‹ Eléments de pathologie médicale; ou, Précis de médecine theórique et pratique, écrit dans l'esprit du vitalisme hippocratiqueChapitre 69 sur 86 · XXX. Plèvres intermittentes larvées · texte numérisé non relu

XXX. Plèvres intermittentes larvées

Ces fièvres, ordinairement bénignes, sont celles qui se montrent sous la forme ou le masque d’une autre maladie, quoiqu’elles appartiennent par leur origine, leur marche et leur traitement aux fièvres intermittentes • c’est ce qu’indique l’adjectif larvées, qui signifie la même chose que masquées.

Ces fièvres ne présentent ordinairement presque aucun des symptômes de l’accès, a l’exception d’un peu de froid au début, qui encore n’est pas constant, et d’une accélération plus ou moins marquée du pouls qui peut elle-même manquer; l’attaque se termine quelquefois aussi par une légère moiteur. Elles n’offrent donc d’autre analogie bien évidente avec les fièvres intermittentes, que le caractère périodique des maladies sous le masque desquelles elles se cachent. Les principales affections dont elles revêtent la forme sont fodontalgie , l’ophthalmie, l’amaurose, la céphalalgie, la névralgie faciale; l’asthme, le catarrhe, le lumbago , la sciatique, etc.

Marche des fièvres intermittentes. Le propre des fièvres intermittentes c’est de se suspendre, après avoir duré un certain temps, et de se renouveler ensuite un nombre de fois trèsvariable. Tantôt chaque retour de la maladie ou accès est semblable a l’accès précédent et aux accès suivants, non-seulement par les symptômes qu’il présente, mais encore par sa durée et par l’intervalle apyrétique qui le sépare des autres accès; tantôt, au contraire, les accès diffèrent beaucoup les uns des autres par leurs phénomènes et la durée de l’apyrexie ; de la deux sortes de fièvres intermittentes, les régulières et les irrégulières.

Fièvres intermittentes régulières. Les fièvres se divisent suivant le mode de succession des accès (ce qu’on appelle leur type), en fièvres quotidiennes, fièvres tierces et fièvres quartes.

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Les lièvres quotidiennes sont celles dont les accès a peu près semblables entre eux reviennent tous les jours vers les mêmes heures.

Les fièvres tierces ont un accès de deux jours l’un, les jours intermédiaires étant marqués par l’apyrexie.

Les fièvres quartes reviennent tous les trois jours, de manière qu’il y a deux jours sans fièvre.

On a distingué encore des fièvres quintanes , sextanes, etc., mais elles sont si rares qu’elles méritent a peine d’être mentionnées.

Les trois types que nous venons d’indiquer sont ceux sous lesquels se présentent presque toutes les fièvres intermittentes. Dans quelques circonstances assez rares, chacun d’eux peut offrir les variétés suivantes :

Type double quotidien. Il y a deux accès par jour séparés par un intervalle apyrétique.

Type double tierce. Il survient un accès par jour ; mais les accès se ressemblent de deux en deux jours pour la durée, les symptômes et l'heure de l'invasion; l’accès du premier jour est analogue à celui du troisième, l’accès du deuxième jour est semblable a celui du quatrième, ainsi de suite pour les suivants.

Type triple tierce. Il y a deux accès le premier et le troisième jour, et un seul le second et le quatrième.

Type tierce doublé. Il offre deux accès le même jour, ensuite un jour d’apyrexie; le troisième jour encore deux accès, et de même pour les jours suivants.

Type double quarte. Les accès reviennent le premier, le second, le quatrième et le cinquième jour, il y a apyrexie le troisième; le premier accès correspond au quatrième, et le second au cinquième.

Type quarte doublé. Il y a deux accès par jour qui reviennent une fois tous les trois jours.

Fièvres intermittentes irrégulières et anomales. L’irrégularité consiste soit dans les symptômes de l’accès lui-même, soit dans le type de la fièvre. Dans le premier cas, tantôt l’un des stades ou même deux manquent; tantôt il y a une sorte d’inversion entre eux, c’est-à-dire que l’accès débute par la chaleur à

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laquelle succèdent des frissons suivis ou non de sueur ; mais cettecirconstance est extrêmement rare. Dans le second cas, qui est le plus commun, les accès reviennent a des époques indéterminées et en laissant entre eux des intervalles très-inégaux. On doit encore ranger au nombre des fièvres irrégulières celles qui sont partielles et bornées à une moitié du corps, b un côté de la face, au bas-ventre, 'a un bras, une jambe et même un doigt. Il existe dans les annales de la science des faits de ce genre, mais en très-petit nombre.

Les fièvres intermittentes ordinaires, pernicieuses et larvées peuvent être les unes et les autres régulières ou irrégulières.

Durée des fièvres intermittentes. Elle varie dans chaque ordre de ces maladies. Les intermittentes ordinaires exemples de toute complication ne se prolongent pas ordinairement au delà de sept à huit accès; elles cessent même assez souvent après le quatrième ou le cinquième. On a cependant beaucoup d'exemples de fièvres qui ont duré un ou plusieurs mois, et même toute une saison. Mais dans les pays marécageux les rechutes sont extrêmement fréquentes, et les habitants ont la fièvre une partie de leur vie. Les fièvres pernicieuses ont une durée fort courte, parce qu’elles tuent les malades souvent après le troisième accès , quelquefois cependant après le quatrième ou le cinquième.

Terminaison des fièvres intermittentes. Les fièvres intermittentes ordinaires se terminent presque toujours par la guérison; mais lorsque leur durée est très-longue ou leurs récidives très-fréquentes, ce qui est fort commun dans les contrées marécageuses, elles finissent par faire périr les malades non pas directement et par elles-mêmes, mais par les affections chroniques qu’elles engendrent. Les principales de ces maladies sont la tuméfaction de la rate, qui devient souvent énorme et qui peut même se rompre dans un accès et donner lieu à une mort prompte, l’anasarque et l’ascite.

Les fièvres pernicieuses se terminent presque toujours par la mort, lorsqu’elles sont abandonnées a elles-mêmes. Les fièvres larvées ordinaires guérissent, comme les fièvres simples, après un certain nombre d’accès.

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Complications. Les fièvres intermittentes ne sont pas toujours simples; il n’est pas rare de les rencontrer dans un état de complication avec différents états morbides.

1° Complication gastrique. Elle consiste le plus souvent en un embarras gastrique, avec langue blanchâtre, jaunâtre et amère, anorexie, teinte jaunâtre de la face et surtout des lèvres, céphalalgie sus-orbitaire et nausées-, symptômes qui sont aussi prononcés dans l’apyrexie que dans l’accès. Une autre espèce de cette complication, mais beaucoup moins fréquente, c’est une irritation de l’estomac caractérisée par de la sensibilité et de la chaleur 'a l’épigastre, la rougeur de la langue, des déjections difficiles et lentes qui augmentent la douleur et la chaleur épigastrique. Cet état persiste dans l’intervalle des accès.

2° Complication inflammatoire. Elle survient chez les individus robustes et pléthoriques, et se manifeste par une forte réaction du système circulatoire pendant le second stade de l’accès. Le pouls est fort, plein et dur avec pulsations fatigantes des artères de la tête, la chaleur est extrêmement vive, la peau est très-colorée, surtout aux yeux et a la face ; il n’est pas rare de voir paraître une éruption ortiée, boutonneuse ou érythémateuse disposée par plaques et disparaissant avec l’accès. La céphalalgie est vive, quelquefois avec délire. Dans la période de sueur, il survient assez souvent une hémorrhagie nasale.

Dans d’autres cas, cette complication consiste dans une congestion locale qui peut avoir lieu dans les poumons ou dans un des viscères abdominaux.

Les fièvres intermittentes peuvent encore se compliquer avec différentes maladies, qu’on distinguera parles symptômes qui leur sont propres.

Lésions anatomiques. Nous ne possédons pas jusqu’aujourd’hui des observations bien précises sur ce genre d’altérations. Les fièvres intermittentes ordinaires n’occasionnant point la mort par elles-mêmes, on n’a pu ouvrir que les cadavres d’individus qui avaient succombé a des affections consécutives â ces fièvres. On a des notions plus nombreuses sur

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les lésions qu’on trouve a la suite des fièvres pernicieuses; mais dans fun et l’autre cas, on n’a rencontré aucunes traces certaines et constantes ayant un rapport évident avec les symptômes observés pendant la vie. Le plus souvent même on n’a rien trouvé.

Les principales altérations indiquées par les auteurs qui ont eu occasion d’ouvrir des cadavres de fiévreux, sont les suivantes : 1° dans les lièvres pernicieuses avec symptômes nerveux, céphaliques ou rachidiens, quelquefois une notable quantité de sérosité dans les ventricules cérébraux, une injection générale du système vasculaire cérébral, des traces d’inflammation des méninges, de l’encéphale ou de la moelle épinière (Puccinotti); 2° dans les autres fièvres, les poumons et le cœur parfois gorgés de sang, le péricarde contenant une certaine quantité de sérosité, l’estomac quelquefois distendu par des gaz et offrant ainsi que le duodénum une rougeur plus ou moins vive de sa membrane muqueuse, les intestin s tantôt très-dilatés, tantôt resserrés, contenant souvent une grande quantité de büe noire et d’autres fois beaucoup de vers, le foie et le pancréas dans quelques cas hypertrophiés, indurés, injectés, la rate souvent énormément dilatée, remplie d’un sang noir et extrêmement friable, quelquefois les ganglions mésentériques engorgés. Mais, je le répète, très-souvent on ne trouve aucune altération manifeste, surtout lorsque la maladie a été de courte durée, a l’exception cependant de l’hypertrophie de la rate, qui est extrêmement fréquente.

Diagnostic. — 1° Fièvres intermittentes ordinaires. Il est facile de reconnaître ces maladies aux signes suivants : elles consistent dans des accès qui commencent par un refroidissement général et des frissons auxquels succèdent une vive chaleur et un pouls fort et fréquent, et qui se terminent par une sueur plus ou moins abondante. Ces accès reviennent tous les jours, tous les deux jours ou tous les trois jours. Dans leurs intervalles, le malade est sans fièvre.

Certaines maladies, comme la phthisie pulmonaire, les suppurations intérieures, la goutte, etc., donnent lieu quelquefois à des accès de fièvre intermittente symptomatique que l’on

pourrait confondre avec ceux de la véritable fièvre intermittente primitive. On distinguera la fièvre secondaire de celle qui est essentielle par les symptômes de la maladie préexistante, par son type, qui est ordinairement quotidien, par sa marche souvent irrégulière, et par le peu ou l'absence de succès des préparations de quinquina.

2° Fièvres pernicieuses. Ces fièvres sont caractérisées, suivant leur genre, tantôt par une grande violence d'un des symptômes de l’accès (le froid, la chaleur ou la sueur), tantôt par un nouveau symptôme grave et prédominant qui vient se joindre aux phénomènes ordinaires de la fièvre, qui cesse et revient avec eux. Cet accident, qui fait tout le danger de la fièvre, peut facilement être rattaché a une autre affection par un observateur inatlentif. On préviendra cette grave méprise en remarquant le caractère périodique de la maladie, et en s’assurant avec le plus grand soin de la marche qu'a suivie depuis son origine la maladie, qu’on soupçonne pouvoir être une fièvre pernicieuse.

3° Fièvres larvées. Ces affections n'étant que des fièvres intermittentes qui se cachent sous le masque d’une autre maladie, il importe pour les reconnaître de bien faire attention a leur caractère périodique, de rechercher si, dans le moment où on les observe, il ne règne point de fièvres intermittentes, si le malade que l’on soigne n'a point eu d’accès de cette dernière maladie avant d’éprouver ceux de la fièvre larvée; dans le doute, on devra faire usage de sulfate de quinine, comme moyen d’assurer le diagnostic.

4° Complications. Il importe également de reconnaître s’il n’existe pas quelque complication inflammatoire ou gastrique, car cette circonstance exige des modifications dans le traitement. Les caractères indiqués plus haut suftiront pour décider cette question.

Patkogênie. L’air marécageux, un refroidissement et toute autre cause agissent sur l’organisme, qui manifeste l’affection passive qu’il éprouve par le malaise général, la petitesse du pouls et le frisson-, c’est la première période. La nature ne tarde pas a réagir-, le pouls devient fort et fréquent, une vive

chaleur se fait sentir • d’autres phénomènes de résistance vitale se montrent en même temps (2e période). Enfin , la nature triomphe du mal et l’élimine par des sueurs-, c’est une crise éminemment salutaire. Le retour des accès tient au renouvellement de la cause morbifique.

Pronostic. Il varie suivant l’espèce de fièvre; les fièvres intermittentes ordinaires et les fièvres larvées sont généralement sans danger, et se terminentassez souvent d’elles-mêmes, après un certain nombre d’accès. Elles peuvent cependant se prolonger pendant des mois , des saisons et même des années. Dans ces cas, elles entraînent fréquemment a leur suite , surtout chez les sujets délicats, des accidents plus ou moins graves tels que : un grand affaiblissement de la constitution , la tuméfaction de la rate , des engorgements chroniques des viscères abdominaux, l’anasarque, l’ascite, etc. — Ces fièvres sont quelquefois salutaires et guérissent des maladies chroniques opiniâtres. — Les fièvres pernicieuses sont toujours fort dangereuses, puisque quelques-unes d’entre elles emportent le malade au troisième ou même au deuxième accès. Elles sont en général d’autant plus graves que l’anxiété précordiale et l’agitation sont plus considérables.

Traitement. — 1° Traitement des fièvres intermittentes ordinaires. Ces fièvres, surtout lorsqu’elles ne sont point occasionnées par les miasmes des marais, pouvant avoir quelque chose de critique, il est quelquefois avantageux de ne pas les supprimer trop tôt et d’attendre trois ou quatre accès. Si la fièvre est exempte de complication, avec apyrexie complète et langue nette, on procède de suite a sa guérison, par l’emploi du quinquina et de ses préparations, véritable spécifique de ces maladies. On ordonne une once (32 grammes) de quinquina officinal a prendre, dans l’intervalle de deux accès, en poudre fine, à la dose d’un demi-gros ou d’un gros toutes les deux heures. Mais ce fébrifuge n’est presque plus employé en substance, depuis la précieuse découverte de l’alcali végétal du quinquina et de ses composés (la quinine et les sels de quinine). Le sulfate de quinine, celui de ces sels qu’on emploie presque exclusivement, s’administre pendant l’apyrexie a la dose de

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huit h quinze grains (quarante 'a soixante-quinze centigrammes) en trois prises, dont la première est donnée peu de temps après la cessation du dernier accès , la seconde trois ou quatre heures après celle-ci, et la dernière deux ou trois heures avant l’accès qui doit venir. Ces intervalles peuvent au reste varier suivant diverses circonstances. On peut faire prendre ce sel en suspension dans l’eau, en sirop, en pilules, ou bien enveloppé avec soin dans du pain a chanter. Cette dernière manière préservant les malades du goût excessivement amer du médicament nous paraît préférable a toutes les autres. Après cette première dose , la fièvre cesse presque toujours a l’accès prochain ou au suivant. On continue la même dose pendant la seconde apyrexie; on la réduit ensuite a la moitié, au tiers, au quart, etc., pendant les apyrexies suivantes. On cesse entièrement le sulfate de quinine , au bout de huit ou quinze jours. — On prescrit en même temps la diète et une boisson rafraîchissante pendant les accès , et quelques aliments légers et faciles a digérer dans les jours d’intermission. On doit éviter avec soin les refroidissements, le coït, le voisinage de l’eau et l’usage des purgatifs.

Le traitement des fièvres larvées ne présente aucune différence avec celui des fièvres intermittentes ordinaires.

Lorsque la fièvre intermittente est compliquée d’un embarras gastrique ou d’une forte réaction du système sanguin , on doit faire précéder l’usage du quinquina par un vomitif dans le premier cas, et par une saignée dans le second. Le même traitement est indiqué, si une lièvre résiste au sulfate de quinine et s’il survient après son administration un enduit saburral de la langue avec anorexie , ou bien un pouls plein et très-développé. Ces complications combattues, la fièvre cède facilement au fébrifuge.

Chez quelques malades irritables, on est obligé, pour favoriser l’action du sulfate de quinine, d’ajouter un quart de grain, un demi-grain ou un grain d’opium, a la dernière dose de ce sel.

Lorsqu’on ne peut point administrer le fébrifuge par la bouche, comme cela arrive chez beaucoup d’enfants et chez

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quelques autres personnes, on emploie le médicament en lavement, en frictions, en application sur la peau ou sur la surface dénudée d’un vésicatoire (méthode endermique).

Si l’on ne pouvait se procurer ni quinquina ni sulfate de quinine, on aurait recours aux meilleurs succédanés tels que le sulfate de fer, les feuilles de houx, l’écorce de saule, celle de marronnier dinde, la racine de benoîte, etc.

2° Traitement des fièvres pernicieuses. Les fièvres pernicieuses étant très-souvent mortelles au troisième ou même au second accès, il faut recourir de suite au quinquina a haute dose, sans avoir égard aux complications gastriques ou inflammatoires qui pourraient exister. On donne le sulfate de quinine k la dose de quinze, vingt, vingt-cinq ou trente grains dans l’intervalle de deux accès ; la dose doit varier suivant les âges, les constitutions et le type des fièvres. On fait prendre un tiers de la dose immédiatement après l’accès, ou même pendant que la sueur dure encore , et les deux autres tiers a trois heures d’intervalle l’un de l’autre. Si I on craint que le fébrifuge ne soit rejeté par le vomissement, on associe a chaque prise un

quart ou un demi-grain d’opium. On peut aussi, pour agir avec plus d’énergie, prescrire eu meme icmp au omratc

quinine en lavement et en frictions. L accès prochain étant arrêté, on emploie encore la même dose pendant 1 apyrexie suivante. On continue le sulfate pendant dix a quinze jouis, en en diminuant progressivement la quantité. Lorsqu’on est privé de ce sel et qu’on possédé du quinquina , on en fait prendre une a deux onces en poudre dans l’intervalle des accès.

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