‹ Eléments de pathologie médicale; ou, Précis de médecine theórique et pratique, écrit dans l'esprit du vitalisme hippocratiqueChapitre 71 sur 86 · FIÈVRES ÉRUPTIVES OU EXANTHÉMATIQUES · texte numérisé non relu

FIÈVRES ÉRUPTIVES OU EXANTHÉMATIQUES

Les fièvres éruptives sont des fièvres primitives et contagieuses auxquelles se joint, peu de jours après leur invasion, un exanthème a la peau qu’on peut considérer comme la crise incomplète de la fièvre.

Ces maladies tiennent a la fois : 1° des fièvres primitives ou essentielles , par la fièvre qui marque leur invasion et qui est le

FIEVRES

résultat d’une réaction générale de l’organisme atteint par un miasme contagieux 5 et 2° des inflammations, par l’éruption qui se manifeste a la peau. Sous ce rapport , elles forment une transition naturelle de la première a la seconde classe de maladies.

Les fièvres éruptives ont pour cause un miasme ou principe contagieux particulier qui diffère pour chacune d’elles; ce miasme absorbé par les poumons ou par la peau , passe dans le sang, qu’il altère d’une manière si légère au début, que le sujet qui l’a reçu reste toute la période d’incubation, c’est-àdire depuis quelques jours jusqu'à une ou peut-être plusieurs semaines, sans éprouver aucun symptôme de maladie. Enfin 1 affection sanguine, résultat immédiat de l’action du poison, augmente graduellement d’intensité; l’organisme atteint passivement manifeste sa souffrance intérieure par le malaise , la céphalalgie, la petitesse du pouls et les frissons. La résistance vitale, c’est-à-dire la réaction, ne tarde pas à se déclarer ; la fièvre s’allume; il survient de la toux, du larmoiement, des éternuments, des maux de gorge, des nausées ou des vomissements, etc. Ce sont les efforts que fait la nature pour éliminer le principe du mal. Enfin, après plusieurs jours de celle lutte organique, elle parvient à chasser ce principe à la peau, l’éruption se montre, et la fièvre diminue ou cesse. Cette diminution ou cette cessation prouve bien que la maladie s’est améliorée en se localisant , et par conséquent que l’éruption est le résultat d’un effort critique de la nature médicatrice.

L’essen tialité des fièvres éruptives est prouvée : 1° par l’invasion du mouvement fébrile qui précède d’un ou de plusieurs jours l’éruption cutanée ; 2° par l’absence de toute affection locale qui puisse avoir donné lieu à la fièvre ; 3° par les cas, qui ne sont pas très-rares dans les grandes épidémies , où l’on a observé des fièvres éruptives sans éruption.

Ces fièvres n’affectent ordinairement la même personne qu’une fois dans la vie.

Les fièvres éruptives sont la rougeole , la scarlatine, la variole, la varioloïde, la varicelle, la fièvre miliaire, la suettc miliaire, la morve et le farcin.

PATHOLOGIE SPÉCIALE

Rougeole.

Fièvre morbilleuse , morbilli , rubeolœ.

Définition. La rougeole est une fièvre éruptive contagieuse qui commence par des frissons et de la fièvre, auxquels se joignent du larmoiement, de réternument et une toux brève et sèche. Le troisième et le quatrième jour, la peau se couvre d’une multitude de petites taches rouges, semblables 'a des morsures de puces légèrement proéminentes , séparées par des intervalles où la peau conserve sa couleur naturelle, et se terminant par une desquamation furfuracée de l’épiderme vers le huitième ou le neuvième jour.

Causes. La cause essentielle de la rougeole , et sans laquelle cette maladie n’existerait pas, c’est un miasme ou principe contagieux particulier qui se transmet facilement par le contact d’un individu malade a un individu sain et même par infection aux personnes qui habitent la même maison , et qui n’attaque en général qu’une fois dans la vie les individus prédisposés. Celte prédisposition est très-forte chez les enfants, moins marquée chez les adultes et presque nulle chez les vieillards. La rougeole est parfois sporadique et le plus souvent épidémique; elle règne pendant l’hiver et au commencement du printemps. On l’observe aussi, mais plus rarement, dans l’été et l’automne.

Symptômes. La rougeole présente trois périodes dans son cours : la période d’infection et d’irritation , la période d’éruption et la période de desquamation.

Première période, ou période d’infection et d’irritation. La rougeole débute par un frisson plus ou moins intense avec des alternatives de froid ou de chaud, par de l’abattement, des lassitudes dans les membres, de la céphalalgie. Une fièvre plus ou moins vive succède. La surface de la langue blanchit et ses bords rougissent; il y a de l’anorexie, de la soif, quelquefois des nausées ou même des vomissements. Le deuxième jour, ces symptômes augmentent; il s’y joint une toux sèche très-

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fréquente et violente, la rougeur et le larmoiement des yeux qui supportent dilîicilemenl la lumière, avec gonflement des paupières , des éternuments et un écoulement abondant de mucus nasal. On observe quelquefois chez les jeunes enfants de l’assoupissement et des convulsions passagères. Le troisième jour, la fièvre est encore plus forte, la céphalalgie est quelquefois portée jusqu’au délire; il survient chez les petits enfants de la diarrhée ou des sueurs abondantes.

Deuxième période, ou période d'éruption. Le quatrième jour, et quelquefois a la fin du troisième , l’exanthème se déclare par de petites taches rouges, presque rondes, peu proéminentes, assez analogues aux morsures de puces, lesquelles paraissent d’abord à la face, et se répandent bientôt et successivement au cou , à la poitrine et aux membres. Beaucoup de ces petites taches, en s’élargissant et se rapprochant, forment d’autres taches plus grandes qui ont la forme d’un croissant ou d’un demi-cercle. Dans la rougeole simple, la fièvre et l’affection catarrhale des yeux et des fosses nasales diminuent considérablement, ou même disparaissent aussitôt que l’éruption est achevée.

Troisième période , ou période de desquamation. Le septième OU le huitième jour de la maladie (quatrième jour depuis l’éruption) , les taches s’obscurcissent et pâlissent dans le même ordre où elles se sont montrées. Ordinairement, vers le neuvième jour ou le dixième, la desquamation s’opère tantôt en larges plaques, tantôt en écailles, tantôt enfin en poudre furfuracée qui couvre toute la surface du corps, et la maladie est terminée ; mais il reste souvent encore des symptômes de bronchite qui peuvent se prolonger plus ou moins longtemps.

Complications . La rougeole ne devient grave que par les maladies qui peuvent la compliquer. Ces maladies sont assez nombreuses. Les principales sont : une bronchite intense, la pleurésie, la pneumonie, la phthisie pulmonaire, le croup, des phlegmasies cérébrales, des pétéchies, etc. On reconnaît ces complications aux symptômes qui leur sont propres, réunis â ceux de la rougeole, qui offre dans ces cas de nombreuses modifications.

PATHOLOGIE SPÉCIALE

Durée. La durée ordinaire de la rougeole est de huit a neuf jours-, elle peul cependant se prolonger jusqu’au onzième.

Terminaison. Cette maladie se termine presque toujours par la guérison. La mort n’arrive que par suite d’une grave complication.

Lésions anatomiques. On a trouvé chez les individus morts de la rougeole la membrane muqueuse des voies aériennes et le corps réticulaire de la peau injectés. Les caractères anatomiques des diverses phlegmasies auxquelles succombent ces individus n’offrent d’ailleurs aucune différence avec ceux .des mêmes phlegmasies observées sur d’autres sujets.

Diagnostic. On reconnaît la rougeole aux signes que nous avons indiqués dans la définition de la maladie. Le diagnostic n’est bien établi que lorsque l’éruption a lieu ; jusque-la on peut n’avoir affaire qu’a une fièvre catarrhale, et il est impossible d’affirmer que le malade qu’on examine est atteint de rougeole. Cependant, si a la fièvre se joignent le coryza, le larmoiement et une toux sèche, si le sujet n’a pas eu la rougeole et qu’il ait eu des communications avec des personnes qui en étaient atteintes, il devient très-présumable que les symptômes qu’il éprouve sont la première période de la rougeole.

On ne pourrait confondre la rougeole avec le catarrhe pulmonaire que dans cette première période; dans la seconde, la présence de l’exanthème ne peut plus laisser aucun doute. Au début de l’éruption, les petites taches rouges qui se montrent ont beaucoup d’analogie, tant qu’elles sont isolées, avec celles de la variole; mais elles sont plus plates et prennent bientôt l’apparence de petits arcs, ce qui n’existe pas pour les taches varioliques, qui ne tardent pas a s’élever au-dessus de la surface de la peau et a devenir des boutons rouges. La scarlatine, qui pourrait au premier abord être confondue avec la rougeole, en diffère par une rougeur uniforme étendue en nappe ou en larges plaques sur la peau , et par une rougeur analogue de la langue, de la bouche et de la gorge, sans toux ni expectoration.

Pronostic. Les épidémies de rougeole sont ordinairement

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bénignes dans les saisons et les climats tempérés, tandis qu’elles sont quelquefois fort graves dans les pays froids. La rougeole qui n’est pas compliquée n’offre généralement aucun danger. Plus les symptômes de la première période diminuent après l’éruption, et plus la maladie est bénigne et légère. Les autres signes qui indiquent une heureuse issue sont : la marche régulière des symptômes, le peu d’intensité des symptômes gastro-pulmonaires, la moiteur de la peau, etc. Les signes opposés sont mauvais.

La rougeole est plus dangereuse chez les enfants qui font des dents, chez les femmes enceintes ou nouvellement accouchées, chez les individus prédisposés a la phthisie pulmonaire. Elle est surtout grave, lorsqu’elle s’accompagne de phlegmasies intérieures. La suppression de l’exanthème rubéolique par un refroidissement est fort dangereuse, à cause des métastases redoutables qu’elle peut occasionner.

Traitement. Lorsque la rougeole est simple et bénigne, ce qui est heureusement le plus ordinaire, il faut livrer la maladie aux seuls efforts salutaires de la nature, en les secondant par la diète, une chaleur tempérée, des boissons tièdes et légèrement sudorifiques, telles que des infusions de Heurs pectorales. La rétrocession de l’exanthème par suite de refroidissement étant un des accidents les plus a craindre dans cette maladie, on doit avoir soin de faire rester les enfants au lit pendant une quinzaine de jours en été et trois semaines en hiver, a compter de l’invasion de la rougeole. La température de la chambre doit être de 12 a 15 degrés du thermomètre de Réaumur. Dans les saisons froides, les malades ne doivent sortir de chez eux que deux ou trois semaines après avoir commencé à se lever. On finit le traitement par un léger purgatif et quelques bains.

L’oplithalmie morbilleuse exige l’éloignement de la lumière et l’emploi des lotions mucilagineuses avec des décoctions de racine de mauve, de guimauve, ou de graine de lin. On calme la toux par des boissons pectorales, des loochs gommeux, auxquels on peut ajouter, chez les adultes, un quart de grain d’opium dans les cas de grande irritabilité. Lorsque les symp-

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tomes de bronchite morbilleuse sont intenses ou lorsqu’il y a des menaces de pneumonie, on applique des sangsues sur la poitrine ou bien Ton pratique une saignée. Les émissions sanguines sont encore indiquées dans toutes les phlegmasies locales qui peuvent se manifester dans le cours ou a la suite de la rougeole. L’embarras gastrique réclame l’administration de l’émétique ou de l’ipécacuanha.

Lorsqu’il y a eu répercussion de l’exanthème, on doit s’attacher a le rappeler par des boissons chaudes et sudorifiques et par l’application de sinapismes sur la peau. Si cet accident était suivi de sueurs ou d’urines critiques, la nature faisant les frais de la guérison , il suffirait de faire prendre une infusion diaphonique. Dans le cas, au contraire, où il se déclarerait, après cette suppression, des métastases dangereuses, telles qu’une inflammation des poumons, de la gorge, des intestins, du cerveau ou de ses membranes, il faudrait avant tout combattre ces affections par les émissions sanguines et par les autres moyens dont il sera parlé en traitant de ces maladies. Enfin, s’il survenait des symptômes d’affaissement avec refroidissement des extrémités, on aurait recours au camphre, 'a l’acétate d’ammoniaque, au musc, et aux sinapismes.

La toux, qui persiste souvent d’une manière assez intense après la guérison de la rougeole, exige l’emploi de gilets de flanelle appliqués sur la peau, la continuation des boissons pectorales chaudes, et, si ces moyens ne suffisent pas, l’usage de purgatifs légers et l’application d’un vésicatoire ou d’un cautère sur la poitrine ou au bras.

Scarlatine.

Fièvre rouge, fièvre pourprée, morùilli confluentes.

Définition. On donne le nom de scarlatine a une fièvre éruptive et contagieuse accompagnée d’angine, débutant par un mouvement fébrile, auquel se joignent un ou deux jours après de petits points rouges, bientôt remplacés par de larges taches

FIEVRES

irrégulières d’un rouge écarlate ou d’une teinte framboisée, qui se terminent par desquamation vers le septième jour.

Causes. La cause excitante de cette maladie consiste dans un principe contagieux particulier qui s’exhale des malades et se communique aux personnes qui les touchent ou qui ont des rapports avec eux. Ce principe n’attaque ordinairement qu’une seule fois dans la vie.

La scarlatine atteint principalement les enfants et les adolescents- les adultes y sont bien moins sujets-, les femmes y sont plus exposées que les hommes. Elle règne ordinairement d’une manière épidémique vers les équinoxes. Elle peut se montrer dans toutes les saisons, mais elle est plus fréquente en hiver et en automne qu’aux deux autres époques de l’année. La période d’incubation de cette maladie paraît être de cinq jours environ.

Symptômes. On distingue trois espèces de scarlatine , suivant l’intensité et le danger des symptômes qu’elles présentent : la scarlatine simple, la scarlatine angineuse et la scarlatine maligne.

Scarlatine simple. Première période. ( Fièvre d’invasion.) La scarlatine débute par un malaise général, des lassitudes et des frissons bientôt suivis de chaleur, de soif, d’un sentiment incommode dans la gorge avec gêne de la déglutition et d’une accélération très-marquée du pouls. Il survient quelquefois de la céphalalgie, des nausées ou même des vomissements.

Deuxième période. {Éruption.) Le deuxième jour de l’invasion, il se développe a la surface de la peau de petites taches irrégulières, d’abord d’un rouge peu foncé, ensuite d’un rouge écarlate, qui laissent entre elles des intervalles où la peau conserve sa couleur naturelle, et qui se montrent d’abord à la face, ensuite au cou, a la poitrine, aux bras, a l’abdomen et aux membres inférieurs. Ces taches, d’abord disséminées, s’élargissent et s’étendent promptement; en se rapprochant les unes des autres, elles se confondent et forment de larges plaques poinlillées et dentelées vers leurs bords. La teinte de la surface du corps offre alors de la ressemblance avec ce qu’elle serait si on l’enduisait avec du suc de framboise ou de

la lie de vin. La rougeur est souvent continue sur les joues et sur les membres. Dès son apparition , elle se propage à la langue, au palais et au pharynx-, ces parties sont tuméfiées, chaudes et douloureuses; la déglutition est difficile. Cet état de la gorge, très -marqué dans la première période, cesse quelquefois lorsque l’éruption commence, mais souvent persévère. La peau des pieds et des mains est chaude, tendue et sensible au toucher; les membres sont douloureux et enflés. La fièvre diminue assez souvent après l’éruption.

La rougeur devient de plus en plus foncée du troisième au cinquième jour.

Troisième période ( Desquamation ). Vers le sixième jour, l'éruption commence a pâlir, dans l’ordre où elle s’est montrée, les phénomènes généraux cessent entièrement. Le septième, la desquamation commence a s’opérer. L’épiderme se détache par grandes lames, surtout aux pieds et aux mains, avec un sentiment de prurit. Celte desquamation peut se renouveler plusieurs fois. La cessation de la maladie est ordinairement marquée par des phénomènes critiques, tels que des sueurs abondantes, la diarrhée, des urines sédimenteuses.

Variétés. La scarlatine simple peut présenter de nombreuses variétés. Quelquefois l’exanthème extérieur est peu marqué, et la maladie est presque entièrement bornée à une angine plus ou moins vive, qu’on peut considérer comme une sorte de scarlatine intérieure. Dans quelques cas même, l’éruption est nulle et la maladie se termine cependant par la desquamation.

Accidents secondaires. Diverses causes, mais surtout les refroidissements, troublent assez souvent la crise de la scarlatine et donnent lieu â des maladies secondaires plus ou moins graves. Ces métastases peuvent avoir lieu sur les yeux, les oreilles, les glandes et y développer des phlegmasies dont l’intensité est variable. Mais l’accident le plus fréquent, comme suite de la scarlatine, c’est l’anasarque ; il survient ordinairement, vers le quatorzième ou le quinzième jour, lorsque la desquamation est achevée. Il est précédé de tristesse, de langueur, d’anorexie, de fièvre, d’urines rares et sédimen-

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leuses. L’œdème commence par les paupières et la face, il se montre ensuite aux extrémités et ne tarde pas a devenir général. Quelquefois, au lieu de l’hydropisie générale du tissu cellulaire, il survient une ascite, un hydrothorax ou même une hydrocéphale. Ces hydropisies sont toujours accompagnées d’un grand danger.

Scarlatine angineuse. L’angine existe dans toutes les espèces de scarlatine, mais dans l'espèce qui fait le sujet de cet article, l’inflammation du pharynx est beaucoup plus grave que dans les autres, de la le nom qu’on lui a donné.

Elle débute par des lassitudes, de la céphalalgie, une roideur des muscles du cou et de la mâchoire inférieure, une voixrauque et des frissons auxquels succèdent une grande chaleur et une forte accélération du pouls. Le second jour, le pharynx et toutes les parties de la bouche sont d’un rouge vif, les amygdales sont tuméfiées, la déglutition est très-difficile et douloureuse. Bientôt les piliers antérieurs du voile du palais, les amygdales et le pharynx se couvrent d’un fluide blanchâtre, épais et visqueux, ou de grumeaux d’une matière pultacée, jaunâtre, grisâtre ou blanchâtre, qui forment par leur réunion des espèces de croûtes molles, faciles a enlever. Le pouls est très-fréquent et peu développé, la chaleur est ardente. Il y a en même temps des nausées ou des vomissements, une toux sèche, de la dyspnée, des éternuments; l’éruption ne parait souvent que le troisième jour 5 les taches sont isolées et éparses sur la surface du corps ; ordinairement la face et les doigts sont très-enflés. La desquamation est moins prompte que dans la scarlatine simple ; elle peut se prolonger jusqu'au vingt et unième jour, lorsque la maladie est très-prononcée. La scarlatine angineuse peut se compliquer de méningite et de pneumonie. Elle expose aux mêmes accidents consécutifs que celle qui est simple.

Scarlatine maligne. On donne ce nom â une espèce de scarlatine très-grave. Son invasion a lieu par une grande prostration des forces, des vertiges et un violent frisson suivi d'une vive chaleur, d’un pouls petit et très-fréquent et de céphalalgie. Bientôt surviennent une soif ardente , les symp-

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tûmes d’une angine intense, des vomissements, de la diarrhée, l’assoupissement ou le délire. L’éruption est le plus souvent tardive; la rougeur est faible et livide; la peau offre en môme temps, tantôt des pétéchies, tantôt des ecchymoses ou des vergetures. La langue et les dents se couvrent d’une exsudation brune ou noire; la déglutition fait éprouver un sentiment de forte constriclion de la gorge; le pharynx présente des taches livides ou noires, surtout aux environs des amygdales; l’haleine est fétide. Il s’écoule de la bouche, et quelquefois des fosses nasales, une salive âcre et putride. Le pouls devient petit et irrégulier. Les yeux sont rouges et larmoyants; il y a surdité et délire chez les adultes, coma et agitation chez les enfants. Ces symptômes peuvent se terminer par la mort trois ou quatre jours après leur invasion.

Durée de la scarlatine. La scarlatine simple dure sept jours, huit au plus; la scarlatine angineuse peut se prolonger jusqu’à quatorze ou même vingt et un jours. La scarlatine maligne ne dure guère que trois à quatre jours lorsqu’elle est très-violente et mortelle.

Terminaisons. La scarlatine simple se termine ordinairement par la santé, à la suite d’une desquamation lamelleuse. La scarlatine angineuse n’a pas toujours une issue aussi favorable. La terminaison de la scarlatine maligne est le plus souvent funeste. Quelle que soit l’espèce de cette maladie, il n’est pas rare de voir survenir pendant la convalescence, des phlegmasies consécutives, mais surtout des hydropisies, et plus particulièrement l’anasarque.

Lésions anatomiques. On rencontre sur les cadavres des sujets qui ont succombé à la scarlatine une rougeur tantôt légère, tantôt uniforme de la membrane muqueuse du pharynx, de la trachée artère et des bronches. La peau, suivant l'époque de la mort, peut être rouge, livide, marbrée ou présenter à peu près sa couleur naturelle. Le cerveau et la pie-mère sont injectés; les ventricules cérébraux contiennent de la sérosité; la bouche et le pharynx sont assez souvent recouverts d’une fausse membrane grisâtre ou brunâtre; quelquefois même ces parties offrent des escarres gangréneuses superfi-

Kiev h es.

cielles. M. Rayera quelquefois observé une rougeur pointillée de la membrane muqueuse de l’estomac, des ecchymoses et du sang a la surface de la membrane muqueuse des intestins, dont les follicules étaient boursouflés d’une manière insolite.

Diagnostic. Une fièvre accompagnée de mal de gorge, un ou deux jours après une éruption de larges taches irrégulières et de plaques d’un rouge écarlate, et la faculté de se transmettre par contact ou infection, tels sont les signes caractéristiques de la scarlatine. Ils suffisent pour distinguer celte maladie de la rougeole, dont la fièvre d’invasion est plus longue et accompa gnée de toux, de larmoiement et de coryza, et dont Texanthème consiste dans de petites taches rouges semblables à des morsures de puce. L’érysipèle, qui pourrait offrir quelque ressemblance avec la scarlatine par la rougeur de la peau, en diffère par l’absence de l'angine et du caractère contagieux, et par la marche de l’exanthème. L’existence d’une éruption écarlate à la peau suffit pour distinguer la scarlatine des angines simples, des angines pultacées et de la diphlhérite décrite par M. Bretonneau.

Pronostic. La scarlatine simple, sporadique ou même épidémique, n’offre par elle-même aucun danger et est presque toujours bénigne -, elle n’acquiert de la gravité que dans les cas où l'impression du froid, un traitement mal entendu ou toute autre cause déterminent une suppression brusque de l’exanthème, et celle gravité varie suivant les affections secondaires qui résultent de celte suppression.

La scarlatine angineuse , lorsqu’il ne survient aucune complication et qu'elle est convenablement traitée , se termine le plus souvent d’une manière heureuse. Il n’en est pas de même de la scarlatine maligne, qui est bien souvent mortelle. Dans certaines épidémies, sa violence est telle qu’elle enlève un malade sur six, sur quatre et même sur trois. Dans ces cas, la mort arrive ordinairement par suite d’angine, d’inllammalion des méninges ou d’hydropisie aiguë.

Traitement. L’expérience a prouvé que dans le plus grand nombre des cas, la belladone prise a petites doses préserve de la scarlatine. J’ai donné dans un autre ouvrage (Bibliotli. de

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iliérap ., t. Il) le résultât du traitement de 2,027 enfants auxquels on a administré ce médicament au milieu d’épidémies plus ou moins violentes ; 4,948 ont été préservés de la maladie} 79 en ont été atteints. Il convient donc d’en faire usage dans les épidémies meurtrières. On fait dissoudre, d’après le conseil d’Hufeland, un grain d’extrait de belladone bien préparée dans une demi-once d’eau de cannelle, et l’on donne cinq gouttes par jour de la liqueur aux enfants de trois ans, en ajoutant pour ceux qui sont plus âgés autant de gouttes qu’ils ont d’années de plus.

Dans la scarlatine simple et bénigne, on se borne à faire rester le malade au lit pendant une quinzaine de jours, â entretenir une température douce dans sa chambre, â éviter toutes les causes de refroidissement , â faire prendre une boisson douce et rafraîchissante, telle qu’une infusion de coquelicot ou de violette édulcorée avec du sirop de limon ou de groseille, et k prescrire la diète.

La scarlatine plus intense, avec fièvre et chaleur vives, éruption générale d’un rouge très-foncé, exige un traitement plus actif. Si le malade est fort et pléthoiique, on pourra pratiquer une saignée , ou mieux appliquer des sangsues 5 mais on doit être très-réservé sur les émissions sanguines, comme pouvant faire passer la maladie a l’état nerveux et adynamique. Deux autres moyens sont surtout préconisés dans ce cas par les médecins anglais et allemands - ce sont le chlore et les lotions fraîches. On administre la dissolution de chlore a la dose de deux ou trois gros par jour pour les enfants, et k celle de deux ou trois onces pour les adultes , en ayant soin de l’étendre dans de l’eau agréablement édulcorée. Les lotions se font avec des linges imbibés d’eau fraîche qu’on passe rapidement a la surface de la peau, dans l’intention de tempérer sa chaleur. On peut les répéter toutes les deux ou trois heures; mais on 11e doit y avoir recours que lorsque la peau est sèche et brûlante et la tête entreprise.

Lorsque la scarlatine est accompagnée d’une violente angine, on fait usage de gargarismes émollients avec l’eau de graine de lin, de guimauve miellée ou de lait coupé, de

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pédiluves sinapisés, de sinapismes mitiges, de cataplasmes émollients autour du cou, et de sangsues appliquées sur la même région. Si la crainte de troubler la marche de la maladie empêche de persister dans remploi de ces moyens, on applique un vésicatoire a la nuque. Plusieurs médecins anglais traitent celle espèce de scarlatine uniquement avec les purgatifs, et particulièrement avec le calomel, a la dose de deux a trois grains, qu’on renouvelle toutes les quatre heures.

Dans la scarlatine maligne ( scarlatine putride , adijnamique , ataoco-adynamique de divers auteurs), on doit s’attacher, dès le principe, à soutenir les forces par des nervins* appropriés mais légers, et employer en même temps les antiseptiques s’il y a de la tendance a la gangrène. L’émétique ou lipécacuanha ont souvent été utiles en faisant cesser une complication saburrale, ou en provoquant une réaction salutaire. On conseille, dans cette espèce de scarlatine , les fumigations vinaigrées , les décoctions de quinquina et de contra-yerva , acidulées avec loxymel ou l’acide muriatique, les vésicatoires volants et les sinapismes autour du cou. On recommande surtout l usage du calomel a la dose de huit a dix grains.

Un des points les plus importants du traitement de la scarlatine, c’est l’attention que mérite la desquamation pour prévenir l’hydropisie consécutive. Il faut tenir rigoureusement a ce que le malade garde le lit, et a ce qu’il ne sorte pas de chez lui en été avant un mois, et en hiver avant six semaines. On lui donnera en même temps quelques diaphoniques purgatifs et quelques doses de calomel.

Lorsque l’anasarque est survenue , on la combat par les purgatifs et les diurétiques. On prescrit le calomel à la dose d’un, deux ou trois grains , toutes les trois heures, suivant les âges ; on ordonne la digitale, soit en poudre depuis un demi-grain jusqu’à trois, soit en frictions, soit en fomentations avec des compresses imbibées d’une infusion chaude de cette plante et appliquées sur le ventre. Les bains chauds sont également convenables. S’il y a un mouvement fébrile et si le sujet est pléthorique , une saignée est indiquée. Dans ce dernier cas, on

is

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fait usage avec avantage du nitre, de la crème de tartre et de la scille , et, d’après le conseil d'Hufeland , on enveloppe tout le corps d’une flanelle parfumée avec des vapeurs de succin.

Variole.

Petite vérole, picote, variola.

Définition. La variole est une fièvre éruptive et contagieuse débutant par des Lissons, de la fièvre, des nausées, des vomissements, des douleurs épigastriques et lombaires, symptômes auxquels succède, du troisième au quatrième jour, l’éruption à la peau de petites taches rouges et pointues qui ne tardent pas à grossir et a se transformer en pustules plates et déprimées a leur centre. Ces pustules, accompagnées d’une fièvre secondaire, se dessèchent et forment des croûtes vers le quatorzième jour de la maladie et quelquefois au delà.

Causes. — Prédispositions. La variole n’épargne aucun sexe ni aucun âge; elle atteint cependant plus souvent lts enfants que les adultes et les adultes que les vieillards; elle survient dans tous les climats et dans toutes les saisons. Elle se montre néanmoins ordinairement au printemps , exerce sa plus grande violence en été, s'affaiblit en automne et disparaît le plus souvent en hiver.

Cause excitante. La cause excitante de la variole consiste dans un principe contagieux particulier, dont la première origine est inconnue, et qui se transmet par le contact médiat ou immédiat des individus malades avec les personnes saines. Ce principe s’étend a une pelite distance dans l’atmosphère et suit la direction des vents. Il se développe surtout chez les varioleux pendant la suppuration, et se conserve jusqu’à la fin de la dessiccation des pustules. Il n’affecte la même personne qu’une seule fois pendant la vie-, les exceptions sont excessivement rares. Certaines conslitulions atmosphériques sont plus favorables que d’autres à sa propagation , ce qui rend la variole susceptible de régner épidémiquement ou sporadiquement.

Symptômes. Le développement successif des symptômes de

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la variole, depuis sa première origine jusqu’à sa terminaison , présente cinq périodes bien distinctes.

1° Période d'incubation ou d'infection. C’est le temps qui s’écoule depuis le moment où l’absorption du virus variolique a eu lieu jusqu'à celui où l’économie commence à en manifester les atteintes. On n’observe aucun symptôme morbide pendant cette péiiode, dont la durée varie de sept à quatorze jours et au delà.

2° Période d' irritation ou de la fièvre d'invasion. L’invasion de la variole est marquée ordinairement par des lassitudes spontanées et des frissons suivis de chaleur à la peau, d’accélération du pouls, de céphalalgie, de nausées, de vomissements, de douleurs à l’épigastre, au dos et aux lombes. Les enfants éprouvent souvent des grincements de dents, de l’assoupissement et des convulsions, tandis qu’il y a chez les adultes insomnie, céphalalgie qui va jusqu’au délire, sueur fétide spécifique, sécheresse de la gorge. La fièvre est continue avec des rémissions et des exacerbations. Cet état dure ordinairement tro’s jours.

3° Période d'éruption. Le troisième ou le quatrième jour, il se manifeste d’abord au visage, le lendemain aux mains, ensuite aux jambes et sur le reste du corps, de petits points rouges, arrondis, dont l’étendue et l’élévation augmentent d'heure en heure. Ces points ont à leur centre un petit nœud un peu dur semblable à un grain de millet ; ils ne tardent pas à grossir, à s’élever et à constituer de véritable s boutons rouges. Celle période dure trois à quatre jours, pendant lesquels il se développe toujours de nouveaux boutons, qui conservent dans leurs changements successifs l’ordre de leur apparition , c’eslà dire qu’ils suppurent et se dessèchent d'abord à la face , ensuite aux mains, et en dernier lieu aux jambes et dans le reste du corps, observant ainsi dans leur cours entier les trois dates de leur éruption. Dans la variole bénigne, la fièvre disparaît avec la plupart des autres symptômes, lorsque la sortie des boutons est à peu près achevée.

4° Période de suppuration. Les boutons, en suivant l’ordre de leur apparition , se dilatent à leur base , s’entourent d’un cercle

PATHOLOGIE SPÉCIALE

rouge, et offrent a leur sommet, qui est déprimé, un liquide séreux et transparent situé sous l’épiderme qui est soulevé. Ce liquide ne tarde pas à se troubler et a se convertir en un pus jaunâtre, qui remplit les boutons devenus des pustules. Celles-ci prennent alors la forme de la moitié d’une lentille plus on moins volumineuse, ombiliquée, c’est-à-dire légèrement déprimée a son centre; elles sont distendues par le pus, qui leur donne une couleur d’un blanc jaunâtre. Les boulons pustuleux sont tantôt écartés et isolés les uns des autres , c’est ce qu’on appelle la variole discrète ; tantôt tellement nombreux qu'ils finissent par se rapprocher et par ne former qu'une vaste surface suppurante; c’est ce caractère qui constitue la variole confluente. Cette période est accompagnée d’un gonflement général delà peau, plus prononcé â la face et aux mains que partout ailleurs, et qui varie beaucoup, suivant que la variole est discrète ou confluente. Cette enflure est quelquefois si considérable aux paupières, que les yeux sont entièrement fermés; la face est parfois tellement tuméfiée dans toutes ses parties, qu’elle représente une houle informe.

Dès le commencement de cette période et pendant son cours, il survient une fièvre très-prononcée qu’on appelle /ïm-e secoudaire ou de suppuration , parce qu’elle est due au travail inflammatoire qui a son siège dans tout le système cutané, et probablement aussi à la résorption purulente. Il y a ordinairement une salivation plus ou moins marquée. Celte période dure de trois â cinq jours.

5° Période de dessiccation. La tuméfaction diminue, les boutons se dessèchent dans le même ordre où ils ont paru , c’est-à-dire en premier lieu à la face, ensuite aux mains, aux jambes et dans le reste du corps. Ils sont remplacés par des croûtes brunâtres, qui tombent lentement et qui laissent après leur chute des taches rouges et très-souvent aussi des cicatrices plus ou moins profondes, suivant l'intensité de la maladie. La durée de cette période varie de trois à huit jours et au delà.

Anomalies. Telle est la marche ordinaire de la variole , lorsqu’elle suit régulièrement ses périodes; mais il n'en est pas toujours ainsi. Diverses circonstances peuvent modifier ses

FIÈVRES

symptômes et donner lieu à des anomalies variées qui impriment a la variole un caractère de malignité plus ou moins marqué. C’est ainsi que l’éruption peut être trop prompte, irrégulière, tardive, interrompue-, la fièvre peut persister lorsque l’éruption est terminée , les boulons pustuleux se développer d’une manière incomplète, les pustules elles-mêmes être pleines de sérosité ou de sang , être livides , dépourvues de pus et en quelque sorte vides, s’affaisser tout a coup par la prompte résorption du pus, etc.

Durée. La durée de la variole est en général de quatorze jours 5 elle peut cependant se prolonger jusqu’au vingt et unième jour et même au delà.

Terminaisons. La variole discrète et sans complications se termine ordinairement par la santé; la variole confluente, surtout lorsqu'il survient des complications, est souvent mortelle.

Complications. De nombreuses complications peuvent survenir dans le cours de la variole et aggraver une maladie déjà si dangereuse par elle-même. Ce sont : 1° pendant la période d'éruption, diverses hémorrhagies, des pétéchies, la gangrène de quelques parties de la peau, des inflammations internes, surtout des bronchites intenses , un état apoplectique; 2° pendant la période de suppuration , la péripneumonie , la gangrène du poumon, des syncopes, un état adynamique, des convulsions, le météorisme de l’abdomen , des taches noires a la peau , des hémorrhagies , un ptyalisme très-abondant , l’assoupissement ; 3° pendant la dessiccation , une violente céphalalgie, le délire, l’insomnie, des érysipèles aux extrémités, et quelquefois enfin des inflammations phlegmoneuses dans les membres ou leurs articulations.

Maladies consécutives. La variole laisse quelquefois a sa suite diverses maladies plus ou moins graves, telles qu’un état d’émaciation, la phthisie pulmonaire, des ophlhalmies rebelles, la cécité et d’autres affections de l’organe de la vue, des caries, des ulcères chroniques, la déformation du visage par des cicatrices profondes, etc.

Lésions anatomiques. Après la mort , les pustules sont blan-

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ches, décolorées, et offrent une certaine résistance sous le doigt qui les presse. Quand on les incise, on trouve ordinairement le réseau vasculaire cutané plus ou moins injecté, surtout a la partie profonde du derme qui répond au milieu de chaque pustule. La substance de celle-ci est formée d’une couche pseudo-membraneuse d’un blanc mat, assez ferme, placée immédiatement au-dessus du derme. En dehors, cette couche est intimement unie a la face interne de l'épiderme. On rencontre, suivant la date des pustules, de la sérosité ou du pus entre celle couche et le derme.

Les membranes muqueuses des yeux , des fosses nasales, de la bouche, du pharynx, du larynx, de la vulve, sont ordinairement injectées et présentent quelques légères traces de pustules ; celles de l’œsophage, de l’estomac et des intestins offrent assez souvent une rougeur bien marquée. On remarque parfois dans la muqueuse gastro-intestinale des taches brunes semblables a des pétéchies et les follicules de Peyer plus ou moins développés et saillants. On a trouvé dans quelques cas le sang fluide et séreux, des épanchements sanguins dans le tissu cellulaire sous-séreux et sous-cutané, une pâleur et une flaccidité remarquables du cœur, un engorgement sanguin dans les poumons, etc. Ou a observé chez certains sujets tantôt de petits abcès, tantôt des points gangréneux dans ces derniers organes. Enfin une altération qui n'est pas rare sur les cadavres des varioleux consiste dans une rougeur plus ou moins prononcée a l’intérieur des gros vaisseaux artériels et veineux. On rencontre encore chez ces sujets d’autres lésions qui tiennent aux complications auxquelles les malades sont si exposés et qui, par conséquent, ne doivent pas être décrites ici.

Diagnostic. Les symptômes fébriles qui précèdent l’éruption de la variole pouvant se rencontrer dans plusieurs autres maladies, il est impossible d’affirmer l’existence de cette affection lorsqu’elle n’est encore qu’à sa période d'invasion. Cependant, si les individus qui présentent ces phénomènes ont été exposés à la contagion variolique , les doutes sur la présence de la variole acquerront une certaine importance. A la troisième période, on ne pourrait confondre les taches rouges

FIÈVRES

et saillantes de la peau, par lesquelles débute l’exanthème, qu’avec les taches de la scarlatine et de la rougeole-, mais les premières ont cela de particulier qu’elles font éprouver au doigt qui les presse la sensation d’un petit grain. Les pustules ombiliquées, qui succèdent aux taches varioliques, ressemblent aux pustules de la varicelle; mais celles-ci en diffèrent en ce qu’elles sont plus rarement déprimées a leur centre, qu’elles suppurent beaucoup moins, et qu’elles ne sont point accompagnées de fièvre secondaire.

Pathogénie. Cette maladie est une sorte d’empoisonnement déterminé par l’absorption du miasme contagieux qui lui est propre. Ce venin introduit dans l’économie n’y produit d’abord aucun trouble apparent; c’est la période d’incubation, pendant laquelle le poison variolique est en quelque sorte endormi; mais il acquiert peu à peu des forces, il affecte enlin le sang d'une manière profonde; l’organisme ne tarde pas a sentir sa présence et a réagir énergiquement contre lui pour s’en débarrasser; la fièvre, la céphalalgie, les nausées, etc., de la seconde période, sont les signes de cette réaction générale. Bientôt la nature parvient a pousser a l’extérieur ce principe délétère en le déposant a la peau , où il forme les taches rouges qu’on y remarque dans la période d’éruption; c’est une véritable crise, mais incomplète et métastatique. L’économie se trouvant alors en quelque sorte purifiée intérieurement de la cause qui la troublait, la fièvre cesse, les fonctions digestives se rétablissent. Ce calme est malheureusement de courte durée; le principe du mal, pour avoir abandonné la masse du sang, n’est point pour cela éliminé de l’économie; répandu sur toute la surface de la peau, entre l’épiderme et le derme, il irrite le corps muqueux réticulaire et donne lieu d’abord aux taches rouges, et ensuite aux milliers de petits abcès qui leur succèdent, sous la forme de pustules. L’irritation violente qui en résulte, jointe 'a la résorption d’une portion du pus de ces abcès, donne lieu à la lièvre secondaire ou de suppuration. Enfin la crise s’achève par la dessiccation des pustules.

Pronostic . La variole est une des maladies les plus dangereuses, mais le danger qu’elle entraîne varie beaucoup suivant

le nombre des boulons, les complications, l’âge, la constitution atmosphérique, etc. La variole discrète, lorsqu’elle n’est point accompagnée d’accidents, se termine presque toujours d’une manière heureuse. La variole confluente, même sans complication grave, est souvent mortelle dans la période de suppuration* en général, plus il y a de boutons, surtout au visage, et plus la maladie est dangereuse. Les complications de la variole avec des bronchites intenses, des pneumonies, des accidents cérébraux persévérants , des pétéchies , des hémorrhagies passives, rendent son pronostic très-fâcheux. La variole est plus dangereuse chez les vieillards et les adultes que chez les enfanis 5 celle qui est sporadique est plus bénigne que celle qui est épidémique. Le développement très-prompt et presque simultané des boutons , l’état déprimé de ceux-ci , leur couleur pâle, livide, du sang contenu dans leur intérieur ou rendu avec les selles ou les urines pendant la dessiccation, sont des signes de mauvais augure.

Traitement. Le traitement de la variole est curatif ou préservatif, suivant qu’il a pour but de guérir la maladie actuellement existante ou d’empêcher son invasion chez des personnes qui n’en sont pas encore atteintes.

Traitement curatif. 11 varie suivant les périodes de la maladie, suivant son intensité et les complications diverses qui peuvent se manifester. Mais il est un moyen qui convient dans toutes les circonstances, c’est un air pur, fréquemment renouvelé et frais. On a observé que celte condition atmosphérique avait une grande efficacité pour diminuer la multiplication du virus, et par suite le nombre des boutons varioliques et des accidents qu’il entraîne; tandis qu’un air trop chaud et renfermé suffit souvent pour transformer en variole maligne une variole simple et bénigne.

Dans la période d* irritation , on doit tendre a diminuer l intensité de la fièvre varioleuse, parce qu’il est d’observation que les accidents graves et le nombre des pustules sont généralement en raison directe de cette fièvre. Les moyens qu'on emploie pour arriver a ce but sont la diète, un air pur, renouvelé de temps en temps et d’une température peu élevée, un

lit non chauffé cl dans lequel le malade ne sera pas trop couvert, des lotions d’eau fraîche sur le visage et sur les yeux, des purgatifs doux, tels que le calomel â la dose d'un demigrain a un grain chez les enfants et de deux a trois grains chez les adultes, et donné plusieurs fois par jour, de manière a obtenir plusieurs évacuations dans les vingt-quatre heures. Si le malade est jeune et que la fièvre soit forte, on a recours h une saignée. Des douleurs épigastriques vives et des vomissements assez fréquents réclament l'application de quelques sangsues et de cataplasmes émollients sur l'épigastre, des boissons délayantes acidulées, et des lavements mucilagineux. Les convulsions qui surviennent assez souvent chez les enfants s'arrêtent ordinairement très-promptement, en exposant ces malades a l'impression d'un air pur et frais, près d’une fenêtre ouverte; si elles persistent ou s'il survient un état soporeux, avec rougeur et chaleur de la face, il convient d'appliquer des sangsues derrière les oreilles, de faire des lotions fraîches sur le front, et de prescrire des boissons rafraîchissantes. On combat le délire violent qu'on observe quelquefois chez les adultes par des saignées, des sangsues, des applications fraîches sur le front, des pédiluves irritants, des sinapismes aux extrémités, des purgatifs rafraîchissants.

Si les boutons, après avoir commencé a se montrer, paraissent s’effacer, et si l’enfant a la face blême et les extrémités plutôt froides que chaudes, on combat cet état nerveux par des bains tièdes, des lavements émollients, de l'eau de fleurs d’oranger, du musc, des sinapismes aux pieds ou aux mollets. Quelquefois l’éruption est retardée par un embarras gastrique, la langue est couverte d'un enduit jaunâtre, la bouche est amère; les vomitifs et les purgatifs doux font cesser cet état et favorisent la sortie des boutons.

Dans la période d'éruption, on continue le traitement que nous venons d’exposer pour la période d’irritation. On a remarqué qu'une couche d’onguent mercuriel étendu sur les taches rouges de la face , dans cette période , empêchait le développement de beaucoup de pustules ou les transformait en vésicules; ce qui a le grand avantage de diminuer les diffor-

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mités du visage que la variole laisse à sa suite. On fera donc bien d’employer ces onctions.

Le traitement de la période de suppuration varie suivant que la variole est simple et discrète, ou confluente et compliquée. La première n’exige que quelques moyens hygiéniques, tels qu’un air pur et renouvelé, quelques aliments légers et en petite quantité, des boissons gommeuses ou acidulées. La deuxième présente pour indications de diminuer l’inflammation de la peau et la résorption du pus , et de corriger la disposition putride des humeurs.

Les moyens qu’on emploie pour cela sont une grande propreté , le changement fréquent du linge du malade et des draps du lit, le renouvellement de l'air, des boissons rafraîchissantes et acidulées bues en abondance, des purgatifs doux et quelques diurétiques pour provoquer les sécrétions intestinales et rénales. On donne issue en même temps a une certaine quantité de pus, en ouvrant les pustules avec une large aiguille. Si celles-ci se remplissent de nouveau , on les ouvre une seconde fois. Lorsque la salivation existe , on a soin de l’entretenir pardès boissons d’une chaleur modérée et abondante; si elle vient à se supprimer, on cherche a la rappeler par des cataplasmes émollients autour du cou , et par des gargarismes chauds et mucilagineux. — On combat le gonflement énorme des paupières en bassinant souvent ces parties avec du lait tiède.

Mais ce qu’il y a de plus redoutable dans cette période, ce sont les complications inflammatoires, nerveuses et pulridts qui peuvent survenir.

On combat les inflammations pulmonaires, cérébrales ou abdominales, par les sangsues, les vésicatoires, les sinapismes, le caloméias. La saignée , sur laquelle il importe d’être sobre, convient chez les adultes, surtout lorsqu’elle n’a pas été pratiquée pendant la période d’irritation.

La complication nerveuse caractérisée par l’alfaissement et la vacuité des pustules, la pâleur et la fraîcheur de la peau, des tremblements spasmodiques des membres, exige, d'après llufeland , l’emploi de l’opium associé au caloméias, le musc,

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le camphre, lin bain chaud a 28 degrés, des sinapismes et des vésicatoires.

La méthode stimulante et tonique est indiquée dans la complication putride et adynamique qui s’annonce par la teinte livide, bleuâtre ou brunâtre des pustules, par rabaissement brusque de la bouffissure du visage, par des pétéchies, la tendance a la gangrène, la petitesse et la fréquence du pouls, des hémorrhagies, la prostration. On emploie à l’intérieur des vins généreux, le quinquina, la serpentaire de Virginie, le camphre, etc. Hufeland conseille d’envelopper le corps entier de linges imbibés de vinaigre camphré, ou de camphre dissous dans le jaune d’œuf. On fait usage en même temps des vésicatoires et des cataplasmes sinapisés aux extrémités.

Dans la période de dessiccation, on doit se proposer pour principal objet de traitement de débarrasser l’économie de ce qui peut rester en elle de virus variolique, et de suppléer par d’autres voies la transpiration cutanée, qui ne s’opère encore que très-incomplètement à cause de l’état de la peau. On remplit ces indications par les purgatifs, les diurétiques et des boissons abondantes. On purge tous les trois ou quatre jours avec du calomel, de l’huile de ricin, de la manne, etc. On provoque les urines avec des boissons nitrées ou l’oxymel scilliiique.

Traitement préservatif . Avant la découverte de la vaccine, on inoculait la variole comme moyen de prévenir les grands dangers qu’entraîne si souvent cette maladie, car l’expérience avait prouvé que la petite vérole inoculée était presque toujours bénigne 1 : mais aujourd'hui qu’on possède dans la vaccine un préservatif certain contre cette redoutable éruption, Vinoculation est entièrement abandonnée. On peut se préserver de la variole de deux manières: en s'isolant complètement des malades qui en sont atteints et des foyers d’infection d’où elle émane, ou en détruisant l’aptitude qu’ont tous les individus a la contracter. La première méthode n’est pas sûre, parce qu’un isolement absolu est généralement impossible; il

1 II ne mourait en général qu’un malade sur cinq cents inoculés.

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n’y a donc que la seconde de praticable, et heureusement une expérience de cinquante ans a prouvé qu’elle était aussi efficace que facile a pratiquer. Cette méthode est l'emploi de la vaccine, précieuse découverte qui place à jamais Jenner, son auteur, parmi les plus grands bienfaiteurs de l'espèce humaine.

Vaccine. On donne le nom de vaccine à des pustules, larges et aplaties, qu’on propage chez l’homme par inoculation, et dont la première origine provient du cowpox, maladie pustuleuse de la même nature qui affecte le pis des vaches, et qui a la propriété de préserver de la variole. Les nourrisseurs du canton de Glocester, en Angleterre, savaient depuis fort longtemps que les hommes occupés a traire les vaches atteintes de cowpox étaient sujets a contracter la même maladie, qui se communiquait aux mains et aux bras, et que ces hommes étaient dès lors a l’abri de la petite vérole. Cette observation populaire avait été communiquée a la société médicale de Londres en J768; mais elle n’avait fait aucune sensation, et était restée sans résultat, lorsqu’elle fut mentionnée de nouveau en passant par Adams, dans un ouvrage sur les poisons morbides publié en 1795. Enfin, en 1798, Édouard Jenner publia les nombreuses expériences qu’il avait faites dès l’année 1776, et desquelles il résultait que le cowpox communiqué a l’homme (vaccin) était un préservatif certain de la variole. Ainsi, malgré la remarque populaire des nourrisseurs du Glocester, Jenner est bien le véritable auteur de la vaccine, puisqu’il a appliqué et fécondé une observation qui, sans lui, eût peut-être été a jamais perdue pour l’espèce humaine.

Nous allons faire connaître les caractères du bon vaccin, le procédé opératoire de la vaccination, et les symptômes de la vaccine.

Vaccin. On donne le nom de vaccin au liquide que contiennent les pustules vaccinales. Pour être de bonne qualité, ce liq nide doit être clair et limpide, être pris du sixième au huitième jour depuis l’inoculation, et provenir d’une vaccine vraie et d’enfants sains. Le vaccin qui commence a être trouble et purulent ne jouit plus de la vertu préservative.

Vaccination. C’est l’opération par laquelle on inocule le vi-

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