteints de la peste, ou bien existe-t-il dans certains pays où le fléau est endémique des causes spé-
PATHOLOGIE SPÉCIALE
ciales qui l’engendrent perpétuellement, telles que le dessèchement annuel des lacs de l’Éthiopie, comme le pensent quelques auteurs, ou la corruption des cadavres enterrés trop peu profondément en Égypte, comme le pense M. Pariset? Toutes ces questions sont encore insolubles dans l’état actuel de nos connaissances.
Voici ce qu’on connaît de plus positif sur les lois de la contagion : lorsqu’elle a été communiquée a un individu bien portant, elle produit son effet tantôt promptement, tantôt d’une manière assez lente. Dans ce dernier cas, la période d’incubation dure ordinairement une semaine et quelquefois un temps plus long. Un homme sain , mais non apte à contracter la peste, peut en porter le germe dans ses vêtements et la communiquer a d’autres. Ce germe peut rester caché des mois et même , dit-on 5 des années dans des objets abrités du contact de l’air, sans perdre son activité meurtrière; tons les loïmographes en citent des exemples, dont plusieurs paraissent assez concluants. Pour que la peste se manifeste, il paraît que le contact soit avec des pestiférés, soit avec des objets contaminés est nécessaire ; mais il n’est pas prouvé que l’infection , qu’on pourrait considérer comme une espèce de contact médiat , soit suffisante pour la communiquer, surtout lorsque la distance entre les malades et les personnes saines est un peu considérable.
Le foyer du principe contagieux de la peste est en Orient , principalement en Égypte, en Turquie et en Perse ; toutes les fois que ce redoutable fléau a ravagé quelque partie de l’Europe chrétienne , il y a été apporté par des personnes venant de ces contrées.
La peste pénètre d’un pays dans un autre par les guerres , par les voyageurs venant des pays infectés, par les marchandises, par les corsaires et par les contrebandiers, par les infractions aux lois sur les quarantaines et les lazarets. Une fois introduite, elle doit sa propagation aux armées , aux guerres civiles, aux émeutes, aux grandes réunions, aux cérémonies publiques , a la fréquentation des églises , des écoles, des marchés, à la fuite des habitants des villes infectées, au contact
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des vêtements et autres objets contaminés, aux soins donnés aux malades, etc.
Causes prédisposantes. La peste atteint également tous les sexes, tous les âges, toutes les constitutions. La manière de vivre, la température , les saisons ne paraissent pas avoir une influence bien manifeste sur son développement. Il y a sans doute des prédispositions, puisque certains individus ne contractent point la maladie, tout en s’y exposant 5 tandis que d’autres, placés dans les mêmes circonstances, en sont facilement atteints-, mais il est impossible de déterminer en quoi consistent ces dispositions individuelles. On a prétendu que les porteurs d’eau et d’huile en étaient ordinairement exempts, mais la chose n’est pas encore bien prouvée.
La peste règne presque toujours épidémiquement; elle est endémique en Égypte. On en observe quelquefois , mais bien rarement, dans ce pays, des cas isolés.
Cause prochaine. La peste est l’effet d’une altération spéciale et très-profonde du sang vicié par l’absorption du miasme éminemment septique d’où naît la contagion. Cette altération et son caractère délétère sont rendus évidents par les bubons, les gangrènes et surtout par les signes de dissolution et de corruption de ce liquide, observés par plusieurs auteurs, et en dernier lieu par le docteur Bulard.
Symptômes. La peste est un fléau si meurtrier, que, dans beaucoup d’épidémies, un certain nombre de personnes bien portantes jusqu’alors meurent tout â coup comme frappées par la foudre , tant est pernicieuse sur quelques constitutions l’influence du poison pestilentiel. Le plus souvent il n’en est point ainsi. La maladie débute fréquemment par des lassitudes, un sentiment de langueur et de torpeur , de l’anxiété et un pouls petit et faible, tantôt fréquent, tantôt dans son état normal , sous le rapport du nombre des pulsations. Les pestiférés sont pris de vertiges et d’une céphalalgie violente 5 plusieurs éprouvent tout a coup une perte complète des forces ^ d’autres, quoique atteints de charbons et d’anthrax, sont sans fièvre et peuvent encore marcher et même vaquer â leurs occupations. Cet état apyrétique du pouls n’est pas très-rare au début de la
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peste, mais tôt ou tard il survient des frissons qui partent du dos , et qui sont suivis d'une fièvre tantôt ardente et continue , tantôt accompagnée de remissions marquées. Le pouls est trèsfréquent, fort ou faible, égal ou inégal , quelquefois intermittent; il y a souvent une sensation de chaleur âcre dans l’abdomen , tandis que les parties extérieures sont légèrement froides ou offrent une chaleur douce.
L’anxiété augmente rapidement, et de nombreux symptômes ne tardent pas a se manifester : la face est tantôt naturelle, tantôt tuméfiée , pâle, livide, comme enduite d’un corps gras; les yeux sont brillants, égarés, ardents, rouges, saillants, quelquefois languissants, caves, ternes, jaunes, larmoyants; la vue est souvent trouble; il y a fréquemment des tintements d’oreilles , quelquefois de la surdité. Dans un grand nombre de cas, il survient des épistaxis. Chez un certain nombre de malades, les facultés restent intactes pendant tout le cours delà maladie; dans le plus grand nombre des cas, il y a du délire tantôt tranquille, tantôt agité ou même furieux. On observe aussi, suivant les circonstances, des insomnies, des songes effrayants, du penchant au suicide, quelquefois du coma, de la loquacité, du bégaiement, une voix rauque.
L’appétit et la soif sont le plus souvent nuis; quelquefois ils persistent et sont même insatiables. La langue peut présenter des aspects très-variables ; elle peut être blanche, rouge, sèche, verdâtre, noire, tremblante, fendillée. H y a souvent du ptyalisme , des aphthes, des parotides. Les nausées et les vomissements, tantôt bilieux et tantôt sanguinolents, sont trèsfréquents. La constipation s’observe quelquefois; mais le plus souvent il y a une diarrhée de matières fétides qui peuvent être cendrées, muqueuses , jaunes, noires , mêlées de sang et quelquefois de vers; en même temps, tension de l’abdomen, hoquets, cardialgie, coliques. La peau et la bouche répandent souvent une odeur fétide. L'urine est tantôt naturelle, tantôt cuisante , sanguinolente.
Il y a souvent des douleurs très-violentes dans la région dorsale ou dans les membres; quelquefois des contractions légères de ces parties ou même des convulsions.
FIÈVRES
Quel que soit le nombre des symptômes que nous venons d’exposer, dont s’accompagne chaque cas particulier, il survient, a une époque indéterminée du cours de la peste, des bubons ou des anthrax, et souvent divers exanthèmes.
Bubons pestilentiels. Ces bubons sont des tumeurs qui ont ordinairement leur siège dans les ganglions de l’aine, d’autres fois dans ceux de l’aisselle ou du cou. Leur éruption est souvent précédée de tension, de douleur et de battements dans la partie où ils doivent se montrer. Elle peut avoir lieu dès le début de la peste, a son plus haut degré, ou vers son déclin. Leur volume varie depuis celui d’une amande jusqu’à celui d’un œuf de poule. On en observe le plus souvent deux à la fois, quelquefois un seul, rarement trois ou un plus grand nombre. Parmi ces tumeurs, les unes sont très-douloureuses et parviennent promptement a la suppuration-, les autres, moins sensibles ou presque indolentes , disparaissent peu de temps après leur formation, ou bien restent dures sans faire de progrès. La peau des bubons qui doivent suppurer est rouge ; leur ouverture donneissue a un pus tantôt assez louable, tantôt elle plus souvent sanieux , et quelquefois a un sang noir. Les bubons se terminent quelquefois par gangrène; dans ce cas, ils prennent une teinte livide et deviennent mous et indolents.
Anthrax gangréneux. Les anthrax ou charbons ont leur siège le plus ordinaire au tronc et aux membres. Ils sont d’abord durs, aplatis, d’une étendue variable, circulaires, non élevés au-dessus de la peau, mais plus ou moins profonds et très-douloureux. Il se forme bientôt a leur surface une vésicule de la grosseur d’une tête d’épingle, qui va en augmentant. Lorsqu’elle est arrivée au volume d’une aveline , elle se rompt , laisse écouler un liquide jaunâtre , grisâtre , brunâtre , et met â nu un fond noir et gangréneux très-étendu en largeur et en profondeur. A moins que le malade ne succombe, l'inflammation s’empare des parties voisines et l’escarre se détache. Le nombre des charbons varie de trois à quatre chez le même individu , on en a vu cependant jusqu’à douze. Lorsqu’il y a des charbons, il survient rarement des bubons; ordinaire-
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ment ceux-ci se dissipent lorsque ceux-là paraissent; d’autres fois les bubons augmentant, les charbons ne prennent pas leur entier développement.
Exanthèmes. La peste s’accompagne souvent encore, a une époque avancée de son cours, de divers exanthèmes, qui consistent le plus souvent en des pétéchies; d’autres fois, mais plus rarement, en des rougeurs érythémateuses ou érysipélateuses, des vésicules ou des bulles, une éruption miliaire, des ecchymoses et des taches de couleur et de grandeur variables.
Marche. La marche de la peste est toujours continue et trèsprompte. Un point qu’il ne faut jamais perdre de vue, c’est qu’à l’exception des bubons et des charbons , les autres symptômes sont extrêmement variables; que beaucoup d’entre eux manquent chez certains malades; que la forme de ce terrible fle'au offre de grandes différences suivant les épidémies et, dans les mêmes épidémies, suivant qu’il existe à un haut ou à un faible degré.
Durée. La peste accomplit quelquefois son cours en trois ou quatre heures ; plus souvent elle dure un ou deux jours; d’autres fois elle se termine au bout de trois, quatre, cinq, six, sept, huit jours et plus.
Terminaisons. La peste se termine le plus souvent par la mort ; aussi doit-on compter par millions le nombre des malades qu’elle a enlevés dans chaque épidémie qui a ravagé l’Europe. Le petit nombre de ceux qui échappent , à part quelques cas exceptionnels, éprouvent pendant longtemps de la faiblesse, de la stupeur et un affaiblissement de la mémoire. Les bubons qui suppurent sont longtemps à se cicatriser.
Lésions anatomiques. Les cadavres des pestiférés sont souvent noirs, d’autres fois livides ou jaunâtres. On a trouvé le cerveau tellement ramolli qu’il était impossible de l’examiner; le cœur également mou et décoloré; la surface interne de l’estomac et des intestins marquée de taches gangréneuses ou même sphacélce; le tube digestif tout entier distendu par des gaz excessivement fétides; le foie et la rate très-volumineux, la vésicule du fiel distendue par une bile d’un jaune foncé; les vaisseaux lymphatiques très- développés et faciles à distin-
FIÈVRES
guer; le sang, d’après les dernières recherches du docteur Béclard , est poisseux , souvent d’un aspect légèrement jaunâtre et toujours profondément altéré.
Diagnostic. 1° Signes caractéristiques . La peste est une maladie essentiellement contagieuse , qui est endémique en Égypte et dans diverses contrées de l’empire turc. Elle ne peut se développer dans quelque partie de l’Europe chrétienne que lorsque le germe en est apporté en Occident par des vaisseaux ou des voyageurs venant des pays infectés. Indépendamment des symptômes généraux ou locaux, qui ont beaucoup de rapports avec ceux des lièvres typhoïdes ou du typhus , la maladie s’accompagne, â une époque quelconque de son cours, de deux phénomènes qui lui sont exclusivement propres, savoir : les bubons et les anthrax gangréneux.
2° Espèces de la peste. Nous avons vu plus haut que les symptômes de la peste offraient de nombreuses variétés, suivant les épidémies et suivant les individus. Sous ce rapport on a divisé cette maladie en quatre espèces principales , savoir : 1° la peste simple ou bénigne ; elle est souvent sporadique, la lièvre est peu marquée ou nulle, tous les phénomènes sont modérés et la terminaison est ordinairement heureuse -, 2° la peste inflammatoire; elle est caractérisée par une forte réaction du système sanguin, consistant en frissons intenses, un pouls très-fréquent et fort, une chaleur brûlante, la rougeur et le gonflement de la face, des bubons très-douloureux et très-gros , un délire agité ou furieux, etc.; 3° la peste gastrique; c’est celle dans laquelle prédominentles lésionsde l’appareil digestif; 4° la peste nerveuse; c’est celle où s’observe plus particulièrement une atteinte profonde du système nerveux; on doit rapporter à cette espèce la peste foudroyante, celle qui tue en quelques heures, et celle qui s’accompagne promptement de prostration, de stupeur, d’ivresse, de délire, d’abattement, de mouvements spasmodiques, etc.
Pronostic. De tous les fléaux qui affligent l’espèce humaine, la peste est certainement le plus redoutable. Sans compter les ravages qu’elle fait encore habituellement dans les pays où elle est endémique, on peut assurer, sans exagération, que cha-
PATHOLOGIE SPECIALE
cune des épidémies qui ont sévi en Europe a fait périr plus de la moitié des habitants des villes où elle a pénétré. La mortalité varie, au reste, suivant les épidémies. Quelquefois sur neuf personnes infectées, à peine en échappe-t-il une ; d’autres fois il en guérit une sur trois ou meme davantage.
Les signes suivants sont en général d’un bon augure : l’éruption de bubons et de charbons suivie de soulagement, une sueur légère et constante dont l’invasion fait cesser les nausées et 1 anxiété , les vomissements et la diarrhée qui n’occasionnent pas la diminution des forces, etc. Les phénomènes qui dénotent un grand danger, sont : des bubons qui se développent lentement en même temps que les forces s'affaiblissent, l’éternument fréquent, les douleurs de gorge et l’enrouement, les parotides, les pétéchies, les ecchymoses larges et noires, les hémorrhagies abondantes, une prostration des forces grande et subite, l’absence de douleur coïncidant avec un pouls peu fréquent et très-faible , la lividité de la face.
Traitement. — 1° Traitement préservatif. La peste étant une maladie contagieuse, dont le principe morbifique peut être exhalé par les malades ou transporté avec des objets auxquels il a la propriété d’adhérer, il en résulte que le seul moyen de prévenir son invasion dans un pays consiste a empêcher l’entrée sans précautions des personnes et des choses venant de contrées infectées par le fléau, ou fréquemment exposées à en être atteintes. Dans ce but, ainsi que dans celui de prévenir la fièvre jaune, tout vaisseau arrivant dans un port de mer est retenu a une certaine distance de la ville et ne peut débarquer les personnes et les objets qui sont a bord qu’après un intervalle de temps fixé par les lois de police sanitaire. C’est là ce qu’on appelle quarantaine, nom qui vient des quarante jours exigés autrefois pour cette séquestration. Ce temps varie, au reste, suivant les pays d’où viennent les vaisseaux, et suivant que ces pays étaient sains ou infectés an moment du départ des bâtiments. Lorsque des matelots ou des passagers viennent à tomber malades pendant leur quarantaine, on les transporte dans un hôpital spécial nommé lazaret, qui est toujours situé hors des villes. Les marchandises des vaisseaux infectés sont
FIÈVRES
exposées à l’air et a des fumigations de chlore , ou lavées soit avec de l’eau, soit avec du vinaigre, suivant l’espèce d’objets. Les linges et effets qui ont servi aux pestiférés pendant leur maladie doivent être brûlés.
Lorsque la peste a fait irruption dans une ville, le grand principe de préservation consiste à empêcher les communications des habitants entre eux. On défend la fréquentation de tous les lieux publics , tels que les théâtres, les églises, les marchés, les cafés, les promenades, etc. On isole les maisons infectées-, on établit des hôpitaux pour les pestiférés, pour les suspects et pour les convalescents, dont on empêche également la libre communication avec l’extérieur. Si la maladie s’est déjà répandue dans divers quartiers, on défend à tous les habitants de sortir de leurs maisons ; des employés en assez grand nombre sont chargés , en prenant les précautions convenables , de recevoir des informations deux ou trois fois par jour sur l’état sanitaire de chaque habitation , de faire transporter les malades dans les hôpitaux , de porter des aliments dans chaque maison. Les personnes saines devront se faire des frictions huileuses sur tout le corps, principalement aux parties découvertes ; elles ne devront communiquer avec les malades qu’à une certaine distance, et si le contact est inévitable, comme cela arrive pour les médecins, les garde-malades, les hommes chargés des inhumations, elles porteront habituellement des gants lavés et renouvelés fréquemment ; elles changeront de vêtements plusieurs fois par jour, en ayant soin de faire purifier ceux qu’elles auront quittés, etc. Les objets qui auront servi aux pestiférés et qui paraîtront trop contaminés seront brûlés 5 tous les autres, tels que les meubles et les maisons, seront exposés à l’air ,fumigués, lavés à l’eau chaude ou au vinaigre. Les murs seront grattés et recouverts d’une couche de chaux , etc. Ces dernières prescriptions ne sont applicables que lorsque l’épidémie a entièrement cessé. La nature de cet ouvrage ne nous permet point d’exposer avec détail les lois de police sanitaire relatives à la peste. Un volume entier suffirait à peine pour les faire connaître en entier. Nous avons dû nous borner à l’énoncé des règles principales suivies en pareil cas.
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2" Traitement curatif. La nature faisant tous les frais de la guérison de la peste bénigne, et paraissant agir en éliminant par les sueurs le principe contagieux ou en le déposant en quelque sorte dans les ganglions, par la formation des bubons, le rôle du médecin doit consister a favoriser ces deux phénomènes, par remploi de quelque boisson chaude, telle qu’une infusion de thé , de feuilles d’oranger , de véronique , de lierre, de limonade au citron, etc.
Dans la peste inflammatoire, on doit s’abstenir des sudorifiques. Si les symptômes de réaction fébrile sont modérés, la diète et les boissons délayantes suffisent pour les apaiser ; si , au contraire, ils sont très-intenses, s’il s’y joint des signes manifestes d’inflammation locale chez des sujets pléthoriques, on doit recourir ’a la saignée.
Chenot , Orrœus et d’autres auteurs conseillent, dans la peste gastrique, lorsqu’il y a des signes d’embarras saburral qui n’est pas rejeté spontanément , de provoquer le vomissement soit à l’aide de l’eau tiède et de la titillation de la gorge , soit par l’administration de la poudre d’ipécacuanha. Cet effet obtenu, on prescrira de huit a quinze gouttes de laudanum pour calmer l’agitation qui en résulte.
Dans la peste nerveuse, lorsque les forces sont affaissées, Foreest, Diemerbroek, Minderer, Chenot, Orrœus, Grohmami conseillent l'emploi du vinaigre et des acides minéraux étendus dans l’eau, tels que les acides sulfurique, hydrochlorique, l’acide nitrique mêlé a l’alcool, etc. -, le camphre, la thériaque, les vins généreux, les vésicatoires.
Les bubons seront couverts de cataplasmes émollients qu’on rendrait narcotiques s’ils étaient très-douloureux ; si leur éruption était difficile, on en favoriserait le développement par l’application d’oignons cuits avec la racine de scille, ou de sinapismes.
D’après Diemerbroek et Chenot, les anthrax gangréneux guérissent d’autant plus vile qu’on les traite avec plus de douceur. Pendant les premiers jours on doit se contenter de les fomenter avec de l'acétate de plomb. Lorsque la rupture de la vésicule qui les surmonte a mis à nu un fond noir et gangré-
FIÈVRES
neux, on recouvre leur surface de linges imbibés de décoction de quinquina avec addition de sel ammoniac et d’alun.
Malheureusement les moyens que nous venons d'indiquer n’ont qu’une bien médiocre efficacité contre la peste, qui se termine le plus souvent d’une manière funeste.
Suette anglaise.
Ephemera britannica.
Définition. La suette anglaise est une fièvre continue, trèsaiguë et épidémique, accompagnée de sueurs très-abondantes, qui vers la fin du quinzième siècle et au milieu du seizième ravagea l’Angleterre et ensuite une grande partie de l’Europe.
Historique . Cette maladie , qui ne s’est pas montrée depuis plusieurs siècles, a paru cinq fois en Angleterre, en 1485, en 1507, en 1517, en 1528 et enfin en 1551 •, elle se répandit de la sur les côtes maritimes de la France, en Hollande, en Allemagne, en Suisse, en Poméranie, en Prusse, en Pologne, en Russie, en Danemark, en Suède et en Norvège.
Causes. Elles sont fort peu connues -, quelques médecins crurent a la contagion, qui fut révoquée en doute par d’autres. La crainte prédisposait a la maladie , qui en général attaquait peu les enfants, les vieillards, les indigents, les personnes faibles , tandis quelle sévissait plus particulièrement sur les hommes jeunes et robustes. John Ivaye prétend qu’elle épargnait les étrangers qui se trouvaient en Angleterre au moment de l’épidémie, et que dans les pays étrangers elle choisissait les Anglais pour ses victimes, assertion qui paraît bien peu croyable.
Symptômes. La suette débutait tout a coup par des lassitudes, la prostration des forces, le découragement, une anxiété extrême, tantôt un frisson avec tremblements, et tantôt une chaleur vive et extraordinaire. Il survenait bientôt une soif ardente et inextinguible, la sensation d’un souffle (aura) qui parcourait les membres, le sentiment d’une grande chaleur dans l’abdomen, des nausées, des vomissements, des douleurs lombaires, de la céphalalgie, de la somnolence, du délire, des convulsions et des palpitations de cœur accompa-
PATHOLOGIE SPÉCIALE
gnées de syncopes. Le pouls, d’abord fréquent et développé , devenait bientôt petit et faible. Le symptôme caractéristique de la maladie, la sueur, survenait au début même; elle était odorante, très-abondante , et durait depuis huit heures jusqu’à vingt-quatre.
Les symptômes de la suelte étaient peu constants. Sa marche était si violente et si aiguë qu’elle fit périr plusieurs malades en un jour ou même en quelques heures. Elle se terminait ordinairement le troisième, le cinquième ouïe septième jour.
Lésions anatomiques. Les cadavres répandaient une grande fétidité, et se putréfiaient promptement. Des lambeaux de parties molles se détachaient de la surface du corps. Le canal digestif offrait ça et la des traces de gangrène.
Diagnostic. La suette était essentiellement caractérisée par des sueurs très-abondantes, par une réaction générale violente, une marche très-aiguë et par sa forme épidémique.
On pourrait la confondre avec la suette miliaire décrite par Sauvages, et qui a régné bien souvent en France, et particulièrement en Picardie. Mais l’exanthème qui accompagne celleci et qui manque dans la suette anglaise ne permet pas de s’y tromper. M. Rayer, qui a décrit une épidémie de suelte miliaire qui s’est montrée en 1821 dans le département de Seine-et-Oise , et M. Foucart, auteur d’une bonne monogra phie de cette maladie, pensent que cette affection et celle d’Angleterre constituent une seule et même maladie. Mais l’éruption qui existe dans l’une et jamais dans l’autre ne nous permet pas d’adopter cette opinion.
Pronostic. La suette anglaise était une maladie des plus meurtrières. En 1550 elle fit périr à Londres plus de huit mille personnes en sept jours; l’année suivante elle en enleva un plus grand nombre, et il y eut a peine une guérison sur cent morts. En 1529, Anvers perdit quatre a cinq mille de ses habitants en cinq jours seulement; cependant la ville d’Amsterdam, qui en fut également atteinte a la même époque, fut peu maltraitée par ce fléau , puisque sur deux mille malades il n’en mourut qu’un petit nombre. En comparant les autres villes envahies par l’épidémie, on remarque également entre
FIÈVRES
les unes et les autres une grande différence sous le rapport des proportions des malades et des morts.
Traitement. Après un grand nombre de ravages exercés par la suette , sans que Ton pût parvenir h les arrêter ou a les diminuer, les médecins firent enfin une importante découverte relativement a son traitement , savoir, que la sueur était utile aux malades et que le danger consistait dans sa suppression intempestive. Aussi employait-on tous les moyens pour l'exciter et la soutenir. Aussitôt qu’une personne éprouvait les premiers symptômes, on ne lui permettait pas de quitter la chambre où elle se trouvait; on la faisait coucher de suite, même avec ses vêtements. Elle devait rester au lit, sans faire le moindre mouvement, n’ayant que la figure découverte. Les déjections alvines étaient reçues dans un vase approprié qu’on passait sous le malade. Le sommeil était extrêmement dangereux *, aussi plusieurs personnes étaient-elles toujours occupées a l’empêcher par leurs conversations avec lui. L’abstinence de tout aliment et de toute boisson était sévèrement prescrite; lorsque la soif était trop difficile a supporter, on permettait une très- petite quantité de boisson chaude pour l’apaiser. Si les sueurs s'arrêtaient d’elles-mêmes, on les rappelait en couvrant davantage le patient et en lui administrant des diaphoniques. Schiller conseille dans ce but un demi-gros de poudre de racine d’angélique, prise dans de l’eau de romarin chaude avec addition d’un demi-gros de thériaque. La sueur ne devait se terminer qu’après vingt-quatre heures. Ce n’est qu'alors qu’il était permis de diminuer le nombre des couvertures, d’essuyer la sueur avec les plus grandes précautions et de changer de lit. On était quelquefois obligé, chez les personnes robustes, d’exciter plusieurs fois les sueurs; lorsqu’on craignait la faiblesse , on donnait quelques cordiaux a l’intérieur pour soutenir les forces.
Choléra-morbus asiatique.
Définition . Le choléra-morbus asiatique est une maladie épidémique originaire des bords du Gange , et dont les princi-
paux symptômes sont : une diarrhée abondante et des vomissements fréquents, avec évacuation par le haut et par le bas d’un liquide blanchâtre mêlé a des grumeaux épais, assez ressemblant h une décoction de riz, des crampes douloureuses dans les muscles des membres , un refroidissement glacial de la surface du corps et de la langue, le ralentissement et la petitesse du pouls, des yeux enfoncés dans les orbites avec coloration livide des paupières, la suppression d’urine, une teinte bleuâtre et violacée des extrémités ou même de toute la superficie de la peau.
Historique. Depuis longtemps le choléra sévissait épidémiquement dans l’Inde et y faisait de grands ravages, comme l’attestent les relations de Bontius, Paisley, Sonnerat, etc. Mais cette affection n’était-elle autre chose que notre choléra sporadique, tenant à des vicissitudes atmosphériques passagères et à diverses causes locales propres â ce pays , ou bien était-elle de la même nature que le choléra épidémique, qui commença en 1817, près de l’embouchure du Gange, et se répandit de l'a dans une grande partie du monde? L’examen de cette question , presque insoluble dans l’état actuel de la science, nous entraînerait d’ailleurs au delà des bornes que nous impose un ouvrage élémentaire. Cependant nous dirons, avec la réserve que l’on doit s’imposer sur un sujet si obscur, que, d’après nous, l’opinion la plus probable c’est que ces épidémies doivent être rapportées , sous le rapport des causes et de l’origine , au choléra sporadique et non au fléau destructeur que l’Asie nous a envoyé, et qui a maintenant décimé toute l’Europe.
Ce dernier , ou choléra asiatique , a commencé dans l’été de 1817, dans l’Inde , â Jessore, ville du Bengale , située dans le delta du Gange. De la il s’étendit promptement â Dacca , â Dinapore et à Calcutta. En 1818, il envahit Bombay et Madras ; en 1819, les îles de Ceylan , de Meurice et de Bourbon. En 1820 et 1821, il gagna les côtes et les principales villes du golfe Persique, et principalement Schiraz, Mascat, Tspahan et toute l’Arménie. En 1822, il suivit les bords du Tigre et de l’Euphrate et s’étendit jusqu’à Alep. En 1823, il ravagea les
gouvernements de Géorgie et du Caucase, et s’avança jusqu’aux portes de la Russie d'Europe. Pendant les cinq années suivantes, il suspendit sa marche de l’est a l’ouest, revenant sur ses pas et continuant a sévir, ù des intervalles plus ou moins grands, dans les pays qu’il avait précédemment envahis. En 1829, il éclata a Tillis, puis à Astracan; en 1830, a Orenbourg et a Moscou. En 1831, il arriva a Saint-Pétersbourg, d'où il s’étendit promptement a Varsovie, a Dantzig, a Berlin , a Hambourg et a Suderland en Angleterre ; en 1832, il parvint a Londres, a Calais et a Paris. Pendant les quatre années suivantes, il se communiqua de proche en proche a la plupart des villes de France-, enfin, en 1836, il parvint en Espagne, et en 1837 a JNaples, a Palerme, à Rome et a la plus grande partie des villes d’Italie. Dans la même année , il fut porté par l’armée française deToulon dans nos possessions sur la côte d’Afrique. Dans l’itinéraire que nous venons de tracer, nous n’avons dû indiquer, pour ne pas être trop long, que les plus grandes villes de chaque nation visitées par le fléau , omettant a dessein les localités secondaires et intermédiaires, qui n’ont pas été non plus épargnées par le choléra voyageur. Notre but a été seulement de tracer sa marche constante de l’est à l'ouest pour arriver jusqu’à nous. Ce trajet n’a pas été cependant Tunique qu’il ait suivi. Parti de Jessore, comme de son foyer central , il s’est également irradié dans les trois autres directions : au sud, vers les archipels des mers de l’Inde; a Test, vers la Chine; au nord, vers le centre de l’Asie.
Après avoir cessé pendant treize ans, le fléau a de nouveau envahi la France et l’Europe en 1849 et en 1854.
Causes. — Cause spéciale. Jusqu’aujourd’hui nous ne connaissons que bien peu de choses sur les causes du choléra. Les symptômes de cette maladie et son caractère épidémique doivent faire penser que le principe morbifique réside dans l’air, et qu’il est tout a fait spécial a cette redoutable affection. Mais ce principe n’est-il autre chose qu’une constitution atmosphérique particulière , comme cela existe pour beaucoup d’épidémies , ou bien consiste-t-il dans un miasme exhalé par
les cholériques , qui , en se répandant dans l’air a une certaine distance, est susceptible d’atteindre les individus qui offrent des prédispositions au choléra , et qui se trouvent soumis a son influence? Il est impossible de répondre d’une manière péremptoire k ces deux questions. Cependant nous croyons devoir adopter la dernière opinion comme la plus probable, d’après les raisons suivantes :
1° Le choléra a régné dans toutes les saisons et dans tous les climats, dans les temps les plus froids comme les plus chauds, lorsque l’air était très-humide comme lorsqu’il était très-sec; il a ravagé les villes les mieux bâties et les plus salubres comme les plus malsaines , ce qui ne s’accorde pas avec ce que l’observation nous a appris sur les épidémies qui tiennent a la constitution atmosphérique.
2° Pendant son grand voyage de l’Inde jusqu’à nous, il a toujours marché de proche en proche, ne franchissant jamais de très-grandes distances , attaquant d’abord les villes les plus populeuses, dont les communications sont le plus fréquentes, ne s’étendant aux villages qui entourent ces villes qu’après avoir commencé et duré un certain temps dans celles-ci.
3° Dans les petites localités, où l’observation est plus facile que dans les villes, le fléau n’a commencé a régner qu’après des communications fréquentes avec d’autres lieux atteints, ou même après que des individus déjà malades étaient venus y mourir du choléra.
4° Les armées ont plusieurs fois porté la maladie ; c’est ainsi qu’elle s’est répandue dans les troupes polonaises après plusieurs batailles avec les troupes russes, dans lesquelles régnait la maladie-, nos soldats embarqués en 1837 a Toulon, où sévissait le fléau, pour aller a l’expédition de Constantine, l’ont répandu dans celle ville et ensuite dans toute l’Algérie.
5° Une remarque que tous les médecins ont eu l’occasion de faire pendant les trois épidémies de Paris, en 1832, en 1849 et en 1854, c’est que le choléra, parvenu dans une maison, y faisait le plus souvent plusieurs victimes -, on a même vu des maisons presque entièrement dépeuplées a côté d’autres habitations où le choléra ne s’était point introduit. Ces faits et
plusieurs autres, qu'il serait trop long de mentionner, me portent à présumer que le choléra est l’effet d’un miasme spécifique développé par les malades, se répandant dans l’air et attaquant les personnes prédisposées. C’est une espèce d’infection ou de contagion médiate. Quant a la contagion immédiate, elle est moins bien prouvée; cependant plusieurs faits tendent a faire croire qu’elle peut avoir lieu, mais qu’elle est très-rare. Je sais qu’on peut faire a l’opinion que je viens d’émettre plusieurs objections sérieuses; mais, après les avoir pesées avec soin , je pense que cette étiologie est encore la plus probable qu’on puisse admettre dans l’état actuel de la science.
Causes prédisposantes. Parmi ces causes , il en est que nos moyens d'investigation ne nous ont pas encore permis de déterminer; d’autres ont été observées dans la plupart des épidémies; c’est ainsi qu’on a remarqué que, quoique tous les âges fussent sujets au choléra, cependant les vieillards y étaient plus sujets que les adultes, et les enfants moins que les personnes d’un autre âge; qu'il faisait plus de victimes parmi les individus d’une constitution délicate ou affaiblis par les maladies , parmi les ivrognes , les classes pauvres de la société , les hommes adonnés a l’intempérance. On compte encore parmi les prédispositions au choléra les refroidissements, les indigestions, l’abus des liqueurs spiritueuses, l’usage de certains aliments et de certaines boissons , tels que le porc frais , le gibier, les ragoûts trop épicés, les corps gras, les acides, le cidre, les fruits verts, etc., l’abus du coït, les chagrins, la peur, la terreur, la colère.
Cause prochaine. Elle est encore plus obscure que les autres causes. Nous sommes porté a penser qu’elle consiste dans une altération spéciale que le sang éprouve par suite de l’absorption du miasme cholérique.
Symptômes. Lorsque le choléra règne dans une ville, la plupart de ses habitants en éprouvent une certaine influence qui se manifeste par quelques phénomènes légers et peu importants auxquels ils feraient à peine attention dans les temps ordinaires. Ces symptômes varient suivant les individus; ce sont
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des malaises passagers , de la disposition au refroidissement, la diminution ou la perte momentanée de l’appétit, des nausées qui reviennent de temps en temps, des coliques fugaces, des borborygmes , une diarrhée légère , etc. ; mais ces indispositions se dissipent ordinairement au bout de quelques jours.
Le choléra n’affecte pas tous les individus avec la même intensité ; beaucoup d'entre eux ne réprouvent qu'a un faible degré, auquel on a donné le nom de cholérine; souvent aussi la cholérine n’est que la première période du choléra.
1° Cholérine. Les malades ont une diarrhée liquide, difficile a arrêter, qui se suspend de temps en temps pour se reproduire ensuite; ils éprouvent une sensation de gêne dans la région épigastrique et a l’abdomen, des rapports, des nausées, des coliques, des borborygmes; leurs digestions sont lentes, difficiles ; ils ont peu ou point d’appétit ; leur langue est blanchâtre ou jaunâtre. Il y a en même temps un sentiment de grande lassitude ou d’anéantissement, une disposition très marquée au froid des extrémités, de la soif, le désir des boissons acidulées, des vertiges, de l’insomnie, de la tendance aux défaillances ; le pouls est le plus souvent naturel , quelquefois fréquent. A son plus haut degré, la cholérine s’accompagne de vomissements qui sont cependant toujours assez rares.
Ces symptômes, d’une durée variable, font place, après le moindre excès, à tout le cortège des phénomènes cholériques, ou bien, ce qui arrive le plus souvent lorsque la maladie a été convenablement traitée, ils disparaissent tantôt graduellement, tantôt d’une manière prompte, après des sueurs plus ou moins abondantes, spontanées ou provoquées. Celte dernière terminaison est ordinairement précédée d’accélération du pouls et de chaleur à la peau.
2° Choléra. Il est précédé tantôt des symptômes de la cholérine que nous venons de décrire, tantôt, et le plus souvent, d’une diarrhée dont l’origine remonte à quelques jours ou même a une ou deux semaines. Il est très-rare qu'il débute tout a coup et sans diarrhée prodromique.
Première période (période algide, période d’oppression, choléra bleu). Elle débute par des vomissements plus ou moins
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répétés, qui clans les premiers moments sont suivis seulement de l’expulsion de matières alimentaires et d’un liquide bilieux jaune ou vert. Ce liquide est bientôt remplacé par un autre de couleur blanchâtre, analogue à du petit-lait trouble. La diarrhée, qui existait déj'a dans la plupart des cas, devient plus fréquente et plus abondante. Le liquide évacué est semblable à celui des vomissements ; il contient des grumeaux épais, et ressemble d’une manière assez frappante soit a du petit-lait mal clarifié et floconneux, soit k une décoction de riz dans laquelle nageraient des morceaux du riz lui-même. Ces évacuations exhalent une odeur spéciale qui existe également dans les autres excrétions des malades. La langue est humide et pâle, la soif vive; il y a des borborygmes continuels et souvent des coliques. Les malades éprouvent en même temps des crampes très-douloureuses dans les muscles des membres, surtout dans les mollets; la face est profondément altérée. Il y a de l’anxiété, de l’oppression, des palpitations subites et passagères, et souvent des défaillances; des battements énergiques se font sentir dans le tronc cœliaque ou l’aorte abdominale; le pouls est ordinairement petit, faible et ralenti; les extrémités sont très-froides; la sécrétion de l’urine est trèspeu abondante ou nulle; les forces sont entièrement épuisées.
A cet état qui constitue l'invasion du choléra ne tardent pas à se joindre les symptômes suivants : une teinte bleuâtre ou violacée se répand sur toute la surface du corps; elle commence par les pieds, les mains et la face, et s’étend par plaques violettes ou marbrées; elle devient de plus en plus foncée aux extrémités; la face est effrayante par la décomposition des traits : les paupières sont bleues, et paraissent ecchymosées; les yeux sont profondément enfoncés au fond des orbites, qui sont excavés d’une manière remarquable; des taches livides s’observent quelquefois sur la conjonctive, qui est sèche et comme pulvérulente. La surface du corps est froide, mais inégalement; les extrémités, le nez, la langue, l’haleine même sont glacés; la peau est sèche, ridée a la paume des mains et â la plante des pieds, comme après un bain frais et de longue durée; les ongles sont livides et même noirs; le pouls est pe-
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tit, extrêmement lent, très-souvent insensible aux artères radiales; les contractions du cœur sont également très-lentes et peu marquées; l’urine est supprimée; la respiration est très-lente et difficile ; la voix est extrêmement faible et comme éteinte. Les malades, couchés sur le dos et faisant peu de mouvements, ont plutôt l’air de cadavres que d’êtres vivants; quelques-uns cependant s’agitent et se plaignent d’une vive chaleur dans l’estomac et l’abdomen, d’une anxiété considérable; il y a quelquefois des mouvements convulsifs très-intenses. Les évacuations sont toujours abondantes, très-liquides et blanchâtres. Au milieu de cette scène déplorable, les malades conservent leur raison et répondent fort juste aux questions qu’on leur fait.
Dans plus de là moitié des cas, la mort termine cette période, surtout lorsqu’elle est portée au degré d’intensité que nous venons de décrire. Dans d’autres cas la nature, soit spontanément (ce qui est très-rare), soit par les secours de l’art , provoque une réaction qui constitue la seconde période.
Deuxième période (période de chaleur ou de réaction). La peau se réchauffe peu â peu; le pouls reparaît et acquiert bientôt de la fréquence ; la couleur bleuâtre de la peau se dissipe; la face rougit et s’anime plus ou moins; les urines reprennent leur cours; les vomissements, la diarrhée, les crampes diminuent graduellement; souvent une sueur abondante vient accélérer les progrès de la guérison. Mais cette marche n’est pas toujours aussi heureuse. Dans bien des cas, la réaction est très-faible, la peau se réchauffe peu; elle se couvre d’une sueur visqueuse : le malade reste affaissé et ne tarde pas â succomber. D’autres fois la chaleur est brûlante , le pouls très-fréquent et plein, la face très-rouge-, il survient bientôt des symptômes de fièvre typhoïde, tels que des rêvasseries, du délire, du coma, des soubresauts dans les tendons, phénomènes qui se terminent le plus souvent par la mort. Enfin, dans quelques circonstances la réaction ou la fièvre est suivie d’une éruption qui peut avoir l’apparence de la roséole, de l’urticaire, de la miliaire, etc., d’une congestion cérébrale ou pulmonaire avec tous les symptômes propres
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a ces affections qu’il est inutile de décrire ici, parce qu’ils trouveront leur place dans d’autres endroits de cet ouvrage.
Marche. La marche du choléra est toujours continue; les phénomènes se succèdent ordinairement dans l’ordre que nous venons d’indiquer, mais avec de nombreuses différences sous les rapports de leur nombre et de leur intensité. C’est ainsi que quelques malades n’out point de crampes, d’autres n’ont qu’une teinte bleue extrêmement légère; d’autres (en très-petit nombre, il est vrai) n’offrent que peu ou même point d’altération bien marquée des fondions digestives ; certains d’entre eux éprouvent une dyspnée suffocante; chez quelques-uns, la période algide est promptement suivie de la réaction et de la fièvre. Cette fièvre, le plus souvent continue, devient quelquefois rémittente sous divers types. Il est encore une foule d’autres variétés qu’il serait trop long d’énumérer, parce qu’elles tiennent aux différences des constitutions individuelles.
Durée. La durée du choléra est ordinairement fort courte; lorsqu’il est très-intense, on l’a vu se terminer en un jour, en douze, six ou même en deux heures. Quoiqu’on n’ait pas établi de durée moyenne de cette maladie, comme il eût été si facile de le faire avec les masses de faits qu’on a pu observer, on peut regarder l’espace de trois jours comme le terme le plus ordinaire du choléra dans sa première période; mais lorsque les malades ont surmonté celte période et que la réaction est survenue, cette affection peut se prolonger de huit a quinze jours et plus.
Terminaisons. La cholérine qui n’est point suivie du choléra confirmé se termine presque toujours par la guérison ; mais la convalescence est ordinairement longue et sujette à des rechutes. Le choléra confirmé, avec coloration bleue de la peau, a une issue funeste dans plus de la moitié des cas. Les malades succombent le plus souvent dans la période algide, plus rarement dans celle de chaleur. Lorsqu’ils sont parvenus a ce dernier stade, les cas de guérison sont bien plus fréquents que ceux de mort.
Lésions anatomiques. L’estomac et les intestins des cadavres contiennent une quantité variable, mais toujours considérable,
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d’un liquide blanchâtre assez consistant, d’apparence crémeuse, qui est le même que celui qui était rejeté par les vomissements et les selles. La membrane muqueuse de l’appareil digestif offre sur presque tous les cadavres une injection plus ou moins prononcée, et une rougeur tantôt uniforme, tantôt disséminée par plaques, dont le degré varie depuis le rose jusqu’à la teinte lie de vin ; elle est en même temps ramollie. Les follicules de Peyer et de Brunner sont souvent très-tuméfiés , fort apparents et forment une sorte d’exanthème boutonneux ayant son siège principal dans la partie inférieure de l’intestin grêle. Dans quelques cas de choléra dont la durée a été fort courte, la membrane muqueuse digestive n’offre aucune altération. Le ventricule gauche contient du sang noirâtre, en partie coagulé, ayant la consistance de la gelée de groseille et quelque ressemblance avec le raisiné. Le droit est remplie de sang noir, visqueux et liquide ; les artères sont presque entièrement vides-, les veines sont distendues par du sang noir et liquide. D’après des expériences chimiques assez nombreuses, il paraît que le sang des cholériques contient moins d’eau et beaucoup moins de substances salines que le sang ordinaire, tandis que l’albumine y est plus abondante. On trouve souvent dans les reins un liquide blanchâtre analogue à celui qui existe dans le canal digestif; en les incisant, il s’en écoule beaucoup de sang noir qui leur donne une teinte plus foncée que celle qui leur est propre. On rencontre quelquefois dans la vessie le liquide blanchâtre des intestins-, cet organe est toujours vide, rapetissé et contracté; ses parois sont très-épaisses. La surface interne du péritoine et des plèvres offre souvent une couche transparente et trèsmince d’une matière poisseuse analogue à la glu. Les méninges sont fortement injectées autour de l’encéphale et de la moelle épinière; les sinus veineux de la dure-mère sont remplis de sang noir et liquide. La substance corticale de l’encéphale est injectée.
Diagnostic. — 1° Signes caractéristiques. Oïl reconnaît le choléra aux signes que nous avons indiqués dans la définition, et qui n’appartiennent qu’à lui. Nous n’y reviendrons pas.
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2° Nature du choléra. — Pathogénie. Cette question est fort obscure. Voici la .théorie qui nous paraît rendre le compte le plus satisfaisant des symptômes de la maladie; nous la puisons, comme a notre ordinaire, dans les principes de la doctrine hippocratique.
Nous avons vu, en parlant des causes du choléra, que cette maladie paraissait dépendre d'un miasme spécifique qui, absorbé par la peau ou par les poumons, produisait une altération spéciale du sang. Cette altération est prouvée par l'aspect de ce liquide, si différent de ce qu'il est dans l’état normal. Suivant nous, le principe cholérique porte d'abord son action sur l'appareil digestif, qui réagit par les vomissements et les selles; ces phénomènes ont pour but l'expulsion de la matière blanchâtre qui trouble ses fondions, et dans laquelle réside une partie du poison cholérique. Mais cette élimination est incomplète. Le principe spécifique mêlé au sang attaque le système nerveux, qui manifeste sa souffrance par les crampes qui tourmentent les malades; il exerce une action délétère et stupéfiante sur le cœur, dont les contractions deviennent lentes, faibles et incomplètes; dès lors, le cours du sang se ralentit et s'affaiblit; ce liquide, traversant beaucoup plus rarement et en moindre quantité le parenchyme pulmonaire, reçoit une influence insuffisante de l’air atmosphérique; l’hématose est incomplète ; la quantité du sang noir ou veineux augmente, tandis que celle du sang rouge ou artériel diminue : de la le refroidissement général du corps, résultat d'une respiration incomplète et d'une diminution de la température du sang; de la encore la coloration bleue de la peau occasionnée par la réplétion du système veineux et par la stagnation du sang noir dans les vaisseaux capillaires de tous les tissus. Ces phénomènes ont une grande analogie avec ceux que présentent les asphyxies; aussi trouve-t-on dans les cadavres des cholériques, comme dans ceux des asphyxiés, la vacuité du système artériel et la réplétion du système veineux par une grande quantité de sang noir. Tous les autres symptômes du choléra s'expliquent par l'atteinte portée a l'hématose. Dans cette première période, le cœur succombe sous l'influence du poison qui l’opprime; le
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plus souvent il n’oppose aucune résistance, et les malades ne lardent pas a périr ; dans d’autres cas, cet organe *se -ranime, et réagit avec plus ou moins d’énergie-, ses contractions augmentent de fréquence et d’énergie : dès lors le mouvement circulatoire s’accélère a son tour, l'hématose se rétablit plus ou moins complètement; la chaleur revient, la cyanose se dissipe. Si la réaction fébrile est suffisante, il survient une sueur abondante avec laquelle la nature se débarrasse de la cause morbifique, et tout rentre dans l’ordre. La sueur n’est pas le seul phénomène critique de cette période. Nous avons vu qu’il survenait parfois un exanthème qui portait a la peau les restes du poison cholérique que la nature n’avait pu éliminer par la transpiration. Mais si la réaction n’est pas assez énergique, l’élimination du poison est incomplète, la lutte continue plus ou moins longtemps avec des chances variables. On voit par la que, dans la première période, la cause morbifique agit avec une telle violence, que la force vitale succombe presque sans résistance, et que la seconde n’arrive que lorsque la nature réagit avec force contre cette cause, réaction qui se manifeste par la chaleur et par la fièvre.
Telle est la théorie qui nous paraît le plus propre à expliquer les phénomènes cholériques et les lésions anatomiques révélées par l’ouverture des cadavres.
3° Maladies c/u’on peut confondre avec le choléra. Une seule maladie présente assez de points de ressemblance avec le choléra asiatique pour induire en erreur les médecins qui observent superficiellement, c’est le choléra sporadique, affection qui, malgré le nom qu’elle porte et l’analogie de ses symptômes avec ceux du fléau indien, en diffère cependant entièrement quant h sa nature. Mais le choléra sporadique tient le plus souvent a des causes facilement appréciables : la matière des vomissements et des selles est verte ou jaune et d’apparence bilieuse, et jamais blanchâtre et semblable â l’eau de riz, comme dans l’épidémie que l’Asie nous a envoyée 5 il n’y a jamais non plus la coloration bleuâtre et livide qui appartient â celte dernière. Ces caractères suffisent pour éviter toute confusion.
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Pronostic. Il suffit de se rappeler les millions de victimes que le choléra a faites dans toutes les parties du monde, dans ses longs et meurtriers voyages depuis l’embouchure du Gange jusqu’à nous, pour se faire une idée de la gravité de ce fléau. Scs ravages ont été cependant extrêmement variables, sans qu’on puisse assigner aucune cause satisfaisante de sa bénignité dans certains lieux et de son extrême malignité dans d’autres.
La cholérine qui n’est pas suivie du choléra se termine presque toujours par la guérison. Le choléra arrivé a la période bleue est au contraire le plus souvent mortel. Les personnes délicates, les vieillards, les individus affaiblis par des maladies, les ivrognes résistent rarement. L’invasion brusque d’un grand nombre de symptômes h la fois, la promptitude de la cyanose, du refroidissement, de la dyspnée sont des signes très-fâcheux.
Traitement. — 1° Traitement préservatif. Tous les moyens qui ont pour but d’empêcher les communications entre les habitants des lieux infectés du choléra et ceux qui en sont exempts, tels que les quarantaines, les lazarets, les cordons sanitaires, les séquestrations des individus malades ont plus ou moins échoué dans les villes d’Europe où on les a tentés; on ne sait donc sur quels motifs on s’appuierait pour les conseiller de nouveau. Le seul préservatif efficace contre le fléau consiste dans la fuite des villes et des localités qu’il ravage. Mais on peut considérablement diminuer les chances d’en être atteint en évitant avec soin les causes qui y prédisposent, telles que les écarts et les irrégularités de régime, les aliments et les boissons indigestes ou capables de provoquer le dévoiement, les refroidissements, les plaisirs vénériens, la malpropreté et l’insalubrité des habitations, la peur et toutes les affections morales tristes, etc.
2° Traitement curatif. Nous avons vu que presque toujours le choléra était précédé de la cholérine ou seulement d’une diarrhée liquide et fréquente; c’est alors surtout que la médecine est efficace, car des milliers de faits ont prouvé que l’on pouvait , dans la majorité des cas , triompher de ces symptômes et
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arrêter ainsi le développement du choléra. Les moyens qui réussissent le mieux sont la diète , le séjour au lit, les bains suffisamment chauds pour exciter la sueur, les boissons chaudes et gommeuses, la décoction de riz édulcorée avec le sirop de coing, les cataplasmes émollients sur le ventre, et surtout le laudanum donné par la bouche et en lavement. On donne trois ou quatre fois par jour cinq à six gouttes de ce médicament dans une cuillerée à bouche de tisane , et Ton fait prendre deux ou trois demi-lavements d’eau de graine de lin, de racine de guimauve ou de son et de tètes de pavots, contenant chacun de cinq a dix gouttes de laudanum. On peut remplacer le laudanum pris à l’intérieur par des pilules d’opium d’un quart de grain - on en donne quatre ou cinq dans la journée h divers intervalles. Lorsque la cholérine est accompagnée de vomissements, on prescrit avec avantage l’ipécacuanha, qui, a la propriété de favoriser l’expulsion delà matière morbifique contenue dans l’estomac, joint encore celle de concourir à son élimination par les sueurs qu’il provoque ordinairement.
Le même traitement convient encore dans les premiers moments du choléra confirmé, mais en y joignant quelques autres moyens. Si les symptômes de cyanose et d’asphyxie sont survenus promptement et marchent vite, on doit, mais seulement dans ce cas, pratiquer une saignée du bras 5 on combattra ensuite le refroidissement commençant par des vases remplis d’eau chaude qu’on placera aux pieds et autour des cuisses du malade ; on cherchera h exciter la réaction par des bains chauds et des boissons chaudes légèrement aromatisées. Si les vomissements sont fréquents, on fera prendre en même temps au malade, à des intervalles plus ou moins rapprochés, de petits fragments de glace-, on appliquera des sinapismes aux mollets, dans la vue d’accélérer le retour de la chaleur et de faire cesser les crampes. Lorsque la plupart des symptômes de la première période se sont manifestés, que le refroidissement est glacial , le pouls très-faible et ralenti , la saignée serait trèsdangereuse en diminuant encore la puissance vitale prête 'a succomber; quoiqu’on l’ait quelquefois encore employée avec
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avantage, la difficulté de juger les cas où elle convient et ceux où elle serait funeste doit engager a y renoncer. Dans cette période on donne a l’intérieur , concurremment avec la glace, et suivant le goût des malades et les effets produits, de la limonade, de l’orangeade, de l’eau de Seltz, de l’eau de riz, de gomme ou de guimauve, etc., et l’on continue k faire prendre dos lavements d’eau de graine de lin , de son ou d’amidon laudanisés, qu’on peut rendre astringents en les mêlant à une certaine quantité de décoction de ratanhia ou de cachou.
Mais rindicalion qu’il importe le plus de remplir sans perdre de temps , c’est de ramener la chaleur et d’exciter la réaction. Pour cela, on commence par envelopper le malade entièrement nu dans une couverture de laine bien chauffée 5 on lui entoure le corps de bouteilles de terre pleines d’eau chaude, et de briques brûlantes soigneusement roulées dans des morceaux de laine ou de toile pour éviter de le brûler • on promène au-dessus des membres et de tout le corps du patient et sur la couverture une bassinoire ou des fers 'a repasser bien chauds 5 on lui applique des sinapismes aux pieds et aux jambes. Ces moyens doivent être continués jusqu’à ce qu’on soit parvenu a réchauffer le malade et a relever son pouls. Pendant qu’on fait ainsi tous ses efforts pour ramener la chaleur par des moyens extérieurs, on suspend les boissons dont nous avons parlé plus haut, et on les remplace par des infusions chaudes de thé, de fleurs de tilleul, de feuilles d’oranger . de menthe , de mélisse, de camomille ou même de café* on a conseillé aussi l’acétate d’ammoniaque et l’éther sulfurique. Enfin, si malgré ce traitement le froid persiste et si la coloration bleue s’établit ou augmente, il faut en venir aux stimulants énergiques donnés a l’intérieur, tels sont les vins de Madère et de Malaga, le punch , etc *, si l’estomac ne les supporte pas a la température ordinaire , on essayera de les faire prendre a la glace. Sitôt que la réaction se prononcera d’une manière évidente, on cessera ces derniers moyens pour s’en tenir aux applications extérieures.
La seconde période du choléra ou période de réaction, soit qu’elle ait succédé spontanément a la première, soit qu’elle
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soit survenue à l’aide du traitement stimulant que nous venons d’indiquer , exige aussi une grande attention de la part du médecin. Elle peut se présenter dans quatre états différents : tantôt elle est modérée et régulière et ne réclame qu’une médecine expectante parce que la nature fait ellemême tous les frais de la guérison-, on se bornera, dans ce cas , à mettre le malade à la diète , à lui prescrire des boissons gommeuses ou acidulées et quelques lavements émollients et calmants. Comme la sueur est le moyen que la nature emploie pour la guérison, on aura grand soin de l’entretenir par des boissons chaudes et en couvrant convenablement le malade. Tantôt elle est trop énergique, le pouls est fort et très-fréquent, la face rouge, la chaleur ardente : la méthode antiphlogistique est alors indiquée 5 on fera usage des saignées générales et locales , des bains tièdes et des boissons délayantes. Tantôt la réaction est trop faible et la nature est insuffisante pour triompher de la maladie 5 cet état exige de continuer, mais en diminuant la dose , les moyens excitants qui avaient servi jusque-là à provoquer les phénomènes de résistance vitale. Tantôt enfin il survient, pendant cette période, des symptômes de congestion locale ou des phénomènes typhoïdes qui menacent d’un danger pressant la vie des malades. Dans le premier cas , on saigne le malade , ou bien on applique des sangsues dans les environs de l’organe menacé ; dans le second cas, qui est beaucoup plus grave, on a surtout recours aux sinapismes placés aux extrémités , aux vésicatoires , aux boissons stimulantes telles que l’eau de menthe , de mélisse , le thé , le café, etc.
On parvient par ce traitement a sauver un certain nombre de cholériques arrivés h la période algide -, mais il faut avouer que tous les moyens échouent dans la majorité des cas.
La convalescence du choléra est généralement lente et sujette à des rechutes pour les plus petites causes. Il importe surtout de n’augmenter les aliments qu’avec beaucoup de précautions, d’éviter soigneusement que les malades ne se refroidissent et qu’ils n’éprouvent des affections morales tristes.
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